‹ De la cachexie aqueuse de l'homme et du moutonChapitre 2 sur 3 · IO · texte numérisé non relu

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clyssc. Les moutons l’aiment. On les laisse paître tout Te jour clans la fange , les pieds dans l’eau, et pendant plusieurs mois j comme nous l’avons déjà dit, on ne leur donne point d’autre aliment. Après quelques jours , les animaux paraissent gras, ont de l’embonpoint ; on en vend alors; la chair en est délicate; mais bientôt le mal se déclaré, et la mortalité commence. Dans les environs d’Abou- Zabel existe un vaste terrain bas que le Nil, en débordant, couvre durant deux mois; lorsque les eaux se sont retirées, ce terrain est parsemé de joncs, les habitans du village s’empressent d’y conduire leurs troupeaux, ils les y laissent depuis le lever jusqu’au coucher du soleil. Tous les ans la cachexie fait des victimes nombreuses ; mais il est de remarque générale que cette affection commet beaucoup plus de lavages dans les premiers temps que lorsque la terre devient sèche , le jonc plus dur. A Abou-Zabel elle dure à peu près cinquante à soixante jours.

Dans le Delta, la cachexie dure davantage : cette partie de l’Egypte est très-basse; coupée en diflérens sens par une infinité de canaux, les eaux y séjournent plus long-temps; on y trouve beaucoup de marais, de marres ; les habitations des Arabes même sont dans l'eau, le jonc est pendant trois et quatre mois la seule nourriture des troupeaux, ils vont paître dans la boue , sur les bords des marais , des canaux, où la cachexie les attend, et en moissonne un grand nombre. Les Arabes n’ignorent point la cause de cette enzootie; ils savent que le jonc , dysse , est nuisible , ils l’accusent de faire naître la maladie; aussi la désignent-ils sous le nom de dyssa. Tout lecteur demandera sans doute pourquoi, la cause du mal étant connue , l’Egyptien ne cherche point à soustraire l’espèce ovine au fléau qui parcourt chaque année son pays? Quiconque a visité l'Egypte pourra répondre à cette question. Le fellah ne s’occupe point de la conservation des races d’animaux qui sont ailleurs l’objet de soins assidus ; qu’elles prospèrent ou non , c’est une affaire qui ne l’intéresse nullement. Pauvre, humilié, abruti, il végète dans une petite loge dont l’entrée est à moitié fermée par

les immondices; cette chétive cabane , il l’a construite auprès d’une marre , à côté du cimetière , dont les tombeaux crevassés laisssent dégager des odeurs infectes !!

L’espoir d'échapper aux mauvais traiterm ns le force d’agir ainsi ; plongé dans la plus affreuse misère , l’Arabe veut éviter tout travail quelconque, le fruit de ses fatigues ne lui appartient pas; laborieux ou inactif, sa position est la même. On ne pourra jamais opérer de changemens avantageux dans les races d'animaux domestiques, tant que la population elle-même ne jouira des prérogatives que les gouvernemens barbares lui ont impitoyablement enlevées. En i8?.g, l’un de nous visitait, par ordre du vice-roi, plusieurs provinces du Delca , afin d’opposer, s’il était possible, une barrière aux fléaux qui décimaient les bestiaux , sans lesquels les tyrans, comme les laboureurs, ne peuvent rien. Les habitans riaient des conseils qu’il leur donnait sur le gouvernement des troupeaux. Avant de nous occuper de la santé des bœufs ou des moutons, lui disaient-ils, demandez pour nous les moyens d’existence qu’on nous refuse M. le docteur Pariset, et l’un de nous, se trouvant un jour dans la demeure d’un chef de village, on vint à parler de peste, de ses causes présumées et de la possibilité de la faire disparaître de l’Égypte. Notre hôte souriait : « La » pesle règne constamment dans nos villages , observa-t-il, » et pour la détruire il ne faut pas être savant ; que nos fa- » milles soient logées convenablement, quelles aient des » alimens sains, appropriés, et non-seulement la peste, » mais une infinité d’autres maux abandonneront notre » pays. »

Ce (jui est ordinaire aux pauvres Égyptiens, on le voit en Europe après les années de disette

Tous les agens capables d occasionner la cachexie aqueuse étant bien connus , il reste à déterminer leur mode d’action, et surtout à spécifier la nature des altérations qu’ils font naître. Ici les auteurs sont loin d’être d’accord. Dans la zoïatrie , comme en médecine humaine, le désir de se rattacher i» des doctrines nouvelles des systèmes prestigieux

annoncés avec emphase, a, plus d’une fois, fait rétrograder l’art de guérir. L’opinion du jour adoptée, on rapporte tout à la théorie exclusive, complaisante, à l’aide de laquelle, et sans travail , on est savant, on se fait un nom. L’histoire du passé, celle du temps présent, offrent des exemples nombreux de ce que nous avançons. L'école prétendue seule physiologique , entourée de ses prestiges , parut; elle avait à sa tète un homme d’un mérite transcendant , infatigable , d’une imagination féconde. Vit i I les théories, doctrines récités-', tout fléchit un instant devant le co osse menaçant du solidisme. C’était à l'homme que 1 école physiologique s’adressait; son chef n’était point vétérinaire, il n’écrivait pas pour une science à laquelle il était étranger; cependant tous les principes de la nouvelle école furent bientôt introduits , par quelques-uns de nos professeurs, dans les ouvrages de médecine vétérinaire, et sans égard aux spécialités d organisation qui diflérentient les animaux , l irritation avec ses formes produisait seule toutes les maladies, et, parmi celles-ci, la fatale gastro-entérite était la plus ordinaire , la plus commune ! ! !

Les sectateurs de l’école physiologique, en ramenant les affections des animaux domestiques à un seul point d’irritation, nous semblent avoir été fort peu physiologistes; car, sans entrer dans plus de développemens , nous pensons qu’il est absurde d admettre , par exemple, que dans tous les cas les maladies du cheval sont absolument les mêmes que celles du mouton, etc , e c.

Tel appareil qui prédomine chez le premier e>t faible dans. le second: s d en eut été ainsi, 1 élude devenait facile, simple; il suffisait d’étudier l'homme ou le cheval pour connaître parfaitement l’anatomie, la physiologie du bœuf, du mouton , du chien , et tel animal , possédant a peine diux kilogrammes de sang, devenait aussi sujetaux inflammations qu’un homme , u" bœuf, ou un cheval.

Tout système exclusif ressemble a un despote, plus il veüt , plus il exige, plus sa fin est prochaine.

