Le Serment et la Démâcrfttie ueavetie
ft
En France, le serment politique, multiple en jses termes, iÇOï)aple]^e en sa fprn^wle, bétérofsjite §n seg données, conîradictpire d^ans son expressioi?, déjsbpnpr<§ par ^s antéçjé4ente, inapuissanit ai i^jenspnger, §&t u^ de ce^ ^tes qu§ 4oiJt f^'m-r t^rdire tomt l^piQme, tout p^rii qui réfléchit^
Pn ne prête pas uq serment ^mbigw, équiyoque, ^ doubla trapchapt, impliquant d^ns sies ternie^ s^ (^pndiljp^ résplutoÎFiS^ parce que cp ])'est pas sérieqx.
On n§ le prétp pas ^ un pouvoir auqu^J pn n'est p9s falUé et dont on pe déclare ^ystérnatiqyepiept J'^dversaire, parce qiie q'est um tprfeitiirp.
Or s'en abstient surtout, qugpd il est prouvé que ce s^r^ ment, if^m^ prêté avec Tintentipn de ne le pa^ tenir, en«iratnp ^e fait Tabjuratiop, le suicide ^loral et 1^ déchéance ppUtique du parti qui le prête. Or, c'est ce qui serait arrivé à la Déipocr^tie puyrière si , dan§ les dernières élections, ellç avait agi eu cpun^i^s^nce d(3 cause, si contre ce géraient i| ne s'était ^levé dians pon pein upe protestation forn^elle. U» démonstration 4q pette derniéffi proposition complétera m^ thèse.
Les hommes des vieux parfis qui, sanp se rallier ni à la politique de rEmpereur,ni à lu Cpnstitutipn de 1852, ni ^ la dynastie napoléonienne, opt Qru devoir néanmoins, après
4qu^6 ansf A'nw a}>rtQntiQn loyale, s§ apumettrq au serment
constitutionnel afip de rentrqr ^an^ Tarène politique , ne
i'pnt pas fait 3^ps raison; ils avaient des rootifs apparem-^
ment, et de plusieurs sprte^, mptifc personnels et POtifs politiques.
Laissons de côté lea motifs personnels : il9 ne pqus apprendraient rien (inavouable.
Venant donc aux considérations politique^, que trpuvpnsnous? C'est, naturellenient, qu'aux yeux de l'Opposition, le gouvernement e^t mauvais; qu'il manque aux principes de 89; qu'il viole les droits et lea libertés de la Nation; qu'il
aurnbarge par la prodigalité d§ 8ies dépen^e^ ie§ contri-
buables, et pousse à la révolution sociale ; en deux mots, que la politique de TEmpereur, au dedans et au dehors, est détestable. Tel est le jugement de TOpposition.
Elle se dit en conséquence, mais tout bas, si bas qu'elle n*entend pas elle-même ses paroles, qu'il faut en finir, si c'est possible, avec un pareil régime ; que la grandeur des motifs couvre suffisamment ce qu'il peut y avoir d'irrégulier dans l'entreprise; qu'au surplus on n'en veut pas directement à la personne du prince ni à sa dynastie. MM. Thiers, Berryer, Marie, J. Favre ne sont pas, à Dieu ne plaise! des régicides; qu'on ne combat en Napoléon III qu'un système, une politique^ contraires aux droits et aux libertés du pays, aux grands principes de la Révolution; et que si, dans l'insurrection des consciences, malheur arrivait à quelqu'un, ce quelqu'un ne pourrait en rapporter la faute qu'à lui-même.
En deux mots, les vieux partis coalisés contre le (Gouvernement impérial savent très-bien ce qu'ils font. Ils n'auraient garde de s'embarquer dans une affaire que la morale politique, surtout en cas d'insuccès, ne manquerait pas de qualifier de haute trahison, s'ils ne se sentaient raffermis dans leur for intérieur par la considération d'un intérêt de premier ordre et d'un droit national. Celui qui fait tant que de rompre un serment, ne le fait pas pour rien, sans un prétexte honnête, sans une puissante excuse.
