OBSERVATION XV
Goutte et saturnisme, par Samuel Wilks M. D.,in Guys Hospit. Report. 1870, vol. XV, p. 46.
John W..., 48 ans, admis dans le service du D' Wilks, le 3 février 1869, employé au South-Western Railway, travaille le plomb. Sobre et sans aucun antécédent goutieux héréditaire. Souffre depuis longtemps de ce qu'il appelle un rhumatisme ; il est enfin obligé d'abandonner son travail.
D'aspect cachectique, comme s’il avait essuyé une longue maladie. Au niveau du coude droit la « bourse séreuse » est enflammée et contient un dépôt d'urate de soude. Au niveau de larticu-
lation métacarpo-phalangienne de l'index se trouve une ulcération contenant une quantité de matière analogue à du mortier.
Le poignet et la hanche sont gonflés et sensibles.
Sur la rotule gauche, un autre dépôt. Un dépôt d’urate de soude au pavillon de l'oreille droite. Le malade demeura à l’hôpi- {al six semaines et devint beaucoup mieux portant. Il prit pendant toul ce temps des ferrugineux et une dose de lithine chaque
metin.
OBsERvAtTION XVI (résumée).
Pinet. Th. de Paris, 1874. Communiquée par le professeur Charcot, rédigée par le Dr Bourneville.
M. L..., 31 aus, plombier, pas d’antécédents goutteux, ni rhumatismaux dans la famille. |
Etat actuel. — Pieds, orteils, genoux, surtout à gauche, sont atteints à divers degrés, ainsi que la hanche droite. Gros orteil gauche très déformé; lophus sur le bord interne. Le membre supérieur gauche est également affecté. Entre autres lésions, il est signalé un tophus à la partie postérieure el supérieure de
l’olécräne.
Sur les six observations de bursite goutteuse saturnine rétro-olécrânienne que nous avons pu relever, toutes appartenaient à des sujets du sexe masculin, ce qui s'explique par ce fait que les professions où l'an manie le plomb appartienvent surtout aux hommes.
Au point de vue professionnel, l’un des malades était
As
plombier, le second compositeur d'imprimerie, le troisième peintre en bâtimeuts, le quatrième, employé de chemins de fer, travaillait le plomb, le cinquième était encore plombier, quant au sixième sa profession n'est pas nettement indiquée.
L'un d’eux avait seulement 31 ans.
L’âge du dernier n’est pas donné.
Les quatre autres avaient de 43 à 56 ans.
Dans ces six observations, la bourse séreuse rétro-olécrânienne gauche a été atteinte une fois ; la bourse séreuse rétro-olécrânienne droite deux fois; une fois le côté de la bourse séreuse rétro-olécrânienne malade n’a pas été indiqué; dans deux cas la bourse séreuse rétro-olécrânienne droite et la bourse séreuse rétro-olécrânienne gauche étaient occupées simullanément par des dépôts tophacés. |
Chez aucun de ces goutteux saturnins les manifestations morbides ne se bornaient à la bourse séreuse rétroolécrânienne.
Tous avaient d’autres lésions goulteuses articulaires ou cutanées.
Dans quatre de ces cas les tophus de la bourse séreuse rétro-olécrânienne étaient durs, facilement perçus sous le doigt, et distendaient plus ou moins la bourse séreuse, qui n’était pas enflammée.
Dans un cas, la bourse séreuse rétro-olécrânienne était enflammée. Dans un autre « la fumeur avail la forme et l'apparence de l’hygroma, mais présentait une fausse fluctualion comme le ferait un lipôme. »
De ce qui précède que pouvons-nous conclure? Nous
croyons pouvoir formuler les conclusions suivantes :
1° La goutte salurnine comme la goutte vraie peut donner lieu à des épanchements uratés dans la bourse séreuse rétro-olécrânienne.
2° Ces épanchements peuvent se produire d’une façon aiguë, subaiguë ou chronique (Halmagrand).
3° La bourse séreuse rétro-olécrânienne est avec la bourse séreuse prérotulienne le siège de prédilection des tophus de la goutte saturnine (Verdugo).
4 Ces tophus se produisent plus rapidement dans la goutte saturnine que dans la goutte vraie (Dieulafoy).
9° La goutte saturnine semble se manifester plutôt sur la bourse séreuse rétro-olécrânienne gauche que sur la bourse séreuse rétro-olécrânienne droite, tandis que dans la goutte vraie la proportion est contraire.