Le savant directeur Chabert écrivit sur la Pourriture , ou

cachexie aqueuse, une dissertation exacte, lumineuse, qui, dans l’époque actuelle encore , peut être rangée au nombre des meilleurs travaux publiés sur cette matière. M. Hurtrel d’Arboval , en admettant les causes annoncées par ses prédécesseurs, leur assigne un mode d’action diflérent, qu’il importe de bien examiner.

i° Selon cet auteur, la faiblesse dont le mouton malade est atteint constitue un signe de pblegmasie interne; puis, fidèle h la théorie par lui adoptée , il la place sur la membrane muqueuse de l’estomac ou des intestins.

2° « L’eau prise en grande quantité résiste avec force à » l’action digestive, irr'te par sa masse , p'se à l'épigastre , » ou si elle produit une impression sédative sur la muqueuse » gastrique , cette impression est bientôt suivie d’irritation , » et même d’ inflammation.

» 3° Des plantes altérées, sans sucs, fermentées, de'pouro> vues de saveur privent l’organisme des sucs nourriciers et

» réparateurs dont il a besoin deviennent le principe de

» diverses irritations gastro-intestinales, qui réagissent sur » d’autres organes.

» 4° La chaleur extrême des bergeries excite la peau , » puis la membrane muqueuse gastrique s inflamme sympa - » thiquement , 1 irritation se propage au canal intestinal , aux « voies biliaires. » lit toutes ces pldegmasies se font avec quatre livres de sang! On ne peut être meilleur physiologiste.

Lps moutons meurent ; voyons les traces de ces inflammations : c’est M. flurlrcl qui parle :

« Tissu cellulaire infiltré de sérosité, chairs musculaires » décolorées, blafardes, liquides, macérées, ramollies, subs- » tance du foie molle, se déchire entre les doigts, ou bien il » est squirrheux, obstrué ; d ans les vieilles bêtes, reins blan- » châtres, flasques, infiltrés; il en est de même des eslo- » macs et des intestins. La surface péritonéale de ceux-ci est «lisse, transparente, baignée dans une quantité plus ou » moins considérable de sérosité. Leur membrane muqueuse « interne est parsemée de points ternis ascite et hydro-

» thorax. Le sang n est pas coagulèyil est p/us séreux que dans » l'état de santé. »

Voilà une maladie inflammatoire qui n’a laissé aucune trace de son existence dans les organes où elle existait !

En raisonnant dans le sens de JM. Hurtrel d'Arboval, il résulterait que des plantes aqueuses , de l 'eau. feraient développer une phlegmasie dont l’ascite, l’hvdrolhorax ne seraient qu’un effet purement secondaire; il s’ensuivrait sans doute aussi que des animaux nourris d’aiimens secs, suceulens, seraient moins exposés à contracter des inflammations? Cependant chez les cachectiques le sang est fluide, ne se coagule point , tandis que les animaux bien nourris ont un sang fibrineux, coloré. De conséquence en conséquence , nous serions conduits à admettre que les pblegmasies caractérisées par de la rondeur, l'injection , etc., etc., seraient plus fréquentes chez les animaux dont le sang est aqueux , peu coloré, que chez ceux où il réunit les qualités décrites par les anatomistes.,...

La cachexie aqueuse survient-elle dans les contrées élevées où les moutons paissent une herbe sèche , aromatique? Les Bédouins ne la redoutent pas, tant que leurs bestiaux mangent dans les sahlesdes plantes succulentes, vigoureuses, parmi lesquelles se trouve plus communément la soude.

Si des circonstances les forcent au contraire de camper auprès des lacs, sur les bords des canaux , le mal arrive ; on l’arrête en renvoyant les troupeaux dans le désert. Ou M. Hurtrel-d’Arboval ne connaît pas le mécanisme d’une inflammation, ou bien le vif désir d’être médecin physiologiste l’a porté à sacrifier la vérité. En conscience peut-on faire une phlegmasie avec des plantes aqueuses et de l’eau? La rougeur , l'injection, la douleur, etc., etc., désignent l’inflammation; or, nous le demandons à tout vétérinaire exempt de préjugés, cette rougeur, cette injection provenant du sang , peuvent-elles exister quand ce même sang est aqueux, peu coloré , coulant, fluide, sans fibrine?

Nous prions M. d’Arboval de vouloir bien nous dire si dans le ver à soie la cachexie est aussi la suite d’une gastroentérite ?

Pour arriver à ses conclusions , l’auteur du Dictionnaire de médecine vétérinaire a été forcé de faire plier les faits à sa manière de voir. Dans le vivant, à peine s’il rencontre de très-légers signes de phlegniasie , à la mort il n’en existe aucune trace ; il fallait cependant trouver une inflammation des voies digestives, ou faire de l’humorisme, de l’ontologie. Or j comme toutes les altérations des liquides sont seulement secondaires à celles des solides dans l’école physiologique de M. d’Arboval, il ne pouvait, sans se compromettre , s’écarter des préceptes seuls raisonnables enseignés par les maîtres.

Il demeure entendu que Chabert, MM. Huzard , Dupuy, et tant d autres auteurs de premier ordre , ont déraisonné

en classant la cachexie dans les maladies asthéniques. Nous n avons jamais eu la prétention de tracer de routes nouvelles; heureux , au contraire , quand nous pouvons mettre à profit les observations de nos confrères ; mais que M. Hurtrel-d Arboval , auteur d’un livre utile, veuille bien nous permetlre de lui demander si la cachexie aqueuse ne pourrait être une affection essentielle, dépendant d’une altération profonde primitive du sang?

Des moutons étaient à la bergerie alimentés avec des denrées sèches, de bonne qualité ; les propriétaires en tiraient des produits excellens, comme lait, viande et laine ; ces mêmes moutons sont conduits dans un marais , sur les rives d un lac , d un canal ; ils mangent des plantes tendres , couvertes d’humidité ; bientôt la santé disparaît , les animaux deviennent faibles, languissent; bref, la cachexie s’en est emparée

Les cadavres sont ouverts , on observe les désorganisations citées plus haut; quelle est la première idée qui se présente naturellement à l’esprit sur les causes de la mortalité? Les moutons à la bergerie étaient vigoureux, leurs fonctions s’exécutaient parfaitement , les muscles étaient consistai, solides, parce que les alimens étaient bons. Dans les marais, l’herbe qu’ils ont ingérée dans leurs estomacs ne contenait que de l'eau... L'épanchement dans l'ahomen , e thorax , le tissu cellulaire , vient de là.

Les solides reçoivent la nourriture des liquides , c'est indubitable. Or, si les ali mens contiennent peu ou point de matière nutritive , les solides souffriront ; qu'arrive-t-il dans le cas dont nous nous occupons?

