‹ De La Blennorrhagie et de Son TraitementChapitre 11 sur 49 · MICROBES DIVERS · texte numérisé non relu

MICROBES DIVERS

Lorsque Neisser en 1879 décrivit pour la première fois le gonocoque, et qu'il laccusa d’être la cause de la blennorrhagie , concluant de ses recherches qui le le iui avaient toujours fait voir dans 25 cas de blennorrhagie, dans 7 cas d’ophtalmies purulentes chez les enfants et deux cas chez les adultes, on fut bien près de crier au miracle. Ceux qui adoptèrent les idées de Neisser ne virent dans une seule maladie (écoulement uréthral), qu’un seul organisme producducteur ; et, a priori, firent du gonocoque la cause de toutes les uréthrites et de toutes les complications observées au cours de la blennorrhagie. Jullien et Mesnet l’accusèrent de produire toutes les complications, tous les accidents que l’on rencontre au cours d’une blennorrhagie, dont ils firent une maladie cénérale. Bosnies et Curtis l’accusèrent de complications diverses.

En même temps se poursuivaient les recherches

dans le but de découvrir l’agent infectieux loco-dolenti. Pétrone. (Rivista clinica, fév. 1883) trouva le gonocoque dans le liquide articulaire des arthrites blennorrhagies, de mème Krammerer (Centralblat f. chir. 1884, p. 49) et Bousquet.

En plus Pétrone et Jullien le trouvèrent dars le sang de nombreux blennorrhagiens.

Martin (Revue de Hayem 1885) le trouve dans les infarctus. É

Martel dans sa thèse de Paris 1887, conclut qu’il est l’agent producteur des phlébites survenant au cours de la blennorrhagie.

Aufrecht le décrit dans la suppuration de la veine ombilicale et du foie chez un enfant. Il le trouve en quantité dans les cellules du foie.

Bockhart à la suite de l’inoculation dans l’urèthre d’une quatrième culture, voit un paralitique général mourir des accidents d’une systo-pyélo-néphrite suppurée, et dans le pus de l’abcès rénal, il trouve le gonocoque. |

Welender le trouva dans un abcès periuréthral et Wolf dans une adénite suppurée d’origine blennorrhagique.

Enfin Sahli dans une météatase cutanée. (Corres-

pond. Blatt, f. scuveizer aerzte, 1887, p. 416).

Tous ces premiers observateurs, ne croyant qu’à une variété microbienne, décrivent dans leurs examens des microcoques dont ils ne mentionnent aucune qualité spéciale. Roux n’ayant décrit son procédé de diagnose qu’en 1886, toutes les observations antérieures sont donc douteuses, mais déjà en 1884 Aubert, d’après de nombreuses observations, publiait dans le Lyon médical, qu’à côté d’uréthrites à gonocoques, il s’en trouvait d’autres ayant les mêmes symptômes, pouvant présenter les mêmes complications et dues à d’autres micro-organismes.

Déjà Bockhart et Wolf, en 1883, avaient observé une uréthrite dont le pus contenait des cocci en chaînettes, urèthre survenue à la suite du passage d’une sonde.

Icard en 1884 constate une uréthrite à la suite d’un rapport avec une femme ayant un phlegmon périutérin, et De amicis en produit une autre en inoculant dans l’uréthrite le pus d’une vaginite spontanée survenue chez une petite fille.

Castex en 1887 (Journ. des sc. méd.) dans une uréthrite survenue après le passage d’une sonde, trouve le micrococcus pyogenes aureus dans le pus.

Dès lors les observations se muültiplièrent. Rauzier

en 1888 cite, dans la Gazette hebdomadaire des sciences médicales de Montpellier, trois cas d’uréthrites sans gonocoques. Legrain, 1888 (Ann. des mal. gén. ur.) un cas d’uréthrite à micrococcus cereus albus de Passet, et bientôt tous les observateurs purent en faire autant.

En même temps que dans l’urèthre on trouva ces différentes variétés de microbes dans les liquides des affections parablennorrhagiques. En même temps que Wogt, Erlich, Kiaski; Aubert ne vit jamais de gonocoques dans le liquide de larthrite blennorhagique ; Legrain ne le trouva jamais dans le sang de ses malades, malgré le grand nombre de ses examens ; ne le trouva pas dans le pus d’un abcès periuréthral survenu à la suite d’un rétrécissement, ni dans le pus d’une bartholinite suppurée, où 1l trouva au contraire le staphylococeus aureus- pyogenes, et le stophyloceus pyogenes albus.

Bockhart eut des résultats analogues.

À l’heure actuelle cette question est loin d’être élucidée et les opinions diverses peuvent se résumer à trois théories principales ayant chacune quelques faits à son appui, mais plutôt posées sur le raisonnement et l'hypothèse.

La première, attribuant au gonocoque toutes les

complications parablennorrhagiques,comme aux premiers jours de la découverte de ce micro-organisme:; avec cette diflérence pourtant, que la tendance est d’imputer ces complications, non au gonocoque luimême, mais à la toxine qu’il élabore. Cette théorie des effets à distance d’un microbe par ses toxines est d’ailleurs, aujourd’hui, d'accord avec les idées générales de la médecine.

Quoiqu'il en soit pour deux variétés de complications au moins, j'ai eu sous les yeux des observations appartenant à mon ami, M. Tixeron et qui semblent confirmer cette théorie.