6° La bursite goutteuse saturnine est plus fréquente dans le sexe masculin que dans le sexe féminin.
79 L'âge vers lequel se produisent les tophus de la bourse séreuse rétro-olécrânienne dans la goutte saturnine oscille entre trente et soixante ans.
8° La bourse séreuse rétro-olécrânienne peut être atteinte par la goulte salurnine, alors que l'articulation
du coude sous-jacente est indemne (Obs. n° XV).
D. — BURSITE HYDRARGYRIQUE
Borsieri, Brodie, Koch, Ollivier, Bennet-Lucas, déclarent avoir vu des bourses séreuses s’enflimmer chez des malades qui ont souffert de l’abus du mercure (1).
1. Borsieri. Cité par Ollivier. Dict. en 30 vol., t. V, art. Bourses
Cette bursile mercurielle ne doit pas être fréquente de nôs jours. Il ne nous a jamais élé donné d’en observer, nous ne connaissons pérsonne qui en ait vu, et nous n’en ayons trouvé aucune observation dans la littérature médicale. Les auteurs plus récents de travaux sur les maladies des bourses séreuses, en fout à peine mention, plusieurs passent cette cause sous silence (1).
Pourquoi cette affection citée autrefois comme relativement fréquente, ne sc relrouve-t-elle plus de nos jours ?
Cela proviendrait-il de ce que la quantité de mercure que lon fait absorber aux syphilitiques est moindre que celle en usage autrefois? On ne cherche plus comme jadis à « saturer l’organisme de mercure » et à obtenir une sorle d’empoisonnement du patient.
Ne serait-ce peut-être pas plutôt que ces inflammalions des bourses séreuses attribuées au mercure se produisaient au contraire malgré le mercure ? En un mot, ces bursites, que l’ona signalées, n’étaient-elles pas plutôt syphilitiques que mercurielles. Alors surtout que les lésions syphilitiques des bourses séreuses n’élaient pas connues (elles
ne le sont que depuis 1875), certains cliniciens voyant
muqueuses, 1833. — Brodie (loco cilato), chap. VIII, 230-244 —- Kock (oper. citat.). — Ollivier (oper. citat.). — P. Bennet-Lucas, Lancet, London, 1839, ii, p. 919-922.
1. Nous avons interrogé à ce sujet notre excellent ami le D' le Thou, alors interne des hôpitaux de Paris, et qui poursuivait de consciencieuses recherches sur les diverses manifestations de l’intoxication mercurielle, en vue de sa thèse. Il nousa déclaré n'avoir jamais observé de maladies des bourses séreuses qu'on put imputer à l’absorplion du mercure.
un malade tout à la fois abuser du mercure et porter un hygroma, ont pa considérer le premier comme étant la cause du second, quand cet hygroma était dû, sans doute, à la maladie qui faisait absorber le mercure, à la syphilis.
On peut objecter que, si ces affections des bourses séreuses, attribuées au mercure par les auteurs anciens, étaient de nature syphilitiques, l’absorption de ce mercure aurait dû précisément les faire disparaître, puisque l’efficacité du traitement mercuriel est un des meilleurs moyens de diagnostic de la syphilis.
Certes le mercure amène la guérison des lésions syphilitiques des bourses séreuses ; mais il met à le faire trois ou quatre semaines au moins ; parfois davantage.
D'autre part, il faut considérer que la bursite syphilitique n'est pas douloureuse (1) d'ordinaire; elle est même peu gênante, surtout quand elle siège à la bourse séreuse rétro-olécrânienne ; elle n’attire donc guère l’attention. Le malade peut en êlre porteur pendant longtemps, dans nombre de cas, sans s’en douter.
Qu’une circonstance fortuite altire son attention sur son coude, précisément pendant le cours du traitement spécifique qu’il suit; que la quantité de mercure absorbée par lui l'ait été dans des proportions telles que des symptômes d'intoxication se soient manifestés; il attribuera l'apparition de la tumeur du coude à lempoison-
nement mercuriel.
1. Dans certains cas, les bourses séreuses ont été le siège de phé-
nomènes douloureux dans la syphilis.