Jour. — Morte ce matin pendant la visite. (7 h
Jutopsie faite vingt-quatre heures après la mort,
Anasarque générale , sauf au visage. Traces du vésicatoire. Plaies ulcéreuses sous la mamelle droite (Intertrigo). Dans la région inguinale droite, large perte de substance , suite d’un intertrigo qui s’est ulcéré et a creusé un affreux sillon profond de et long de 0,16, arrivant jusqu’à la nais-
sance de la grande lèvre qui est rouge , violacée , œdémateuse.
Le crâne n’a pas été ouvert.
Thorax. Poumons très-volumineux, emphysème sous-pleural, vers les bords libres, surtout en avant. Engorgement hypostatique (tissu intervésiculaire) en arrière et à la base ; mais les cellules pulmonaires n’en sont pas moins remplies d’air et crépitent fortement. Trachée-artère et grosses bronches pleines de mucosités, rouges de sang, contenant une innombrable quantité de globules de pus (au microscope). La muqueuse de ces tuyaux aériens est épaissie , comme chagrinée en certains points, d’un rouge livide, très-intense; cette coloration cesse brusquement à l’entrée des bronches de deuxième calibre , et est remplacée par une teinte ardoisée. Les mucosités deviennent plus blanches, et perdent au fur et à mesure qu’on pénètre plus en avant leur coloration foncée : dans les plus petites bronches c’est de la sérosité spumeuse.
Epanchement pleural ; sérosité citrine , limpide ; un demi-litre au moins dans chaque plèvre; point de pseudo-membranes.
Péricarde tacheté de plaques laiteuses anciennes, quelques-unes sont très-
larges ; le péricarde viscéral lui-même présente deux ou trois taches d’un blanc mat, du diamètre d’une pièce de 50 centimes. 60 grammes de sérosité un peu floconneuse, mais pas d’exsudation récente.
Abdomen, Péritoine sain. Deux litres de sérosité limpide. Muscles pâles, infiltrés, disséqués par l’œdème du tissu cellulaire intermusculaire. Foie gorgé de sang; rate dure comme un foie consistant, peu volumineuse, ne fournissant presque pas de sang à l’incision. Reins réunis, formant un fer à cheval, à concavité supérieure; deux uretères; un pont de substance rénale joint ensemble la partie inférieure des deux reins ; on ne remarque extérieurement ni scissure, ni soudure, de sorte que les organes urinaires ne forment en apparence qu’un tout homogène en demi-lune ; deux artères , partant de l’aorte , se rendent au pont interrénal : les vaisseaux émulgents sont d’ailleurs normaux.
Matrice saine. Ovaires ratatinés ; beaucoup de vésicules de de Graaf , point de corps jaune récent ; trompes saines. Les plexus spermatiques et ovariques sont énormément distendus; les veines ont le calibre du pouce; sang noir, non coagulé. Saphènes saines, petites; jambes énormément infiltrées.
Cette observation est pour nous d’autant plus intéressante que nous avons eu la malade constamment sous les yeux, que nous avons pu suivre, pas à pas, les progrès du mal. Femme lymphatique, pauvre, enceinte pour la troisième fois, atteinte depuis huit ans d’une bronchite chronique qui^ au moment de son entrée à Fhôpital, prend un caractère aigu et nécessite une saignée : voilà, certes, assez de circonstances pour expliquer le développement de la cachexie séreuse. Ce n’est que dans les premiers jours que le pouls a offert de la plénitude et de la subfréquence ; il n’a pas tardé à se ralentir , et dans la dernière période il était filiforme, misérable. Jamais il n’y a eu de la chaleur à la peau; au contraire, nous avons presque toujours observé une tendance au refroidissement.
Depuis le premier jour jusqu’à la veille de la mort, lé thorax a offert à la percussion, dans toute son étendue, un son clair ^ plutôt exagéré ; à l’auscultation on a entendu , des deux côtés et de haut en bas, un râle sous-crépitant bien caractérisé; par moment, dans les accès
de toux les plus forts , un râle sibilant , mais rare ; les crachats ont été toujours très - abondants , incolores, spumeux, offrant à peine des traces de mucosités ; on aurait dit de l’écume. Mais au seizième jour des couches les crachats deviennent tout d’un coup épais , purulents ; à la base des deux poumons il y a une matité bien prononcée ; dans toute la poitrine on entend des râles à grosses bulles; la voix s’affaiblit beaucoup; la malade est continuellement assoupie, et elle s’éteint le lendemain pendant la visite, après une agonie de près de vingt-quatre heures.
L’œdème était borné aux jambes quand la malade est entrée à la clinique ; mais il n’a pas tardé à envahir les cuisses et la vulve ; celle-ci était même énormément distendue; les parois abdominales, les poignets et jusque la face. La dyspnée devint en peu de temps si intense que la malade dut rester assise dans son lit jour et nuit; mais dans cette position les membres inférieurs , surtout les cuisses si énormément distendues , devinrent bientôt le siège de vives souffrances , qu’augmentait encore le moindre mouvement qu’on cherchait à leur imprimer.
Elle fut en proie à des anxiétés terribles qui se renouvelaient à chaque quinte de toux : ces dernières étaient fréquentes, duraient longtemps, étaient suivies, après des efforts très- pénibles , d’une expectoration abondante; ces efforts ont provoqué aussi plus d’une fois des nausées et même des vomissements, ce qui fatiguait beaucoup la malade. Il est probable que c’est à la suite d’une de ces quintes que l’accouchement s’est déclaré. Le travail, heureusement pour la mère, a été très -rapide; mais l’enfant, né un mois trop tôt, chétif, misérable, n’a pas tardé à succomber. Enfin, nous rappellerons encore une circonstance fâcheuse, qui se présente assez souvent dans ces cas: ce sont les vomissements. Déjà avant l’accouchement la malade n’a plus rien supporté, ni aliment, ni boisson, ni médicament. La potion avec le carbonate d’ammoniaque est la seule qui n’ait pas provoqué de nausées; mais on a dû la supprimer, puisqu’elle ne paraissait pas exercer la moindre influence favorable sur la marche de la maladie.
' On pourrait nous objecter que cette malade est morte à la suite de de la bronchite et l’emphysème pulmonaire. Il est incontestable que ces accidents ont largement contribué à cette issue funeste ; mais nous croyons qu’il faut accorder une part au moins aussi large à la cachexie séreuse ; l’infiltration générale du tissu cellulaire sous-cutané , l’épançhement de sérosité dans le péritoine , dans le péricarde , dans les plèvres, l’œdème pulmonaire, ne traduisent- ils pas assez l’existence d’une maladie générale , dont les accidents pulmonaires n’ont été qu’un épiphénomène? le plus grave, sans doute, mais comme phénomène local.