OBSERVATION XL
Le 3.® jour des couches, lochies séreuses et fétides. — Fièvre. — Par suite, cachexie
séreuse très-prononcée. — Pii. de Vallet, -r— Viande, vin. — Guérison prompte.
Catherine Weitreich, de Molsheim, âgée de trente-quatre ans, servante, bien constituée, enceinte pour la troisième fois, est accouchée à la clinique le 18 octobre 1845, à terme et normalement.
3.^ Jour des couches. — Lochies très-fétides. Chaleur, moiteur, fréquence du pouls. Les cinq jours suivants elle conserve de la chaleur; peu de lait.
1 1 Jour. — Se lève depuis trois jours; à partir de ce moment il s’est développé un œdème général ^ surtout perceptible aujourd’hui aux extrémités inférieures et à la face. Pas de chaleur; pouls lent, 52, mais très -développé. Ventre libre, pas de soif; urines abondantes et claires; lochies rouges, sans fétidité,
12.® Jour. — Jambes œdémateuses, froides; peau des extrémités et du ventre d’un blanc mat. Sur les cou-de-pieds et autour des malléoles quelques plaques rouges. Ventre élevé, mollasse, fluctuant. Un peu d’oppression; mais on ne trouve rien du côté de la poitrine ; pas de toux. Pouls toujours à 52. Urines claires , verdâtres , ayant l’aspect du petit lait clarifié , ne précipitant pas par l’acide nitrique. (4 pii. de Vallet. — Eau vineuse, 1 l.)
17.® Jour. — L’œdème diminue beaucoup; peu de gonflement aux malléoles. Urines claires, ne précipitant pas. Pouls, 72. Supporte bien les pilules (elle en prend six) ; appétit très-bon.
26.® Jour. — Va très-bien; plus question d’œdème. Urines toujours claires, mais un peu plus colorées. On supprime les pilules.
36.® Jour. — Sort bien portante. Dans les derniers temps de son séjour à la clinique , elle a pris de l’embonpoint , mais peu de fraîcheur , c’est-à-dire que les lèvres et les gencives sont restées pâles et les pommettes décolorées.
Cachexie séreuse simple, mais très-prononcée, survenue pendant les couches, disparaissant promptement sous l’influence d’un traitement constitutionnel, c’est-à-dire d’un traitement dirigé essentiellement, uniquement contre la cause, l’altération du sang : le fer et un régime tonique ont suffi, on n’a pas eu besoin de recourir aux diurétiques. — C’est un cas très-intéressant.
OBSERVATION XB.
Accès de fièvre. — Diarrhée, entérite. — Œdème général (cachexie séreuse). —
Engouement pulmonaire ; toux , expectoration. — Engorgement mammaire. — •
Phlébite de la saphène gauche. — Frictions. — Vésicatoire en jarretière.
Marie-Anne Gerslner, de Bruchsal, âgée de vingt-deux ans, bien constituée, primipare, est accouchée à la clinique le 7 mai 1844 d’une fille bien développée. Elle a eu pendant la première quinzaine des couches des accès de fièvre assez nombreux , mais incomplets , et non régulièrement périodiques ; presque toujours elle a eu un peu de chaleur. La malade a eu de la fièvre de lait , il s’est même fait un certain mouvement vers les mamelles, mais les mamelons sont tellement affaissés qu’elle est obligée de sevrer son enfant.
15. ® Jour. — Depuis hier selles nombreuses, avec coliques; chaleur, moiteur ; fréquence du pouls ; élévation et sensibilité du ventre ; langue blanche au milieu; soif; accablement. Dans l’après-midi, frisson et chaleur; ventre douloureux , ballonné ; diarrhée ; ténesme ; chaleur à la peau ; nausées ; les lochies n’ont pas cessé de couler (15 sangsues; lav. narc. émoll. ; eau de riz).
16. ® Jour. — Soulagement par les sangsues; chaleur moite; pouls subfréquent, développé; diarrhée; lochies normales. (2 demi-lav. narc. émoll.; eau de riz.) Fièvre toute la journée.
