CHAPITRE II
l'assistance dans la paroisse
i Ja charité dans la vie de la cite et dans la pra- Duvernenient (*) et il n'est plus permis de croire faisance était inconnue dans le monde ancien ». vait Pline (*), « rechercher ceux qui sont dans le r porter secours, les soutenir et se faire d eux une mille », et c'est sur un tombeau païen qu'on a tte inscription : « Il n'y a qu'une chose belle dans
la bienfaisance » (*).
sentiments philanthropiques étaient ceux d'une aseurs et de philosophes. Le christianisme allait •er dans toutes les consciences le sentiment que luvres étaient frères en Jésus-Christ. Nul ne fut mi les premiers chrétiens, parce qu'ils vécurent )mmunauté parfaite ; tous ceux qui étaient possesamps ou de maisons les vendaient pour en dépoaux pieds des apôtres qui le distribuaient à chacun Bsoins (*).
[itôt, avec Taccroissement du nombre des chré-
communauté primitive devint impossible, et,
dite des fortunes, reparurent des pauvres qu'il
rir. Les oblations portées aux évoques et les col-
sl. rom.f V, p. 711.
s/., IX, 30.
apôireSf II, 44-45; IV, 34-35,
Icctes faites après le culte permirent aux évêques de secourir ceux qui étaient dans le besoin. Des diacres furent choisis, dans chaque église, pour visiter les malades et porter aux pauvres des secours à domicile et bientôt des diaconesses furent adjointes à ce ministère de charitable dévouement (*).
Mais ces pauvres des églises primitives, ce sont les malades, les vieillards, les infirmes, les orphelins, ceux qui ne peuvent travailler pour gagner leur pain. Car la religion chrétienne avait remis en honneur le travail manuel méprisé dans l'antiquité : « Celui qui ne veut pas travailler ne doit pas manger », écrivait saint Paul aux Thessaloniciens. Cette distinction du pauvre incapable de travail et du mendiant valide se trouve dans toutes les instructions des Pères de TEglise au sujet de l'aumône. « Le prêtre chargé des aumô- » nés de TEglise doit être prudent, clairvoyant, sobre d'au- » mônes pour que le patrimoine des pauvres ne passe pas » aux escrocs » (').
L'idée que chaque église doit nourrir ses pauvres « qui à » cause de leurs infirmités ne peuvent travailler de leurs » mains » ('), et que les mendiants valides, d'autre part, n'ont besoin que de travail, ce double principe se retrouve dans les décisions de tous les conciles qui se sont occupés des pauvres et des aumônes.
Le deuxième concile de Tours avait consacré, dès 567, le principe de Tassistance communale en demandant « que cha- » que cité nourrisse d'aliments convenables les pauvres qui » y sont domiciliés, suivant l'étendue de ses ressources, afin » que ces pauvres ne vagabondent pas dans d'autres villes » (*) .
(«) Saint Paul à Thimolhée, V, 9-40.
's}) Saint Ambroise, Deoffic. 7mnist., liv. II, chap. XVI.
(*} Labbe, Ada co7ici7.,II, col, 1008.
(*) Labbe, Acta concil., III, col., 356,
Mais les églises seules recevaient alors des dons pour les pauvres et seules leur distribuaient des secours. I^s conciles prescrivaient que chaque église ou paroisse devait nourrir ses pauvres et que Jes ecclésiastiques devaient partager avec les pauvres les dinies et les offrandes reçues des fidèles (concile de Nantes 658). « Les églises avaient à leur charge » les pauvres, les veuves, les orphelins, les malades et » devaient partager avec eux dans des proportions variant » du quart au deux tiers, suivant l'importance des villes, les » revenus ecclésiastiques » ('). Elle couvraient tous les malheureux de leur protection, et quand des veuves ou des orphelins étaient appelés devant la cour du comte, Tévêque ou son délégué les assistait en justice et empêchait qu'ils ne fussent injustement opprimés.