Les herbes marécageuses sont avalées*, élaborées par les viscères de la digestio i , ceux ci n’ont pu en extraire que de l’eau; cette eau, mêlée d’abord à quelques produits des sécrétions , est absorbée par les veines , ou les chylifères, ou par tous deux à la fois. Le canal thoracique porte le nouveau chyle dans la circulation , le sang en est formé, il en tire les matériaux de sa composition. Le chyle très-liquide, simple , peut-il fournir de la fibrine, con irndra-t-il les élémens nécessaires à la formation d’un bon sang? crlui-ci, à son tour, chassé par le cœur dans toutes les parties du corps, doit porter la vie aux organes , tissus , viscères; ces mêmes organes , tissus, viscères , seront-ils bien nourris, recevrontils les principes indispensables à leur entretien , si le sang est aqueux, sans fibrine , comme chez les moutons cachectiques ? Puis de nourriture , plus d’excitation.

La chair coulante de Hunier c’est de l’eau, le corps en est abreuvé ; ce liquide transude partout, les chaires sont molles, blafardes, humides, le tissu cellulaire est infiltré, l'animal mourra parce que les matières introduites dans les voies digestives ne fournissent pas à l'économie l’alimentation essentielle. Cela nous semble très-rationnel. On a dit : les liquides peuvent être malades, mais secondairement aux altérations des organes : ainsi l’estomac , les intestins réagissent sur les substances qu’ils contiennent, ils s’irritent, s’enflamment ; mais une irritation , une plilegmasie donne des signes de son existence , et le plus ordinairement laisse des traces, lorsque l’animal a cessé de vivre. On n’en rencontre pas chez les cachectiques ; d un autre côté , les inflammations doivent être rares, se former difficilement dans un être contenant quatre livres de sang , ou à peu près. Et si on admet le principe établi par I ecole physiologique, nous demanderons comment une irritation , une fois formée , disparaît parle simple changement de nour-

rilurej car ceci n’est point une hypothèse, on sauve les moutons atteints depuis peu du mal, en leur donnant d’autres alimens. Des herbes tendres , l’eau , feraient réagir les

organes digestifs , développer une irritation , une plilegmasie , tandis que des fourrages secs , des fèves , la paille , du sel, ne pourraient la faire naître, et seraient au contraire des remèdes au mal !!!

Dans les cachectiques , le sang est décomposé quelquefois à tel point qu’il tache à peine les linges sur lesquels on le jette. Les liquides font partie de l’organisme , le sang est la source de toute nutrition , il est anti-physiologique de leur refuser une part dans la formation des maladies sans la participation des solides nés des liquides. M. le professeur Fodéré, dans un Recueil de leçons sur les épidémies, tom. 2, page 45, place le siège du scorbut dans l’altération et la séparation des principes constitutifs du sang. Un savant physiologiste , M. le docteur Leuret, démontre le premier que le sang d’un cheval charbonneux transmis directement par transfusion , à l’aide de sondes élastiques , dans lès veines de chevaux sains, détermine la même maladie.

Et le charbon naît, se développe , parcourt ses périodes dans un temps souvent très-court !!!

Le sang des chevaux durant l’époque du vert est plus aqueux, contient plus de sérum que lorsque la nourriture est sèche ; c’est ce que nous ont appris les recherches faites sur notre invitation par M. le professeur Figari , notre estimable collègue. La diarrhée des moutons , les tubercules dans le foie ne peuvent être allégués en faveur des médecins pour qui tout est résultat de pblegmasie ; il existe des diarrhées sans irritation , par asthénie des voies digestives : si on donne à des lapins des alimens verts , mouillés , la diar- • rlie'e survient; elle cesse dès qu’on change l’alimentation.

Si des affections tuberculeuses naissent quelquefois sous 1 influence de causes irritantes, il est hors de doute qu’ils se montrent aussi sans irritation préalable. Moins que toute autre, l’espèce ovine est disposée aux inflammations j néanmoins fort souvent on trouve dans ses viscères un plus ou

moins grand nombre de lubereulcs. Les sujets lymphatiques en sont plus ordinairement atteints que les sanguins ou nerveux. On a rencontré de ces productions morbides chez des fœtus; ils naissent, croissent sans donner aucun indice de leur présence dans des organes essentiels à la vie. Dans les poumons, on les voit bien des fois situés dans leur épaisseur, sans qu'il y ait aucun signe d'irritation de phlegmasie dans les tissus environnans. M. le professeur Magendie les fait naître pour ainsi dire à volonté, sur des cochons d'Inde en leur donnant des alitnens altérés. Partant du principe établi, que les tubercules sont l’effet d'une irritation, on a dit: Ces productions anormales très-communes datis les pays froids, humides , s'observent rarement dans les contrées chaudes , où les animalier suent presque constamment.

Malheureusement l’observation dément l'opinion reçue: en Egypte, au Caire, à Àbou-Zabel , la température est élevée; généralement les animaux sont sujets aux tubercules, et cette altération est commune. Il est donc naturel de penser que d’autres agens contribuent à la formation des corps dont nous parlons. Dans le foie, le cœur de cadavres de cochons ladres , l'un de nous a pu suivre le développement des tubercules; ainsi d'abord : liydatides arrondies, remplies d’un liquide clair; plus loin, cyslicerques affaissés, vides; sur un autre endroit, vésicules avec substance caséeuse , et enfin à côté de ces dernières, petites poches pleines d’une matière dure , pierreuse.

Les faits réitérés offerts à nous , soit en Europe , soit en Afrique, les diverses et nombreuses comparaisons que nous avons été à même d’établir, nous amènent à ces conclusions importantes; savoir : les tubercules surviennent dans les pays chauds comme dans les froids ou humides; l’irritation n’est pas la seule cause productrice , et le genre de nourriture joue un grand rôle dans la formation de ces productions particulières.

Presque tous les auteurs vétérinaires ont varié d opinion sur le siège de la cachexie aqueuse. Chabert la place dans les liquides ; Mortcau rn fait une maladie vermineuse ;

Heurtant-Lamcfville admet une dissolution du sang . l’alteration des liquides; M. Hurtrel d’Arboval , avons-nous dit , en fait le symptôme d’une irritation pblegmatique des voies digestives.

Il nous semble bien démontré, par tout ce qui précède, que la pourriture du mouton est une affection essentielle , véritable métatropbie , consistant dans une décomposition du sang causée par des substances végétales dépourvues de sucs nutritifs.

Nous recommandons â tous les vétérinaires la lecture de l’article Pourriture, de M. d’Arboval, aux pages 664 et 666, Dict. , 3e. vol. Ils trouveront un exposé succinct, très-concis de sa théorie sur les sympathies qui lient les viscères entre eux. Grâces soient rendues au vétérinaire amateur ! Sans lui , pauvres élèves des écoles , vous ne sortiez point de l’ornière profonde où vous avaient jetés les Cbabert, les Huzard , lesDupuy , les Girard, vos maîtres. Quelle concision ! quelle logique ! !

« Les phénomènes inflammatoires manquent, ou paraissent manquer mais pour être obscurs ils n'en sont.