17. ® Jour. — Nuit insomnieuse; diarrhée; ventre élevé, tendu, tjmpanitique ; douleurs dans les régions iliaques à l’attouchement ; face colorée ; chaleur ; pouls développé, à 100 ; lochies peu abondantes, décolorées (12 sangsues).
18. ® Jour. — La diarrhée augmente (2 demi-lav. narc. émoll.). Moins de chaleur. Cet état persistant le lendemain , on applique de nouveau 1 2 sangsues.
22.® Jour. — Encore cinq selles; ni frisson, ni chaleur; ventre beaucoup plus mou ; les parois abdominales sont œdémateuses du côté de l’aine droite et autour de la hanche ; point d’œdème des extrémités inférieures. Pouls à 92. (Pot. avec sir. pav. bl., 30.)
25.® Jour. — Même bourrelet œdémateux abdominal; la mamelle droite est également infiltrée outre le noyau d’engorgement reconnu hier ; léger œdème
des pieds; commencement de bouffissure de la face; teint pâle; pouls à 88; retour des lochies sanguinolentes (commencement de cachexie séreuse) ; la malade se plaint aussi des lombes : cette région est infiltrée. (Acét. pot. , 2; eau de fen.; eau dist. simp. ââ, 45; sir. bl., 30. — Inf.* gen. vin.)
26.® Jour. — Ventre toujours élevé, mais indolore, profondément fluctuant; rinfiltratioïi s’étend aux parties génitales, aux fesses, aux reins. Matité dans les trois quarts de la région postérieure du côté droit de la poitrine, absence de la respiration dans la plus grande étendue de cette matité ; sous l’omoplate un peu de souffle et égophonie prononcée, A gauche la matité n’occupe que le quart inférieur {Epanchement séreux^, La respiration n’est pas extraordinairement gênée ni accélérée ; la face n’est presque plus bouffie ; soif assez grànde ; urines rares , foncées , troubles , ne précipitant pas par l’acide nitrique. (Acét. d’amm. , 8; eau dist. 100; oxym. scill. , suc. bl. ââ. 15.)
28. ® Jour. — Même état. Cependant la dyspnée est plus forte depuis deux jours , beaucoup de toux , expectoration muqueuse ; œdème considérable de l’extrémité inférieure droite ; apyrexie.
29. ® Jour. — Peu de sommeil; toux fréquente, expectoration difficile, muqueuse ; l’extrémité inférieure droite est tellement enflée , qu’elle a presqùe le double du volume de celle du côté gauche. La matité n’occupe plus que le tiers inférieur et postérieur des deux côtés de la poitrine ; respiration plus libre , voix chevrotante. Urines peu abondantes , mais claires , verdâtres , comme du petit-lait. Apyrexie. (Acét. pot., 4; eau de fen.; eau dist. simp. ââ, 60; oxym. scill.; sir. bl. ââ. , 15.)
31.® Jour. — Râles muqueux et sibilants dans toute la partie supérieure du poumon droit, même matité à la base avec absence de bruit respiratoire. Respiration plus gênée que hier. Ventre affaissé , indolore. L’infiltration de la paroi abdominale a presque entièrement disparu ; l’œdème s’est concentré dans l’extrémité inférieure droite , depuis la hanche jusqu’au pied ; ce membre a aujourd’hui plus du double de volume que celui du côté opposé (Acét. pot. 8). Urines assez abondantes , à dépôt muqueux ; un peu de diarrhée. (Vésic. sur le côté droit de la poitrine ; taffetas ciré sur le membre.)
34.® Jour. — Nuit bonne; la malade dit avoir beaucoup transpiré; urines abondantes, claires; peau sudorale, pouls apyrétique ; appétit. Se plaint de vertiges, de bourdonnements, de faiblesse ; amaigrissement général ; a encore beaucoup toussé ; expectoration muqueuse ; bruit respiratoire normal partout , sauf à la
région sous-claviculaire droite , où il y a des râles muqueux. Le membre abdominal droit est presque revenu à son état normal. (Acét. pot. lÔ.)
