CHAPITRE III
LA. DISSOLUTION SOUS LA MONARCHIE DE Jl
Sous la Restauration, on avait eu l'appareil ment représentatif; on acceptait les chambres, quand elles étaient de Favis du gouvernement, 1829 cette obséquiosité cessa, on fit un 8 août, p tion, et M. Thiers pouvait dire avec raison. « Lî qui venait pour concilier l'ancienne monarchie a fini par le coup d'Etat et le droit divin ». Ave< de Juillet, c'était la cause du gouvernement par triomphait. La charte de 1830 reproduisait po ques modifications près, la charte de 1814. Ma apparente similitude des termes, elle ne s'iu tout du même esprit. Le 6 août 1830, un dépu n'avait-il pas demandé que le préambule fû son amendement n'avait-il pas été rapporté le, Dupin, qui s'exprimait ainsi: «... Le préambu
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est supprimé, non comme une rédaction inutile, mais parce qu^il blesse la dignité nationale, en paraissant octroyer aux Français des droits qui leur appartiennent essentiellement.... Ici, la loi constitutionnelle n'est pas un octroi du pouvoir qui croit se dessaisir, c'est tout le contraire. C'est une nation en pleine possession de ses droits qui dit, avec autant de dignité que d'indépendance, au noble prince auquel il s'agit de déférer la couronne : A ces conditions, écrites dans la loi, voulezvous régner sur nous ? » (*).
Le 9 août, les deux chambres se réunissent en présence du duc d'Orléans. Les deux présidents donnent lecture des déclations votées dans leurs chambres respectives. Le prince répond. « J'ai lu avec une grande attention la déclaration de la chambre des députés et l'acte d'adhésion de la chambre des pairs. J'en ai pesé et médité toutes les expressions. J'accepte sans restrictions ni réserves, les clauses et engagements que renferme cette déclaration, et le titre de Roi des Français qu'elle me confère, et suis prêt à en jurer l'observation » (•).
On voit, par ce qui précède, la différence capitale qui sépare la charte de 1830 et la charte de 1814. Celle-ci était une concession volontaire faite par le roi, dont le droit était afflrmé comme supérieur et antérieur à celui du peuple. La Charte de 1830, malgré le nom qui lui est conservé, est un pacte entre le roi et les représentants du peuple ; le roi n'est roi des Français qu'après avoir accepté et juré ce pacte. Comme en 1688, en Angleterre, la prépondérance du parlement était désormais un fait acquis. Le roi ne pourrait gouverner qu'avec l'appui du parlement ; une majorité lui était indispensable. Louis-Philippe essaierait-il, comme Guillaume d'Orange, de neutraliser les uns par les autres les divers partis qui se divi-
(*) Archives parlementaires, 2« série, LXIII, p. 57 et 58. (*} Duguit et MoDDier, Constitutions, Introduction^ p. xci.
saicnl alors la chambre, pour rendre possible son
ment personnel ? Outre que Témîettement des par
cette combinaison fort aléatoire, la Charte de 1830
formellement la responsabilité des ministres et les
nouvelles, fortement libérales, laissaient entrevoir
responsabilité politique ministérielle ne serait pas
comme celle qu'avait organisée, exactement dans
termes, Tart. 13 de la Charte octroyée de 1814. (
il ne peut y avoir responsabilité que là où il ya libert
les ministres allaient devenir en même temps, les se
teurs du pouvoir exécutif, et le cabinet. Tunique di
gouvernement, à la condition d'avoir pour lui la n
parlement et la confiance du roi, dont le droit sei
quand il aurait nommé les ministres. La dissolutic
charte de 1830 consacrait dans son art. 42, devait
entre les mains des ministres, un moyen d'assurer
pendance vis-à-vis de la chambre et de créer dan
ment une majorité représentant fidèlement les v<
aspirations du pays. Instrument de gouvernement, j
a pour but de créer une majorité sans laquelle (
gouverner, la dissolution ne pouvait plus appartc
ministres. Cette solution, à laquelle nous conduit 1
fut aussi celle à laquelle parut se ranger le gouver
Juillet, qui, ne pouvant violer ouvertement la c
jurée, s'appliqua à la tourner, et y réussit, en refus
fiance aux ministères qui avaient une volonté pr
prononçant la dissolution des chambres qui ne
saient pas assez dociles. Les institutions représenta^
que fonctionnant réellement, se trouvèrent par là r
sées et la formule politique de la monarchie de ,
être ainsi libellée: Gouvernement personnel du ro
Tabsence de volonté propre dans les ministères et 1
