Livre d’instruction morale et religieuse, 1 vol.in-12, broché
Récit des prix Montyon, 1 vol. in-18, br.
Quatrains moraux , par M. Morel de Vindé, 1 vol. in-12, br.
Antoine et Maurice, par M. L. de Jussieu, 1 vol. in-12, br.
Les lectures populaires sont aussi devenues une spéculation ; elles ont aussi leurs entrepreneurs; ceux-ci ont cru qu’il suffisait de fabriquer à bon marché, pour atteindre au but; il s’est trouvé des personnes aux yeux desquelles les besoins d’instruction dans les classes laborieuses, sembleraient n’être qu’une question mercantile , en sorte qu’il y aurait été satisfait, dès qu’un ouvrage quelconque pourrait se vendre pour un petit nombre de centimes. On a même entendu exprimer sérieusement à la tribune d’une assemblée législative, dans une nation voisine, le vœu que les journaux quotidiens pussent être publiés à un prix très-modique, pour être à la portée du pauvre. Mais qu’importe qu’un livre soit à la portée des ressources pécuniaires du pauvre, s’il n’est pas à son usage? Croyez-vous qu’elles soient à son usage , et surtout qu’elles puissent produire sur lui une impression salutaire, ces éternelles descriptions de crimes odieux dont la plupart des feuilles quotidiennes sont aujourd’hui remplies? Ne savezvous pas jusqu’à quel point de telles images peuvent troubler l’esprit, égarer l’imagination des lecteurs peu éclairés? on fait toujours payer trop cher au pauvre l’acquisition de ce qui lui est inutile, à plus forte raison de ce qui peut lui devenir funeste, en troublant son espritou faussant scs idées. Il peut convenir à l’intérêt du spéculateur de trouver du débit pour sa marchandise; mais l’ami de l’humanité ne peut désirer de voir offrir, à bas prix, au lecteur peu fortuné, que des alimens fortifians et salubres. On distribuerait gratis l’encyclopédie entière,
L'éducation familière, traduit de l’anglais, de miss Edgeworth, par madame Belloc, 12 vol. in-18. br.
Ecrits populaires de Franklin , 1 vol. in-18, br.
Une famille, par madame Guizot, 2 vol. in-12, br.
Histoire de France, par M. Émile de Bonnechose, 2 vol. in-12, br.
Maître Pierre, ou le Savant de village; entretiens sur l’astronomie, 1 vol. in-18, br.
Maître Pierre, Entretiens sur la physique, 1 vol. in-18, br.
Maître Pierre, Entretiens sur l'industrie française,
1 vol. in-18, br.
Minéralogie populaire . par Brard, 1 vol. in-18, br.
L Esprit de Nicolle, ou Instruction sur la religion,
1 vol. in-12. — Morceaux choisis de Buffon, 1 vol. in-18, fig. (édition Benouard.)
Histoire naturelle, mise à la portée des femmes et des gens du monde, par M. A. Comte.
Mélanges de morale et d'économie, par Franklin.
SECONDE PARTIE. LIVRE III. CIIAP. IV
qu’on n’cn recueillerait pas un grand avantage.
Ce n’est pas tout que d’offrir au pauvre, dans un livre, ce qui lui est réellement profitable ; il faut aussi lelui faire lire, le lui faire comprendre, et ce n’est pas le plus facile. En vain vous mettrez en tête de votre livre : lecture populaire ; en vain vous direz à cette classe de lecteurs , que vous avez travaillé expressément pour elle; vous la blesserez peut-être, au lieu de la captiver, parce qu’elle verra dans votre intention un sentiment de dédain. Faites mieux : pénétrez-vous de ses intérêts, de ses idées, de ses sentimens ! familiarisez-vous avec scs habitudes, excitez ses sympathies ; entrez en commerce avec elle ; sachez la comprendre vous-même ! et vous réussirez à vous en faire entendre. Venez donc, amis du bien, vous entretenir avec l’homme obscur et laborieux , par cette voie qui vous est ouverte ! qu’il sente dans les lignes que vous aurez tracées, l’affection qu’il vous inspire, le respect que vous portez à ses vertus; qu’il y recueille les conseils nécessaires à son inexpérience !
