HISTORIQUE DES LAVAGES
Les livages antiseptiques tels que nous les pratiquons aujourd’hui ont une double origine.
D'abord, les lavages uréthraux eux-mêmes, dont on trouve la première description par le docteur Serre dans la Gazette médicale de Paris en :831, et qui ne sont pas précisément nouveaux, on le voit.
ils remontent aussi à l'introduction des antiseptiques dans le traitement de la blennorrhagie, et c’est Fontani, qui je crois employa le premier le sublimé à doses faibles, 0.70, c. g. de sublimé pour 50 gr. d’eau, en injections.Il est cité en 1861 par la Gazette hebdomadaire de médecine et de chrirurgie.
Les lavages depuis quelques années sont devenus d’un emploi si commun que je ne prétends pas faire Phistorique complet de la question. Mais il est intéressant de voir par quelles translormations sont passés les lavages, avant de revêtir leur caractère actuel, et c’est à ce titre que je cite les premiers
essais et les modifications notables apportées,
Le docteur Serre, médecin à Allais, décrit du premier coup, les lavages continus, à peu près tels que nous les faisons aujourd’hui, sauf qu’il ne fait usage que d’eau tiède. Ayant remarqué les bons effets des injections fréquentes d’eau tiède dans l’ophtalmie purulente des nouveaux-nés il voulut tenter de la même manière la guérison de la chaude pisse.
Il confie ces lavages au malade lui-même qui peut les faire avec une seringue. Il fait d’abord asseoir le malade dans un bain, puis avec une sonde molle de quatre à six pouces introduite dans l’urèthre, et de volume assez petit pour que l’eau puisse refouler au dehors, 1l injecte de Peau tiède aussi souvent que possible pendant une heure pour la première fois et, deux heures pour les lavages subséquents.
Mais, dit-il plus loin: « Dans le cas où la main serait tremblante ou que l’on redoutät les secousses douloureuses, on remplacerait la seringue par un clyssoir; j'ai confiance qu’il présente des avantages incalculables. Les principaux sont :
1° I] n'imprime pas de secousses aux parties génitales.
2° IT donne un courant tout à fait continu dont on modère limpulsion en variant la hauteur du liquide
se N qu’il renferme,
3° Il rend le bain moins nécessaire, ce qui permet de faire des appareils à courant d'eau continu, d’une , commodité et d’une application très heureuses. »
— Ïl a toujours obtenu, dit-il, des guérisons en cinq ou six jours, soit par la cessation de l’écoulement, soit en le faisant passer à l’état chronique.
Plus tard en Angleterre, Morgan (1869) publia ce qu’il appelle un nouveau traitement de la gonorrhée. Ce sont encore des lavages faits au moyen d’un appareil laveur à deux tubulures, l’une commmuniquant avec une poire à insufflation, l’autre avec un tube en caoutchouc auquel est adapté une petite canule très fine, métallique.
Puis Durham, en 1870, introduit une modification : il se sert de canule à bout olivaire et à courant rétrograde, introduite jusqu’à la portion membraneuse, et fixée à une seringue à boule ordinaire.
Jusqu'ici les lavages sont faits avec de l’eau et par le moyen d’une sonde pénétrant dans l’urèthre plus ou moins profondément et dont les uns sont à courant rétrograde.
Voici maintenant le docteur Thomas Windsor décrivant son nouveau procédé de traitement :
« Trouvant dit-il, les balsamiques dangereux et les
injections insuffisantes il m’est venu à l’idée de donner
eue CAES
à ces dernières une action plus prolongée et plus elficace en les donnant sous forme de douches urèthrales. »
« Pour cela j’emploie un tube en caoutchouc dont l’un des bouts est fixé a une boule de plomb pour Île retenir au fond du vase, et dont l’autre s’adapte à une seringue uréthrale ordinaire dont j’enlève le piston. Le tube une fois rempli forme siphon, et on varie la force du courant par la hauteur de l’appareil.Le bout de la seringue introduit dans le canal on comprime de temps en temps le gland pour mieux laver l’urèthre. »
— C'est bien là un lavage sans sonde, tel qu’il était encore employé il y a quelques années. Car Windsor ne lave pas l’urèthre postérieur. En effet il dit encore un peu plus loin : « j’ai essayé plusieurs fois de laver la partie bulbaire de l’urèthre mais je n’ai pu réussir. »
« La solution que j’emploie est le permanganate à la dose d’un demi grain pour une once d’eau (c’est à dire à un millième à peu près). C'est la solution qui m'a paru la plus utile, car j'ai souvent employé des solutions de deux grains et même de six grains à l’once mais sous lPinfluence de ces solutions la gue-
rison fait beaucoup moins de progrès. »
Du premier coup, voilà les lavages faits comme on les faisait encore il y a quelques années à Paris, et l’action du permanganate parfaitement observée au point de vue clinique.
