‹ De la cachexie séreuse des enceintes et des accouchéesChapitre 17 sur 31 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

Hémorrhagie après la délivrance. — Cachexie séreuse consécutive.

Anne-Marie Durrenberg, de Merzwiller, âgée de vingt -deux ans, tempérament lymphatico-sanguin , primipare, accouchée le 16 juin 1849 à terme, d’un enl'ant bien constitué , est prise , après la délivrance , d’une hémorrhagie trèsabondante (environ un kilogr. de sang) qui n’est arrêtée que par la compression de l’aorte, les injections d’oxycrat et ladministration du seigle ergoté. Les lochies sont normales, la sécrétion du lait se fait bien. Mais au 7.® jour on s’aperçoit d’une légère infiltration des extrémités inférieures; souffle continu (bruit du diable) dans la carotide droite.

8.^ Jour. — Outre cette infiltration , on constate ce matin un épanchement péritonéal prononcé (une quinzaine de jours avant d’accoucher, elle s’est aperçue

d^uu léger œdème des pieds); la face n’est pas bouffie, mais le teint est terreux. (3 pii. de Vallet.)

11.® Jour. — Après une bonne nuit, elle a éprouvé ce matin, au côté droit de la base de la poitrine , sous la colonne vertébrale , une douleur augmentée par la respiration profonde. La percussion rend un son mat dans la plus grande étendue de la région postérieure de ce côté. La respiration ne s’entend pas. La voix n’est pas vibrante, pas de toux. — (Épanchement.) — (Nitre 10,00; eau de fenouil, eau de fontaine ââ 60,00; sir. de pointes d’asperges 30,00).

L’épanchement péritonéal a diminué de près de moitié ; les pieds ne sont plus œdématiés; urines normales, peu de lochies, peu de lait; pouls plein et subfréquent. (Chiendent nitré.)

Le lendemain le visage est bouffi ; les urines ne précipitent pas par l’acide nitrique.

13.® Jour. — La résonnance a reparu à droite, ainsi que le bruit respiratoire ; face moins bouffie , ventre moins mat ; urines abondantes , pâles , verdâtres. Pouls lent et développé.

20.® Jour. — Se porte bien ; bon appétit , plus d’œdème ; maigrit un peu.

27.® Jour. — S’est bien portée jusque hier : elle a ressenti de l’oppression, des palpitations et un gonflement du ventre ; depuis quelques jours les urines avaient de nouveau diminué.

Ce matin, tout le ventre est sensible au toucher; on distingue de nouveau de la fluctuation dans la partie la plus déclive et de la matité jusqu’à quatre travers de doigts au - dessus du pubis ; face et mains bouffies , pieds œdématiés ; souffle carotidien toujours très-prononcé; rien d’extraordinaire dans la poitrine; lèvres et gencives colorées , excitation du pouls ; urines abondantes , pâles , présentant l’aspect du vin de Champagne , ne précipitant pas par l’acide nitrique. (Pot. avec nitre 2,00, et sir. de pointes d’asperges 30,00. — Chiendent nitré. )

33.® Jour. — Ventre affaissé , toute trace d’épanchement a disparu ; respiration profonde et normale , urines abondantes et verdâtres. L’œdème des pieds n’a plus reparu.

43.® Jour. — La malade sort. (Plus aucun symptôme de sa maladie, seulement encore un peu de souffle carotidien.)

Voilà un modèle de cachexie séreuse simple, exemple de complication, qui s’est développée après la délivrance à la suite d’une perte de sang abondante; mais il j avait évidemment prédisposition, puisque quinze jours avant d’accoucher, les extrémités inférieures étaient infiltrées. Au huitième jour on constate l’existence d’un épanchement abdominal, lequel est bientôt suivi d’un épanchement dans la plèvre du côté droit, sans toux. Ces accidents disparaissent très-rapidement sous l’influence des diurétiques; l’appétit est bon, lorsqu’au vingt-septième jour l’oppression, les palpitations se déclarent de nouveau, le ventre gonfle, l’œdème leparaît aux membres, à la face même : remarquons que les urines avaient beaucoup diminué depuis plusieurs jours; le traitement est continué, et toute trace d’épanchement et d’œdème a disparu six jours après sans retour. On voit par là que le traitement de celte maladie comprend deux choses, l’infiltration, et l’altération du sang; tant que celui-ci n’est pas rendu à son état normal, l’hydropisie a toujours de la tendance à se reproduire, par la raison toute simple que la cause qui la produit persiste.

Page 1