Voici , pour l’homme de lettres , une bonne action à faire. Mais, loin qu’en y consacrant ses veilles, il doive abdiquer son talent, il sera appelé à faire de son talent un usage plus difficile qu’il ne pense. Rien n’est moins aisé que de rendre la vérité familière, et la morale attrayante, pour des lecteurs peu exercés, sans rien faire perdre à l’une, de sa rigueur ; à l’autre, de sa dignité. Ce qui fait que la plupart des livres qu’on prétend destinés à faire le sujet de lectures populaires , sont si peu propres h reinplir ce but, c’est précisément parce que la médiocrité considère trop souvent comme un privilège pour elle , la mission de composer ce genre d’ouvrages : comme s’il suffisait de réunir un esprit borné à un langage trivial, pour réussir à tracer une bonne lecture populaire.
Il est un genre de productions, que le cultivateur et l’ouvrier mettent presque au nombre des objets nécessaires, et dont la plupart d’entre eux composent toute leur bibliothèque : ce sont les almanachs. Aussi n’y en a-t-il point dont on ait tant abusé pour entretenir les préjugés et débiter les choses les plus absurdes. Depuis quelques années, les amis du bien essaient de s’emparer à leur tour des almanachs, comme de canaux ouverts pour faire circuler des notions plus vraies. Ils ne négligent point d’emprunter les formes extérieures qui peuvent servir de passeport aux instructions utiles, mais, ils éprou-
vent que le langage de la raison a moins de faveur que celui qui parle à l’imagination et qui flatte les habitudes : c’est une entreprise difficile que de prétendre détrôner Mathieu Laerisberg.
Viennent enfin les conditions matérielles ; car si elles ne suffisent point pour réaliser des publications populaires qui méritent ce titre, si elles n’occupent que le second rang , elles sont cependant indispensables. Les prodigieux perfectionnemens de Fart typographique, l’extension que reçoit la gravure sur bois, facilitent chaque jour davantage, la modération des prix; les prix se réduisent aussi précisément , en raison du nombre des exemplaires de l’ouvrage. On est arrivé à avoir de petits livres, pour 10 et lu centimes. L’emploi des gravures convenablement soignées , a le double avantage de rendre l’instruction plus complète, et de donner plus d’attraits à la lecture.
Les distributions gratuites ont ordinairement un effet contraire au but que leurs auteurs se proposent. Le lecteur accueille avec indifférence le livre qui lui est offert en don; il lit celui qu’il a acheté de ses déniers. Laissez désirer ce que vous voulez faire goûter.
Dans les États-Unis, et en Angleterre, on a imaginé de créer des bibliothèques voyageuses ou circulantes, qui font passer les livres de main en main, procurent ainsi au même exemplaire un grand nombre de lecteurs, économisent singulièrement les frais, et permettent de renouveler incessamment les alimens offerts à la curiosité des lecteurs. En divers lieux, de riches et bienfaisans propriétaires ont doté leurs villages de bibliothèques, communes aux habitans. On pourrait aussi, et nous avons l’espoir de voir réaliser ce plan parmi nous ; on pourrait attacher à chaque école, un choix de livres, qui seraient appropriés aux divers âges, aux deux sexes, et que les habitans pourraient emprunter tour-à-lour, movennant une rétribution trèsmodique qui servirait à l’entretien de ce dépôt. Avec 10 fr., on formerait aujourd’hui, un premier fonds de bibliothèque de village renfermant au moins 20 volumes : la moitié de cette somme suffirait chaque année, pour accroître cette collection; et chaque bibliothèque, n’obtint-elle dans la commune que 50 lecteurs abonnés, chacun de ceux-ci n’aurait à dépenser pour en jouir que 20 centimes la première année et 10 centimes les suivantes. La même institution pourrait être formée dans les villes auprès des
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écoles, mais avec un choix différent, à l’usage des ouvriers.
Des encourageniens et des prix de vertu.