sion presqu'absolue de Topposition dans les chambres. Mais ce résultat ue fut pas atteint sans luttes et sans des discussions intéressantes qu'il nous reste maintenant à représenter. Au cours de la discussion de la loi électorale du 19 avril 1831 qui fut, remarquons-le, en vigueur durant tout le règne de Louis-Philippe, on en vint à parler de la dissolution de la chambre que le ministère avait paru annoncer, et le président du conseil, M. Lafitte, prononça un long discours pour démontrer que le ministère n'avait rien à voir dans la dissolution, qui était une prérogative royale. « Je sais, dit-il, qu'au roi seul appartient de prononcer la dissolution. Aussi, quelles que soient l'opinion de lar chambre et celle du ministère sur cette question ) le roi seul a le droit de prononcer la dissolution... » (*). Cette affirmation, bien qu'elle se fût produite au début même de ce gouvernement de Juillet, et à une époque où les mœurs parlementaires étaient encore en formation, souleva néanmoins des protestations, et M. Guizot était véritablement l'interprète de la majorité de la chambre et parlait dans le véritable esprit du nouveau régime quand il répondit : « Je ne prolongerais pas cette pénible discussion, s'il n'y avait, dans l'intérêt de la vérité, un principe à rétablir. M. le Président du conseil vient de dire que la dissolution de la chambre appartenait au roi seul, que c'était l'expression de la volonté royale seule; que le ministère n'avait pas à y intervenir. Je ne crois pas, Messieurs, que ce soit là le principe constitutionnel. Dans aucun cas le roi ne fait rien seul. Le roi ne fait que par le conseil de ses ministres, et s'il s'agit de dissolution..., il y a des conseillers qui en répondent. La dissolution n'est pas, plus que tout autre acte de gouvernement, l'expression d'une volonté particulière du roi; c'est
(») Archives parlementaires, 2« série, vol. 67, p. b07.
Texpression d'un système ministériel que le roi soi qu'il garde ses ministres, et qu'il abandonne quf change » ('). Un semblable langage, que je ne cheri à concilier avec la théorie de Teffacement ministér toirè soutenue par le même M. Guizot en 1846, me demi-satisfaction. Je dis demie, parce que la dissolu de gouvernement », comme Tappelle M. Guizot, dont le roi, déclaré irresponsable, n'a pas à se m qu'il en soit, à lire de tels discours et à les voir i par la grande majorité de la chambre, on croirait q vernement de cabinet dût s'acclimater rapidement e et c'est là, en effet, la solution qu'ont adoptée la mi auteurs, dans leurs appréciations sur la monarchie Je crois au contraire que la monarchie de Juillet continuellement une équivoque et que de 1830 i France n'a joui que de l'apparence du régime pari et non de sa réalité. Je n'en veux pour preuve que sion de l'adresse de 1839, et les débats des 27, i
Outre que les ministères des premières années d nement de Juillet se composaient d'hommes de < opinions, et que cette incohérence même était un l'exercice de la responsabilité politique ministéri( Louis-Philippe, quoique naturellement libéral, se difûcilement à ce que les ministres devinssent les s< teurs du pouvoir exécutif. La répugnance que lu cette conséquence immédiate de la responsabilité du ministère était telle qu'après la chute du premi Mole, en 1837, il chargea le même M. Mole de coi autre ministère, le ministère du 15 avril 1837. 11
(*) Archives parlementaires, 2« série, vol. 67, p. 508.
bien le dire, plus qu'un remaniement ; c'était un chande système* M. MoIé rompit avec les traditions parlires. 11 gouvernait bien avec le concours des cham- (lais non point par les chambres. Imbu des principes ilé qu'il avait reçus de l'empire, il entendait que le réellement le roi et un tel ministre devait plaire à ^hilippe qui ne se sentait aucun goût pour la maxime fbiers : « Le roi règne et ne gouverne pas ». Aussi se t-il au pouvoir pendant deux ans, malgré les votes que la chambre ne cessa de lui infliger, ce qui faisait nisamment à M. Billault, « lorsque la loi du divorce irmise, bien des femmes préféraient les mauvais trai- ( de chaque jour à un divorce par consentement muii ! bien, Messieurs, telle est la situation du ministère s-à-vis de la chambre {on rit) » (*). Une telle situation ait durer ; les chefs de parti dans la chambre se liguéntre M. Mole. Le côté gauche, avec Odilon Barrot, le gauche avec M. Thiers, le centre droit avec M. Guizot, isèrent contre les ministres qui donnaient tant d'oxà la prérogative royale et lui livrèrent bataille dans miers jours de 1839, au cours de la discussion de le. Ce fut, pendant quelques jours, un véritable assaut ence, où amis et ennemis du régime représentatif )pèrent leurs arguments.
