Finot. Recueil de mémoires de médecine mulitaire. An
née 1844 (Compte rendu du service médical de l'hôpital mili-
taire de Blida, 1842).
9 Dans son livre, Combe (de Lausanne) a consacré deux pages à la fièvre intermittente gastro-intestinale, manifestation déjà décrite — en particulier par Comby— mais pas encore assez connue, surtout dans les pays chauds. Il cite le cas d’un jeune confrère « traité longtemps pour la malaria, malgré l'examen négatif du sang et l’insuccès de la quinine à doses énormes (3 à 4 gr. par jour) ». L'auto-intoæication intestinale. Paris,
que la cachexie naît souvent de ces états, engendrée soit par une aggravation dé l'infection soit par une thérapeutique irrationnelle.
En 1896, À. Treille, ans une communication au congrès de Carthage, a montré comment il fallait compren-
dre ces états groupés par lui sous la dénomination de mé-
g'alosplénose et confondus jusqu'alors avec le paludisme.
« Les fièvres intermittentes parfaites à quinine ne créent pas la mégalosplénie. Elles n’entraïînent pas non plus, à proprement parler, d’anémie, qui n’accompagne guère que la quotidienne et disparaît dès l’intervention avec le spécifique, à la condition de laisser les malades manger à leur guise en dehors des accès. On peut abandonner indéfiniment la fièvre quarte notamment — le type le plus fixe — à elle-même, sans voir l’anémie ni la mégalosplénie se produire ; Les malades acquièrent même de l’embonpoint tout en continuant à subir leurs accès. L’anémie et la mégalosplénie peuvent, en revanche, se montrer dans des infections fébriles variées, continues Je plus ordinairement, ou des intermittentes, mais non à quinquina, ni les unes ni les autres.
« La mégalosplénoseest avant tout la maladiede la rate (tihal ou tihan) chez les indigènes. Le cas type est apyrétique ; la fièvre, lorsqu'elle se montre avec la poussée splénique, n'est, régle générale, qu’une bouffée s’éteignant aussitôt, tandis que la raie augmente de volume.
« Une triade symptomatique la caractérise : anémie,
D' A. Treille. De la mégalosplénose. Des états dénommés ané-
mie et cachexie paludéennes. (Bulletin de l’Assoe. franc. pour l'avancement des sciences. Carthage, 1896. T. I, p. 228.)
troubles gastriques, tuméfaction plus ou moins prononcée de la rate. Le rein et le cœur sont très exceptionnellement touchés. Pas d’albuminurie ni de glycosurie. La bronchite est fréquente. Les complications puimonaires sont les plus redoutables de toutes pour ces malades. Cette affection guérit le plus ordinairement, ou bien l’on voit des mégalospléniques conserver pendant de longues années une grosse, très grosse rate, sans en être autrement incommodés.
« La médication montre bien la véritable nature de la mégalosplénose. Elle n’a aucun rapport avec les maladies dites de malaria ou à quinquina. C’est une infection gastro-intestinale. Lorsque la rate est encore réductible, on peut obtenir du jour au lendemain, par le simple régime lacté, des diminutions très notables. C’est au lait, au régime avant tout, que l’on doit les meilleurs succès thérapeutiques. Les stomachiques et les antiseptiques intestinaux peuvent rendre des services. »
Les observations qui suivent vont confirmer cette
manière de voir.
OgservarioN XIII
(Communiquée par M. le D' A. Treille). (/nédite).
Hypertrophie considérable de la rate avec faibles poussées fébriles. Inefficacité et impuissance du sulfate de quinine. Abandon du médicament.Réqime lacté mitigé. Apyrexie conséculive et diminution rapide de la rate.
Sliman ben Saïd, 46 ans, Entre à l’infirmerie de la prison de la Casbah d’Alger le
30 octobre 1890 pour un léger accès de fièvre (38e),
LR
Mis en observation, il ne présente pas de fièvre le lendemain.
1er novembre: T. 3802.
2 — T. 384, Régime ordinaire. 3 — T. 38°. Eat 4 — T. 38°,
On lui donne à 9 heures matin, 2 grammes de sulfate de quinine.
