‹ De la Bourse Sérieuse: Rétro-Olécranienne Sous-Cutanée et de ses MaladiesChapitre 45 sur 97 · Dieulafoy. Patholog. intern., t. 1, p. 654, 188s · texte numérisé non relu

Dieulafoy. Patholog. intern., t. 1, p. 654, 188s

Enfin la bourse rétro-olécrânienne séreuse cutanéé peut être atteinte par le rhumatisme, alors que des articulations éloignées de cetle bourse sont alteintes également et que le coude est ind emne.

En résumé, trois cas peuvent se présenter.

1° La bourse séreuse rétro-olécrânienne est atteinte ainsi que l'articulation toute entière.

20 La bourse séreuse rétro-olécrânienne est atteinte alors qu’il n’y a aucune manifestation rhumatismale

articulaire ni au coude ni ailleurs (Obs. Fleury, n. IX).

3° La bourse séreuse rétro-olécrânienne est atteinte, alors que l'articulation du coude est indemne, mais que d'autres articulations (genoux, hanches, etc...) sont frappées. C'est ce que nous voyons dans l’obser vation n.. X.

Ehologie. — La bursite rhumatismale rétro-olécrâniénne, indépendante de lésions rhumatismales de l'articulation du coude, est plus fréquente chez l’homme que chez la femme. Dans les deux cas, que nous relatons ici, les sujets sont du sexe masculin.

D'après Boillerault cette forme surviendrait chez les homimes dix fois contre une fois chez les femmes.

Selon Cagniat, elle reconnaît les mêmes causes prédisposantes ou déterminantes que le rhumatisme articulaire du coude.

Elle se rencontre à tout âge, mais de préférence de 20 à 40 ans. |

Elle peut survenir sans cause occasionnelle connue, spontanément en apparence. |

Le froid, le froid humide surtout, pourrait lui donner naissance (Obs. Fleury, n. IX).

Le traumatisme de la bourse séreuse pourrait, pensonsnous, déterminer nn « locus minoris resistentiæ » capable de déterminer le rhumatisme à se localiser en ce point (Obs. n. X).

On l’observe souvent chez des sujets ayant déjà eu auparavant une ou plusieurs attaques de rhumatisme (Obs. IV et V de la thèse de Boillerault. Obs. Fleury, n° 1X). Une première attaque de rhumatisme au niveau de la bourse séreuse rétro-olécrânienne constitue une prédisposition puissante à des attaques nouvelles au même point.

L'intervention de la cause la plus légère, la plus insignifiante, comme les variations du temps, un excès suffit pour amener une rechute, une récidive (1).

La forme bursale typique est presque aussi fréquente que la forme purement articulaire ou mixte.

Parmi les bourses séreuses atteintes de rhumatisme la bourse séreuse rétro-olécrânienne sous-cutanée vient, par ordre de fréquence, au troisième rang. Les trois bourses séreuses plus souvent frappées qu’elle, sont : ;

1° La bourse séreuse située entre le biceps et le péroné.

2 La bourse séreuse située au-dessous de la patte d'oie.

3 La bourse séreuse rétro-calcanéenne.

4. Boillerault. Loco cilato, p.13, 15, 16. — Ch. Nancrède. Loco

citato.

Pathogénie. — Nature. — Cette inflammation spéciale de la bourse séreuse rétro-olécrânienne est de la même nature que le rhumatisme articulaire. Elle présente la même mobilité, la même facilité au déplacement, la même absence de tendance à la suppuration, la même apparition spontanée, la même disparition rapide. Elle reconnaît les mêmes causes, se produit dans les mêmes circonstances étiologiques, offre le même mode de développement, d'évolution, la même marche, les mêmes altérations locales, les mêmes lésions anatomo-pathologiques.

Elle se rattache donc à la même diathèse que l’arthrite rhumatismale. i

Mais, lorsque le rhumatisme frappe la bourse séreuse rétro-olécrâänienne en épargnant la synoviale articulaire, c’est que ce rhumatisme est fort béuin. Le professeur Peter (1) fait remarquer que le rhumatisme des bourses séreuses et même celui des synoviales tendineuses cons titue une forme essentiellement légère du rhumatisme.