Lorsque les rangs supérieurs de la société deviennent le théâtre de quelque grande et belle action, le public applaudit, la gloire les récompense, l’histoire en transmet les souvenirs; le gouvernement quelquefois les honore; leurs auteurs sont portés à des grades plus élevés dans la carrière publique; leur crédit s’étend, leur fortune s'accroît, par un heureux effet de l’estime générale : il ne s’élève aucune critique contre les hommages que de telles actions obtiennent, contre l’éclat qui les environne, si ce n’est celle que peut suggérer l’envie toujours prête à dénigrer, ou la malveillance des âmes basses qui ne croient pas à la vertu; de telles contradictions sont encore des titres de gloire. Du reste, ces actions étaient déjà rémunérées par le regard des spectateurs ; elles en ont été plus faciles. Est-il étonnant, d’ailleurs, que celui auquel la fortune prodigua ses dons, sache se montrer généreux, et que, dans une situation élevée, on soit capable d’un noble dévoûment? Mais, voici un homme obscur, disgracié par la fortune, qui , loin du regard des hommes, sans témoins, s’immole lui-même volontairement pour faire le bien. Son action sera-t-elle moins grande et moins belle, pour avoir été exercée dans une plus humble sphère? ou devra-t-elle, pour ce motif, être ensevelie dans le silence? Ah! sans doute, si cet homme a été le martyr de son dévoûment, s’il a sacrifié sa vie, on ne disputera pas à son tombeau quelques hommages, à sa veuve, à ses enfans quelque assistance. Quel est celui qui, en visitant le port de Calais, ne raluc avec respect le monument élevé à la mémoire des marins qui périrent en volant au secours des nauvragés? On ne condamne pas le moraliste qui a eu le bonheur de découvrir quelques traits de vertu dédaignés par l’histoire, et qui les offre en exemple; on ne lui reproche pas d’avoir pris ces exemples dans les classes inférieures, et d’avoir jugé que leur mérite en devenait plus certain et plus pur. Or, l’homme de bien auteur de cette belle action vit encore; il entendra nos éloges; il recevra la couronne que lui présente notre admiration : par cela
seul tout est-il changé? sa bonne action ne peutelle plus être tirée de l’oubli?
Un sentiment naturel a porté à croire qu il est d’autant plus juste est utile d’honorer une bonne action , qu’elle a été plus désintéressée et moins exposée aux regards ; que cet hommage se confond avec le culte de la vertu elle-même, et qu’en excitant une heureuse émulation, il peut multiplier les actions louables. Ainsi, l’administration publique s’empresse de décerner des médailles au matelot, au mineur, au pompier, à l’homme de peine, qui ont exposé leur vie pour sauver les victimes de quelques catastrophes. Ainsi, de généreux fondateurs ont créé des dots en faveur des jeunes filles dont la conduite aurait été la plus méritoire; des prix, en faveur des personnes d’une condition pauvre qui, par une suite de bonnes actions, se seraient rendues dignes d’être signalées à l’estime publique. On a institué des rosières dans les villages; Montyon commença, dès 1780, mais sans se laisser connaître , à confier à l’Académie française la mission de décerner les prix dont il faisait les fonds, et dont son testament a révélé le secret, en perpétuant et en étendant le bienfait. Des associations de souscripteurs ont offert des prix d’encouragement pour les garçons de ferme, pour les ouvriers dans les fabriques, pour les domestiques qui se distingueraient par leur zèle à remplir leurs devoirs. Alors, les doutes se sont élevés, les critiques se sont fait entendre.
Nous n’aurons garde de discuter celles qu’a suggérées l’esprit de parti, la frivolité des gens du monde, le dédain des beaux esprits. Mais il en est de sérieuses, qui ont été produites au nom de la philosophie, dans l’intérêt de la vertu ellemême. u Avant de couronner la vertu, savez- « vous (a-t-on dit) quelle est l’action vérilable- <t ment vertueuse? avez-vous le moyen d’en « acquérir la certitude? pouvez-vous, en effet, u pénétrer dans le secret des intentions humai-
nés? Si vous avez réussi à le découvrir, pourquoi violez-vous ce secret, en avez-vous le droit? Est-ce récompenser la vertu? n’est-ce pas plutôt la trahir et manquer au respect qui lui est dû? Que si vous voulez cependant imposer à la vertu des couronnes qu’elle répudie, pourquoi cette préférence en faveur des pauvres? Celte affectation à prétendre les récompenser, n’est-elle pas un mépris caché sous l’apparence d’un honneur? Le prix que vous lui jetez ne peut-il corrompre le mal-
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« heureux que vous prétendez rémunérer?