La rate mesurée donne les dimensions 27/15,
5 et 6 novembre : Pas de fièvre,
Rate mesurée le 6 donne 24/15.
7 novembre : T. 38.
8 novembre : T. 3705,
1 gramme de sulfate de quinine à 7 heures soir.
9"novembre : T. 38°.
1 gramme sulfate de quinine à 7 heures soir.
10 novembre : T. 38.
1 gramme de sulfate de quinine à 7 heures soir.
11 et 12 : Apyrexie. Toujours même régime.
13 novembre : T. 38°.
Devant linefficacité de la quinine on a cessé d’en donner depuis le 11. Le malade est mis au régime suivant : Bouillon très léger, lait, pain, café.
Dimensions de la rate 24/13.
14 novembre : Apyrexie définitive jusqu’au 30 décembre date à laquelle le malade sort de l’infirmerie.
18novembre : Dimensions de la rate 24/12.
1er décembre : — — 16/10.
Osservarion XIV (personnelle).
Troubles gastro-intestunaux. Hypertrophie notable de la rate, et légère du foie. Aucune alteinte de fièvre internuttente.
* Chniti ben Far. Domestique, 24 ans, à Bel-Imour (Cérez. Province de Constantine).
Antécédents héréditaires. — Nuls.
Antécédents personnels. — Jusqu’en 1907 avait toujours été bien portant. Vers la fin de cette année, à l’époque du Ramadan, il présenta des troubles gastro-intestinaux (langue saburrale, constipation, inappétence) accompagnés de lassitude. N’a eu àaucun moment de fièvre « paludéenne ».
Élal actuel (avril 1908) : Teint jaunâtre terreux. Lésions cutanées probablement d’origine syphilitique. En ce moment appareil digestif en bon etat, |
Examen local : Rate verticale descendant à 5 cm. 1/2 de l’ombilic ; facilement percutable.
Par la palpation on sent une échancrure en dedans.
Longueur : 19 cm. 1/2.
Largeur : 13 centimètres.
Foie : Déborde légèrement les fausses côtes.
Hauteur sur la ligne mamelonnaire 14 cm. 1/2.
Dès que cet indigène est soumis à un régime alimentaire convenable, à base lactée surtout, les troubles intestinaux disparaissent, en même temps que le teint s’éclaircit. Un séjour de quatre mois cet hiver au Sahara lui a fait beaucoup de bien. il y a pris de l’iodure de potassium qui lui a été donné par le
D' A. Treille. Le médicament a atténué beaucoup les manifes-
tations cutanées, mais a été sans influence sur la rate et sur le
foie.
Osservarion XV, (personneile.)
Rabah ben Oualli, 25 ans, demeurant dans la montagne aux Ouled Hanech (altitude de 890 à 900 mètres, Province de Constantine).
9 mai 1908. — Teint brun jaunâtre. Couleur subictérique des sclérotiques. | Abcès dentaire avec périostite au niveau des grosses molaires de la mâchoire inférieure, Écoulement de pus par la bouche.
Troubles gastro-intestinaux en décembre 1907. Amélioration produite par la tisane de racine de colombo.
Depuis la fin du Ramadan les troubles ont réapparu. Digestions difficiles. Pesanteur au niveau du creux épigastrique après les repas. Pas de vomissements. L’appétit est conservé, mais l’individu manque de force.Pas de fièvre intermittente antérieurement, ni actuellement.
Rate : Elle descend au niveau de l’épine iliaque antéro-supérieure gauche. Douleur à la pression (1).
Longueur : 34 centimètres. |
Largeur : 26 centimètres.
Foie : Déborde légèrement les fausses côtes.
Nous prescrivons à ce malade des tisanes amères et autant que possible un régime lacté.
1. La matité de la région de la rate est « ordinairement de 11 centimètres d’étendue dans le sens vertical et de 8 centimètres seulement en largeur. » Telles sont les constatations de Piorry, de Barth et Henry Roger. (Cf. leur Traité pratique d’auscultation et de percussion. 13° édit. 1898).
Osservarion XVI (personnelle.)
Rillassi ben Djemaï,33 ans, meunier, demeurant à Bel-Imour (Cérez).
Antécédents héréditaires : ignorés.