Selon son degré d'intensité, le rhumatisme s’attaquera à des parties plus ou moins bien organisées, plus ou moins résistantes. Est-il très intense, il frappera les séreuses même les plus parfaites, le péricarde, l’endocarde, la plèvre. Est-il d'intensité moyenne, il épargnera ces séreuses, mais pourra atteindre les synoviales articulaires, déjà moins bien organisées.

Est-il d'intensité plus faible encore, il se bornera à toucher les gaînes synoviales tendineuses moins bien constituées que les synoviales articulaires.

1. Peter. Leç. clin. méd. Rhumalisme aiqu, XVIII: leçon, p. 360 et suiv.

Est-ce un rhumatisme léger, il s'adressera uniquement aux rouages les moins parfaits de l'appareil locomoteur, aux bourses séreuses sous-cutanées, les synoviales de glissement élant moins bien organisées que les synoviales articulaires.

L’inflammation rhumatismale de la bourse séreuse rétro-olécrânicnne est donc bien dûe au rhumatisme ; lorsque celte bourse séreuse rétro-olécrânienne est frappée, alors que les autres synoviales ne le sont pas, c’est que le rhumatisme est léger. On n'aura pas à craindre dans ce cas d’endocardite, de péricardite, de plenrésie : aucune séreuse profonde ne sera atteinte.

Symptomalologie. — Dans le cas où l'articulation du coude est prise en même temps que la bourse séreusc rélro-olécrânienne on a les symptômes de l’arthrite rhumatismale habituelle.

Lorsque la bourse séreuse rétro-olécrânienne est seule atteinte, ou que la bursite séreuse rélro-olécrânienne est accompagnée de l’inflammation rhumctismale d’autres bourses séreuses, voisines ou éloignées, on remarque les symptômes suivants :

1° Prodromes. — Parfois des prodromes généraux précèdent les symptômes loc:ux. Quand ils existent, ils ne présentent d’ailleurs pas de gravité. Ils consistent en malaise, courbature, anorexie, soif plus ou moins vive, légers frissons, faible élévation de température. Puis au bout de 42 à 24 heures au plus apparaissent les accidents locaux au niveau de la bourse séreuse rétro-olécrânienne. Dans les deux observations que nous rapporlons ici ces prodromes ne se sont pas manifestés.

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2° Symplômes. — A. Locaux. — Les symptômes locaux sont suffisamment caractéristipues pour faire de la bursite séreuse rhumatismale rétro-olécrânienne une affection particulière qu’il est possible de séparer de toute lésion articulaire ou même péri-articulaire :

Le premier symplôme, le plus frappant, est la douleur. Elle a une physionomie spéciale. Elle est spontanée, généralement aiguë, lancinante, exagérée par le moindre mouvement. Parfois elle est sourde. Il arrive, dans certains cas, que la douleur est de médiocre intensité. (Obs. X).

La douleur provoquée par la pression est très pénible.

Cette douleur est netlement délimitée au siège de la bourse séreuse rétro-olécrânienne.

Dans le cas qu’il nous a été donné d'observer, elle élait exactement localisée à la face postérieure de l’olécrâne, sur une surface ovale de trois centimètres de long et de deux centimètres de large environ. Par la pression on la provoquait au niveau de l'insertion du tendon du triceps sur la face supérieure de l’oiécrâne, soit que la bourse séreuse rétro-olécrânienne sous-cutanée remontât à ce niveau, soit qu'il exislât une bourse séreuse susolécrânienne également malade. Les deux gouttières qui se trouvent de chaque côté de l’olécrâne n'étaient pas douloureuses. Les bourses séreuses épitrochléennes et épicondyliennes ne l’étaient pas davantage. La pression sur le pli du coude ne produisait aucune douleur,

La douleur au niveau de la bourse séreuse rétro-olécrânienne était accompagnée d’un sentiment de {ension.

Les mouvements volontaires ou provoqués d’extension

ou de flexion de l’avant-bras sur le bras étaient pénibles et amenaient dans la bourse séreuse rétro-olécrânienne une exacerbation de la souffrance. Mais l'articulation du coude n’était pas atteinte, car les mouvements communiqués, un choc sur le poignet, le bras étant allongé, ne produisait aucune douleur dans l'articulation.