artin, ministre des travaux publics, vint d'abord affire les membres du ministère Mole avaient leur volonté idante et ferme, quoique respectueuse, et déclarer L cynisme candide, que « s*il était un ministère qui ait loin le scrupule, et qui ait voulu ne conserver la direc* s affaires qu'autant qu'il serait soutenu par la confiance
iteur universel, vol. 109, p. 40.
des chambres, c'était le ministère Mole, le ministè 15 avril » (*). M. Barthe, ministre de la justice, proies suite que le devoir des ministres était de se placer ei couronne et radministralion, jamais la couronne entre V nistration et eux (»).
Toutes ces belles paroles laissaient la chambre fro chacun se demandait, en écoutant ces orateurs qui raient ne pas vouloir se retrancher derrière Tinviolabi l'irresponsabilité royales, par quelle bonne raison ils raient justifier Ténergie avec laquelle ils se cramponnai pouvoir malgré les votes hostiles de la chambre. Cette raison, M. Jars crut l'avoir trouvée. Après s'être élevé la maxime fameuse a Le roi règne et ne gouverne pa avoir déploré que les limites constitutionnelles se rétrc( considérablement du côté de la couronne, et s'étendisseï niment du côté de la chambre, il s'écriait : « Moi au demande et je désire l'indépendance du ministère, mai demande tout entière. Je la demande, non seulement à V de la couronne mais à l'égard de vous-mêmes, memb cette chambre, qui prétendez la diriger » (').
A ce raisonnement d'un autre âge, plusieurs orateur sérieux firent de justes réponses. M. Corne commença en rappelant les vrais principes du gouvernement pari taire. « Un ministère, dit-il, doit procéder de la victoire majorité. Le ministère du 15 avril n'est pas sorti de victoire... Le ministère, c'est un autre principe qu'il respecter, doit céder à la majorité. Ainsi le veut la gouvernement représentatif; cependant, le ministère trois fois, résisté à la majorité qui avait nettement ex
(') Moniteur universel, vol. 109, p. 42. (*) Moniteur universel, vol. 109, p. 52. (') Moniteur universel^ vol. 109, p. 63.
que de ce cabinet, quoique souvent elle es formes respectueuses pour nos instilu* p porte une grave atteinte. Elle respectetue Tcsprlt » ('). Il continuait, acerbe, en
du noinistère Mole pendant les élections I dissolution du 3 octobre 1837, attitude ttitude grave et impassible d'une admi- »ose devant le pays et lui demande s'il pousse sa pensée et sa marche politique ». reprochant au ministère Mole d'avoir, en ice rimmense influence que lui donnaient ^es sociales dont il disposait, cherché à lation nationale dans la sincérité de laquelle destinées du gouvernement représentatif.
Hauranne avait déjà protesté contre la are Mole et réclamé une plus juste obser- B la chambre : « Je veux le gouvernement -il dit, non dans sa forme, mais dans son son apparence, mais dans sa réalité. Je le principes et toutes ses conditions. Or, la lions du gouvernement représentatif, c'est, listère qui émane des chambres, qui les personnifie; c'est une majorité qui, par ce ministère, exerce une action indirecte es aflaires politiques et prenne une part rnement » (*). M. Odilon Barrot intervint fier la responsabilité politique des minissnce aurait pour résultat d'enchaîner le [*ésentatif dans l'immobilité, dans la fixité ments : « Ce serait, dit-il, enlever au gou-
vol. 109, p. 59.
vol. 109, p. 43.