Mais la Démocratie ouvrière , qu'a-t-elle cherché en entrant dans cette coalition bourgeoise? Qu'en attend-elle pour elle-même? Quelle part lui sera faite dans ee vieux système qu'il s'agit de restaurer, aussi bien contre les tendances socialistes, que contre l'absolutisme impérial?
La Démocratie ouvrière sait quelle est la profession de foi politique et sociale de l'Opposition, profession de foi qui lui est commune avec le Gouvernement. Remettons-la sous les yeux du lecteur :
1 . C'est que la nation française, soit les trente-sept millions d'âmes qui peuplent nos quatre- vingt neuf départements, forme un corps politique unique et indivisible; — 2. Que ce corps politique se compose des éléments ci-après :
DBS CLASSES OUVRIÈBES 209
un Peuple souverain, un Pouvoir qui le représente, une Constitution qui détermine leurs droits et attributions respectifs et leurs rapports; — 3. Que le Pouvoir est, comme le corps politique ou TÉtat, également un et indivisible, la constitutution à haute centralisation; — 4. Que cette centralisation politique a pour contre-poids Tindépendance et Tinsolidarité des industries, Fabsolutisme des propriétés, l'anarchie mercantile, conduisant fatalement à la féodalité industrielle et financière, à la subaltemisation du travail au capital. Tel est l'idéal politique de nos adversaires; le reste, constitutions, dynasties, présidences, dictatures ou directoires, élections et représentation, pouvoir exécutif et pouvoir législatif, responsabilité du prince ou responsabilité des ministres est accessoire, question de forme. Voilà, dis-je, ce que dans TOpposition et le Gouvernement on appelle la chose publique, chose dont chacun aspire à se saisir à tour de rôle, à laquelle tous sont dévoués, comme à leur patrie même, à la vie et à la mort, et dont l'intérêt sacré va jusqu'à les décider, dans les cas graves, à prêter serment de fidélité et obéissance à leurs ennemis intimes, à leurs rivaux. Voilà ce qu'il s'agit pour eux de sauver, ou du moins d'arracher aux griffes de l'aigle impériale, qui, disent-ils, s'est fait la part trop grosse. Quand la patrie est en danger, qui hésiterait à la sauver, même au prix d'un faux serment?
Mais nous, Démocrates du siècle nouveau, plèbe du travail et du droit, qui nous flattons de régénérer les mœurs sociales et politiques, qu'avons-nous à faire dans cette intrigue? Nous flatterions-nous, par hasard, qu'elle tournât à notre profit? Mais comment ne pas voir qu'en nous ralliant à l'Opposition, nous ne faisons que substituer une domination à une autre, en sorte que le seul fruit que nous ayons à recueillir de notre serment, sera d'avoir sacrifié nos intérêts et nos consciences sur l'autel des intérêts bourgeois? Nous nous serons faits conspirateurs, apostats, parjures, pour le compte d'une coalition, formée beaucoup moins contre l'Empire que contre nous. Qui sont-ils, en effet, ces hommes qui paraissent si acharnés à la perte du Gouvernement impérial?
De vieux légitimistes, restes de TaRfique noblesse, virant de leuFs titres, de leurs rentes, de leurs privilèges^, de leurs complaisances, plus que de leur main-d*œuvre; ayant besoin de la protection du prince plus que de la mutualité de leurs pairs, résignés d'avance, avec M. Berryer, à passer, s'il faut, pour le salut de la société, de la dynastie des Bourbons à celle des Bonaparte. Sans doute ils ne franchiront le pas qu'à la dernière heure, mais ils le franchiront; les principes et la chose puhlifftte avant tout.
