MANUEL OPÉRATOIRE
Si je décris le manuel opératoire dans tous ses détails, c’est que tous ils sont importants, pour la réussite du traitement, et que souvent la guérison ou un échec peut dépendre de l’observance ou de loubli d’un seul.
Les lavages ainsi que je l’ai dit, se font avec un demi litre de solution pour l’urèthre antérieur, mais avec un litre quand on veut laver les deux urèthres.
La force de la solution employée varie : pour l’urèthre postérieur,entre un quatre millième et un millième ; pour l’urèthre antérieur, depuis un quatre millièmes jusqu’à un cinq centième. J’ai même quelquefois employé un trois centième.
La température de l’eau a-t-elle une grande importance ? Dans les commencements nous employions à Necker les solutions chaudes. Depuis, M. Janet emploie les solutions tièdes. Je me suis très souvent servi de l’eau froide, et j’ai remarqué,
que l'injection pénètre tout aussi facilement dans ja
vessie, pour le moins, et que le lavage laisse après lui moins de pesanteur dans le petit bassin, et moins de ténesme.
On peut employer un récipient quelconque ; un des réservoirs en tôle émaillée, avec tubulure inférieure, qui servent dans les services hospitaliers, pour les injections vaginales. M. Janet emploie à Necker, et chez lui des flacons en verre, gradués, et avec un tube de caoutchouc 1l forme siphon.
Rien n’est plus simple. Il suffit d’un tube de caoutchouc de deux mètres cinquante, qui forme une anse au-dessous du niveau du malade.
Une fois le siphon amorcé, ille reste pour les lavages suivants, car cette anse est toujours remplie de liquide, et il suffit d’élever le tube pour que l’écoulement se produise.
A quelle hauteur doit-on élever le récipient ? Pour l’urêthre antérieur il convient de ne pas dépasser 50 ou 60 cent., car on risquerait de franchir le sphincter:
Pour l’urèthre postérieur, cela dépend du malade. J'ai assez souvent réussi des lavages avec une hauteur d’un mètre dix ; mais on peut monter sans danger jusqu’à un mètre cinquante; je crois même qu’il
n’y a aucun avantage à s’en tenir à des hauteurs infé-
rieures à un mêtre trente, car on ne distend pas assez le canal pour donner au lavage toute sa puissance.
Au delà de un mètre cinquante il peut y avoir du danger, non pour l’urèthre, ainsi qu’on le redoute souvent, son petit calibre le mettant à labri; mais pour la vessie qui pourrait n'être pas assez forte pour réagir contre une trop grande pression. J’ai employé plusieurs fois une élévation de un mètre soixante-quinze dans des cas de sphincters résistants, mais j'étais constamment sur mes gardes, et ne laissais pas pénétrer une trop grande quantité de liquide à la fois. |
Si le sphincter ne veut pas céder ; comme il est important de toujours faire un lavage complet, on peut injecter, dans l’urèthre dix centimètres cubes, d’une solution de cocaïne à un centième; injection qui n'offre aucun danger.
M. Janet a vu survenir un commencement de syncope chez un malade auquel il avait pratique une injection de cocaïne à un deux centièmes, et en est resté défiant à l’égard de la cocaïne. Mais le malade était névropathe, et j'ai souvent vu les mêmes symptômes se produire chez les malades de cette catégorie, en l’absence de toute cocaïne. Je crois donc, qu’il faut
plutôt accuser de cet accident Pappréhension et la
douleur, quelquefois assez vive, des lavages, plutôt que la cocaïne.
Si même avec la cocaïne on ne parvenait pas à passer (ce que je n’ai jamais vu se produire), 1l faudrait employer la sonde plutôt que de ne pas laver l’urèthre postérieur, lorsqu'il y a indication de Île laire.
Pour faire les lavages sans sonde, il faut obturer le méat. M. Janet a fait fabriquer de grosses canules en verre à bout conique très court. On peut ainsi obturer le méat sans pénétrer dans l’urèthre, et faire porter ainsi le lavage sur toute la surface de la muqueuse uréthrale. Ces canules laissent couler le liquide par une ouverture d’environ deux millimètres. Comme elles sont assez longues, on peut en ne les remplissant qu’à moitié, conserver à la partie supérieure une bulle d'air qui nous indique si le liquide coule et avec quelle rapidité 1l le fait. Lorsque la vessie se contracte, on voit le liquide s'arrêter, et même la boule d’air remonter dans le tuyau.
Il faut avoir une certaine quantité de ces canules, qui peuvent être stérilisées à la flamme, et dans l’eau bouillante. On les tiendra dans une solution antiseptique, et après chaque lavage, on changera la canule ;
deux malades ne devant pas se servir de la même.