Ainsi, des épidedymites au début, survenues au cours d’une blennorrhagie, vers le 15° ou 20° jour, n’ont pas évolué, ainsi qu’elles ont l’habitude de le faire, et au bout de deux ou trois jours tout symptôme était disparu sous l'influence des élavages urethraux par le permanganate de potasse et de la cessation de l’écoulement. |

De la même manière ont été enrayées,au cours de blennorrhagies,des arthritescommençantes et présentant tous les symptômes d’une arthrite blennorrhagique. À peine quatre ou cinq jours après le début du traitement, les malades pouvaient marcher sans

aucune douleur.

Cependant quelques observateurs s’en tiennent encore à l’action directe du gonocoque, et l’année dernière à la société d'anatomie, MM. Tollemer et Macaigne, rapportèrent un cas de synovite multiple d’origine blennorrhagique chez un sujet soumis à leur observation.

Le tendon d’un des doigts de la main gauche, vit sa gaine suppurer. La guérison fut obtenue par lincision et le lavage antiseptique de la cavité.

Le pus examiné au microscope présente de nombreux gonocoques. |

MM. Tollemer et Macaigne réussirent une culture sur gélose qui ne prit qu'un petit volume, et

l'examen y révéla des diptocoques, de forme caractéristique, et décolorés par le procédé de Roux.

À cette théorie se rattachent Amaral, (Thèse de 91), et Souplet (Thèse de 93), qui fait de la blennorrhagie une maladie générale, et le gonocoque lagent du plus grand nombre des complications, et à qui j’emprunte la citation suivante : « Nous terminerons ce long exposé en disant: toutes les complications observées au cours de la blennorrhagie ne sont pas dues au gonocoque ; il est probable que ces complications sont souvent dues aux microbes qui

l’accompagnent. Mais d’autre part il n’est nullement

prouvé que les accidents observés au cours de la blennorrhagie soient forcément parablennorhagiques; il n’est pas davantage démontré que les complications de la blennorrhagie ne puissent pour une grande part relever de l'infection générale. C’est dans le but de faire ressortir le rôle de l’infection générale que nous abordons les chapitres suivants. »

La seconde théorie est celle de l'infection secondaire. C’est celle à laquelle se rattachent Lesgrain dans sa thèse de 1888 et Patris de Bræ (Thèse de 1889) qui se résume ainsi: « Les complications de la blennorrhagie sont dues, non pas au gonocoque de Neisser, mais à d’autres microbes qui l’accompagnent constamment. Le gonocoque est bien l’agent de l’inflammation spécifique de la muqueuse uréthrale, mais non des accidents parablennorrhagiques ; ceuxci ne lui sont pas dus, ils sont sous la dépendance de microbes tout autres. Ces complications ne doivent pas être considérées comme le fait de l'infection générale mais de Pinfection secondaire, en entendant par ce terme l’envahissement par un microbe d’un organisme attaqué par un autre microbe. »

Comment se produirait cette infection secondaire ?

Tout simplement du fait des microbes nombreux

qui vivent normalement dans l’urèthre sans pouvoir

Vs SE +7

l’attaquer et qui, grâce à l’action désorganisante du gonocoque, deviennent subitement capables d’une action patogène sur cette muqueuse qui, saine jusque là, leur avait résisté. Nous reverrons dans un instant ces microbes de l’urèthre normal.

La troisième théorie est celle de l’infection mixte. Les complications seraient imputables en partie au gonocoque, en partie aux autres microbes. Le gonocoque produirait des complications bénignes dans leur forme et les autres microbes les viendraient aggraver. Ainsi pense Jouis (Thèse 91) au sujet des arthrites blennorrhagiques faciles à guérir tant que le gonocoque en est le seul agent et graves, suppurant et laissant après elles ’ankylose dès que les microbes pyogènes se mettent de la partie. Cette aggravation des complications reviendrait aux staphylococcus pyogènes aureus et albus. En eflet, dans plusieurs cas où l'on n’a pas trouvé le gonocoque dans le pus des arthrites, des abcès, des ganglions suppurés, on y a découvert d’autres espèces bactériennes. Ces complications sont-elles le fait seulement de ces derniers microbes ? Il ne faudrait pas trop se hâter de l’aflirmer. La rareté même des complications blennorrhagiques semble montrer que sur

les ditférents milieux où elles se produisent le gono-

coque ne se développerait que difficilement et que dans certaines circonstances seulement, grâce à une vitalité supérieure, ou à un terrain prédisposé il pourrait déterminer de l’inflammation. Ce fait se rapprocherait de celui des cultures qui réussissent quelquefois et qui souvent restent stériles. Mais alors même qu’elles réussissent, les cultures ont toujours une vitalité médiocre et une existence éphémère. Il en pourrait fort bien être ainsi des complications et le gonocoque, après une existence de plus ou moins longue durée, dans le liquide d’une articulation enfammée par lui, pourrait bien mourir, se résorber ou disparaître. Si l’inflammation est alors assez avancée pour continuer à vivre d’elle-même, la maladie s’aggraverait chaque jour jusqu’à suppuration, époque à laquelle on ne saurait trouver le gonocoque.

Nous sommes donc amenés à cette conclusion, que si la question est encore obscure aujourd’hui, nous pourrons bientôt y voir clair, puisque nous avons à notre disposition un moyen inoffensif, (la ponction bien faite) de nous rendre compte si les gonocoques existent dans le liquide articulaire d’une arthrite commençante ou dans la gaine enflammée d’un tendon. |

Presqu'en même temps qu’on découvrait des uré-

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