‹ De la capacité politique des classes ouvrièresChapitre 29 sur 45 · Le Serment et le parti OrléaDiste · texte numérisé non relu

Le Serment et le parti OrléaDiste

M. Thiers, dès son premier discours, n'a point dissimulé les sentiments d'affection qui le rattachaient à la famille d'Orléans. Son langage plein de candeur et de dignité a séduit tout le monde, et lui a valu plutôt des approbations que des réprimandes. Aussi bien le Gouvernement impérial ne lui demande-t-il pas son amitié. Puis M. Thiers a fait entendre qu'avant tout, fidèle aux idées de 89, il regardait la monarchie constitutionnelle, telle qu'elle était sortie de la révolution de Juillet, comme la plus heureuse expression de ces idées, mais que l'existence de cette monarchie ne tenant pas à telle famille plutôt qu'à telle autre, il était prêt à se rallier au Gouvernement impérial, si celui-ci de son côté se déclarait disposé à entrer dans son système, a Admettez ma théorie sur la responsabilité ministérielle, a-t-il dit, et je suis à vous. En attendant, permettez-moi de rester dans l'Opposition, d

Ce qu'a déclaré pour son compte particulier M. Thiers, s'applique à tous les députés de l'opinion orléaniste.

11 suit de là, très-nettement, que M. Thiers et ceux qui le suivent, plus amis du reste des d'Orléans que des Bonaparte, — ils en conviennent, — sont contraires à la Constitution de 1852; que si, comme simples citoyens, et surtout pendant le temps qu'ils exercent leurs fonctions de députés, on n'a pas à craindre qu'ils se permettent la moindre attaque contre le Gouvernement, la moindre démarche inconstitutionnelle; s'ils se tiennent éloignés des conspirations ; comme députés ils ne se conforment pas à leur serment qui est d'obéir à la Constitution : ce qui n'aurait pas de sens ou qui signifie, avant tout, qu'ils n'exprimeront contre la Constitution aucun blâme, ne se permettront aucune critique systématique de nature à la détruire dans l'opinion. Sous ce rapport, le serment prêté par M. Thiers est évidemment un serment que n'a point ratifié sa raison, et que sa conduite au Parlement contredit chaque jour : ce que j'appelle, moi, un faux serment.

Assurément M. Thiers, en posant sa candidature^ n*a point envisagé avec cette logique rigoureuse les suites de son action. Homme de son siècle, où les serments comptent pour si peu, où la morale politique est si flexible; esprit pratique et de juste-milieu, il s'est dit qu'il ne fallait point outrer les choses pas plus que les amoindrir ; que tel était de nos jours, et d'après tous lés précédents à partir de 89, la signification du serment politique : 1** Reconnaissance du Gouvernement impérial comme gouvernement de fait et de droit du pays; 2** Promesse de ne rien dire ni faire qui pût en amener le renversement. D'où M. Thiers a cru pouvoir conclure que le plus sûr était de s'en tenir à cette interprétation suffisamment explicite, qu'aller au delà serait dépasser les bornes et accorder au Pouvoir plus que lui-même ne demandait; que les meilleurs amis de l'Empire ne s'engageaient en réalité à rien de plus; qu'à plus forte raison l'on ne pouvait exiger de M. Thiers, partisan du régime parlementaire et membre d'une Opposition acceptée comme légale, qu'il se fît le champion d'un système politique qu'il n'approuvait pas, le garant d'une dynastie qu'il n'avait point cherchée; d'autant moins qu'après tout le serment qu'on l'obligeait de prêter, par sa nature, par l'ensemble de nos constitutions, par toute notre histoire depuis 89, était réciproque; de telle sorte que si le chef de l'Etat, par quelque faute grave, ainsi que nous en avons eu plus d'un exemple, venait à perdre sa couronne, il était de toute justice de l'en accuser lui-même, non les citoyens honorables qui, après l'avoir servi de leurs avertissements, de leurs protestations, de leur serment, se seraient tenus vis-àvis de lui dans une attitude de réserve.

Voilà ce qu'à dû penser, en substance, M. Thiers; ce que tout le monde dans l'Opposition pense comme *lui. Et notez que je me garderai fort de rien opposer à ces allégations; je ne les réfuterai pas, je n'y contredis point. On ne contredit pas ce qui est de soi contradictoire. Ici les faits, ainsi que je l'observais tout à l'heure, le droit nouveau, les textes constitutionnels, les sous-entendus de l'opinion, tout proteste du pour et du contre, et fait aux adversaires du pouvoir qui lui

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ont prêté sèrtoetit, ane part de raison : comment poùrraîs-je donc les réfuter?