» pas moins clés indices précieux qui revalent la nature du » mal. Comprenez-vous, lecteur?

• » Un liquide séreux ne peut s'accumuler sans une mocli- « Jication organique propre à augmenter la fonction exhalante » du tissu ; or celle modification ne saurait être autre chose » que l'effet d'une irritation. » Certainement , à moins d’être ontologiste , il est expressément défendu de penser autrement. Le liquide séreux, dans les grandes cavités splanchniques , vient des membranes séreuses ; M. Hurtrel d’Arboval ledit lui-même. D’après cela il vous semblerait trèsnaturel qu’on dût placer le siège primitif de la cachexie sur la plèvre , le péritoine , etc. Point du tout ; écoutez : « L’irritation , dont les signes sont si fugitifs , n'a pas affecté » primitivement les membranes séreuses , ce n'est que sym- » pathiquement quelle est arrivée jusqu’à elles , et ensuite ” jusqu'au tissu cellulaire. L'irritation primitive a d'abord » frappé la membrane muqueuse gastro-intestinale... .. Il

» y a eu ensuite reaction sympathique sur le foie , puis daim » les viscères enveloppes de membranes séreuses , et enfin » sur les membranes séreuses elles-mêmes. »

Messieurs les officiers de cavalerie , propriétaires fermiers , cultivateurs, retenez bien ce que vous dit l’écrivain qui vous a dédié son livre ; mais point de demande indiscrète ! Si j chez le vivant., à l’ouverture des cadavres, vous ne rencontrez pas les preuves de l’irritation dont vous parle le très-éloquent et très-savant physiologiste , monsieur d’Arboval , cette irritation n'en a pas moins existé ; l’auteur l’assure , il suffit

Si M. Iluzard avait pu connaître la doctrine dont M. Iiurtrcl s’est constitué le champion , il n’aurait point commis la faute très-grave de ranger la cachexie au nombre des maladies asthéniques.

« La faiblesse est l’effet d’une phlegmasie devenue bien- » tôt chronique ».... Vous l’avez méconnue., c’est maladresse ; M. d’Arboval est beaucoup plus habile , il l’aperçoit sans qu’il y ait aucun indice de son existence. Nous verrons bientôt comment il guérira les phlegmasies de ses moutons cachectiques.

Les causes du mal étant bien connues , il est facile de le prévenir; nous ne répéterons pas ce qui a été prescrit par les médecins vétérinaires, ses prédécesseurs. En France tout homme jouit du fruit de son travail , des sociétés savantes distribuent des récompenses } des encouragemens aux cultivateurs instruits, habiles; éclairent 1 industriel comme le laboureur, et. tous les jours , elles empiètent sur le domaine conquis par les préjugés, les vieilles routines. Plus 1 homme travaille j plus il gagne en considération, en fortune; il est donc intéressé à la prospérité des troupeaux, son patrimoine j sa richesse. Une maladie paraît, il consulte les gens de l’art , et son intérêt l’oblige à suivre ponctuellement les prescriptions qui lui sont dictées. Il n’en est point ainsi en Egypte; la cachexie paraît sur les rives du Nil , les habitons demeurent indifférens sur les progrès de ce fléau ; ils tn connaissent les causes, mais ils ne s’attachent pas

•i les combattre. Les moutons avec les laines ne leur appartiennent pas : pourquoi s’occuperaient- ils de leur amelioration , ou chercheraient-ils à les conserver en santé?

Les Bédouins seuls s’attachent à leurs bestiaux. Un grand nombre d’entre eux habitent la lisière des champs tièsprès du désert ; quand le Nil est rentre dans son lit , leurs moutons aussi vont quelquefois manger le dysse dont nous avons parlé plus haut. L’affection ne tarde pas à sévir sur ces utiles animaux ; les premiers symptômes ont paru — Les Bédouins vigilans n’attendent pas davantage , ils rassemblent leurs troupeaux et les conduisent au désert. Au milieu des sables la principale nourriture est la soude ; après plusieurs jours j les signes maladifs ont disparu, les moutons sont vigoureux. Tel est le traitement préservatif j curatif des pasteurs bédouins, ils n’en connaissent point d’autres. Si la cachexie était plus avancée , cette opération simple ne suffirait pas ; les Bédouins eux-mêmes l’avouent et sacrifient les individus chez lesquels le mal est plus avancé.

Chabert conseillait les baies de genièvre , les décoctions aromatiques j le sulfate de fer,, le sel d’ammoniaque , le camphre j l’eau-de-vie. Ces moyens sont bons, mais au début de l’affection seulement ; plusieurs fois nous avons ordonné l’administration de ces substances sans obtenir aucun résultat satisfaisant chez des moutons très-malades.

Consultons M. d’Arboval , page 666 : « Nous ne pensons » pas que toutes les inflammations doivent être combattues » par les évacuations sanguines , et., en ce sens, une des » plus notables exceptions que nous ayons à proposer est » bien dans le cas d’un egaslro-enlè/itc, susceptible de si peu » d’intensité à l’état aigu , qu’elle a meme èclia])pé à tous » les observateurs ». Excepté à M. Hurtrel d’Arboval, bien entendu. « Les saignées seraient d’autant plus mal placées » ici , qu’il s’agit d’un animal qui ne paraît pas avoir l’é- » nergie vitale nécessaire pour contracter une affection in- .» Jlammatoire franchement aiguë, d’un animal que la moin- » dre circonstance dirige vers l’atonie.

Voilà noire auteur bien embarrasse'! !

Médecin physiologiste, expliquçz-nous , s’il vous plait , ce qu’on doit entendre par atonie? N’est-elle plus l’effet d’une phlegmasie interne? Vous avez fait courir une inflammation depuis la muqueuse intestinale, à travers le. foie , la rate, jusqu’aux membranes séreuses, où elle a fixé sa dernière résidence , pour faire couler le liquide séreux des cavités splanchniques. Vous avez condamné hérétiques ceux qui avaient osé prononcer le nom d’asthénie. Que diront les fermiers , les cultivateurs , et surtout les officiers de cavalerie ? Point de subterfuges : ou la maladie est inflammatoire, comme vous l’avez gravement nnoncé plus haut , et alors le traitement anti-phlogistique , sans aucune restriction, est le seul avantageux, ou bien, abjurant vos principes , admettez avec nous les altérations du sang , que vous-même avez rencontrées dans les cadavres des cachectiques.

Espérons que, dans sa première nouvelle édition ,M. Hurtrel d’Arboval sera plus clair, meilleur logicien et moins physiologiste .