« N’éveillera-t-il pas en lui une vanité, une aviu di té qui lui étaient jusqu’alors inconnues? ». Ne lui enlevez-vous pas, dans tous les cas, le « mérite de sa bonne action? Ne le privez-vous « pas au moins des jouissances qu’il goûtait en u se la rappelant? Qu’espérez-vous donc de ces « vaines cérémonies célébrées par des acadé- « mies, au milieu de leurs exercices littéraires? « Quels sont ceux que vous encouragez 'a imi- <c ter les bons exemples? — Les assistons? Mais « ce sont des riches, des gens du monde, des « désœuvrés, qui ne voient là qu’une sorte de <t représentation théâtrale. Les absens? mais » ceux que vous vous imaginez exciter au bien te par vos acclamations, appartiennent à une tt classe de personnes à laquelle votre voix ne u peut parvenir, qui ignore même l’existence « de vos académies. Voyez ces sœurs qui se détt vouent dans nos hôpitaux : ont-elles attendu tt vos prix pour accomplir leur immolation ? « Croyez-vous qu’elles aient connaissance de tt vos couronnes? qu’elles consentiraient à les tt accepter? Ah! laissez aux choses leur cours tt naturel ; laissez à la confiance et à l’estime « publique, le soin de récompenser des mérites n que seules elles peuvent apprécier! Favorisez tt les influences qui épurent les âmes, et ne prott fanez pas la vertu , en la traduisant sur le tt théâtre du monde ! »
Il est vrai, et nous nous empressons de le reconnaître, il n’est pas au pouvoir des hommes, de récompenser dignement la vertu; il ne leur est pas même donné d’en apprécier avec certitude les vrais mérites. La vertu sincère, la seule qui mérite ce titre, n’agit point en vue de la rémunération; elle perdrait de son prix, dès qu’elle se laisserait atteindre par des intentions mercenaires. Ceux qui obtiennent de semblables couronnes ne les avaient point ambitionnées, et cela même leur donnait plus de droit à les recevoir. Les actions les plus admirables sont souvent celles qui restent le plus ignorées; leurs auteurs se plaisent dans cette obscurité; leurs regards se dirigent vers le ciel, et non sur les vaines distinctions qu’accorde ici-bas l’opinion du monde. Nos applaudissemens seraient, pour de tels mérites, plus qu’une importunité; ils pourraient blesser des âmes sublimes.
Mais, s’il faut craindre de porter la moindre atteinte à la pureté des vertus les plus saintes, il faut se défendre aussi d’exagérer ici les maximes de la morale. Il faut redescendre dans la
réalité de la vie, prendre les hommes tels qu’ils sont. Si nos récompenses ne profitent pas à ceux qui les reçoivent, n’ont-elles pas sur d’autres une influence beaucoup plus étendue, quoique indirecte? Ne profitent-elles pas à la foule de ceux qui ne s’en croient que les spectateurs? Ceux-ci n’en reçoivent-ils pas un double bienfait, et par l’instruction qu’elles leur apportent, et par les sympathies qu’elles éveillent en eux? N’est-il pas avoué que le meilleur enseignement de la morale est celui qui la montre en action? Et quel moyen plus naturel et plus efficace de la montrer en action, que de la découvrir, pour la mettre en lumière, dans des faits actuels, constatés, dans des personnages vivans, et dans une sphère où le mérite des actions est encore relevé par leur obscurité même? Signaler de tels faits, n’est-ce pas éclairer l’opinion publique, satisfaire à ses besoins, appeler son témoignage à l’appui de l’autorité des préceptes? En exprimant l’estime générale, n’acquitte-t-on pas une dette, plutôt qu’on ne décerne une récompense? Que! est celui de nous qui n'aime à répéter le récit d’une bonne action? Quel est le père de famille qui ne se complaise à en mettre l’image sous les yeux de ses enfans? Quel est celui qui, les entendant proclamer, indifférent et distrait peut-être jusqu’alors, n’éprouve au fond de son cœur une émotion naturelle et d’autant plus salutaire, qu’elle sera plus nouvelle peut-être? Sa conscience se réveille et répond aux suffrages publics. Faut-il donc ne mettre sous les yeux de la foule, que l’horrible tableau des turpitudes, des crimes de tout genre, des empoisonnemens, des assassinats, des suicides qui déshonorent la société, et dont on semble prendre à tâche aujourd’hui de prodiguer à chaque instant, et sous toutes les formes, les hideuses images? Ne sera-t-il pas permis d’offrir quelque contrepoison pour de si funestes enseignernens, de consoler les amis du bien par de plus doux spectacles, de protéger la dignité de la nature humaine, en faisant luire au-dessus de la fange qui souille la société, le pur et bienfaisant éclat des vertus qui l’honorent? Ah! sans doute, nous ne prétendons pas offrir aux belles actions un prix vénal; mais nous aimons à les révéler, à les louer, en présence de tant d’êtres faibles, ignorans, qui ont besoin d’être soutenus et éclairés par de bons exemples. Nous les choisissons dans les classes les plus humbles, précisément pour que les pauvres sachent bien que nous admirons surtout les vertus du pauvre;