CHAPITRE IV
Symptômes
Le malade, qui vient réclamer des soins en accusant les symptômes que nous allons énumérer et qui permettent de diagnostiquer une blennorragie chronique de la prostate, est ordinairement un vieux blennorragien ayant eu une. ou plusieurs chaudepisses, qu’il a soignées tant bien que mal, plutôt mal; jamais complètement guéri, il ne souffre plus, mais à toujours une goutte matinale, qui disparaît presque quelquefois, augmente au contraire sous l'influence d’excès de boissons.
C'est, fatigué par la persistance de cet état, ou préoccupé par l'apparition d’un nouveau symptôme, la douleur, qu’il se décide à quitter le pharmacien qui le soignait jusqu'alors et à voir le médecin.
Cette douleur affecte des formes essentiellement variables ; tantôt c'est une douleur sourde, ou plutôt une sensation de pesanteur dans le périnée, avec irradia-
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tions vers les lombes et les cuisses. Deniau (1) a constaté dans un cas de l’hyperesthésie de la peau au niveau
de la région lombaire droite et de la région fessière du.
même côté. l
Tantôt c'est encore une douleur peu accentuée, se manifestant à l’occasion de la miction ; c’est une sensation de chaleur au passage du jet pendant la miction concentrée du matin.
C'est souvent une douleur plus intense, une sorte de brûlure, survenant au moment de l’éjaculation qui devient pénible et fait redouter le coiït.
Assez fréquemment enfin, le malade souffre pendant la défécation ; ce phénomène, que l’on décrit habituellement sous le nom de «sensation de corps étranger dans l’anus » est auelque chose de bien spécial et pourrait presque à lui seul permettre de porter le diagnostic ; le malade est un constipé, et chaque fois qu'il va à la selle, il lui semble qu'il a dans lanus un bol fécal dur et volumineux difficilement expulsable.
A côté de la douleur, nous devons signaler dans l’ordre des syptômes subjectifs, des troubles du côté de la miction, des fonctions sexuelles, de la défécation.
Les troubles urinaires sont peu marqués et consistent simplement en des mictions fréquentes ‘et impérieuses ; c’est-à-dire que le malade est à peu près incapable d'arrêter une miction commencée ou qui va commencer Un autre signe, indiqué par Tilden et Watson, se retrouve cependant quelquefois; c’est l’impossibilité d’uriner au moment où le besoin s’en
(1) DENTAU, — Thèse de Paris, 1865.
fait sentir ; le malade est obligé d’attendre un instant, il est atteint de bégaiement urinaire.
Du côté des fonctions génitales, on note une diminution de la puissance sexuelle, qui se trouve parfois presque complètement abolie; les érections sont incomplètes, les éjaculations trop rapides et le sperme est souvent teinté de sang.
La défécation est souvent troublée, et, outre la constipation et la douleur que nous avons mentionnées plus heut, il est un phénomène qui attire très vivement l'attention du malade : au moment du passage du bol fécal, il voit sortir par le méat, sous forme de jet brusque, quelques gouttes d'un liquide épais, b'anchâtre ou blanc jaunâtre, possédant l'odeur spermatique et empesant le linge. Cet écoulement, que l’on décrit sous le nom « d'éjaculation prostatique 5 et que le malade prend habituellement pour une perte de sperme est à peu près pathognomonique de la prostatite chronique.
La fréquence des mictions, l'écoulement intermittent au moment de la défécation et surtout la diminution de la puissance sexuelle affectent profondément le malade et le conduisent souvent à un degré avancé de neurasthénie, allant même parfois jusqu'aux idées de suicide. Nous avons en particulier rencontré cet état neurasthénique très marqué chez deux de nos malades, dont nous rapportons plus loin les observations.
C’est, guidé par cet ensemble symptomatique, que le médecin pense à la possibilité de lésions des organes génito-urinaires profonds, et qu'il examine en particulier l2 prostate. Pour ce faire, deux voies s'offrent à
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lui, une voie antérieure, et une voie postérieure, l'urètre et le rectum.
Le cathétérisme, que l’on pratique, au moyen de la sonde à boule olivaire de Guyon, n’a rien d’absolument caractéristique ; on dit ordinairement qu’il y a une sensibilité exagérée de la région prostatique, et que la boule exploratrice ramène un peu de pus de l’urètre postérieur. Mais ces données sont vagues et n’'affirment guère qu'une urétrite postérieure. Plus importantes seraient les sensations éprouvées par la main qui guide le cathéter; on choisit une sonde de calibre moyen, n° 15 environ de la filière Charrière, et on pousse doucement dans lPurètre. Normalement, la main perçoit très nettement un ressaut produit par l’olive qui franchit l’aponévrose moyenne ; puis la sonde se trouve libérée et glisse facilement ; quelquefois au contraire on éprouve une sensation de constriction pendant toute la traversée de l'urètre postérieur; cette modification semble due très vraisemblablement à l'hypertrophie de la prostate. Le cathétérisme permet d'autre part d'apprécier le ou les rétrécissements qui peuvent sièger à différents niveaux dans l’urètre, et c'est à un point d’une importance capitale pour le traitement, ainsi que nous le verrons dans ce chapitre. |
L'examen endoscopique a été essayé, mais sans résultats : Goldberg et Gussmann cependant ont donné la congestion et l’œdème du veru montanum comme un signe de prostatite; peut-être ne faut-il voir là que des lésions d'urétrite?
Bien plus précieux sont les résultats obtenus par le toucher rectal, bien qu’à ce sujet les avis soient assez