L’emploi des bouillons de viande , déjà conseillé par M. le professeur Dupuy , a produit de très-bons effets, dans le Delta, sur une douzaine de moutons malades depuis huit jours. Tous ces animaux avaient la diarrhée , le ventre tendu, et une petite tumeur œdémateuse sous la gorge. Le propriétaire , que l’un de nous connaissait depuis long-temps, voulut bien , pour lui faire plaisir , suivre ses ordonnances. On prépara du bouillon avec la viande des moutons morts ; chacun des cachectiques en buvait une livre et demie , deux livres, toutes les vingt-quatre heures. Après dix jours, guérison complète. Nous sommes loin d’avoir été toujours aussi heureux; le plus ordinairement, au contraire , nos essais ont été infructueux ; mais alors nous opérions sur des bêtes que les fellahs allaient égorger.

Dans 1 intérieur des provinces de la Basse-Egypte , nous n’avons jamais pu trouver l’occasion de taire nos expériences dès le début de la maladie. Les Bédouins , avons-nous

dit, guérissent leurs malades en les transportant au milieu des sables.

La cachexie aqueuse provient d une dissolution du sang, celte altération est due à des alimens mal sains , des herbes aqueuses. Faire cesser la cause est donc la première indication naturelle; puis il importe de donner aux moutons des substances réellement nutritives , salées, sous un petit volume j autant que possible; plus tard , nous croyons les bouillons de viande , les soupes de fourrage très-utiles ; des tranches de pain, humectées d’eau salée , sont recheiche'es parles malades, et produisent de bons effets.

Lorsque des épanchemens ont eu lieu dans les cavités splanchniques, que le sang a perdu tout- à- fait ses pro-. priétés , le mal est incurable,

La Cachexie aqueuse , cacochymie hydropique , leucophlegmatîe, anasarque , hydropisie essentielle ou primitive , est une maladie endémique ou sporadique dans l’espèce humaine ; caractérisée par l’infiltration des systèmes cellulaire et musculaire; épanchement d’eau dans les cavités naturelles du corps , fluidité du sang , faiblesse universelle, sans lésion organique primitive.

Etudiée seulement comme maladie sporadique , et rangée dans la classe des bydropisies , avec l’anasarque , par les auteurs européens , elle peut se montrer dans tous les pays sporadiquement , parmi les gens qui manquent b. la fois d’aliinens sains en quantité suffisante et de vêtemens appropriés; s’observe en Europe , dans la liasse classe ordinairement , pendant les temps désastreux qui suivent les guerres , les disettes. Mais où l’homme est continuellement dans une condition misérable, elle prend les caractères d’affection endémique , comme nous le voyons en Egypte sur les laboureurs , les ouvriers et les soldats. Nous nous efforcerons d’exposer ici un précis des symptômes, causes, et du traitement de ce fléau. Nous démontrerons que les peuples civilisés , jouissant de leurs droits, sont hors de ses

i , lC.S ’ ^ anii8e spécialement l’homme courbe sous la domination d’un maître alisolu.

La cachexie aqueuse règne toute l’année en Egypte : moins commune et plus bénigne dans les mois de mai , juin, jui Jet et août , époque où les causes déterminantes sont moins nombreuses; commence à paraître formidable après

inondation , plus fréquente dans la Basse que dans la Haute-Egypte, se développe lentement et sans éclat , mais conduit d’un pas sûr, après un temps plus ou moins long, les victimes au tombeau.

On voit souvent des hommes guéris, en apparence, de maux graves ou légers, tomber dans un étai d’affaissement particulier, les fonctions nutritives se font difficilement, et la cachexie finit ordinairement par s’en emparer.

La cachexie aqueuse s’annonce par des symptômes non équivoques, comme indolence, tristesse, abattement ; les malades n aiment pas à marcher , ont de la tendance h demeurer couchés ou assis; accusent des douleurs vagues dans les articulations, ou on ne remarque aucun signe extérieur de maladie. Visage mélancolique, yeux tristes, peau et tissu cellulaire sous-cutané flasques, température du corps basse , épiderme sec , muqueuse du palais et de la bouche pale, langue blafarde ou enduite d’une couche blanchâtre .» floconneuse, conslipation , diarrhée, selles jaunâtres ou brunâtres. Amaigrissement progressif. Muscles molasses, formant avec la peau une enveloppe sans consistance , flasque ; face de couleur jaune ou tirant sur le blanc , pouls petit , faible , fréquent , vite, quelquefois irrégulier. Veines sous-cutan a s affaissées, violacées, lavées; le sang des saignées est peu colore, sans cohésion, pourvu de beaucoup de sérosité, teignant faiblement le papier et le linge.

M. le pr ihsseur Figari a bien voulu analyser une certain ; qu; nlilé de sang extrait des veines d’un cachectique, et nous communiquer les résultats de ses recherches. Nous les transcrivons ici : Poids total du sang, sept gros : composition , sérum cinq trois quarts , caillot un quart. Examen du caillot : matière colorante un gros douze grains et demi ; fibrine deux grains et demi.

La série des symptômes énumérés plus haut constitue le premier degré' de la cachexie, et peut durer long- temps, des années entières.

Dans le second degré , les forces sont épuise'es , tout travail est impossible. Face bouffie, extrémités œde'mateuses, les abdominales surtout souvent ématiées. Muscles et peau flasques. Les malades tombent dans un état de stupeur très-sensible, restent immobiles dans leur lit. Pouls faible, battemens du cœur presque imperceptibles, souvent diarrhée. Les cachectiques s’éteignent sans autres symptômes prononcés.

Les épanchemens d’eau entre les méningés et dans les ventricules du cerveau, le thorax, l’abdomen, ont lieu pendant le cours de la maladie ou vers sa fin ; on les reconnaît aux signes pathognomoniques qu’ils font naître.

Le nombre des victimes que cette maladie fait annuellement en Egypte est grand. Nous sommes conduits à admettre que, sur cent morts, un cinquième offre les lésions qui caractérisent 1 affection cachectique dont nous traçons l’histoire.

L examen des cadavres décèle les altérations suivantes : tissu cellulaire lâche, abreuvé d’une sérosité claire ou jaunâtre , peu de graisse, petites veines affaissées, vides; les grandes contiennent un sang fluide, rougeâtre , peu coagulable , en petite quantité ; peu de sang dans les cavités du cœur , ordinairement sous la forme d’un caillot mollasse , gelatiniforme , d’un jaune pâle; organe central delà circulation pale, affaissé, cavités du péricarde remplies d’un îqmde clair, ou d’une teinte jaune, rarement avec des flocons; hydrothorax, poumons pâles, emphysémateux chez quelques-uns, pleins de sérosite'rougeâtre chez d’autres.

Le plus ordinairement, épanchement d’eau limpide ou blanchâtre entre la pie-mère et l’arachnoïde , dans les ventricules latéraux et moyens ; substance cérébrale molle ascite , intestins grêles, papyracés , d’une grande pâleur • membranes muqueuses et musculaires extrêmement aminées; .n teneur des voies digestives rempli de gaz ou de

matière jaunâtre , ou grisâtre , bilieuse ; beaucoup cl ascarides. Les altérations du foie varient: hypertrophie, in^ duration ou atrophie.