Des millionnaires orléanistes, la crème et la fleur de la bourgeoisie, finaïKîîers, spéculateurs, ayant la main dans toutes les grandes affaires, vivant d'actions, de subventions, de pots-de-vin, de différences et de réalisations, bien plus que de leur travail personnel, et pour qui le protectorat gouvernemental, autocratique, aristocratique ou parlementaire, T'un ou l'autre, est indispensable. Car, toute fortune, toute aisance qui ne procède pas directement du labeur personnel, ne pouvant être attribuée qu'au privilège, au monopole, à l'agiotage, a nécessairement sa garantie dans le Pouvoir, puisque si elle n'avait pas sa garantie dans le Pouvoir, elle
serait perdue.
Un clergé qui, quels que soient ses mécontentements, ne peut pas davantage se dispenser de jurer : que deviendraitil sans l'État? Ceci est de tradition depuis Constantin. Jésus-r Christ n'a-t-il pas prescrit de rendre à César ce qui est à Cisar? Il est vrai qu'il y ajoutait ce correctif: et à Dieu ce qui est à Dieu, ce qui change singulièrement la question.
Des républicains de la forme, enfin, et peut-être quelques démocrates communistes, les uns comme les autres ayant parfaitement le droit d'entrer dans la coalition et de se montrer coulants sur le serment, centralisateurs avant tout, indîvisfbilistes, unitaires, hommes d'autorité, attendant de l'État plus que d'eux-mêmes, par conséquent clientèle dévouée du souverain de fait, pour peu qu'il montre de complaisance envers le. souverain de droit, qui dans, leur opinion n*est autre qtf eux-mêmes.
Non, nous ne pouvons pas, honmies du nouveau pacte
PB8 CI^ASSBS OUVRIÙBRS 211
social, qui rejetons avant tout rindivi^on politique et Tinsolidarité économique, nous ne pouvons pas nous associer à un serment que prêtent à Tenvi tous nos adversaire», amis ou ennemis de TEmpire ; parce que dans ce serment ils trouvent en définitive le maintien de leur système, leur conservation et notre ruine ; parce qu'après avoir juré avec eux il nous faudrait jurer encore contre eux ; parce qu'en votant contre le Gouvernement il nous faudrait voter en même temps contre l'Opposition, et que pour faire ainsi la guerre à tous les anciens partis réunis, ce n'est pas dans le Parlement que nous devons chercher légalement notre champ de bataille, c'est hors du ParleanenU
— Bahl disait l'un, je serai fidèle à Napoléon III comme lui-même a été fidèle à la Constitution de 1848. Qu'avezvous à redire à cela ? — Deux choses : la première que vous n*en aurez pas moins commis un parjure, qu'aucun exemple, aucune représaille ne peut justifier; la seconde que vous n'aurez pas huit millions de voix pour vous relever de votre serment, comme Napoléon ÎIl les a eues en 1851 et 1852.
— Le serment politique, alléguait un autre, doit être assimilé au serment professionnel : ce n*est rien de plus. — 11 est vrai que pour plus d'un la qualité de représentant, rapportant 12 à ^5,000 francs de revenu, estime profession. A cela je n'ai rien à répondre.
La plupart, impatientés, se récrient : que de tels scrupules sont hors de saison ; que nous ne sommes point obligés de nous montrer plus difficiles que tant d'autres; qu'avant tout si nous voulons servir nos idées, il faut agir, et que nous nous privons d'un immense moyen d'action et de propagande en renonçant, par une fausse délicatesse, aux avantages du parlement.
Fais ce que dois, dit le proverbe, aêtienne que pourra. Contre ce proverbe la morale des Jésuites 'n*a pas prévalu; en serait-il autrement pour celle de l'École normale?... Eh bien, je vais faire voir que cet appât de la tribune publique auquel le Peuple s'est laissé séduire, n*a été qu'un leurre; que toutes ses espérances ont été trahies par ses représentant».
et qu'elles le seront toujours ; qu'il n'y a rien à faire pour nous au Corps législatif, et que si nous y paraissions, ce ne pourrait être qu'un instant, pour révéler l'impuissance et du Pouvoir et de l'Opposition, et nous retirer ensuites chargés de leur malédiction commune. 11 est beau de souffrir affront pour la vérité ; mais cela ne vaut pas un parjure.