Certes ces lavages avaient encore des inconvénients qui les firent refuser plus tard et avec raison par le professeur Fournier et par M. Mauriac, et pouvaient même causer des accidents dont je parlerai plus loin.
Après Windsor-Holbrook Curtis, de New-York, revient à la sonde uréthrale à jet rétrozrade, et fait des lavages abondants avec de l’eau chaude qu’il porte jusqu’à la température de 180 degrés Farenheit, soit 81 degrés centigrades ; il emploie jusqu’à dix litres d’eau par lavage et a des résultats excellents, dit-il.
En 1884 Paul Diday dans le Lyon Médical, expose, avec l’esprit scientifique et la clarté qu’on lui connaît, et l’insuffisance des injections et les raisons d’un traitement antiparasitaire. Malheureusement, s’il conseille le lavage des deux urèthres, il les fait avec la sonde. Ilse sert de sublimé à un dix millième pour commencer, et va en augmentant les doses.
« Depuis, écrit-il, qu’on pressent la nature para-
sitaire de la blennorrhagie, depuis surtout que
M. Ernest Besnier nous a montré ce parasite se riant en quelque sorte de la médecine, au sein des tissus où il semble défier qu’on l’atteigne sans détruire la trame vivante qui lui sert de refuge, les vieux errements thérapeutiques doivent céder le pas à de nouveaux principes. »
« Or ces principes ont à viser à la fois deux choses: 1° La nature ainsi que les mœurs du parasite; 2° la structure ainsi que le fonctionnement de l’urèthre. Quant au premier point de vue, le liquide parasiticide ayant affaire non à un être isolé, mais à une colonie dont les membres se reproduisent, coit agir, et agir sans interruption, pendant un laps de temps que, a priori, et approximativement, je crois pouvoir évaluer à cinq ou six heures. »
« Au point de vue de sa mise en rapport avec Purèthre, le liquide parasiticide a à remplir trois conditions :
Porter sur toute la partie du canal malade ;
Ne pas se borner à passer sur ce canal, mais la distendre à un certain degré :
Y séjourner d’une manière non pas intermittente, mais continue, pendant la durée du temps que j'ai indiquée plus haut. »
[ ne fait pas tous ses traitements par des lavage
des deux urèthres, et introduit la sonde plus ou moins loin suivant qu’il veut laver les deux urèthres ou un seul.
C’est bien là l’exposition claire de la pathogénie de l’uréthrite telle que nous la comprenons encore, et la déduction logique du traitement à opposer à cette aflection.
En 1887 Lavaux décrivait les bons effets des lavages de la vessie, sans sonde dans les aflections vésicales.
Il appartenait à M. le docteur Janet d’apporter à cette méthode des lavages la dernière modification, grâce à laquelle les lavages désormais sans dangers, s’ils sont bien faits, débarrassés des défauts qui les firent rejeter par nos maîtres, il y a quelques années, basés sur des considérations scientifiques exactes, doivent maintenant être considérés comme le procédé de choix dans le traitement de la blennorrhagie.
Il y avait eu des accidents à la suite des lavages de l’urèthre antérieur seul quand les deux étaient malades ; cette objection disparait par le fait de lavages vésicaux.
La sonde avait aussi déterminé des accidents, et était d’un emploi dangereux, elle fut supprimée.
C’est en 1890 que pour la première fois M. le
docteur Janet pratiqua les lavages vésicaux, sans
sonde, au permanganate de potasse, contre la biens porrhagle, et qu'il m'enséigna à la pratiquer sous s direçtian,
Depuis lors son exemple lut suivi dans beaucoup de services hospitaliers, et notamment par M. le doé= teur Balzer.
Graduellement, une étude attentive des effets de ces lavages, amenèrent M le docteur Janet à des modifications de détails qui ont leur importance, mais qui sont toujours dirigés par les mêmes considérations scientifiques.
Petit à petit, M. Janet fixa les doses moyennes d’après leurs efllets. Effets qu’une analyse microscopique constante des sécrétions, nous apprit avec une exactitude pour ainsi dire mathématique.
C’est à la fin de 93 seulement que fut tenté l’emploi simultané du sublimé et du permanganate dans les infections mixtes.
Une autre modification a déjà donné de bons résultats, mais est encore à l’étude. C’est la combinaison des injections permanganatiques faites le soir par le malade lui-mème afin de prolonger la réaction produite par le lavage du matin, et simplifier ainsi le
traitement.