M. le docteur Gaetani médecin au Caire , a trouvé des hydatides dans l’épaisseur de son tissu. Muscles maigres , d’un rouge pâle, lavés, imbibés de sérosité sans consistance. Dans plusieurs cadavres les poumons renferment des tubercules , rarement il en existe dans les autres organes.

La complication la plus fréquente en Egypte est la dyssenterie ; cette dernière précède même quelquefois la cachexie, elle y dispose les misérables Egyptiens, souvent elle se montre lorsque l'affection a déjà occasionné des ravages étendus , et bâte la mort des malades. Les désordres produits par la dyssenterie sont d’une nature spéciale , et apparaissent sur la muqueuse des gros intestins plus spécialement ; on y rencontre alors des excroissances particuculières disposées par plaques, et dues au développement de la tunique villeuse elle-même; ces excroissances sont situées dans la direction des villosités et des valvules; ulcérations plus ou moins étendues , et plus ou moins profondes , dont le siège primitif est dans les follicules muqueux.

La cachexie aqueuse , malheureusement si commune en Egypte , est entretenue dans ces contrées par des causes qui agissent d’une manière continue et analogue.

La classe aisée, la moins nombreuse, est à l’abri de ce fléau qui moissonne principalement la population des campagnes, les ouvriers et les soldats.

Au premier abord , l’Arabe paraît vigoureux, heureusement constitué ; mais après un examen approfondi , on reconnaît en lui la prédominance du tempérament lymphatique. Les enfans , en général, ont la tête volumineuse, le ventre ballonné , les extrémités grêles ; avec des tumeurs scrofuleuses au col , ou les symptômes du rachitis. Les femmes sont très-fécondes , conçoivent même quelques jours après l’accoucbcmcnt. Le fœtus qu elles portent dans leur sein absorbe toute la nourriture , cette particularité

ne peut être favorable à 1 accroissement du système osseux de l’enfant à la mamelle.

Les mères allaitent leurs nourr issons pendant des années entières, puis elles leur donnent une infinité de substances végétales dépourvues de matière nutritive, ou des alimens mal préparés, comme des fruits verts, delà canne à sucre, du pain de mais indigène, pâteux; ces agens contribuent sans doute à faire paraître la constitution scrofuleuse mentionnée.

Cette mauvaise complexion dure jusqu’à l’adolescence , ou à l’époque du développement des parties génitales. L aspect extérieur des Arabes change alors ; mais toujours la disposition maladive per siste et éclate bientôt dans toutes les affections dont ils peuvent être atteints durant le cours de leur vie.

L’Egyptien manque d’alimens nécessaires à son entretien, il est forcé de se nourrir de substances nuisibles à sa santé, son habitation est placée dans le milieu de plaines magnifiques, riches , couvertes de riz, d’orge, de blé , de colon ou de lin , sans qu’il puisse jamais jouir de ces productions que cependant lui seul a fait naître ! La main avide de ses impitoyables oppresseurs lui enlève toutes les récoltes , fruit de ses labeurs; il est réduit à quelques oignons, un peu de mauvais pain de doura , du fromage salé très-sec, de poissons salés , mal desséchés, à demi putréfiés, répandant au loin des odeurs infectes ; il consomme une grande quantité de végétaux mucilagineux , sucrés, contenant beaucoup plus d’eau que les mêmes espèces en Europe , comme des dattes fraîches, sèches ou entièrement vertes , très-styptiques ; le fruit acerbe du sycomore , les concombres , la laitue, la chicorée sauvage, le trèfle vert, le chou à l’état de crudité, la mauve, la canne à sucre, les pastèques , les melons , le fenugrec , les feuilles de chardons, la méloukie , plante mucilagineuse , les lentilles, lèves apprêtées avec un peu de beurre âcre. Les racines de coliassa et de nymphée, remplies d’amidon cl de mucilage, constituent sa nourriture la plus ordinaire. Sou-

vent encore le paysan arabe j pour satisfaire à (les besoins extraordinaires du chef du gouvernement, est obligé de vendre ou de céder le mais dont il faisait son pain. On a vu alors des fellahs manger des galettes faites avec de la l’ai i ne de graines de lin ou de coton. L’usage de ces dernières substances cause des coliques violentes, des maux de tête, des balLonnemens de ventre et des dyssenteries très-graves. f Lettres de M. Ilaniont sur V Egypte. J Ti cs- rarement l’Egyptien mange de la viande d’animaux sains; les Turcs, ses maîtres , lui permettent seulement l’usage des chairs provenant d’animaux malades qu’on est dans l’usage d’égorger un instant avant la mort; ils les achètent à vil prix. Tous les bestiaux , buffles , chameaux , moutons , bœufs atteints de maux très-graves ou contagieux, sont vendus sur les places publiques , et les habitans s’en disputent les dépouilles avec les chiens, les corbeaux et autres animaux de proie. La nourriture du soldat égyptien est la même à peu près, seulement elle est mieux réglée. Deux fois par jour il a du riz , des lentilles , des fèves préparées avec de l’eau et un peu de beurre. Son pain est un mélange de blé, de fèves ou d’orge. Deux fois par semaine on lui distribue de la viande. La majeure partie des soldats est mariée et chacun d’eux a de la famille ; ses partns malheureux vivent avec lui, de manière que sa ration journalière est souvent partagée entre quatre , cinq et même six personnes. En résumé, la nourriture des Arabes est presqu’entièrement végétale , composée de fruits verts , aqueux , d’herbes mucilagineuses et de légumes farineux; il en résulte nécessairement que la qualité du chyle correspond à l’alimentation sus-citée. Sous l’influence d’une alimentation semblable ,1c sang doit être converti en un fluide séreux , ou la quantité de fibrine est diminuée considérablement. Des substances alimentaires molles, flattucuses , ingérées dans les voies digestives , doivent y occasionner des affections particulières , déterminées par le relâchement, l’asthénie des viscères principaux de la digestion ; aussi la diarrhée , la dyssenterie chronique sont-elles extrêmement communes en Egypte.

Le s maladies les plus légères sont quelquefois suivies d’une longue et pénible convalescence , et la cachexie souvent ne tarde pas à paraître chez des sujets où les liquides , source de toute nutrition, ne renferment point les alimens nécessaires à l’entretien de la vie.

Les tubercules , si fréquens chez l’homme en Egypte , dépendent des mêmes causes, tiennent à une détérioration dans la constitution de l’individu , et on les rencontre en grande quantité dans les viscères pales , affaissés des Egyptiens cachectiques. Les Européens, frappés d’affections tuberculeuses , guérissent ou se trouvent mieux après un séjour plus ou moins prolongé en Egypte. Ce fait, bien avéré, démontre l’influence d’une nourriture malsaine sur la production des tubercules. Les maladies inflammatoires , lorsqu’elles existent,, ont une grande propension à se terminer par l’épanchement , l’induration et la gangrène humide; nous attribuons cette particularité à la constitution vicieuse , anormale des liquides animaux , du sang notamment.

