CHAPITRE VI
Traitement
Les traitements proposés pour combattre la prostatite chronique sont extrêmement nombreux, et un volume suffirait à peine pour résumer ce qui a été écrit à ce sujet. Nous voulons simplement, après avoir jeté un rapide coup d’œil sur quelques moyens adjuvants, décrire le traitement que nous avons pratiqué à la Clinique de l’Antiquaille.
Sans attribuer au traitement général toute l'influence qu'on lui accordait autrefois, alors que régnaient les idées de diathèse, de scrofule, d’arthritisme, on ne peut cependant le négliger tout à fait; à ce titre, on défendra aux prostatiques les exercices violents et prolongés, les excès de table, l'abus des boissons; on leur recommandera une vie génitale des plus réglées; et, peut-être dans certains cas, trouvera-t-on quelque avantage à leur conseiller un peu d’hydrothérapie; les grands bains tièdes, amidonnés, sulfureux ou carbonatés, les bains
one
de siège, les douches générales préconisées déjà par Picard (1), peuvent avoir leur utilité. |
Il n’est pas sans importance non plus de s’occuper de calmer les douleurs rectales souvent très intenses dont se plaignent les malades; les différents suppositoires, contenant du camphre, du bromure de potassium, de la belladone, prennent place dans la thérapeutique de la prostatite chronique. Un autre moyen analgésique, et qui a de plus l'avantage d’agir en même temps comme décongestionnant, consiste dans l’usage des grands lavements chauds qui agissent sur la prostate à travers la paroi rectale, la muqueuse intestinale supportant parfaitement de hautes températures. L'action de la chaleur est des plus utiles, mais, pour être efficace, doit durer longtemps ; sans aller aussi loin que le D' Hamonic (2) qui fait couramment à ses malades, à l’aide d’un appareil spécial à deux tubes dont l’un envoye l’eau et l'autre la reprend, des séances de caléfaction de 30 et 40 minutes, on peut prescrire de simples lavements à une température de 45 ou 48 que le malade prendra lentement, et qu'il fera durer environ 10 minutes; on peut, d’autre part, introduire dans ces lavements diverses substances médicamenteuses, telles que du laudanum, du chlorhydrate de morphine.
Ces moyens thérapeutiques peuvent avoir leur utilité, mais il faut avouer qu’en somme, ils sont bien anodins; toutes les autres médications proposées, révulsion sur le périnée, lavages urétraux plus ou moins variés, ne
(1) PicarD. — Maladies de la prostate, 1877, p. 145.
(2) D' Hamonic. — Revue clinique d'andrologie et de gynécologie, 13 février 1902,
nous attarderont pas non plus: les unes sont inutiles, les autres nuisibles. Nous arrivons immédiatement à l'exposé du traitement proprement dit, que l’on peut appeler rationnel, puisqu'inspiré par des considérations pathogéniques.
La première indication thérapeutique, étant donnée la nature de l'affection (Voir Anatomie pathologique) est évidemment d’évacuer le contenu muco-purulent des culs-de-sac glandulaires de la prostate ; et, pour ce faire, se rappelant que la glande n’est séparée du rectum que par l’aponévrose prostato-péritonéale, il est tout naturel que l’on ait songé à agir sur elle à travers la paroi rectale. Le massage de la prostate par le rectum, dont nous avons signalé les promoteurs dans le chapitre que nous avons consacré à l'historique de la question, constitue donc le premier point du traitement; il a un double but.
C’est tout d’abord un massage évacuateur consistant en desfrictions que l’on ne craindra pas de faire un peu énergiques, autant que la sensibilité de l'organe le permettra, et que l’on pratiquera, suivant les recommandations de Hogge et Albarran, en allant de la périphérie de la glande vers le centre, ce qui permet de suivre la direction des canaux excréteurs; on fait ainsi écouler par ces canaux les produits sécrétés dans les glandes dilatées, ce que l’on constate fréquemment par l’apparition au méat d’une certaine quantité de liquide blanc jaunâtre.
Ce rôle du massage est purement mécanique, mais il agit de plus en déterminant des contractions fibrillaires dans les éléments musculaires prostatiques, et en modifiant la circulation glandulaire par diminution de