SITUATION SOCIALE DE LA FEMME
Avant 1914 on croyait volontiers que le mouvement féministe ne pouvait se développer que lentement et dans la paix; ces dernières années nous ont montré au contraire que la cause féminine avait accompli de rapides
progrès,
Dans toutes les branches, enseignement, professions médicales, carrières politiques la femme anglaise contemporaine est arrivée à se frayer un chemin.
Dès le début du xix° siècle la femme anglaise réclama l’accès des Universités ; après avoir essuyé un échec complet elle vit s'ouvrir devant elle les portes des Universités, sauf celles d'Oxford et de Cambridge, mais elle n’obtenait pas encore la possibilité d'acquérir des grades universitaires ni d’avoir la qualité de membres de ce corps scientifique. Pour la. première fois le 1° octobre 1920, les femmes ont été admises à l’Université d'Oxford sur le même pied que les étudiants, c’est-à-dire avec la faculté de se présenter aux examens et de recevoir des diplômes universitaires. Ce ne fut qu'après 40 ans de luttes que la femme anglaise acquit le droit de mettre le carré mou et souple, tel qu’il fut porté au xvr° siècle par les «escholiers » de la ville, et la robe aux plis amples que revêtent leurs camarades du sexe fort.
En même temps que la lutte pour l’enseignement se livra le combat en vue d'obtenir l’accès des femmes aux professions médicales. Le leader du mouvement en Amérique, la Doctoresse Elizabeth Blackwell, fit en 1858, des conférences en Angleterre ; parmi ses auditrices se trouvait Mrs Garret Anderson, qui résolut de faire en Angleterre ce qu'Ehizabeth Blackwell avait fait en Amérique. Elle se heurta à la mauvaise volonté des autorités, qui,
hostiles à son projet, maintinrent fermées aux femmes.
les portes des écoles médicales. Mais comme aucun des statuts de la Société des Pharmaciens n’interdisait à une femme de se. présenter aux examens de pharmacie, Miss Garret imagina de tenter l’épreuve ; reçue brillamment elle eut l'honneur d'obtenir l'inscription de son nom en 1865 sur le registre médical anglais en qualité de «licencier en pharmacie». Aussitôt, du reste la Société des Pharmaciens décida que dorénavant, toute femme pour être chemisl, devrait sortir d’une école de médecine reconnue ; c'était une façon indirecte d'arrêter le mouvement. Toutefois après diverses tentatives infructueuses de 1869, à 1874, les femmes finirent par recueillir en 1877 les premiers fruits de leur persévérance. Sous le ministère de M. Russel (iurney, une loi permit à tous les corps médicaux reconnus de conférer des grades aux femmes. ;
Parallèlement à la conquête des grades universitaires se développait un mouvement pour l’affranchissement politique de la femme. Ce mouvement ne se manifesta guère avant 4867, quand Stuart Mill, défenseur convaincu de. la cause féminine plaida en sa faveur la réforme électorale «Les femmes doivent voter, disait-il, parce qu’on ne peut pas plus longtemps les classer parmi les enfants, les idiots et les fous ». En 1870 un projet de loi en faveur du suffrage des femmes fut déposé à la Chambre des Communes ; l’idée gagnait du terrain mais le premier ministre Gladstone la fit échouer. D'autres projets
déposés en 1886 et 1897 eurent le même sort ; cependant malgré les échecs essuyés, le mouvement féministe continua sans se décourager sa propagande; il reçut sa plus forte impulsion de l’Union Politique et Sociale de femmes (Women's social and Political Union) organisée en 1903. Devant l’obstination systématique du gouvernement, le mouvement féministe changea de tactique ; à la modération allait succéder l'agitation. Est-ce à dire que les femmes n'avaient vu aboutir aucune de leurs revendications ? non point. Il suffit de rappeler que la loi du 5 mars 1894 avait décidé que les femmes mariées ou non pourraient faire partie des assemblées paroissiales, seraient électeurs et éligibles aux conseils de paroisses rurales, aux conseils de districts urbains et ruraux et pourraient être nommées membres des boards of guardians (tuteur des pauvres des unions). Leur capacité électorale, en ce qui concerne les
conseils de bourgs avait été consacrée par la loi municipale du {2 août 1882, et pour les conseils de comtés, par la loi du 16 mai 1888 ; mais ces deux lois étaient muettes quant à l’éligibilité. Aussi en 1888, partant de ce principe que l'électorat confère l’éligibilité, une vingtaine de femmes furent nommées membres du London County Council; leurs adversaires ayant attaqué leur élection, la Haute-Cour décida que, vu le silence de la loi, les femmes ne pouvaient remplir ce mandat électoral. Divers projets furent alors déposés à l'effet de rendre les femmes éligibles aux conseils de bourg et de comté en 1889 à la Chambre des
Lords par le comte de Meath; une proposition semblable fut faite toujours sans succès en 1901 par Lord Aberdeen. En 1904 la tentative de Lord Beauchamp échoua encore, mais à une faible majorité. Enfin le 12 février 1907, lors de la lecture du discours du trône mention fut faite d’une loi donnant droit aux femmes de faire partie des assemblées locales. Présenté à la Chambre des Lords le 13 mai 1907 et aux Communes le 1°" août de la même année, ce bill opérait une réforme très importante. En donnant aux femmes le droit de faire partie des conseils locaux, de les présider et même d'être maire d’une grande ville, la loi du 28 août 1907 (7 Ed. VII ch. 33) était de nature à permettre la mainmise des femmes sur l’administration locale supérieure et même sur une parcelle du gouvernement. ,
Mais les femmes n'avaient pas encore entrée libre au Parlement; c’est de ce côté qu’elles allaient diriger tous leurs efforts. A la veille de la guerre la situation n'avait pas beaucoup changé; cependant, pour atteindre ce but l’Union nationale des Sociétés de suffrage ne négligea ancun moyen. C'est ainsi que pendant l'été 1914 elle organisa un grand pèlerinage suffragiste partant des différents points de l’Angleterre, de l’Ecosse et du Pays de Galles pour aboutir à Londres ; la plupart des pèlerines firent la route à pied et à toutes les étapes avaient lieu des distributions de brochures, des meetings et des
discours. |