EFFETS DES INSTITUTIONS I)E PATRONAGE
mais de fausses impressions seront souvent prévenues. Ceux qui se dévouent pour servir les intérêts du pauvre, avec les motifs les plus désintéressés, ont droit à en être accueillis , quand ils lui offrent leurs conseils. Si , en communiquant avec eux , toutes les préventions de l’ignorance ne se dissipent pas à l’instant, du moins l’intelligence s’ouvre à la lumière, les idées s’étendent, la violence se calme , la réflexion prend naissance; les bienfaits d’une haute civilisation se répandent insensiblement dans les degrés inférieurs des conditions sociales.
L’étude du cœur humain nous apprend qu’il est, pour les personnes placées dans les conditions inférieures, deux dispositions fâcheuses et auxquelles leur situation les expose ; l’une tend à les trop rabaisser à leurs propres yeux; l’autre, à les irriter contre ceux qui se trouvent plus heureusement partagés. Rien ne doit être négligé pour combattre ces deux ennemis de leur bonheur et de leur moralité, pour y substituer une légitime fierté pour eux-mêmes , et la confiance envers ceux qui peuvent leur êlreutiîes. Qu’on se garde bien de croire que ces deux derniers senlimens soient incompatibles! ils sont au contraire naturellement en accord. L’influence du patronage concourra puissamment à les concilier. Sans doute il n’est pas à désirer qu’un individu se trouve habituellement au milieu de personnes dont la condition est placée à une trop grande distance de la sienne ; il se trouverait étranger dans un tel cercle; il ne pourrait y oublier, y faire oublier la situation à laquelle il appartient; l’exemple des qualités qui s’y offriraient à ses regards, serait peu intelligible pour lui ; l’éclat des lumières qu’il y rencontrerait, l’éblouirait sans l’instruire; il se sentirait plus humilié peut-être parle contraste. Ne craignez pas cependant que , dans des relations avec les personnes dont le sort est plus heureux que le sien , l’homme peu fortuné sente quelquefois Futilité d’une protection. La vue des supériorités, si elle blesse quelquefois l’amour-propre, dispose aux égards, excite l’émulation. Il y a surtout pour l’homme un rare avantage, à se rapprocher des supériorités morales ; chacun de nous doit se féliciter lorsqu’il entre en commerce avec des êtres chez lesquels il découvre un plus haut degré d’instruction , de sagesse, de vertu. Un tel commerce est plus particulièrement profitable pour ceux qui sont faibles encore; ils y puisent des pensées et des espérances de perfectionnement A l’aide des re-
lations qui rapprochent et lient les diverses classes de la société, les trésors d’instruction et de moralité se transmettent de proche en proche, arrivent à celles qui sont les moins favorisées, et s’y répandent sans s’épuiser. Les institutions de patronage leur serviront comme autant de canaux. Composées d’hommes de bien, fondées et animées par des intentions toutes généreuses, elles deviendront comme un foyer actif d’affections bienveillantes, autour duquel se rallieront les conditions laborieuses. L’ouvrier s’approchera avec confiance de ces guides qu’il voit se dévouer avec tant de zèle à découvrir et à servir scs besoins ; l’envie fera place dans son cœur à une juste gratitude. Puissent ceux qui seront appelés à l’exercice de ces fonctions tutélaires, se bien persuader en effet qu’ils ont aussi et surtout à servir l’intérêt des bonnes mœurs, et que le plus grand service qui puisse être rendu à nos semblables, est de les aidera devenir meilleurs !
Veut-on un exemple remarquable des vérités que nous cherchons à établir ici ? Qu'on voie les qualités qui se déploient souvent chez les domestiques, lorsqu’ils ont de bons maîtres! de quel dévoûment alors ils sont capables! quelle fidélité ! quelle discrétion; quel courage, s'il le faut! Quel respect, cependant! quelle obéissance empressée! Les intérêts de leurs maîtres deviennent leurs intérêts propres ; ils sont capables de s’attacher pour la vie entière ; ils deviennent en quelque sorte membres de la famille, par l’attachement, sans oublier les égards de la subordination. Combien de fois les a-t-on vus soutenir ensuite de leurs épargnes et par leurs travaux , d’anciens maîtres tombés dans la détresse, sans cesser de leur continuer les soins les plus pénibles à titre de serviteurs volontaires! La domesticité constitue un genre de relation où les maîtres exercent un patronage naturel. Puissent-ils comprendre les devoirs que ce patronage leur impose! Oh! c’est ici surtout que les vertus du riche prépareraient l’amélioration des mœurs du pauvre; ses exemples deviendraient féconds ; sa bonté en accroîtrait l’empire. Recommandons, propageons les établissemens formés en quelques villes de l'Europe, pour rémunérer les bons domestiques; mais sachons, avant tout, les former nous-mêmes, dans l’intérieur de nos maisons, les guider par le spectacle d’une vie vertueuse, les encourager, les récompenser par nos égards et notre estime !