Une pression méthodique sur les muscles biceps, triceps, épicondyliens, épitrochléens, ne causait aucunè souffrance au malade. Ces différents museles fonctionnaient d’ailleurs sans douleurs.

Un second symplôme est la fuméfaction. Elle occupe toute Ja surface douloureuse, et par conséquent toute la cavité de la bourse séreuse rétro-olécrânienne. Elle est délimitée par une rougeur inflammaloire peu intense, ou plutôt par une {einle rosée, disparaissant à la pression du doigt, se montrant sur toute la superficie occupée par la bourse séreuse rétro-olécrânienne.

Il existe au nouveau de la bourse séreuse rétro-olécrânienne une augmentation de température. Dans l'observation X, cette élévation amenait une différence de deux degrés avec la température de la région symétrique opposée.

On ne constate pas de crépitation dans la bourse séreuse rétro-olécrânienne malade.

Parfois, en l’absence de tout signe de phlegmasie, tel que tuméfaction, rougeur, chaleur, il existe cependant des douleurs très vive (Charcot).

Bientôt ces différents symptômes s’accusent davantage.

La bourse séreuse rétro-olécrânienne présente un

empâtement œdémateux, parfois peu sensible, généralement

très marqué. Puis, un peu d’épanchement liquide se produit rapidement.

On perçoit une flucluation manifeste dans la cavité de la bourse séreuse rétro-olécrânienne.

B. — Généraux. — En même temps que se manifestent ces symptômes locaux apparaissent des phénomènes généraux. Le malade est en proie à la soif, à la fièvre (température 38° à 39°, pouls 100).

ll ressent du malaise général; il a des frissons, des sueurs assez abondantes, d’odeur aigre.La peau est chaude.

A l’auscullation on ne perçoit rien d’anormal au cœur, à moins qu’à la bursite rhumatismale rétro-olécrânienne ne se joignent d’autres manifestations au niveau des arti- | culations. Mais le rhumatisme qui frappe la bourse séreuse rétro-olécrânienne en épargnant les synoviales articulaires épargnera « & fortiori » les séreuses profondes.

Marche. — La bursite rhumatismale rélro-olécrânienne a en général une marche subaiguë : les deux observations que nous donnons en sont la preuve.

Dans l'observation IX la bourse séreuse rétro-olécrânienne demeura atteinte pendant près de quarante jours. Dans l’observalion X elle garda de l’empâlement pendant sept jours. Ce sont deux cas \éritablement subaigus. Généralement l'affection ne se fixe à la bourse séreuse que pendant quelques jours, souvent pendant 48 heures seulement.

La rougeur, la chaleur et parfois le gonflement disparaisseut en même temps que la douleur. Mais, fréquemment, même après la disparition des symptômes aigus, il

subsiste une tuméfoclion, un empâtement, pendant un

lo certain temps encore. C’est ce que l’on voit dans les deux observations n° IX et n° X.

Dans les observations n° IX et n° X une seule bourse séreuse rétro-olécrânienne est prise dans chaque cas mais dans l'observation du D' Fleury les deux bourses -séreuses prérotuliennes furent atteintes successivement.

Diagnostic. — Si le rhumatisme atteint à la fois la bourse séreuse rétro: olécrânienne et les diverses parties de l'articulation du coude (synoviale, muscles, bourses tendineuses, etc...) la bursite séreuse rétro-olécrânienne pourra passer inaperçue, perdue au milieu des autres manifestations articulaires rhumatismales qui accompagnent sa propre inflammation. Elle existe cependant, et peut encore êkre étudiée séparément. Certes, dans le cas d’arthrite rhumatismale du coude, ce qui tout d’abord atlüirera l'attention, ce sont les manifestations articulaires proprement dites, puis aussi les complications possibles du côté des orandes séreuses (endocardite, péricardite, etc). Mais uue exploration atteutive et méthodique permeltra de déceler des douieurs neltement circonscriles à la bourse séreuse rélro-olécrânienne, et de diagnostiquer ainsi la bursite rhumatismale, qui n'esi alors qu'une manifestation accessoire de la maladie générale. La bourse séreuse rélro-olécränienne peut être atteinte par le rhumalisme sans que larticulation du coude ni aucune autre articulation soit touchée. Le diagnostic ne présente euère de difficulté : L’apparil'on subite à la face postérieure de l’olécrâne d’un gonflemert bien limité à Pétendue de la bourse séreuse rélre-olécrânienne et lPenva-

hiesant loule ‘entière d'enbléc; la teinte rosée spéciale

des téguments (parfois l'absence de coloration), à ce niveau, la douleur bien limitée au contour de la bourse séreuse sont vraiment caractéristiques.