vcrnement représenlalif ce qu'il a da mieux, ce plus salutaire, ce qui le préserve des résolutions vi savoir cette faculté de se modifier; c'est cette poss désintéresse toutes les révolutions en donnant sati tous les griefs» à toutes les exigences de lopinion; 1 la fixité, l'immobilité, c'est la négation du gou\ représentatif » (*). Ce fut M. Sauzet qui précisa le mon avis, le caractère et la nature de la responsabil térielle et qui détermina le plus exactement les rôle tifs du roi et des ministres dans un gouvernement tatif. « Je considère, dit-il, l'inviolabilité royale < palladium de nos libertés et comme la première gouvernement représentatif. Mais à côté de cette véri a une autre qui est fille de la première : c'est la resp ministérielle; non pas une responsabilité banale, responsabilité sérieuse, une responsabilité large, un sabilité qui n'est pas seulement appuyée sur les tern reux et constitutionnels de la Charte, mais, indépec même de ce fondement, sur les croyances de l'opini que, sur la situation du cabinet dans le parlement, veux dire, Messieurs, c'est qu'il n'est pas indifférent rogative royale que l'administration qui est déposita pouvoirs, soit ou non dans une intime union avec h parlementaire des chambres » {*).
La discussion se termina par un vote qui donna nislère Mole une majorité de 13 voix; il n'en était { moralement vaincu et détruit, et aurait dû se retirei de cela, la chambre fut dissoute : Mais la dissol 2 février 1839 ne donna pas les résultats qu'on en a la coalition manœuvra si bien au cours des électioi
(*) Moniteur universel, vol. 109, p. 62. [*) Moniteur univei'sel, vol. 109, p. 57
l'emporta de 45 voix. Le roi ne commit pas alors la faute de Charles X, et ne maintint pas au pouvoir des ministres contre lesquels le pays s'était prononcé : Le 8 mars, il acceptait la démission du ministère Mole.
Le roi était-il enfin convaincu que son irresponsabilité politique lui interdisait de pratiquer le gouvernement personnel, et de substituer ses propres opinions à celle de ses ministres? Il est difficile de le croire, et en admettant même que SCS prétentions se soient restreintes un moment, il est incontestable qu'il continua d'exercer une action personnelle, se refusant à consommer l'abdication de sa prérogative. Je n'en veux pour preuve que la démission de M.Thiers, en 1840. M. Thiers demandait que le discours de la couronne parlât des chances de guerre et réclamât les moyens d'y satisfaire (Il s'agissait de venger l'insulte que nous avaient faite les puissances, en réglant par le traité de Londres du 15 juillet, et sans consulter la France, les difficultés survenues en Orient). Le roi, qui était partisan de la paix au dehors, s'y refusa et M. Thiers démissionna.
Le ministère du 29 octobre 1840, que je nommerai le ministère Guizot, parce que le ministre des affaires étrangères y joua le principal rôle, n'était pas fait pour ramener le roi à une plus exacte observation des règles parlementaires : Profondément attaché à la politique conservatrice, moins rigoureux que M.Thiers sur les théories parlementaires, M. Guizot admettait l'intervention du roi dans le gouvernement. Un tel ministre devait conserver la confiance de Louis-Philippe et j'en vois la preuve certaine dans sa longue durée, de 1840 à 1848. Je ne méconnais pas que durantcettelongue période le mi* nistèreGuizot,euttoujoursla majorité etqu'ilrespecta,du moins en apparence, les formes du gouvernement représentatif : je dis « en apparence », parce que la chambre des députés de 1840
à 1848 ne fut rien moins que la représentation nation dissolution fut le moyen auquel on recourut pendt longue période, non point pour créer une majoril manqua jamais au gouvernement, mais bien pour c< une chambre de plus en plus docile, de plus en plus aux principes professés par le ministère, c'est-à-din roi : Pour empêcher Tavènement d*une autre polil ministère se constitua, par la dissolution du 12 juin celle du 6 juillet 1846, une chambre obéissante, c naient les fonctionnaires. Ce fut là, à mon avis, la plus profonde de Texplosion de 1848.
Malgré toute la pression gouvernementale, il y eut dans la chambre une opposition composée de soldats qui ne manqua jamais une occasion de protester c telles mœurs politiques. De tous les combats qu'elle gouvernement, nous ne retiendrons que la discussio 28 et 29 mai 1846, parce que MM. Thiers et Guizot chacun une déclaration de principes qui mérite d'être et analysée.
