Le Serment et les partis Légitimiste et Républicain
De tous nos orateurs assermentés qui ne marchent pas avec le Pouvoir, le moins reprochable est sans contredit M. Thiers. Historien du Consulat et de l'Empire, admirateur du premier Napoléon, on ne saurait lui supposer une antipathie bien profonde pour la postérité de son héros. Partisan de la forme monarchique, aimant la force, l'autorité et Tinitiative dans le Gouvernement, passionné pour la gloire militaire, qu'a-t-il donc tant à reprocher au Gouvernement impérial? Lorsqu'il dit à l'Empereur : Faites comparaître vos ministres au lieu de nous envoyer vos conseillers d'État, et je suis avec vous; ne semble-t-il pas que son adhésion ne tienne plus qu'à un fil? Qui donc plus que lui, sans se rallier au Gouvernement impérial, pouvait se croire aùtQrisé à prêter serment?
Et pourtant il est aisé de voir que ce serment n'a rien de rationnel, pas plus que la condition à laquelle M. Thiers subordonne son ralliement, et dont il est moins dupe que personne. M. Thiers, qui, dans Tavant-dernier volume de son histoire, amis VActe additionnel de 1815 bien au-dessus de la Charte de 1814, ne peut ignorer que le mode de discussion actuellemeûe suivi au Corps législatif est emprunté à ce même Acte additionnel : comment ce qui, venant de Napoléon 1", a reçu l'approbation réfléchie de M. Thiers après une expérience personnelle de vingt ans, peut-il être repoussé par lui, mis en pratique par Napoléon 111? Donc M. Thiers s'est dit que l'Empereur ne pouvait transiger sur ce point, et c'est parce qu'il juge la transaction impossible qu'il en fait une condition, qu'il en fera, s'il peut, une nécessité. Comédie !
Mais que penser de MM. Berryer, Marie, J. Favre et autres qui, indépendamment des considérations de bonne foi parlementaire, de sincérité constitutionnelle et de morale publique, semblaient avoir des raisons toutes particulières de se refuser au serment?
M. Berryer est partisan de la monarchie constitutionnelle,
cela ne fait pas de doute. Seulement, tandis que M. Thiers déclare ne pas tenir à une dynastie plutôt qu*à une autre, et subordonner son ralliement à Tadoption de sa maxime favorite : Le roi règne et ne gouverne pas^ M. Berryer regarde la légitimité dynastique comme essentielle à la constitution, ce qui aboutit à une maxime diamétralement contraire à celle de M. Thiers : Le roi règne et gouverne. Mettez Henri V à la place de Napoléon III, sans changer un mot à la Constitution de 1852, et M. Berryer pourra se dire satisfait. Ici question d'homme et de dynastie, là question département. Du moins on conçoit que la Constitution de 1852 se modifie, puisqu'ellemême se déclare modifiable; en sorte que M. Thiers peut dire que son serment indique de sa part une espérance, espérance déjà en cours de réalisation. Mais M. Berryer, comment, serviteur de Henri V, peut-il jurer par Napoléon? Quelle transition possible de l'un de ces personnages à Tautre? C'était beaucoup, en 1814, que la dynastie légitime se fût ralliée à la Révolution en donnant la Charte ; M. Thiers a raconté la joie qu'en éprouva la France entière. Maintenant cette dynastie et ceux qui la représentent peuvent-ils aller jusqu'à reconnaître, ainsi que l'ont fait sans difficulté les princes d'Orléans, ainsi que l'avouent les Bonaparte, que la -.question dynastique est entièrement subordonnée au choix du peuple; en conséquence, que la légitimité traditionnelle, à'priorique^ du comte de Chambord est un mot, et que Napoléon III, empereur élu, souverain de fait et de droit, est légitime? Si M. Berryer accorde cela, il a fait un pas immense dans le système de la Révolution : qui l'empêche alors de se rattacher, comme M. de La Rochejacquelein, au bonapartisme? Si au contraire il rejette cette conclusion, qu'est-ce que son serment?
Même argumentation à l'égard de MM. Marie, J. Favre, Pelletan et consorts. On les croyait, bien des gens les supposent encore républicains. Cela veut dire à tout le moins que, si d'un côté M. Thiers et ses amis regardent la monarchie comme essentielle au gouvernement, mais sans tenir à une dynastie spéciale, dont le choix dépend du suffrage
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pt^alâfîfé; SI, d'tih aiftré è6té, M. Bef^yer ëi le i)arti !égiliflïiste souliennérft qtfè cette tàotiàtchie doit éNrôir ses fàcines dans une sphère plus élevée que lé suffrage unîvefsé}, les républicains piPéteftdent, quant h ëttx, que rélé^nent lAonar- (Mqvte est inutile, voire même ftiiîsible; que le téritabîe Prince e^ l'aésertïMée thèiùe des représentants , tout ad plus tm chef févtfèablé, nommé pat elle oti élu pa^ le peuple. Suppressioti de la royauté et dé la dynastie : voilà ce (jtii distingue hë répitiblicains. Je veux, pour un moment, qu'aux termes des ô'otïstiiutions ëi selon Fesprit de la légalité démocfatique, ils puissent aller, saffis manquer à leurs principes, jusqu'à reconnaître Napoléon IH tàihtîië soii/erain de fafit et dé droit, et, par cette interprétaifiôn la^ge de leur setmenf,^ se croire en règ!ea:Véele Potivoîr et avec ropinion. Il résteféf toujotïfs Ceci : tandià que M. Thiers met pour condition à so« falliérôent la substitution de la Charte' de 1 8Î0 à èelle dé 1852,- eux veulent revenir à la Constitution de 1848; en autres térmèS' ils demandent que Napoléon III abdique àort iîtrè impérial, corûmEe excédant la limite posée par lé suffrage iMvefsel; qti'il renonce pour lui et sel race au bénéfice des àéhatùs-Cô^ultés de 1852 et 1856; qu'il rétablisse le àtatU quo du 1*' décembre 185f , et, au Cas où il Voudfafit rester àla tête du gouvernement, ({vlïI se soumette de nouveau,- ^ comme président de la République' ùon à vie', afù suffrage à^ peuple. Espèrent-ils obtenir de Sa Majesté tine pàreillér Concession? Lé dire serait regardé eofitoie une bôufionnefïe'; Croient-îls Fy ébhftraîndre? Que devient aïori^ leur ferment? Doriô , si le^ réptiblicafiite de rOp'()'6^ion ne sont èifitréè au pafTleffient qtfavee F a'^r ière-pèàsée de fo^cèf la position el «è rétablir la République, ils ahrôtrè'ht qùè leur but est d'afbro^ ger l'Empire; donc, à moins de les supposer secrète^ient fenégatè, ils né èe confornïéht pas à léufserriient ; iïs foftt ^fus, sans le vouloir pétrt-êtr'é, ils conspirent. Mais qtré dis-je, sans le Vouloir? Ils le nie^aietft, sanè dotite, et avec i'ftdignatîôn'/ s'ils étaient interpellée à ce sujet; âtt fond du éœW ils ne sefàientf)àfs fâchés queï^&éfô'ocr^^eiè le crût.Telleeât la d*ép'lôrabie cottscîencé qtfa fà'Ké à nés homméè pôit1î4ue*s ïè* sermfértt.