Cette rougeur, celte chaleur, ce gonflement, celte douleur ne pourront pas induire en erreur, et faire croire à une suppuration de la bourse séreuse rétro-olécrânienne, d’abord à cause de l’apparition brusque, spontanée des symplômes; à cause de la non-propagation de l'inflam mation, qui demeure parfaitement localisée à la bourse séreuse rétro-olécrânienne ; à cause de l'absence d’engorgements ganglionnaires épitrochléens et axillaires; à cause de la non-production de traînées [ymphangitiques- De plus on ne trouvera ni cet œdème particulier qui indique la présence du pus et qu’accompagnent des phénomènes aigus fébriles, ni ces douleurs subaiguës indiquant une lésion profonle.

Les antécédents héréditaires ou personnels, d’autres manifestalions générales ou locales, dépendantes de l’arthritisme, pourront dans certains cas éclairer le diagnostic (Obs. n° IX et X).

L'évolution de Paffection et sa Lerminaison viendront ensuite le confirmer.

Lorsque la bursite rhumatismale rétro-olécrânienne se produit alors que d’autres articulations, voisines ou éloignées, sont touchées par le rhumalisme, le diagnostic devient encore plus facile (Obs. no X).

Mais il est plus épineux lorsque le sujet est en même temps atteint de blennorrhagie. On peut penser qu'il s’agit d'une bursite blennorrhagique rétro-olécrânienne.

On devra considérer d’abord que la bursite blennor-

rhagique fréquente au niveau de certaines bourses (rétro calcanéenne, prérotulienne, etc...) est très rare au niveau de la bourse séreuse rétro-olécrânienne.

De plus, la bursite blennorrhagique s'accompagne de douleurs excessivement vives, même à l’état subaigu, alors que la rougeur et la tuméfaction ne sont pas considérables. Elle est plus douloureuse que la bursite rhumatismale et même après la guérison, la bourse séreuse demeure encore longtemps d’une sensibilité exquise à la pression (1).

Enfin, la bursite blennorrhagique est remarquable par sa fixité, la bursite rhumatlismale par la facilité et la rapidité avec laquelle elle disparaît pour reparaître.

Un bon caractère de la bursite blennorrhagique est sa longue durée. La bursile rhumatismale, sauf exception (Obs. n° IX), n’a qu’une existence éphémère.

Pronostic. — IL est bénin au point de vue local, car la résorption est rapide, et celte passagère inflammation de la bourse séreuse rétro-olécrânienne n'entraîne aucune altération des mouvements du coude lorsqu'elle a disparu.

-De plus, il n’y à pas à craindre la suppuration de la bourse séreuse.

Enfin, la bursite rhumatismale rétro-olécränienne n’entraîne pas de symptômes généraux graves, pas de relentissement sur les grandes séreuses, sauf dans le cas où elle est accompagnée ‘le lésions articulaires multiples.

j. Fournier. Dict. méd. el chir. pratique. Art. Blennorrhagie, p.297:

Eli0

Le pronostic est donc bénin au point de vue local et au point de vue général. |

Anatomie palhologique. — Les altérations des bourses séreuses atteintes par le rhumatisme, en particulier celles de la bourse séreuse rétro-olécrânienne, sont peu connues, faute d’autopsies.

Cependant, quelques bourses séreuses ont élé ouvertes au cours du rhumalisme, soil par suite d’une erreur de diagnostic, soit comme méthode de traitement.

C’est ainsi que B. Bell déclare que dans les tumeurs des bourses séreuses (et il s’agit de bourses séreuses rétro-olécrânienne ou de bourse séreuse prérotulienne) survenant sous l’action du rhumatisme, se trouve un liquide transparent et fluide, ressemblant à la synovie des jointures. € C'est du moins ce que j’ai observé dans loutes celles que j'ai vu ouvrir », ajoute-t-il.