M. Thiers, dont les deux démissions avaient eu pc l'opposition du roi à sa politique, fut le premier à p parole. Avec beaucoup de raison, il fit ressortir débuts la monarchie de Juillet se conformait aux ] parlementaires ; puis, à mesure que le spectre de h lion de 1830 s'était éloigné, son respect desdites ] avait fléchi, elle avait changé sa manière de faire, c les idées qui amenèrent la chute de Charles X n'av( continué à germer, et aujourd'hui, elle se metta l'aise. Cl Je me rappelle comment, au début de la n de Juillet, disait M. Thiers, on s'exprimait sur ce poi aurait-on écrit, quelque opinion qu'on eût, aurait-on le roi doit gouvoner, sauf la responsabilité des mini
Constant
n'examine pas si cela est vrai ; mais croyez-vous qu'il y a dix ans, on eût osé écrire cela dans un journal quelconque? Ce
n*98t pas tout Quelque opinion qu*on eût sur la balance
des pouvoirs, sur Tinfluence de la royauté et des ministres, quelque opinion qu'on eût, l'expérience faite sous la Restauration, le souvenir d'une grande catastrophe, tout cela faisait qu'on cherchait à rendre sérieuse la responsabilité ministérielle, pour rendre sérieuse aussi l'inviolabilité royale » (^).
Après cet aperçu rétrospectif, M. Thiers s'engageait à fond contre la théorie du gouvernement personnel, dans laquelle il voyait la négation même du régime représentatif. « Le prince qui régnait en France le dernier, Charles X, avait des qualités estimables; il était honnête, religieux... ; mais, vous le savez, il avait la passion de se mêler du gouvernement. Vous savez qu'il l'avait à tel point, que même quand il n'était que le frère du roi, il voulait gouverner. Lorsqu'il fut roi, c'était bien plus le cas {on sourit). Nous sommes sortis de la Restauration pleins de cette conviction, qu'il fallait que la royauté ne fût pas compromise dans les luttes du gouvernement, qu'elle s'y montrÂtle moins possible, convaincus que le gouvernement représentatif est d'autant plus dans sa réalité et dans sa vérité, qu'il y a à côté de la royauté des ministres plus sérieusement responsables, c'est-à-dire, exerçant plus réellement le pouvoir... ». Et il demandait que les ministres ne s'effacent pas, ne consentent pas seulement à jouer le rôle d'intermédiaires, car lorsqu'on n'est que l'intermédiaire de l'un des pouvoirs, ce pouvoir s'exerce tout entier. « De tels ministres, disàit-il, peuvent être des commis éloquents, ce ne sont pas des ministres à grande responsabilité )>. Enfin, il terminait en affirmant courageusement que le roi règne et ne gouverne
(•) Moniteur universel j vol. 131, p. 1547.
pas, et que s*il était appelé à succéder au ministère Guizot, il tiendrait au roi le langage suivant : « Je suis prêt, si mes efforts peuvent vous être utiles, à vous servir, mais en gouvernant d'après ma propre pensée. Si ma pensée est d'accord avec celle de la royauté, j'en serai très heureux ; mais si nous ne sommes pas d'accord, je persisterai à vouloir gouverner suivant ma propre pensée... C'est peut-être, Messieurs, un grand orgueil; un orgueil frivole, si vous voulez... mais c'est un orgueil désintéressé; et j'avoue que j'aime mieux pour ma part cet orgueil désintéressé, quoiqu'il puisse être accusé d'être frivole, qu'une ambition qui s'abaisse pour avoir, non le pouvoir, mais l'apparence du pouvoir » (•). Dans ce système donc, les ministres sont les seuls à gouverner, et comme la dissolution est un instrument de gouvernement, il en découle logiquement que la dissolution est une prérogative purement ministérielle.
Mais M. Guizot était, comme sous la Restauration, convaincu que le roi doit exercer une action prépondérante dans Je gouvernement, et que notamment à lui seul appartient le droit de dissolution. Je n'en veux pour preuve que le discours qu'il prononça au cours de ces mêmes débats, et dans lequel il exaltait le rôle de la royauté et soutenait une bizarre théorie de l'effacement nécessaire des ministres. « La couronne n'est pas seulement un fauteuil fermé pour que personne ne puisse s'y asseoir. Une personne intelligente et libre, qui a ses idées, ses sentiments, ses désirs, sa volonté, comme tous les êtres réels et vivants, siège dans ce fauteuil. Le devoir de cette personne royale, car il y a des devoirs pour tous, également saints, son devoir, c'est de ne gouverner que d'accord avep les grands pouvoirs publics institués
f») Moniteur universel^ vol. 131, p. 1579.
