PATHOGÉNIE
Le gonocoque est donc la cause de la blennorrhagie. Mais aux dépens de quel élément le gonocoque prolifère-t-il et quelle voie adopte-t-il dans sa progression du meat vers l’urèthre profond ?
Deux opinions sont en présence : Bockhart croit que le gonocoque introduit dans la fosse naviculaire, pénètre entre les cellules jusqu'aux Iymphatiques et que là seulement commence la prolifération.
Bumm croit qu’au contraire le gonocoque rencontrant les cellules épithéliales de la fosse naviculaire se développent à leur surface et dans leur protoplasma, et amènent au bout d’un certain temps la chute de ces éléments.
Il a étudié la conjonctivite purulente et dans son travail sur le gonocoque de Neïsser paru en 1885, il figure des coupes de la conjonctive aux différents jours de la maladie. Le premier jour on y voit les
gonocoques à l’intérieur des cellules de la couche
superficielle de l’épithélium. Ces cellules sont déjà en voie de desquammation. Les jours suivants la desquammation devenant plus abondante, on voit les gonocoques pénétrer plus profondément et proliférer dans les espaces intercellulaires, jusqu’au chorion. A la dernière période de la maladie, il figure les gonocoques à la surface seulement de l'épithélium à cellules de nouvelle formation. È
La prolifération commencerait donc tout d’abord dans les cellules, et ce n’est qu’en se multipliant que les gonocoques atteindraient la profondeur.
Ces planches sont bien d’accord avec ce que nous montre le microscope dans le pus d’un écoulement blennorrhagique.
Tout à fait au début on ne trouve que des cellules épithéliales contenant des gonocoques et souvent d’autres microbes ainsi que je l’ai indiqué dans la figure, n° 1.
Ces cellules épithéliales sont elles un bon milieu de culture pour le gonocoque ? Le silence même des premiers jours qui suivent l'infection semble nous indiquer le contraire, ainsi que la petite quantité de sécrétion tant qu’elle ne renferme que des cellules épithéliales.
Au contraire, à peine depuis quelques heures, les
A0 = premiers globules purulents se sont montrés dans la sécrétion, que la marche de la maladie change du tout au tout. L’écoulement devient très rapidement abondant et sa coloration jaune nous indique sa purulence. Au microscope on voit les globules de pus très nombreux, serrés les uns sur les autres et à noyaux multiples, dont un certain nombre renferment des gonocoques. C’est dans le protoplasma des globules qu’on trouve les gonocoques, mais leurs noyaux déchiquetés pour la plupart indiqueraient qu’ils ont été le siège primitif de la prolifération gonococcique sous l'influence de laquelle ils se sont rompus. Leurs débris sont le plus souvent refoulés vers la périphérie ainsi qu’on le verra dans Ja figure n° 2.
Puis la maladie fait des progrès et ce sont les globules eux-mêmes qui se désagrégent et l’on trouve les gonocoques en partie dans les globules et en partie libres dans la préparation. Voir fig. n° 3.
Si les gonocoques pénètrent ainsi dans la profondeur de la muqueuse, 1ls se développent aussi en surface, et peu à peu l’inflammation gagnent les parties les plus profondes de l’urèthre, et jusqu’au coi de la vessie quelquelois.
Quelle voie suivent les micro-organismes dans leur
Le AO:
acheminement, du méat vers la portion membraneuse de l’urèthre ? Avancent-ils en infectant les cellules épithéliales de proche en proche? Ne se servent-ils pas au contraire de la voie lymphatique ?
Que certaines cellules soient infectées de proche en proche, la chose est très probable ; mais ce qui l’est moins, c’est que ce soit leur principal mode de progression.
La maladie gagne en effet beaucoup trop rapidement la partie postérieure de l’urèthre.
Doit-on conclure que les gonocoques avancent à l’intérieur même des lymphatiques ? S’il en était ainsi il me semble que l’on verrait beaucoup plus souvent des lymphangites de la verge vu l'énorme quantité de gonocoques qui devraient encombrer les vaisseaux. étant donnée l’extrème rapidité de leur prolifération et l'abondance de la sécrétion qu’ils engendrent.
Il est vrai que presque toujours il y a de l’engorgement des ganglions inguinaux. Mais les ganglions nous ont appris avec quelle facilité ils s’enflamment pour la moindre cause, et, l’uréthrite chimique, un simple traumatisme ‘de l’urèthre, produisent cette même adénite inguinale.
Je crois plutôt que l’irritation de la muqueuse pro-
voque l'apparition, sur les lieux irrités, d’une grande
quantité de globules de pus qui prolifèrent, en s’infectant de gonocoques, grâce aux espaces intercellulaires, tant vers les parties postérieures du canal que vers la surface de la muqueuse uréthrale.En effet dans les figures de Bumm — on voit bien les gonocoques hbres entre les cellules et jusqu’au chorion mais on n’en voit pas à l’intérieur des lympathiques — ni des capillaires sanguins. Les espaces intercellulaires sont agrandis par cette prolifération des globules purulents, inflammation s’en accroît d’autant,et ainsi, de la fosse noviculaire jusqu’à l’urèthre pos-
térieur, s’avance le processus blennorrhagique.
— Quel rôle jouent pendant ce temps les microbes secondaires ? Dès les premiers jours ils sont nombreux et on n’en trouve plus guère dans la période franchement aiguë pour les voir reparaître à la période chronique. Quelquefois pourtant on retrouve des staphylocoques à cette période aiguë ; et alors j’ai remarqué qu’elle était de plus longue durée et plus intense. Cependant je n’en tire aucune conclusion.
Si les microbes secondaires reparaissent en grand nombre dans les écoulements chroniques, le gonocoque, lui, devient au contraire plus rare à mesure que la maladie est plus ancienne. Souvent pour le décou-
vrir il faut recourir au nitrate d’argent.
Est-ce à dire comme le croit Legrain qu’il ne joue qu’un rôle tout à fait secondaire dans ces inflammations chroniques ? et que ces inflammations sont sous la dépendance des autres microbes ?
Je suis porté à croire le contraire, et pour deux raisons.
D'abord, lorsque dans une infection uréthrale, il n’y a pas pas de gonocoque, on arrive très rapidement à débarrasser l’urèthre de tout microbe par quelques lavages antiseptiques.
Si, au contraire, il y a des gonocoques, on arrive assez rapidement à débarrasser l’urèthre des microbes secondaires si l’on s'attaque au gonocoque par le permanganate, et ensuite à ces autres variétés microbiennes par les antiseptiques ordinaires.
Au contraire si l’on s’attaque d'emblée à l’infection secondaire, on voit cette infection disparaître ; mais se reproduire tant qu’on n’a pas détruit tout gonocoque.
Je crois donc, que même dans les écoulements chroniques, où il est en petit nombre, le gonocoque tient le premier rôle, et que les autres variétés bactériennes ne se développent qu’à la faveur de l’irritation spéciale qu’il produit.