36.® Jour. — L* extrémité inférieure droite est tout à fait revenue à Vétat normal; Tengorgement mammaire, plus diffus, paraît plutôt vouloir se résoudre. Meme état de la poitrine ; le vésicatoire suppure beaucoup j expectoration abondante, écumeuse , avec grumeaux mucoso-purulents. Pouls subfréquent. (Pot. avec soufre doré, 0,2ô.)
40.® Jour. — La malade se lève depuis plusieurs jours; la progression est très-pénible ; le membre droit , engourdi , devient douloureux dans les articulations. Mamelle droite toujours 'volumineuse, proéminente vers le sommet; fluctuation évidente.
44.® Jour. — Frisson dans la nuit, non suivi de chaleur. Ponction de Pabcès ; pus abondant , lié , crémeux , à la fin floconneux ; la mamelle s’affaisse. Toux moindre, mais accompagnée de nausées. Cuisse droite encore un peu gonflée. Frisson dans la nuit suivante, sans chaleur subséquente.
46.® Jour. — Plus aucun gonflement; seulement la malade dit que quand elle se lève , l’extrémité inférieure devient bleuâtre. Pendant la nuit elle a encore senti le froid qu’elle a éprouvé les nuits précédentes, sans chaleur consécutive. Urines fortement colorées.
ôl.® Jour. — Se lève tous les jours et se sent plus forte (elle prend du vin rouge) ; la toux n’a pas encore entièrement cessé ; l’expectoration est peu de chose, mais toujours suspecte; pouls presque normal; urines sans dépôt, jaunes, claires, avec un léger nuage blanchâtre.
Ô3.® Jour. — Se plaint aujourd’hui de V extrémité inférieure gauche , qui est douloureuse surtout à l’aine et au mollet quand la malade est levée ; stase sanguine, coloration bleuâtre, sans œdème. (Frict. d’h. de jusq.)
5Ô.® Jour. — La douleur s’est concentrée dans la jambe gauche et suit le trajet de la saphène externe ; cependant il n’y a pas de gonflement apparent ; un peu d’œdème du pied gauche.
6ô.® Jour. — Jambe complètement désenflée, douloureuse seulement quand la malade s’appuie sur le pied ; cependant elle marche. La toux et les crachats ont disparu. La jambe paraît maintenant amaigrie (moins développée que celle du côté opposé). [Supprimer le taffetas ciré.]
68.® Jour. — A senti encore, en se levant, une douleur au mollet. (Vésic. en f. de jarretière de 2 tr. de doigts de larg.)
78.^ Jour. — Le vésicatoire, qui avait beaucoup suppuré, est guéri. Depuis que la malade est levée, la jambe est enflée le soir et marbrée; gêne continuelle dans la plante du pied en marchant.
90.® Jour. — Sortante. La jambe malade enfle encore dans toute sa lougueur le soir, lorsque la patiente a été debout pendant la journée; elle ne tousse plus; la respiration qui avait paru obscure sous la clavicule est très-nette et très-franche.
Ici la marche de la cachexie séreuse est encore assez rapide, mais sa disparition est longue. Accès de fièvre assez nombreux pendant les premiers jours des couches; puis entérite, douleurs de ventre, diarrhée tenace , chaleur fébrile; ce n’est que le vingt-deuxième jour que ces accidents cèdent aux remèdes; mais alors se développe l’oedème qui devient en quelques jours général; il envahit le péritoine, et même les deux plèvres sans que la respiration soit énormément gênée. Sous l’influence des diurétiques alcalins cette infiltration générale se dissipe assez rapidement, mais pour se concentrer dans le membre inférieur droit; celui-ci a beaucoup de peine à se désenfler d’une manière radicale. — Au cinquante-troisième jour il se développe une phlébite de la saphène externe du côté gauche , mais dont la marche est assez lente ; et, au sortir de l’hôpital, la malade dit que sa jambe enfle encore le soir, quand elle a été pendant quelque temps debout.