La surface interne de la bourse séreuse est rouge, veloutée ; ses parois semblent épaissies; les franges et travées, que l’on y trouve souvent, sont injectées.

Traitement. — Le traitement de la bursite rhumatismale rétro-olécrânienne est identique au traitement de larthrite rhnumatismale.

A l’intérieur, salicylate de soude (G. Séc) 5 à 6 grammes en plusieurs fois par 24 heures. La médication est recommencée plusieurs jours, et on diminue progressivement les doses quand l'amélioration se manifeste (Dieulafoy). En diminuant les doses de salicylate on peut lui associer l’antipyrine, 2 grammes.

1. B. Bell. À system. of surgery. Edinburgh. 1787, T. V, sect. HI, paragr. 2, p. 479 et suiv.

Comme boisson, le malade prendra de la limonade, de l’eau vineuse, du lait coupé avec de l’eau de Vichy.

Pendant la phase aiguë la face postérieure du coude sera badigeonnée avec un liniment ainsi composé :

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On pourra également entourer le coude d’ouate laudanisée.

Si les douleurs au niveau de la bourse séreuse devenaient intolérables, elles seraient calmées par des injections d’eau pure à ce niveau, auxquelles on ajoutera matin et soir de légères injections morphinées.

Après la phase aiguë, la teinture d’iode en application sur la bourse séreuse pourra accélérer la résorption de

l’épanchement.

OgBservarION IX

Communication du D' C. M. Fleury à la Société de Médecine (Loire Médicale, 1891, pages 161 et suiv., n°9 1,3 26).

T..., 43 ans, wagonnier au chemin de fer, de bonne santé habituelle, n’a jamais fait de maladie.

En avril 1890 il éprouve dans diverses articulations des douleurs rhumatismales qui disparaissent en ÿ ou 6 jours sous l'influence de frictions locales. C'était, du reste, la première atteinte de rhumatisme qu’il subissait.

Le 20 mai 1890, il est obligé de courir quelques instants ; il prend chaud, puis la pluie venant à tomber il est mouillé.

Delord 19

ne

Le lendemain il éprouve au niveau du coude droit, en arrière de l’olécrâne, une douleur vive : la peau est soulevée à ce niveau ; elle est rouge et enflammée ; c’est la bourse séreuse sous-jacente qui est le siège de cette poussée inflammatoire.

Le 27 mai, douleur vive au niveau du genou droit, en avant de la rotule : peau rouge, enflammée, tuméfiée ; c’est la bourse prérotulienne qui est à son tourle siège d’un processus inflammatoire aigu.

Huit jours après, la bourse prérotulienne gauche est prise à son touret offre les mêmes symplômes. Cependant, l’état général n’élait que peu influencé et la fièvre peu intense ; les mouvements fonctionnels étaient restreints par la douleur seulement, les articulations restant indemnes.

Le mois de juin s’écoula tout entier en traitements divers : Salicylate de soude, puis iodure de potassium, à l’intérieur ; d’abord frictions calmantes, puis résolutives, à l’extérieur: liniments laudanisés pendant la phase aiguë et ensuite teinture d’iode et sparadrap de Vigo. La douleur fut calmée assez rapidement, mais la résorption de l’épanchement se fit attendre jusqu’en juillet.

Au commencement de ce mois, le coude droit était guéri ; les genoux s’améliorèrent progressivement et successivement.

Le 15 juillet. — T..., put reprendre son travail, qu'il n’a pas interrompu depuis cette époque. On percevait nettement encore une saillie ‘légère de la peau, avec induration sous-jacente, au niveau des bourses olécrâniennes et prérotuliennes; le liquide s’était résorbé sans passer à la suppuration, et sans nécessité d’intervention chirurgicale.

En résumé, inflammation de la bourse séreuse olécrânienne, droite, suivie à quelques jours d'intervalle de celle des bourses prérotuliennes de chaque côté.

