CHAPITRE II
Étiologie
Avant d'entreprendre l'étude des causes qui donnent naissance aux prostatites chroniques, il est nécessaire de dire, au début de ce chapitre, la fréquence des localisations de la blennorragie à la prostate.
Tous les médecins qui s'occupent des maladies des voies urinaires savent le nombre considérable de ceux qui viennent se plaindre de gouttes militaires persistantes et rebelles à tout traitement ; tous savent aussi combien souvent la prostate est la cause unique de ces désordres; le toucher rectal pratiqué plus fréquemment ferait encore découvrir un nombre plus considérable de prostatiques chez les vieux blennorragiens.
C'est du moins l'opinion de ceux qui, dans les cliniques, pratiquent systématiquement le toucher rectal chez tous les malades atteints de blennorragie chronique.
SE
Fezzoli (1) admet que la prostatite est une complication à peu près constante de la blennorragie.
Casper (2), dans 80 pour 100 des cas d’urétrite chronique trouve la prostate malade.
Montagnon (3) pratique systématiquement le toucher rectal chez 100 blennorragiens, à différentes périodes de la maladie; 70 fois il trouve la prostate prise; 30 fois seulement elle est indemne.
Franck de Berlin donne encore des chiffres’ plus élevés ; au Congrès de 1900, il dit avoir retrouvé cette complication 210 fois Sur 210 cas par lui examinés.
Telle est aussi l’idée que nous a laissée notre séjour à l’Antiquaille. C’est ainsi qu’en quelques mois, nous avons pu traiter nous-même 16 malades atteints de blennorragie chronique de la prostate ; nous avons vu -d’autre part, beaucoup d’autres malades que, pour diverses raisons, il nous a été impossible de suivre. Nous croyons pouvoir dire qu'environ chez 80 pour 100 des malades atteints de goutte militaire, chez qui nous avons pratiqué le toucher rectal, nous avons trouvé une prostate malade.
Quelles causes donc donnent naissance à cette affection si fréquente ?
Ces causes, pour nombreuses qu’elles soient, semblent cependant pouvoir se classer assez facilement,
(1) Fezzour. — Zur Histologie des blennorrhagischen Eïters. Archiv. für Dermat. u. sypb. XXXIV, p. 30.
(2) Casper. — Berl. Klin. Wochenschr. 1900, n° 22, p. 482.
(3) MoxTAGxoN, interne des Hôpitaux de Lyon. — Fréquence des localisations prostatiques dans la blennorragie. (Mémoire lu à la Société des Sciences médicales de Lyon).