Charte, avec leur adhésion, avec leur aveu, avec leur . Il faut que nous ayons tous pour la couronne, comme emanclons à la couronne de Tavoir pour nous, ce res- ) croire qu'elle est portée par un être indépendant et rec lequel nous traitons, et non par une pure machine vainc, faite pour occuper une place que d*autres prent, si elle n'y était pas » (*). Jusque-là, M. Guizot ne 'ien que de très raisonnable, et à mon avis, il est faux tenir que le chef de TEtat, dans un gouvernement paraire, est un roi soliveau ou un mannequin de repréon. Mais où M« Guizot faisait, ce me semble, une c'est quand il disait : « C'est ma conviction que le d'un conseiller de la couronne est constamment de ^monter tout le bien à la couronna elle-même. Elle ne jamais du mal, ajoutait-il. La responsabilité ministée couvre ; mais c'est la couronne qui fait tout le bien, m de tout temps et dans tous les pays des conseillers duronne, des ministres de la couronne qui se sont ap- \ à l'efTacer, à s'interposer entre elle et le pays pour se r eux-mêmes et eux seuls. Ce n'est pas mon goût, ni svoir. Je crois qu'au contraire, il faut s'effacer au proa couronne et pour laisser aller à elle la reconnaispublique » (*). J'avoue ne pas trop bien comprendre léorie, tant elle est subtile. D'abord, le critérium pour uer le bien et le mal est impossible à formuler d'une générale, car le bien et le mal sont choses relatives, qui ; avec chaque individu. En second lieu, je ne vois pas sn ce qu'on peut entendre par une dissolution bonne e dissolution mauvaise, car une dissolution, bonne î gouvernement, est mauvaise pour l'opposition, et ré-
ileur universel^ vol. 131, p. 1580.
ileur universel^ vol. 131, p. 1561.
ciproqucment. Au surplus, ce système de I*effacei gatoire est incompatible avec la mission, avec même des ministres qui ont eux aussi, comme le idées, leurs sentiments, leurs désirs, leur volonté, < avant tout, les interprètes do la volonté des chaml: à-dire du pays.
M. Odilon Barrot fit du reste justice de cette tl dite, quand il vint faire ressortir que faire remontei ronne tout le bien, c'était lui faire porter la respon tous les événements, parce qu'en politique, il n'j de bien absolu, parce que les actes du gouverne Tobjet d'appréciations différentes et contradictoii que ce qui parait bon aujourd'hui, peut paraître mi mêmes individus quelque temps après. Sa pérora] pirait des plus pures traditions du parlementarisme le pratiquait en Angleterre. « Je ne veux pas dans n que, s'écriait-il, dans ma discussion, dans mes critic mes accusations, rencontrer la couronne, je ne le je ne veux pas avoir raison sur elle... La monarchie tionnelle se renfermera dans son suprême arbitr planera, elle dominera nos débats, elle n'y prendra elle ne fera pas comme les dieux d'Homère. Elle ne pas dans la mêlée, car, comme eux, elle y serait bL
De telles théories, quoique fort raisonnables et i aux mœurs parlementaires, devaient paraître subv ministère Guizot et au roi. Ne pouvant supprimer ] sabilité politique ministérielle, qui était inscrite forr dansla Charte, le ministère Guizot, c'est-à-dire le roi, s à restreindre encore davantage l'opposition, rendan possible en réalité l'exercice d'une responsabilité i
0) Moniteur universel, vol. 131, p. 1564.
et constitutionnellement incontestable. Ne pouvant faire raltre une institution qui gênait le gouvernement personu roi, ils la paralysèrent et la dissolution leur en fournit >yen. Le 6 juillet 1846, une nouvelle dissolution est orée. Elle donna une grande majorité conservatrice, et la slle chambre, composée presque tout entière de foncaires, voyait son indépendance devenir presque illusoire, in de trouver toujours dans une telle chambre une mapour l'approuver, le ministère Guizot, c'est-à-dire le >ntinuait de suivre un système politique contre lequel le protestait. Ces protestations unanimesdu pays suffiraient, is ne connaissions pas tout ce qui précède, à nous dérer que la dissolution, sous le gouvernement de Juillet, rien moins qu'une consultation nationale. Louis-Philippe, les ministres, sauf M. Casimir Périer et M. Thiers, exéent toujours fidèlement les volontés, considéra la disso- { comme un moyen de se créer une majorité et de muse- >pposition, mais il oublia que le régime représentatif ne lit subsister comme tel que si les sentiments de cette rite étaient la reproduction des sentiments mêmes du et le pays dont il avait trop longtemps méconnu les asons, lui fit, en 1848, expier durement cet oubli.