Combien n’est-il pas à désirer, sous ce rap-
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port comme sous beaucoup d’autres, que les propriétaires estimables résident, au moins pendant une partie de l’année, dans les campagnes ! Combien elles sont précieuses, les occasions, trop rares, sans doute, qui réunissent les individus des classes inférieures autour des personnes dont les exemples et le langage peuvent leur faire comprendre et goûter le vrai, le bon !
C est un avantage qu’offrent les caisses d’épargnes; on le retrouverait dans la direction des caisses d’assurance sur la vie, telles que nous les avons proposées; on le relrouve avec un haut degré dans des établissemens semblables à la Société industrielle de Nantes.
Les institutions de patronage peuvent encore seconder efficacement l’amélioration des mœurs dans la classe ouvrière, par les services qu’elles rendraient pour le placement des ouvriers, en les signalant à l’estime, en les recommandant à la confiance.
C’est une rémunération naturelle et puissante, pour les sujets instruits et honnêtes, que de leur procurer, dans la carrière qu’ils suivent, soit un placement favorable, soit un avancement plus rapide, soit des conditions plus fructueuses. Rien n’est plus propre à encourager les hommes voués à une vie laborieuse, que de leur faire connaître le prix de l’estime, que de les en faire jouir. Ainsi leur condition s’ennoblit, leurs forces redoublent , animés qu’ils sont par un mobile plus élevé et plus pur que l’amour du gain. Un tel mobile devient d’autant plus puissant, que l’ouvrier, cessant d’être employé comme une machine aveugle, est appelé, par les progrès de l’industrie, à déployer, dans le travail, les forces morales de l’intelligence et du caractère. Ce serait leur suggérer de fausses notions d’indépendance, que de leur faire redouter la nécessité d’obtenir et de conserver l’estime d’autrui, comme une condition de succès ; il n’y a rien qui ressemble moins à la servitude, qu’une semblable dépendance; elle honore celui qui y est soumis; et le salaire lui-même, quel qu’il puisse être, acquiert un nouveau prix, lorsqu’il est le gage d’une conliance méritée.
De l’influence de l’esprit de famille.
L’expérience témoigne que les mœurs populaires ne sont jamais meilleures que dans les
pays et dans les temps ou l’esprit de famille exerce le plus d empire; et la philosophie explique; ce fait, en le confirmant, par les sentimens qui unissent la famille. Dans ces sentimens se déploient tous les genres d’affections pures et généreuses; les vertus domestiques renferment le germe des autres vertus; le bonheur domestique rend facile l’accomplissement des devoirs. C’est au sein de la famille que les femmes portent et versent ces trésors de bonté, de tendresse , de générosité dont la Providence s’est plu à les douer. Le chef d’une famille, embrassant dans sa pensée des intérêts plus graves, plus durables, que l’homme isolé, est mieux disposé à réfléchir et à prévoir; il sent le besoin de se respecter lui-même ; il a plus de sérieux, de gravité ; retenu ou rappelé chez lui par les soins qui réclament sa présence, il a moins d’occasions de se livrer au dehors à la dissipation et de former des liaisons fâcheuses; chargé de protéger des êtres faibles, il puise dans celte mission, la fierté, le courage; il s’y exerce à l’oubli de luimême; il connaît l’exquise jouissance de vivre pour autrui, la délicate volupté du don fait et accepté; il la goûte à chaque instant. La mère de famille se sent investie d’une dignité presque religieuse: elle s’exerce constamment à l’ordre, à l’activité, à l’oubli d’eile-même ; elle continue sa propre éducation, en commençant celle de ses enfans; tous les actes de dévoùment lui deviennent familiers. Les époux contractent entre eux, de toutes les amitiés, la plus sainte; de toutes les communautés, la plus parfaite, la plus étroite, la plus durable. Les enfans, en présence des auteurs de leurs jours, apprennent le respect, la confiance, la gratitude. Les frères et les sœurs, dans leur réunion assidue, s’exercent à l’assistance mutuelle, conçoivent les premières notions de la justice, en les associant aux sentimens de la bienveillance.
Les femmes qui ont reçu de la Providence un si beau et si touchant ministère, pour répandre et développer la moralité sur la terre, ne peuvent guère l’accomplir, dans la sphère inférieure de la société humaine, qu’aux titres d’épouses, de mères, de sœurs, de filles, en un mot qu’à un titre conféré par les liens de famille. Seul, il les place dans une situation assez favorable à l’intimité, assez honorable, pour qu’elles puissent devenir ce qu’elles doivent être, de vraies institutrices, dont les enseignemens sont d’autant plus efficaces qu’ils sont plus insensibles. Leurs enseignemens sont plus nécessaires peut-être