« Les capitulaires de Charlemagnc témoignent hautement » d'une sollicitude aussi éclairée qu'attentive en faveur des »> pauvres et leurs dates successives (779 à 814) attestent une ») vigilance qui ne se relâchait point » (*). Dans le capitulaire de 806, il prescrit que les pauvres doivent être secourus par leur paroisse et défend de leur faire Taumône partout ailleurs (^), interdit aux mendiants de vaguer à travers le pays et défend qu'on nourrisse le mendiant valide qui refuserait de travailler ; les « leudes » ont le devoir de sévir contre les vagabonds. Mais Charlemagne« devançait son siècle qui n'avait pour profiter des institutions qu'il voulait lui donner ni la sagesse ni la maturité nécessaires » (*), et non seulement son siècle, mais les siècles qui suivirent et pendant lesquels le sort des pauvres fut horrible, parce que le clergé, qui seul les secouer M. Guérard, Cartulaire de Noire Dame de Paris^ préface. (•j De Walleville, Lér/islation cliarilable, préface, p. 2. (') CapilttlaireSf édition de Baluzc, I, col. 454 cl 726. [*) De Walleville, op. cit., préface, p. 3.
rait, pouvait à peine subvenir à ses propres besoins, les guerres continuelles, les famines et les maladies contagieuses désolant la France et tarissant les sources de la charité publique.
Saint Louis qui donna personnellement des exemples admirables de charité chrétienne, noii seulement secourant le pauvre, mais Faimant et Thonorant, comm^'ces chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui s'intitulaient Gardiens des pauvres de Jésiis-Christ, et qui appelaient les pauvres et les malades « nos seigneurs », Saint Louis prescrivit les premières mesures sévères contre les mendiants : « Tout fainéant qui » n'ayant rien et ne gagnant rien, fréquente les tavernes, » doit être arrêté, interrogé sur ses facultés et banni de la » ville, s'il est convaincu de mensonge et de mauvaise vie ». L'affranchissement des serfs par Philippe le Bel augmenta dans des proportions redoutables le nombre des vagabonds. « Les calamités qui accablèrent la France, les guerres, les » maladies, les disettes, T^anarchie, multiplièrent les pauvres » et diminuèrent les ressources. La charité s'affaiblissait, les » revenus du clergé étaient diminués... les pauvres qu'ils » avaient servi à entretenir allaient au hasard solliciter d'au- » très ressources » ('). Les pauvres s'armèrent contre les riches et de soulèvement en soulèvement arrivèrent à la « Jacquerie » qui mit en péril la société tout entière et qui fut réprimée avec une sévérité terrible.
Les mendiants affluèrent, de plus en plus, vers les villes où ils formèrent de véritables corporations dans des asiles, comme la Gourdes miracles, où le guet n'osait pénétrer. « La » mendicité est si développée à cette époque, qu'elle s'orga- » nisc en corporations ; on se fait mendiant comme on se fait
Cj De Gérando, De la bienfaisance publique, IV, Ho part., ch. II, § 1.
nendianis en arrivent à former une sorte de t ayant du xiv* au xvn* siècles 92 rois de menlus comme tels par tous les mendiants de \ussi la législation répressive de»'ient-elle de ère. En 1350, le roi Jean ordonne « que les corps s'exposent à faire besogne et labeur en tent gagner leur vie ou vuident la ville de s trois jours ». Tous ceux qui étaient trouvés ms aux dés ou mandians » devaient être emnt quatre jours. En cas de récidive, ils étaient t, la troisième fois, « marqués au front d'un )annis desdits lieux » (*). Et dans ces ordonle roi défendait de faire Taumône « à nuls corps et de membres qui puissent besogne puissent gagner leur vie » mais seulement «< à i, mal baignes et autres misérables personlait évident que pour combattre la mendicité, ulement décourager les mendiants valides, qui leur faisaient raumùne.
tère (Vautrefois, p. iO.
'at)çais€s, col. Isamberl. Ordonnance de 1350.