Durré. Les Infeclions biliaires. Paris, 1891, p
« La fièvre intermittente à quinine ne lèse pas le foie. C’est là un fait que j'ai observé dans les cent vingt observations dont je puis disposer pour écrire l’histoire de cette maladie. Et cependant les pyrexies à forme bilieuse sont légion dans les pays chauds. Elles méritent donc d'attirer l'attention des chercheurs, par l'intérêt théorique et pratique qui s'y rattache.
Georges Treille, dans son mémoire si intéressant et si personnel sur les conditions sanitaires de l'Afrique intertropicale, montre comment, dans les pays chauds, le foie se trouve, grâce aux conditions climatériques, au régime alimentaire défectueux, à l’alcoolisme si fréquent, éminemment prédisposé aux infections à point de départ souvent intestinal.
On connaît la diversité des infections biliaires dans les pays tempérés ; qu'est-ce à diie dans les pays chauds où tout concorde à favoriser l'infection hépatique : virulence plus grande des germes intestinaux, imminence constante de l'insuffisance du foie.
A défaut de l’anatomie pathologique et de la microbiologie, il y a longtemps que la symptomatologie et les insuccès thérapeutiques ont pratiquement fait séparer les fièvres bilieuses des intermitientes.
Ainsi que le dit justement Georges Treille (1) :« Nous « sommes déjà loin du temps — pourtant encore rap-
« proché par le petit nombre d'années écoulées — où
1. Georges Treille. Les conditions sanitaires de l’Afrique intertropicale,in Revue générale des sciences pures el appliquées, 5° année, n° 21, 15 nov. 1894, p. 812.
Dutroulau expliquait avec conviction que la fièvre
bilieuse grave, tout en étant de nature essentiellement
paludéenne, ne devait pas être soignée comme telle, « et constatait que la quinine y offrait plus de dangers
que d’avantages. »
Dutroulau, à ce propos, invoque l’autorité de Lherminier « qui a remarqué que dans le temps où l’on bourrait littéralement les malades de quinine, ils ne s’en trouvaient pas mieux, et que les fièvres qui résistaient à cette médication, cèdent aujourd'hui aux purgatifs » (1).
Dans leur livre MM. Kelsch et Kiener ont consacré un chapitre à la fièvre symptomatique dans la malaria chronique : « Chez un grand nombre de nos malades atteints d'intoxication chronique, nous avons relevé certains processus fébriles auxquels nous avons été amenés à reconnaître une autre cause que l’action pyrogène de la malaria. +
« IL's’agit d’un état pyrétique plus ou moins accentué, qui se prolonge parfois plusieurs jours et même plusieurs semaines à la suite des accès sériés. Tantôt ce sont de légers paroxysmes vespéraux, sans frisson initial, et à température peu élevée, plus souvent il s’agit d’un mouvement fébrile continu de 38° à 385 et figurant sur le tracé graphique une ligne faiblement brisée.
« Cette fièvre se montre plus spécialement à la suite des accès violents accompagnés d'ictère ou d’hémo-
globinurie. Pendant sa durée, le foie et la rate sont
1. Legrain. Introduction à l'étude des fièvres des pays chauds, p. 244 et p. 245.
toujours tuméfiés et le siège d’une douleur sourde et continue. Elle ne s’accompagne point d’une destruction marquée de globules rouges, et l'examen du sang, pratiqué au point de vue du pigment mélanique est généralement négatif. Le sulfate de quinine est sans action, seuls les révulsifs sur les hypocondres se montrent parfois efficaces (1). »
Ces auteurs ont parfaitement vu que la fièvre tenait à l’état morbide du foie. Ils ont noté aussi l’inefficacité du sulfate de quinine. Mais ce qu’il est bon de souligner c'est la prépondérance de l'affection hépatique qui est exclusivement en cause. Ces malades sont tout simplement des hépatiques de divers ordres. Dans une des observations où l’individu présenta des fièvres rebelles,-puis hypertrophie énorme du foie et de la rate, suivie de fièvre « légère et presque continue rebelle au sulfate de quinine », il semble bien qu’on se trouve en présence d’un cas analogue à ceux rapportés par M. P. Lereboullet dans sa thèse (2).
Dans cet important travail, consacré aux cirrhoses biliaires, l’auteur souligne, avec iuste raison, la nécessité de réviser sévèrement la classe de ces fameuses
cirrhoses dites paludéennes. Ce n’est pas sortir du ca-
dre que nous nous sommes imposé en nous arrêtant
sur ce point, Car, pour ceux qui admettent la cirrhose
paludéenne, l'hépatite qui la déterminerait ne débute
1. Kelsch et Kiener. Traités des maladies des pays chauds (Paris, 1889), livre V, p. 569 et p. 566.
9. Pierre Lereboullet. Les cirrhoses biliaires, Thèse de Paris, 1902,
DAT jamais en pleine santé et d’une mapière franche suivant la remarque de MM. Kelsch et Kiener (1).
La notion de fièvres intermittentes dans les antécédents du sujet serait nécessaire pour créer ultérieurement la lésion hépatique. Et en outre, la cachexic effacerait avec son cortège symptomatique le tableau elinique de l'hépatite. Le cycle naturel s’énoncerait ainsi: fièvres intermittentes, cirrhose paludéenne, cachexie.
Mais nous savons ce qu’il faut penser de certaines fièvres intermittentes. Nous les avons vues déjà à propos de l'infection urinaire, de la lithiase biliaire avec obstruction du cholédoque. Nous les retrouverons sous un autre aspect dans les cirrhoses biliaires :
« D'autre fois, écrit M. Lereboullet, et ces faits sont assez fréquents, le début apparent de la cirrhose biliaire est marqué par des accès de fièvre intermittente mais cela ne suffit pas selon nous pour porter le diagnostic d'accès paludéen ; à plus forte raison si cet accès s’observe une fois la maladie établie. Il semble, en effet, que certains auteurs n'aient pas toujours différencié assez nettement l’accès de fièvre intermittente hépatique de l’accès paludéen » (2).
À propos de la cirrhose biliaire hypertrophique ou splénomégalique (maladie de Hanot), aussi bien que la cirrhose biliaire hypersplénomégalique (Gilbert et Fournier), M. Lereboullet se demande : « si les accès
de fièvre étaient bien paludéens et si le sujet n’a pas
1. Kelsch et Kiener. Loco citato. Livre VI. Les cirrhoses, p. 713.