On ne retrouve à l’origine ni traumatisme ni irritation chroni-

que provoquant un hygroma aigu où subaigu, comme on en

Er LES

remarque dans diverses professions, et comme j’en ai remarqué quelques-uns chez des mécaniciens ou chauffeurs des chemins de fer. Ces agents, obligés de se tenir debout pendant la marche des trains, s’appuyent fréquemment sur le coude pour se délasser, et le frottement répété finit par amener l’inflammation de la bourse olécrânienne.

Le seule maladie dont T... ait été atteint a consisté en douleurs articulaires vagues, un mois avant ces hygromas multiples ; un refroidissement a précédé l'invasion. Dès lors, il me paraît logique d’altribuer au rhumatisme Ja paternité de ces manifestations. Tel est aussi l’avis du D' Chavannis, qui a bien voulu voir le malade.

La marche de la maladie correspond, du reste, à celle du rhumatisme : les poussées inflammatoires se sont faites successivement sur trois bourses séreuses, ainsi qu'il arrive pour les articulations qui se prennent successivement et parfois symétriquement. |

L'intérêt principal de cette observation réside dans la localisation spéciale du rhumatisme sur plusieurs bourses séreuses souscutanées, à l'exclusion de toute autre manifestation ; les auteurs divers que nous avons compulsés signalent bien l'inflammation isolée de ces séreuses ; nous n’avons trouvé mention d’'hygromas aigus multipies que dans un travail présenté, en 1889, à la Société de Chirurgie, par M. Terrillon, sur l'inflammation d’une bourse séreuse située au-dessous du tendon rotulien (prétibiale de Tillaux}, Cette affection très rare, signalée antérieurement par Gosselin et Treudelenbourg, est considérée comme étant d’origine rhumatismale ; elle est souvent la conséquence d’une poussée voisine, et elle serait presque toujours bilalérale.

Dans notre cas, il s’agit des bourses olécrâniennes et prérotuliennes : l’évolution est analogüe, mais aucune des articulations

sous-jacentes n’a été malade.

Osservarion X (personnelle).

E... T..., 30 ans, étudiant en médecine, de conslitution robuste, sanguine, teint coloré.

Añtécédents héréditaires. — Nuls.

Añtécédents personnels. — Bronchites et angines fréquentes dans le courant de l'enfance et de l'adolescence. Système nerveux facilement surexcitable : dyspepsie acide; dilatation de l’estomac qui fait saillie à la région épigastrique : bruit de clapotage à la percussion ; bruit de succussion lorsque le malade se secoue. Parfois T... a eu quelques éruptions culanées légères à forme eczémateuse. Le malade est grand buveur de bière.

Son foie est volumineux.

Il a eu une blennorrhagie récente dont l'écoulement subsiste encore. :

Il n'avait pas ressenti jusqu'ici de manifestations articulaires pouvant être rapportées à la goutte ou au rhumatisme.

Le 3 janvier 1893. — En patinant sur la glace, T... a fait une chute dans laquelle le coude gauche à porté : contusion légère, sans érosion, gonflement, ni ecchymose.

Douleur assez aiguë, au début, mais qui va en s’atténuant,. Elle persiste pendant 15 à 18 Jours environ, c’est-à-dire jusque vers le 20 Janvier.

Maladie actuelle. — Toute douleur avait disparu, lorsque le 28 février, T... ressent au genou gauche une vive douleur au niveau de l'articulation.

Dans la nuit : sueurs abondantes, d’odeur aigre, pouls 90 pulsations. T. 38°.

Le 4° mars. — Le genou droit est atteint à son tour. Les

urines sont rares, foncées, sédimenteuses, riches en urates et en

urée.

Les 2, 3, 4, 5 mars. — L'état reste le même ; ni délire ni céphalalgie.

Le 6 mars. — Diarrhée abondante, fluide, séreuse. La lan-

gue reste humide et normale.

La douleur et le gonflement des genoux disparaissent, pour apparaître dans les coudes, qui deviennent gonflés, rosés, chauds.

Le 8 mars. — Les coudes sont moins douloureux, mais les articulations des hanches et des épaules sont prises à leur tour symétriquement et simultanément. Le pouls donne 100 pulsa- HOnS Mr 300, 224148. 000

Du 8 au 15. — Les articulations carpo-métacarpiennes, métacarpo-phalangiennes, larso-métatarsiennes sont touchées à leur tour. Celles des gros orteils ne sont pas épargnées, ét le malade ressent même de vives douleurs au niveau des articulations des vertèbres lombaires. Ces diverses articulations ont été alteintes parfois simultanément, parfois alternativement, la douleur ne séjournant pas longtemps au même point.

