‹ De la cachexie séreuse des enceintes et des accouchéesChapitre 25 sur 31 · OBSERVATION VIII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VIII

Cachexie séreuse dans les derniers mois de la grossesse. — Œdème pulmonaire. —

L’oppression augmente après une saignée. — Provocation de l’accouchement. — ■

Le travail s’annonce spontanément. — Mort avant l’expulsion.

Elisabeth Blum , de Barthenhard , âgée de vingt-six ans , lymphatique , venant de la maison de correction , où elle était restée enfermée pendant trois mois , entra à la clinique le 17 janvier 1850, primipare et parvenue au terme de sa grossesse. Elle dit être malade depuis deux mois et demi. D’abord elle a eu les extrémités inférieures infiltrées , puis il s’est développé des crampes dans le basventre; enfin, il s’est joint à ces symptômes de la dyspnée et de la toux; elle est entrée alors à l’infirmerie de la maison de détention.

23 Janvier. — Dans ce moment, infiltration générale ; oedème consistant, comprenant les extrémités inférieures, la paroi abdominale où il forme bourrelet, la face et l’extrémité supérieure gauche principalement. Difficulté de respirer; râles sous-crépitants , œdémateux; expectoration mucoso-sanguinolente. Langue pâle; soif grande; pouls misérable (petit, dépressible, lent, assez régulier). Diarrhée. (Esp. sel amm. anis., 4; eau de fen., 100; sir. d’op. , 30. — Inf. genièvre.)

25 Janvier. — Jusque vers minuit un peu de tranquillité, puis insomnie, étouffements. L’enflure générale est toujours la même ; oppression de poitrine très-grande ; l’œdème est dur et douloureux ; les parties génitales sont tellement

tuméfiées qu’on n’arrive pas au col de l’utérus. Dents et lèvres fuligineuses. Pouls peu développé, mais assez résistant, 90. (Saignée de 200 gr.; eau vineuse.)

Sang tiré de la veine très-séreux ; caillot petit et mou. Oppression très-grande dans la journée; toux pénible; gémissements continuels; pas de soulagement après la saignée. Agitation ; émission involontaire des urines et des selles. (Pot. avec esp. sel amm. an.)

26 Janvier. — Nuit mauvaise; insomnie; oppression considérable; gémissements continuels ; crachats sanguinolents ; vomituritions provoquées par la toux. Urines presque nulles, foncées. Même état de l’infiltration. Pouls misérable. Il est très-difficile d’ausculter le ventre, cependant on croit entendre les battements à gauche.

Provocation de V accouchement par le tampon. A onze heures du matin on la transporte dans la salle de travail ; au moment où l’on veut la tamponner, on s’aperçoit qu’il y a des douleurs et que l’orifice commence à s’entrouvrir. A onze heures et demie , départ spontané des eaux en grande quantité. On reconnaît le crâne dont les os chevauchent et sont mobiles ; on en conclut que le fœtus est mort : on n’entend pas, d’ailleurs, de battements. A midi pas de contractions. A une heure et demie une dose de seigle ergoté. (Seigle ergoté, 0,75; suc. bl., 1,00 : div. en 4 doses.) On donne les quatre paquets de demi-heure en demi-heure. Pas de nausées ni de vomissements ; trois selles liquides et involontaires. La respiration est moins gênée que le matin. Après le dernier paquet de seigle, les douleurs ont été plus fortes. A six heures du soir l’orifice est complètement dilaté; à sept heures la tête engagée. A huit heures elle est dans l’excavation ; agitation. De huit à dix heures pas de changement. Mais à dix heures on trouve la malade très-tranquille; on lui tâte le pouls, il est presque éteint : quelques instants après elle cesse de respirer, elle est morte.

Autopsie quarante-huit heures après la mort.

Infiltration générale , plus considérable aux membres inférieurs ; cyanose de la face, surtout aux lèvres.

Crâne : légère couche comme cartilagineuse aux parties de la surface interne de la boite osseuse , correspondant au sinus longitudinal supérieur. Calotte crânienne très-épaisse ; un peu de sérosité dans l’arachnoïde à la face convexe des hémisphères. Tissu cérébral dense.

Thorax de capacité plus petite qu’à l’ordinaire. Dans les deux plèvres, sérosité jaunâtre, limpide, très-abondante; parenchyme pulmonaire très-sain. Peu

de sérosité dans le péricarde. Cœur flasque , pâle , conlenant peu de sang : celui-ci est diffluent : quelques petits caillots dans le ventricule droit.

Abdomen : peu de sérosité dans le péritoine. Matrice inclinée à droite , rose pâle, contenant un œuf de huit mois à peu près. Une incision longitudinale met à découvert, en avant et en haut, le placenta, qui est uni au tissu utérin par une substance comme gélatineuse. L’enfant est en quatrième position, nageant dans un liquide trouble , couleur de café noir , assez abondant : la tête n’a pas encore franchi en totalité l’orifice 'utérin.

Femme lymphatique, ayant fait un séjour de trois mois dans la maison de correction, placée par conséquent dans des conditions, on ne peut plus favorables à la production de la cachexie séreuse; celle-ci, en effet, se déclare dans les trois derniers mois de la grossesse ; sa marche est d’abord assez lente , mais bientôt les progrès de l’infiltration sont tellement rapides et les accidents pulmonaires si intenses, qu’on se décide à provoquer l’accouchement; au moment de mettre le tampon, on s’aperçoit que des douleurs existent; mais le travail est paresseux , on donne le seigle ergoté , et le soir à ^ix heures on s’aperçoit que la femme est bien tranquille, le pouls est presque éteint, quelques instants après elle avait cessé de vivre.

L’autopsie a vérifié le diagnostic porté au lit de la malade : ce qu’il y avait de plus de remarquable, c’était un épanchement abondant de sérosité dans les deux plèvres , avec des poumons très-sains.

La matrice contenait un œuf de huit mois à peu près ; nous ferons remarquer à ce propos que , 1 ou bien la malade avait bien compté et était réellement à terme, et alors le fœtus était peu développé, ce qui s’explique parfaitement par l’existence de la cachexie séreuse; 2.° ou bien elle s’était trompée dans son calcul , et l’accouchement a été prématuré. Dans tous les cas, on ne peut s’empêcher de reconnaître que la cachexie séreuse a exercé une funeste influence sur le développement du fœtus, en même temps qu’elle a été fatale à la mère.

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