BILE DE TUBERCULEUX
Bac. coli.
St. aureus.
BILE DE PNEUMONIQUE
Bac. coli.
St. aureus.
Cuit, abondante. Cuit, abondante. Cuit, très abond'0. Cuit, abondante. Kéensemeneements sur milieux neufs.
Cuit, abondante.
Cuit, abondante blanche.
Pas de décoloration manifeste de la bile.
Cuit, abondante.
Id.
Culture encore blanche.
Commence A, se couvrir de points jaunes.
Culture abondante.
Décoloration très manifeste de la bile.
Id.
Id.
Cuit, abondante blanche.
Légère décolora tion de la bile.
Culture blanche.
Culture blanche.
Commence A se couvrir de points jaune citrin.
Le bacillus coli pousse mieux dans la bile des pneumoniques que dans celle des cardiaques ou tuberculeux. Les cultures amènent quelquefois u rie décoloration de la bile qui est surtout manifeste pour le B. coli. Le staphylococcus aureus au sortir de la bile perd pour un certain temps sa couleur.
Les cultures-mères, qui ont servi à l’ensemencement initial des tubes de bile, provenaient de races microbiennes venues de la bile. Nous avons employé par comparaison du staphylococcus aureus provenant de pus directement puisé sur un malade, les résultats ont été sensiblement les mômes. Cependant la réapparition de la teinte jaune sur les milieux réensemencés nous a semblé plus précoce dans le dernier cas. Cette teinte est la plupart du temps restée plus pâle que celles des cultures-mères. Le staphylococcus aureus passant par la bile semble y perdre une partie de son pouvoir ebromatogène.
La réaction de la bile-culture était légèrement alcaline ou neutre.
Dans ces recherches, la stérilisation de la bile a le grand inconvénient de portera une haute température un liquide qui, comme toutes les humeurs émanées des corpsvivants,estéminemment susceptible d’ôtre modifiée par les agents physiques. Aussi avons-nous essayé d’un moyen plus simple. En môme temps que les ensemencements ordinaires étaient faits, une pipette de hile était prélevée, scellée et abandonnée à la température ambiante. Reprise dans la suite, cette bile était semée et les résultats des cultures comparés à ceux qu’avait donnés l’ensemencement primitif. En agissant ainsi, on retrouve la plupart du temps dans les dernières expériences les microbes éclos lors des premières. Au bout de plusieurs semaines, la bile contient encore des germes vivaces.
La plus intéressante et la plus longue observation que nous ayons faite est la suivante. Elle a trait à la bile de l’observation XIX. Cette bile prélevée 45 minutes après la mort et semée le 13 avril avait donné du staphylococcus albus, du st. citreus et du B. coli. Un échantillon fut conservé pendantplus de quatre mois. Ensemencé le 1er septembre, il donna du B. coli et du staphylococcus albus. Mais cette fois les cultures ne produisirent aucune race jaune.
La conclusion de ces recherches est donc que la hile pour le staphylococcus aureus et le bacillus coli ne jouit d’aucune action antiseptique appréciable et que ces micro-organismes y trouvent au contraire un terrain propice â leur développement.
M. Nclter, à qui nous fîmes un jour part de ces résultats, nous donna alors une indication bibliographique précieuse et voulut bien nous confier un travail très important dû au Dr Bernabei Corrado, de Rome(l). Cette étude a trait au passage des germes pathogènes dans la bile et le contenu intestinal et à l’action de la bile et du contenu intestinal sur ces germes. Retenons les parties relatives à l’action de la hile sur les. microbes pathogènes. Les expériences du Dr Corrado ont porté sur le diplocoque de la pneumonie, sur le bacille du charbon, de la morve, le pneumo-bacille de Friedlander, le bacille typhique, le staphylococcus pyogenes aureus, etc. R a employé la méthode des plaques, celle qui sert d’ordinaire à é'tudier les propriétés bactéricides des humeurs.
Une culture sur bouillon du microbe à essayer est semée dans un tube contenant de la bile stérile. Après un temps déterminé de contact, on ensemence avec cette bile contaminée un tube de gélatine, dont on fait une plaque, sur laquelle on laisse les colonies se développer. On fait ensuite à intervalles réguliers des plaques semblables.
On a ainsi une série de plaques contenant des colonies issues de germes ayant séjourné i h., 2 h., 3 h., etc., dans la bile. Si l’on a soin de faire primitivement une plaque avec la culture-mère, pure, venant du bouillon, sans passer par la bile, on a ainsi une plaque dite de contrôle, qui sert de terme de comparaison.
Le Dr Corrado a employé la bile de génisse de un à deux ans prélevée avec toutes les précautions convenables. Les expériences ont donné les résultats suivants que nous trouvons dans ses tables.
Nombre moyen des colonies données par les plaques de gélatine.
Charbon
Morve
Bac. de Friedliiuder
Typhique
St. aureus
Après
1/2 heure.
CO
CO
Dans ces conditions, on voit que les micro-organismes sont sus-
(t) Bernabïsi Corrado. Sut passagio (lei germi patogeni nella Bile e nel contenuto enterico e suif a/.ionc che ne risentouo. Annall ddl' Instituto d’Igiene spcrimcntalc del Prof. Anrjclo Celli, 1890, vol. II.
ceptibles de vivre dans la bile. Il est intéressant de remarquer la diminution dans le nombre des colonies suivant l’heure de la composition des plaques. La pullulation semble subir un retrait pour reprendre ensuite son essor. Le bacille typhique, par exemple, donne 3,1 L 7 colonies après une demi-heure de séjour dans la bile, et 2,792 seulement après une heure et demie ; les heures suivantes, ses colonies deviennent incommensurables. Le staphylocoque doré a une allure semblable. Il s’agit peut-être là des phénomènes d’adaptation au milieu que M. Hafkine (1) a étudiés l’année dernière etsur lesquels a insisté M. de Christmas (2) dans une étude récente.
Comparant ses résultats aux cultures sur milieux nutritifs (bouillon) M. Corrado conclut en disant que l’action de la bile sur le développement des germes pathogènes est indifférente pour le bacille typhique, le pneumo-bacille de Friedlander et le staphylococcus aureus et fertilisante pour le bacille de la morve. La bactéridie charbonneuse se développe suffisamment dans la bile, mais meurt au bout de 24 à 48 h. : résultat identique à celui qu’avaient donné MM. Straus et Chamberland (3) pour ce micro-organisme.
Le point très intéressant de l’action de la bile sur le pouvoir pathogène des bactéries a été recherché par M. Corrado : le savant italien n’affirme à ce sujet qu’un fait positif, la perte de virulence de la bactéridie charbonneuse après 18 heures de séjour dans la bile.
Considérant l’ensemble des recherches précédentes, nous croyons pouvoir dire que l’action de la bile sur les germes est beaucoup moindre qu’on ne le pense généralement et que cette humeur constitue un milieu de culture auquel les espèces microbiennes communes peuvent aisément s’adapter. Elles y vivent, s’y développent et y prospèrent.
(1) Hafkine. Recherches sur l’adaptation au milieu chez les infusoires et bactéries. Annales de l'Institut Pasteur, 1890.
(ü) J. de Christmas. Etude sur les substances microbicides du sérum. Ibid.
(3) Straus et Chamberland. Recherches expérimentales sur la transmission des maladies virulentes de la mère au fœtus, etc. Archives de physiologie, 1883.