Le 19 mars.— Bien que les douleurs des articulations des deux coudes aient complètement disparu ainsi que les diverses autres manifestations articulaires, T... ressent une certaine douleur à la partie postérieure de l’olécrâäne gauche ; une tumeur, du volume d’un œuf de pigeon survient, brusquement, dans la région occupée par la bourse rélro-olécränienne el nettement limitée à cette bourse.

La peau est légèrement rosée. La douleur soit spontanée, soit provoquée par la pression, est peu considérable ; il existe seulement de la gêne dans les mouvements, gêne dûe non à la raideur de l'articulation du coude qui est indemne, mais à la présence de

la tumeur.

Au palper, celle-ci, qui présente exactement la forme de Ja

bourse séreuse rétro-olécrânienne, offre un empâtement œdémateux très marqué.

Le 20 mars. — On conslate une fluctuation évidente (dûe à un épanchement de sérosité dans la bourse séreuse), mais pas de crépitation.

La température des téguments au niveau de la bourse malade semble plus élevée qu’au niveau de la bourse séreuse symétrique (de 2° environ). |

Cette tumeur, dont le début a été très brusque, atteint son développement maximum en quarante-huit heures et dure sept jours, pendant lesquels elle s’efface graduellement.

Cependant, à la partie interne du genou droit, un point douloureux subsiste au niveau de la tête du péroné, dû sans doute à l'inflammation de la bourse séreuse sur laquelle glisse le tendon du muscle biceps. Mais on ne constate ni gonflement, ni rougeur, ni chaleur.

La douleur n’est pas très aiguë et disparaît au bout de quelques jours.

En ce moment, 26 mars, T..., a le teint très pâle, d'un blanc mat, est fort anémié et a beaucoup maigri. Ses mouvements sont difficiles, moins à cause de la raideur des articulations, qu’à cause de la parésie rhumatismale légère dont ses muscles sont atteints. L'hygroma a disparu, mais un palper attentif permet de reconnaître encore un peu d'empâtement ; il n’existe pas la moindre

sensibilité à la pression.

L'intérêt principal de celte observation nous a semblé résider en ce fait, que la bourse séreuse rétro-olécrânienne est devenue malade, alors que les articulations des deux coudes étaient parfaitement guéries, et que même toute manifestation rhumatismale au niveau des

autres articulalions avait disparu. Il semblerait que le

rhumatisme n'ayant plus une intensité suffisante, vers son déclin, pour se maintenir sur les séreuses mieux organisées des synoviales articulaires, a dû se restreindre à la bourse séreuse rétro-olécrânienne, moins bien constituée, moins résistante.

Un autre fait intéressant consisle en ce que c’est précisément la bourse séreuse sous-cutanée, contusionnée dans une chute, six semaines auparavant, qui s’est vue atteinte par le rhumatisme, alors que les autres bourses séreuses sous-cutanées sont demeurées indemnes.

Ne peut-on pas légitimement supposer que cette contusion minime, il est vrai, a cependant été suffisante pour désigner au rhumatisme cette bourse séreuse rétro-olécrânienne comme siège favorable à l’une de ses manifestations. à

Il ne nous semble pas impossible que la bourse séreuse rétro-olécrânienne guérie en apparence de son traumatisme léger, n’avait pas obtenu une guérison parfaite, une « reslitutio in inlegrum », et était demeurée un « loeus minoris resistentiæ (1). >

Enfin, une troisième circonstance nous semble devoir attirer l'attention. Le malade, au moment des manifestations rhumatismales, était atteint de blennorhagie ancienne.

Devait-on considérer comme blennorrhagiques les dou leurs articulaires dont il souffrait ? Nous ne l'avons pas pensé. [i nous a semblé que nous étions en présence d’un rhumatisme vrai. Les antécédents et la constitution

A. L. H. Petit. Gaz. hebdomad. medec. et chirurgie, 1875, p. 706-

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