PRÉAMBULE HISTORIQUE
Plus que tout autre pays, l'Anglc^terre nous < conquête normande, le spectacle de la dépossc du vaincu au profit du vainqueur, de la substit de la souveraineté du conquérant à la souver Cette spoliation, sans excuse pour les Anglo-Sa fiait aux yeux de Guillaume par des services h des dévouements à récompenser. Elle était en nécessaire, mais il est curieux de voir commei mand Torganisa de façon à demeurer véritable
Propriétaire par la conquête de tout le sol il gratifie ses principaux lieutenants de domaii çà et là sur toutes les parties du territoire. Le i avait sept cent quatre-vingt-treize manoirs, vingt comtés. Quarante autres, la tête du baroi des manoirs dans six, douze et jusqu'à dix-sept
. Voilà qui donne bien l'image de la féodalité « pary telle que les premiers rois normands l'avaient
La plupart des grands vassaux ne pouvaient donc s troupe un peu importante sans adresser des appels mt entendus dans toutes les régions de TAngleterre, es dont ils disposaient dans chaque comté étaient eures à celles de Tofficier royal, vicomte ou shérif, rdres duquel se rassemblaient tous les petits vas-
i couronne Le grand nombre de leurs fiefs ne
3 rendre les barons anglais plus largement et plus vulnérables (^). C'est ainsi que les domaines de I Montfort étaient disséminés dans les comtés de
de Northampton, de Suffolk et de Berks. Notons, que ces grands vassaux étaient plutôt des seigneurs [ue des barons territoriaux : Ils n'avaient sur leurs un droit de propriété et non point de souveraineté, sus de cette féodalité, si pauvre en prestige et en s, se trouvait une royauté fortement centralisatrice, \ allons essayer de préciser la puissance. Les vassaux leurs propres vassaux étaient liés au roi par un sériel de fidélité qui en faisait les sujets immédiats de ne. Guillaume est le maître de toutes les grandes royaume : Gneist en voit la preuve dans ce fait que e cents chartes des villes qui nous ont été conserrante-neuf seulement émanent des barons. Le roi es ordres un personnel administratif et judiciaire nt qu'à lui et défendant avec un soinjaloux les droits ronne dont la méconnaissance entraîne la confiscabiens des barons révoltés. Deux faits rendent par-
', Le développement de la conslilulion et de la société politique en éd. 1887, p. 19.
f, id., ib, id.
ticulièrement sensible rintensîté du pouvoir royal en Angleterre : premièrement, les guerres privées, que les rois de France prennent la peine de réglementer et se résignent à permettre conditionnellement jusqu'en 1330 et en 1353, disparaissent de bonne heure de l'autre côté du détroit. Les grands vassaux observent entre eux la paix du roi.... secondement, à aucun sujet en Angleterre n'a jamais été accordé le droit de frapper monnaie à une autre effigie que celle du souverain; au contraire, les monnaies seigneuriales se maintiennent en France jusqu'au seuil des temps modernes (^).
Entre les barons qui ne sont, au fond, que des propriétaires, et le roi qui est, avant tout, un souverain, la différence, on le voit, était profonde. Or ce fut cette disproportion même qui activa Téclosion des libertés publiques en Angleterre.
Les rois anglais, étant avant tout des hommes, furent tout naturellement portés à abuser du pouvoir quasi-absolu dont ils étaient investis. Leur oppression pèse de plus en plus lourdement sur leurs sujets; leur fiscalité notamment devient intolérable. Tous les moyens leur sont bons pour remplir leur trésor et les levées d'impôts sont essentiellement arbitraires : « Adquisitis magnis thesauris ab hominibus suis, » super quos aliquam causam invenire poterit, sive juste, sive » injuste » (*). L'usurpation de Jean-Sans-Terre, son divorce, sa tyrannie, ses exactions, ses crimes et notamment le meurtre d'Arthur, ses luttes avec le clergé, lassèrent la patience des barons qui se proclament armée de Dieu et de sa sainte Eglise, prennent Londres et imposent au roi, forcé de céder, la grande charte de 1215 dont la disposition fondamentale renferme le principe de l'existence du parlement et de la nécessité de son vote pour percevoir un impôt : « Nullum
(*) Boutiny, td., ib, id,, p. 25, note 2. (») Annals of Wowerleyy \t% partie.
» scutagium vel auxilium ponatur in regno nostro nisi per » commune consilium regni nostri ». Menacés tous les jours par une royauté trop puissante, les barons ont pensé que, pour résister à un adversaire aussi supérieur, ils devaient se réunir, s'entendre, s'organiser, et surtout rallier d'un bout à l'autre du royaume ceux que la tyrannie du souverain pouvait atteindre. Ils voulaient donner à leur situation une stabilité que l'absolutisme royal leur interdisait d'espérer, et pour aboutir à la victoire, « ils firent la résistance collective, nationale et populaire ».
Désormais, un nouveau facteur entre en lice : la nation qui, d'abord, s'ignorait elle-même, se ressaisit et se dresse en face du roi, forte de ses droits et avide de libertés. Cette nation, consciente de son unité, se donne un moyen d'action, un organe permanent dans lequel la Révolution de 1215 se pacifie, se régularise et se perpétue sous la forme de l'opposition politique et du contrôle (*). Je veux parler du Parlement. Véritable interprète de la volonté nationale et fort dé l'appui de tout un peuple qu'il sent massé derrière lui, il opposera sans cesse son autorité à celle du roi et nous assisterons, du xiv* au XVII' siècle, à un long duel entre ces deux pouvoirs. Le contrôle et la surveillance du parlement, intolérables à un roi imbu de son absolutisme, pousseront ce dernier à dissoudre brutalement des assemblées qui le gêneront. C'est de cette dissolution que nous nous efforcerons de dépeindre la physionomie jusqu'à la Révolution de 1688.
(*) Boulmy, id., p. 56.