La boisson ordinaire de l’Arabe est l’eau tirée ou du Nil., de ses canaux, ou puisée dans les marres situées aux environs des villages, où l’on jette les ordures. Les habitans n’ont point , comme les individus des classes supérieures , la faculté de dépurer l’eau.

Depuis 1 âge le plus tendre jusqu’à la mort, nous voyons l’Arabe exposé à toutes les injures des saisons. Dans sa jeunesse il est nu ou à moitié couvert par des lambeaux de tissus de lin ou de coton. Mal vêtu dans l’âge avancé , une simple tunique bleue , très-légère , forme le jour et la nuit la seule couverture dont il se revêt; pieds et tête nus , dans l’été, l’Arabe dort en plein air, exposé à la rosée abondante de cette époque.

Le soldat égyptien porte une veste et des caleçons larges de laine rouge , attachés au corps à l’aide d’une ceinture de cuir ou d’étoffe semblable à celle de l'habillement ; sa coiffure est un tarbouche rouge, il porte un manteau de laine et de mauvais souliers. Les changerions de température

.'ont extrêmement sensibles en Egypte , dans la saison des chaleurs; une nuit très-fraîclie, humide , succède à un jour fort chaud : en hiver l’air est plein d’humidité, ou le Iroid est vif à un tel point même que des hommes bien couverts le ressentent encore.

Dans de semblables conditions, les fondions de l’enveloppe cutanée diminuent , et celles des muqueuses in ■ rues augmentent ; de - là disposition aux affections catarrhales^ comme la diarrhée , la dyssenterie , et puis à la cachexie, que les premières voient souvent naître après un certain temps de leur existence.

Les habitations des fellahs ne sont pas moins propres à favoriser le développement des maladies cachée: i pu s ; elles consistent en de petites cabanes de terre, hautes de quatre pieds environ, d’une longueur à peine suffisante pour permettre à un homme de s’y é'endre librement. Toute une famille, parfois nombreuse, habite cette espèce de terrier, où, pour toute literie, on trouve un peu de paille vieille, humide , ou une natte de joncs usée. Les animaux domestiques , comme buffles, vaches, chameaux, poules , demeurent dans l’enceinte , ou fort près de la cabane , d’où on ne retire jamais , ou très-rarement, le fumier , et où les Arabes déposent leurs immondices. Ces animaux, compagnons de l’Egyptien, sont toujours sales , couverts d'insectes , de larges ulcères qui infectent les habitations. Les petits enfans affamés sont rongés par la vermine, couverts de teigne ou de gale. Les cadavres des bestiaux , des chiens, sont jetés, abandonnés et se putréfient à l’entrée ou fort près des maisonnettes arabes. Des fumiers , des animaux morts émanent continuellement des miasmes délétères qui favorisent l’apparition des maladies putrides.

Les soldats sont encombrés dans des huttes dont les façades intérieures sont . quelquefois blanchies à la chaux. Les femmes des militaires construisent avec de la boue, non loin des camps , des cabanes où leurs maris se rendent pour y passer la nuit.

La malpropreté , la misère, l’encombrement y régnent

constamment ; là, comme nous l’avons dit, le soldat par-* tage ses vivres avec une ou plusieurs femmes , ses en fan s, et ordinairement le père et la mère. La gale en attaque un grand nombre; elle est tenace et donne lieu souvent à des ulcères vastes sur les fesses , sur les cuisses , etc.

Le mode du gouvernement , nuisible au bien-être de la population , en soustrayant aux agriculteurs les moyens de subsister , les jette dans une torpeur morale et physique. Dès l’âge de cinq et six ans , les enfans des Arabes sont enlevés de force aux parens , et travaillent du matin au soir dans les fabriques , ou sont employés à porter les matériaux nécessaires à la construction des édifices ou maisons du gouvernement. Un travail si peu en rapport avec la constitution de ces misérables créatures , dispose nécessairement à des affections graves et appelle une vieillesse prématurée.

On recrute pour l’armée des jeunes gens de l’âge de douze à seize ans; bientôt, après leur incorporation, ils tombent dans un dépérissement, suites des fatigues inhérentes à l’état militaire.

Pour compléter les cadres de l’armée , le gouvernement est aussi très-souvent obligé d’enrôler des hommes de trente à cinquante ans ; les individus de ce dernier âge partagent, peu de temps après , le sort des enfans de douze à seize ans; car la nature, dans les climats chauds , s’épuise plus vite et demanderait à cette époque ou du repos , ou un travail modéré : c’est sur de pareilles constitutions que la cachexie aqueuse sévit de préférence. L’homme opprimé vit dans l'inaction, travaille forcément : aussi l’Arabe, accroupi contre les murailles de sa cabane, fume sa pipe avec indifférence , souffre la faim , et ne recherche par aucun moyen à subvenir à ses besoins ; riche ou pauvre , il est constamment pressuré, maltraité , frappé, vexé ; il devient insouciant , apathique ; les dogmes de sa religion le poussent eux-mêmes à l’inaction. 11 existe des influences d’une autre nature très-propres à déprimer l’activité du système nerveux, à altérer la nutrition; tels sont la pédérastie et 1 exercice prématuré des fonctions génératrices.

D’après tout ce que nous venons de dire, on ne s’étonnera plus de voir le pauvre Arabe assujetti à tant de cruelles maladies, principalement à celles causées par l’appauvrissement , la mauvaise composition du sang , ou la prédominance du système lymphatique.

D’autres influences provenant du climat s’unissent aux premières, et frappent les classes inférieures surtout.

L’Égypte, tout le monde le sait, est un pays bas couvert , depuis août jusqu’à l’équinoxe d’automne et plus tard, par les eaux du Nil: durant cette époque, l’Egypte ressemble à une vaste mer; les villes et les villages bâtis sur des élévations naturelles ou artificielles paraissent comme autant d’îles. Les babitans , pour communiquer entre eux, passent à pied , ou sur des bateaux plats. Des groupes d’hommes, de femmes et d’enfans sont obligés défaire souvent plusieurs milles continuellement dansl’eau jusqu’au dessus des genoux. Lors de l’inondation, l’atmosphère est chargée d’humidité; celle-ci est encore augmentée par le vent d’ouest qui souffle ordinairement à cette époque : le soir et le matin s’élèvent des brouillards plus ou moins denses qui causent une fraîcheur incommode et suppriment facilement les excrétions cutanées. Depuis le solstice d’hiver jusqu’au commencement du mois de mai dure le printemps de l’Egypte ; à cette saison on sème et on coupe les trèfles, les orges et les blés, dans les terrains où le fleuve a porté ses eaux. Les nuits sont fraîches, la chaleur du jour est assez forte, les vents d’est les plus ordinaires alors amènent des pluies assez abondantes dans la Basse-Egypte; le Nil se retire, les marres se forment après l’inondation, il s’élève de la terre des émanations fétides, produitdela putréfaction d’uneinfinité d’insectes, de reptiles et de végétaux.