Mais c'est justement cîétte situattion ambiguë que je dénonce ; c'est cette corttradictioh immorale, dont je n'accuse personne d'avoir été l'inventeur, puisqu'elle Résulte de nos révolutions, c'est cette hypocrisie légale que je repro'che à tous ces sermentsr prêtés d'une main si légère par deshomtoes qui y regarderaient profcFaWèmfent à deux fois s'ils n'étaient d'avance convaincus de Tirtsignifiance de leur promesse. Ce que je reproche, c'est à' être prêtés sciemment envain, malgré la défense du Décfalogue : Non assurrièë nomen Dei lui in tarium; c'est de nef contenir qu'une promesse négaftî^é, tnie ôtlîgattion passive, qui laisse la porte ouverte an dénigrement, k la dénonciatiott, à l'attaque; de n'offrir aucune garantie à l'autorité et de profiter seulement aùfx ambitieux qui, parfaitement convaincus de leur inefficacité, ne craignent pas de s'en chfarger. Ge que je reproche à ce* serments, c'est d'avoir per verni les consciences; c'est que? àhacun, dafns le monde politiqiïe puisse dire, avec une sérénité d'âme qixe ne conmirertl jamais le^ Jésuites : Tm prêté serment, et je ne le violerai pas. Mans je ne "garantis rien, je ne réponds de rien ; pour Satisfaire à^ ma pi^omesse, il suffit que je me tienne coi. Que le Pouvoir se Mende, c'est sôW affaire; qu'il se sauve ou se perde, je n'en puis mais et m'en !ave îés mains !

Quoi? ! vous appeîe:^ cela tenir un serment, et vous vous prenez pour des hommes séi'ieux ! Mais quel est donc, s'il Vous plaît, M cause qfui chez rtous, depuis trois quarts de siècle, a fait sombrer l'es gbtfVernements? N'est-ce past'incertitude des systèmes, la pluralité dés principes, Fobscurîté du to)it, la c'oijràdietiolî perpétuelle entre la NatioW et l'Etat, Iç éoupçoft constîWrtionnellemeftt élevé sur' fa bonne foi du prince, sirf l'excès de son irtfltience ; pat suite, l'âpre critique d^âdvérsaires qui, ayant juré de l'épargner au moins, èirion de le soutenir, lui ont porté les premiei*s coups, la mollesse de" ses' défenseurs, Fabàndbn de ses c^éàturés=, la perfidie des oppositions? Que des esjf^rits superfiti^fë, qui croient à l'éffieacifté de» fmtà&Èà»i et q^ ont trouvé d^ms" le rétablissement

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de TËmpire la réalisation de leurs vœux, se lientà Napoléon III par une promesse solennelle; et puis que, dans leur inexpérience des révolutions, dans rindiscrétion de leur parlementage^ dans Texcè» méwie de leur zèle, ils compromettent peu à peu le Pouvoir que leur intewiion était de défendre, et finissent par le perdre; il n'y a rien en cela que de naturel, rien que d'explicable. Ces>bomEûes sontdebo^ne foi et méritent autant d'indulgence que de compassion. Uti jour ils sentiront la contradiction dont ils sont les jouets. Dieu veuille alors que la sincérité de Imnrs cœurs ne s'en aille pas avec celle de leurs illusions ! Mais vous^ les habiles, vous, les sophiste»^ qui eoniiraissez le terrain sur lequel vous mstcbet^ qui de l'ambiguïté de^ situatiens^ de Fanlitbèse des principes, du double sem des parokâ», de roscilfatio¥i des intérêts et de la bascuk des pouvoirs, savez vous faire des moyens d'attaque irréprochables devant les constitutiotte et les lors, êtes-vmis de bo&ne foi? Pouvez-vous parler de votre innocence? Vos discours ne souvîls pas autant de trahisoïis?... Vous dites, parlant du Pouvoir : Que ne chaiige-t-il de poli ' tique! Que ne change -t-Jl de constitution! C'est-à-dire que ne donne-t-il sa démis^on en^re b>os ÉoainsL.. Comme sî! notre pays n'avait pas essayé touites les formes^ de Gouvernement! Comme si nous n^'en étions pas en ce mecnent au pur scepticisme! Et qud donc ignore aii^ourd'hui ^ de toutes ces c(»istitutions dô^t le touf Mllon im^ entrafnfe, la meilleure ne vaut jamais les autres,, et (spaiè te préférence affectée pour celleci à ^exclusion fte celte- là n'est toujours qu'un moyen d'op^ position? Vous opéresc te vide autour du Pouvoir; vous creusez te fossé au pied dm ses mur»:! les; vous mine? se» fondements ;^ vous donnez te ^gnaè aux conjurés, et ^uand l'édifice saute, vous vous écriez en battant des mains : Ce n'eist pas notre faute,- nous avon» tenu notre? serment*^ Ah ! voufe ressemblez à tei femme dont 14 est parlé dans^ TÉcrifure, qui, couverte de lia» souillure de son a<hîl<tère, proteste de' sa pu^ deur . Vous vous poseZ' en Judi4àsy et vous n'êtes que (tes Pùtiphars. Débarrassez-nous de vos serments; voûte* aureît plus fait pouir te Liberté (|ue par l'eatéeutûon^ <te' trente dynastie».

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