Nous estimons que la remarque de G. Treille peut se faire
à propos du foie. Ne perdons pas de vue, en effet, que la barrière hépatique retient environ 50 0/0 de la quinine introduite dans l’organisme (Voir Chauffard, lequel s’appuie sur les travaux du professeur Roger. Trailé de méd. Bouchard-Brissaud. Tome V, 2 éd., p. 11). À fortiori, si le foie est déjà lésé, l’élimination de la quinine par cet organe sera encore plus restreinte,
en soi la propre cause de ses défaillances ou dégénérescences morbides, un grand pas serait fait dans la connaissance étiologique des affections intertropicales {1). »
Au terme de ce travail, nous nous en voudrions de ne pas citer une page admirable due à un médecin de la Marine,le D’ Mahé(2). Les lignes que l’on va lire méritent, au lieu de l’ombre où l’oubli les a jetées, une éclatante lumière :
« ….. les travaux des médecin$ militaires en Algérie proclamèrent la nature paludéenne et spécifique d’une grande portion des pyrexies des pays chauds. Mais alors le fantôme du paludisme offusqua les yeux de cette génération médicale nouvelle. Le miasme des marais engloba la pyrétologie tout entière, la fièvre jaune, le choléra, la peste, la dysenterie, l’hépatite, la fièvre typhoïde, etc... En dehors du sel de quinquina il n’y eut plus de salut pour les malades de cette époque. Il fallut absolument guérir ou mourir,
non plus vide de sang mais plein de quinquina.
« Nous ne sommes pas encore nous, médecins de la: marine, assez dégagés de cette imprégnation du miasme palustre, qui avait si profondément pénétré l’esprit médical de nos aïnés dans la carrière.
« Cependant, rien n’est moins prouvé que la nature et
1. Georges Treille. Les conditions sanitaires de l'Afrique intertropicale, loc. cil., p. 809.
2. Mahé. Programme de sémiotique et d’étiologie pour l'étude des maladies exotiques et principalement des maladies des pays chauds, (Arch. de médecine navale. Anno 1875.
l'origine paludéenne de toutes les pyrexies des tropiques. N’est-il pas évident aujourd’hui que beaucoup d'accidents brusques, que beaucoup de morts soudai-
nes sont à tort, englobés dans la classe trop compré-
hensive des fièvres dites pernicieuses ? »