Depuis le commencement de mars jusqu’aux premiers jours de juin, les vents passent de l’est au sud ; faibles d’abord, ils deviennent impétueux , excessivement chauds , et décroissent de la même manière : ces vents durent cinquante jours , et constituent le kamsim des Egyptiens. Vers la moitié de juin , le vent passe au nord jusqu’à l’époque du débordement du fleuve.

C’est surtout dans les deux premières saisons que la cachexie est plus redoutable, plus fréquente; car alors les paysans, enfoncés jusqu’aux genoux dans la boue, ou de l’eau bourbeuse, remuent la terre toute la journée, exposés nus aux variations de température , et aux pluies souvent communes. Sans nourriture , d’une constitution déjà usée , débile , forcés de s’alimenter de végétaux destinés partout ailleurs aux bestiaux seulement, ces êtres ne tardent pas à devenir la proie de fléaux terribles, toujours meurtriers, de la cachexie , et tant d’autres analogues, comme l’éléphantiasis, etc., etc., etc.

Dans la troisième période de l’année, c’est-à-dire depuis mars jusqu’en juin , les causes déterminantes de la cachexie diminuent ; elles sont remplacées par les émanations miasmatiques qui occasionnent l’apparition de la peste , des fièvres adynamiques, etc.

Plus tard, depuis juin jusqu’au moment du débordement du Nil, peu de maladies régnent, la cachexie aqueuse est rare.

Ce que nous avons rapporté sur la situation déplorable du peuple égyptien ne peut certainement donner lieu à des organisations robustes , saines; cela est positif : chez l’Arabe nous trouvons un système artériel faible , peu actif ; un tempérament lymphatique et bilieux; le sang, en général peu abondant, est appauvri, d’une mauvaise composition; le système nerveux ne joue point le rôle important qui le rend prépondérant chez les Européens, par exemple; aussi les opérations chirurgicales les plus graves sont loin d’être suivies des accidens qu’elles déterminent sur des individus mieux constitués , plus heureux : fort rarement observe-t-on le tétanos; des écrivains ont attribué celte particularité au climat, à l’impassibilité des Arabes. Nous ne pouvons partager celte opinion. Beaucoup de soldats de l’armée française en Egypte ont succombé aux affections tétaniques ; l'impassibilité des Egyptiens est un effet du peu d’irritabilité occasionnée par une complexion vicieuse et débile, comme nous l’avons déjà dit. Une autre assertion non moins intéressante a été encore avancée tout récemment, par des médecins européens'; suivant

eux, les plaies en general guérissent avec beaucoup plus de lacilité en Egypte qu’en Europe, et cette disposition favorable dépendrait, selon ces mêmes médecins, de la nature des climats : cette assertion est exagérée} généralement les solutions de continuité tendent au contraire à prendre les caractères d’ulcères atoniques, à s’étendre; souvent des boutons de gale les compliquent et viennent former des ulcérations étendues sur la peau : ce fait trouve son explication dans l’organisation anormale des sujets arabes, très-disposés encore à contracter des abcès froids qui paraissent souvent sur différentes parties du corps sans cause bien connue , sans irritation manifeste préalable.

L’examen des symptômes des lésions rencontrées après la mort, celui des causes déterminantes ne nous permet pas de douter un seul instant que la cachexie aqueuse est une maladie du système circulatoire, résultant de la prédominance du sérum , de la diminution de la fibrine, et de l’albumine dans le sang: elle offre beaucoup d’analogie avec l’bydropisie, le scorbut, le chlorose, les scrofules et l’éléphantiasis.

Nous la rangeons, d’après le célèbre professeur de Grossi, dans la famille des métatrophies, c’est-à-dire des maladies qui résultent d’une perversion de nutrition.

Lorsque la cachexie a fait peu de progrès, on peut faeilementla confondre avec d'autres affections : aussi le médecin est-il ordinairement embarrassé pour établir un diagnostic certain ; cependant le changement dans la couleur de la face et de la langue , la flaccidité de la peau , l’œdème des extrémités, la connaissance du tempérament, et des conditions débilitantes dans lesquelles se trouvent presque continuellement les indigènes, aident puissamment à établir un jugement non équivoque. Il importe de ne la point confondre avec les hydropisies produites par des lésions organiques , la diminution d’absorption , ou l’augmentation de sécrétions; ces affections ont, ordinairement une marche plus rapide, et leurs signes pathognomoniques diffèrent. Abandonnée a elle-même, toujours elleconduit à la mort.

Dans la majeure partie des cas, le pronostic est defavo-

rablc ; si le malade esl encore jeune , sans diarrhée, la guérison est possible : le plus ordinairement, lorsque la maladie est parvenue à un certain période, elle est au dessus des ressources de l’art.

Le traitement des cachectiques est en partie diététique, <n partie thérapeutique. Soustraire le malade aux influences morbifiques est l’indication naturelle la plus importante, et de première nécessité; la mauvaise nourriture étant une des principales causes, il est urgent de prescrire une alimentation tout-à-fait opposée, comme du laitage, de bonnes viandes apjjrêtées avec des substances aromatiques et amères: on doit éviter les alimens farineux, les fruits aqueux, les plantes trop sucrées et mucilagineuses ; le régime animal doit être établi doucement et graduellement : les malades feront usage de vètemens propres , en rapport avec l’état de l’atmosphère, et seront logés convenablement. On prescrira chaque jour < e courtes promenades ; des exercices modérés du corps ne peuvent manquer d’être fort utiles. L’espoir du médecin repose principalement et presqu’uniquement sur le régime diététique dont nous venons de parler : les a^ens thérapeutiques varieront suivant l’état du malade etle°degrede la maladie. Les antiphlogistiques , les mucilagineux sont entièrement et toujours contre indiqués ; les préparations de fer, de substances amères, aromatiques, ont etc employées avec avantage ; si des épanchemens d’eau ont eu heu dans les cavités du corps, le médecin devra recourir à l’usage de la digitale en nature ou en poudre au calomelas, au mtre , au petit, lait simple ou tamarindisé’ Comme la plupart des indications hygiéniques sus-mentionnees sont hors du pouvoir du médecin chargé de ira. ter les Arabes, on ne doit pas être surpris si peu de cachectiques guérissent quand le mal a déjà exercé certains ravages.

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