CHAPITRE V
Diagnostic et Pronostic
L'étude détaillée des symptômes faite au chapitre précédent nous permettra de ne pas nous appesantir trop longtemps sur le diagnostic.
Nous avons vu que les symptômes fonctionnels, douleurs, troubles des fonctions urinaires et génitales, mettent sur la voie du diagnostic d’une blennorragie chronique de la prostate, mais ne permettent pas de l'affirmer. 5
L'examen de l'écoulement donne-t-il des résultats plus précis, et permet-il de différencier nettement la prostatite chronique des autres affections avec lesquelles on pourrait la confondre?
Certainement, on n’hésitera pas entre une urétrite antérieure aiguë et une prostatite chronique, l'examen le plus superficiel permet de les distinguer; mais on veut parfois établir un diagnostic entre une urétrite antérieure chronique et une prostatite chronique; ceci nous
nee
paraît être purement théorique, car nous n'avons jamais rencontré d’'urétrite antérieure chronique sans urétrite postérieure ; nous étudierons plus loin ce diagnostic.
On ne confondra pas non plus les symptômes d’une cystite avec ceux d’une prostatite; les douleurs vives, les pollakyuries impérieuses, les hématuries, font rapidement le diagnostic de la première affection.
On pourrait être plus embarrassé pour distinguer l'écoulement de la prostate malade de certains écoulements normaux venant de l’urètre et de la prostate.
L'urétrorrée est un écoulement venant des glandes de Cowper et de Littre, constitué par un liquide transparent et filant, qui apparaît normalement au méat après les érections non suivies d’éjaculation. Ce liquide ne ressemble en rien, comme on le voit, au liquide blanchâtre ou blanc jaunâtre muco-purulent qui apparait, surtout le matin, dans l’urétrite et la prostatite chroniques.
La prostatorrée simple peut être aussi facilement distinguée de l'écoulement de la prostate enflammée: se produisant chez les masturbateurs et les individus pratiquant le coït réservé, elle est constituée par un liquide transparent qui, examiné au microscope, ne laisse voir ni leucocytes, ni corpuscules graisseux ; l'écoulement, en cas de prostatite chronique, contient au contraire de nombreux leucocytes, et souvent des débris de spermatozoïdes. Nous avons décrit au chapitre Bactériologie, le procédé pour obtenir du liquide prostatique pur; nous ne voulons pas y revenir.
La spermatorrée se distingue de même rapidement de l'écoulement de la prostatite chronique, par la présence
de nombreux spermatozoïdes doués de mouvement.
Tout cela, on le voit, est assez simple; bien plus difficile, et même impossible est d'établir le diagnostic entre l’urétrite postérieure chronique et la prostatite chronique.
Certes, si le malade décrit de lui-même le phénomène de l’éjaculation prostatique de Guyon, on pourra conclure à une prostatite chronique ; mais combien ces faits sont peu fréquents !
Dela Grammatica (1) a trouvé ce symptôme une seule fois sur 8 cas de prostatite chronique ; nous l’avons pour notre part rencontré 3 fois sur 16 cas; un autre de nos malades nous a décrit le phénomène de l'éjaculation prostatique comme survenant à la fin de la miction, lorsqu'il faisait un effort pour expulser les dernières gouttes d'urine.
En l'absence de ce signe, il devient impossible de faire par le seul écoulement le diagnostic de lurétrite postérieure et de la prostatite chronique. Les caractères tant chimiques que microscopiques, ne donnent rien ; cependant Hugounenq et Eraud (2), examinant l’écoulement des blennorragiens, y trouvent une substance déviant vers la gauche la lumière polarisée, et pensent que cette substance vient de la prostate.
Toutes les expériences que l’on fait habituellement (le malade urine avant et après lavage, dans plusieurs verres que l’on examine minutieusement) ne prouvent
(1) D: H. DELA GRAMMATICA — Soc. imp. de méd. de Constantinople, 5 mai 1809.
(2) HucouneNo et ErAuD. — Lyon Médical, 24 mars 1901, p. 320. Et 3
d'u pe
non plus pas grand chose ; ce sont plutôt des considérations théoriques qui les dictent.
Pour nous, le problème semble se poser de la façon suivante, simplifiant d’ailleurs beaucoup la question. Un malade qui accuse une goutte blanchâtre le matin, avec des mictions un pêu plus fréquentes et légèrement douloureuses, est d'ores et déjà atteint d’urétrite postérieure chronique ; reste à savoir, si la prostate participe ou non à l’inflammation de l’urètre. |
Dans ces conditions, le toucher rectal complète le diagnostic, et donne lui seul des résultats précis.
Tant par ses complications immédiates, que par ses complications éloignées, la blennorragie chronique de la prostate n’est pas une affection absolument bénigne et qu’il faille dédaigner.
Retentissant sur les organes voisins, linflammation de la prostate, peut, par lésions des canaux éjaculateurs (1), par inflammation des vésicules séminales (2), aboutir à la stérilité ; fréquemment aussi, elle occasionne des épididymites à récidives fréquentes (3). Enfin elle entretient l’urétrite chronique, de sorte qu'il est impossible de guérir l’urètre enflammé, si on ne s'adresse pas d’abord à la prostate. ;
Nous avons déjà parlé de l’état neurasthénique dans lequel se trouvent les malades ; nous ne voulons pas y revenir.
D'autre part, la prostatite semble jouer un certain
(1) ALBARRAN, — Traité de chirurgie de Le Dentu et Delbet.
(2) D' WinrezD AYREs. — New-York med. 14 mai 1808,
(3) FINGER. — Casuistische Beitrage zur Bedeutung der prostatitis gonorrh. gland, Archiv. f. derm. und sypb, 1808.
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rôle dans la genèse de l’hypertrophie sénile de la prostate. Nous citerons à ce sujet l'opinion de Guépin (1):
& Il n'est pas une prostatite qui ne puisse aboutir à l’'hypertrophie, quand l'infection trouve un milieu favorable et des conditions particulières d'ordre général : les causes de la prostate sénile sont donc les prostatites, surtout chroniques. Il en résulte que la prophylaxie de cette affection du vieillard nous impose de chercher à guérir complètement les premières, pour éviter si possible la seconde 5.
(1) Guepw. — Presse Médicale, 31 mai 1899. p. 208.