Antécédents personnels : Aucune manifestation hérédo-syphilitique.
14 mai 51908 : Traces de pointes de feu autour de l’ombilic pour coliques peut-être hépatiques. Ces coliques auraient coïncidé avec l’époque du Ramadan.
Teint jaunâtre. Sclérotiques subictériques. N'a. jamais présenté de fièvres d’accès.
Rate : Longueur : 26 cent. 1/2,
Largeur : 18 centimètres.
Foie : Longueur de la ligne mamelonnaire : 16 cent. 1/2.
Le malade se plaint d'avoir de temps en temps des coliques. I dit avoir suivi en 1907 untraitement par l'huile de foie de morue et s’en être bien trouvé. Retire de bons effets de l’emploi de tisanes amères, gentiane, houblon, racine de colombo, du
régime lacté et des œufs.
O8BservaTION XVII (personnelle.)
El Hadj ben Hasnaoui, 38 ans, métayer à Bel-Imour (Cérez, province de Constantine).
Pas de manifestations syphilitiques.
Antécédents personnels. — Troubles gastro-intestinaux dans
les premières années de sa vie. Observe le Ramadan. N’a Jamais eu de fièvre intermittente. Langue blanchâtre.
Rate : Longueur : 23 centimètres.
Largeur : 14 centimètres.
Foie : Déborde un peu les fausses côtes. Cet indigène que le DAS Treille a pu suivre depuis vingt ans est un infatigable travailleur qui, malgré son hypersplénie remontant à un temps très ancien, jouit en somme-d’une bonne santé. À différentes reprises, il a présenté ce que l’on peut appeler des poussées spléniques, pour lesquelles le D' Treille lui a prescrit le régime
lacto-végétarien avec des tisanes amères toujours avec succès. |
Ne terminons pas ce qui a trait aux splénomégalies d'origine gastro-intestinale sans signaler {’hypersplénie des mangeurs de terre. Nous remercions très vivement le D' E. Legrain (de Bougie) d’avoir bien voulu nous envoyer la note suivante sur les manifestations présentées par les géophages :« J’aï observé un type de splénomégalie particulier chez les géophages. Certains kabyles mangent de la terre : terre schisteuse, carbonatée, dont l’ingestion apaise la faim ; il est probable que Pacide carbonique dégagé lentement et continuellement dans l'estomac est le facteur de cette sensation.
«Tous ces géophages ont le teint terreux ; température subfébrile 37°5 le soir, troubles intestinaux variés. J’ai pu en étudier quelques-uns et mes observations concordent avec celles de mon distingué confrère, le D'Claverie, ancien médecin de la marine, qui a eu occasion d’en étudier des cas en Kabylie. Il existé au bout d’un
certain temps, chez les géophages de la splénomégalie.
« L'aspect du malade, les symptômes, l'examen du sang, la température, me permettent de rattacher avec beaucoup de probabilité cette splénomégalie à uneinfec, tion banale des voies biliaires et à en faire un type voisin des types de Gilbert dans la cirrhose de Hanot. Ces malades sont améliorés et la splénomégalie diminue par le régime, les laxatifs, le repos.
«Les malades avouent parfois difficilement cette manie. Il faut rechercher leurs habitudes de géophagie, entretenue évidemment par leur misère inséparable de leur paresse habituelle. »
Les troubles gastro-intestinaux déterminant la splénomégalie et parfois la cachexie ne limitent pas encore les états cachectiques pris pour du paludisme. Une connaissance plus exacte des divers syndromes splénomégaliques nous éclaire de plus en plus sur les diffé-
rents états cachectiques où la rate est en cause.
L’hypertrophie splénique se rencontre comme on le sait, dans l’épithélioma primitif de la rate (1) que M. le professeur Gaucher a été le premier à décrire. Ce sont des cas analogues qui ont pu faire admettre des cachexies paludéennes sans fièvre antérieure. Il est probable que si, dans le cas rapporté par M. le professeur Gaucher et avant qu'il examinât la malade, celle-ci avait eu des accès de fièvre, ou avait même simplement séjourné dans un pays réputé « paludéen », on aurait bien
pu, au début, rattacher cette affection au paludisme.