‹ De la carcinose herniaireChapitre 10 sur 22 · OBSERVATION VII · texte numérisé non relu

OBSERVATION VII

Cancer de l’utérus. Epiplocèle ombilicale cancéreuse. — Godet de Boisse. ( Thèse de Paris , 1883, obs. VI.)

P... Aimée, 36 ans, employée de commerce ; entrée le

26 février 1882, salle Chassaignac, lit n° 20, hôpital Laënnec.

A nt é ce de n ts hé rédi ta ires.

à 53 ans ; mère morte à 22 bien portant.

Antécédents personnels.

— Père mort d’une maladie de foie ans, de suites de couches ; un frère

— Quelques accidents strumeux

dans l’enfance ; aucune lièvre éruptive. Bonne santé habituelle.

Réglée à 14 ans

règles très régulières jusqu’il y a quatre

ans. Il y a quatre ans, en mars 1877, la malade fut prise, sans cause appréciable, au moment d'une période cataméniale, d’une métrorrhagie des plus abondantes, avec prostration considérable des forces, lipothymies, etc. Suppression pendant deux ans des règles ; réapparition en septembre 1880 cpii persistèrent, normales, jusqu’au mois d’octobre 1881, époque à laquelle se reproduisirent des métrorrliagies continues qui durent encore aujourd’hui.

D’autre part, elle nous raconte qu’elle a éprouvé de 1870 à 1873, à intervalles irréguliers et sans cause déterminée, des crises douloureuses intenses, à la faire rouler à terre ; les douleurs étaient surtout accusées au niveau de la région ombilicale. En 1873, elle s’aperçut qu’elle avait une hernie ombilicale , hernie d’abord très petite, puis augmentant graduellement, jusqu’à atteindre le volume du poing. Cette hernie était parfaitement souple, parfaitement réductible et la malade la maintenait tant bien que mal à l’aide d’une ceinture ou d'une pelote ombilicale.

Un soir, il y a un mois, la malade constata qu’à la place de sa hernie existait une tumeur de même volume, mais extrêmement dure et non réductible. Peu après, survinrent des nausées, des vomissements muqueux, alimentaires et bilieux qui se sont répété à diverses intervalles depuis ; notons que jamais ils ne sont devenus fécaloïdes. D’autre part, les selles étaient régulières et normales, bien qu’il existât, et cela depuis longtemps, un peu etc constipation. Quelques douleurs abdominales, peu intenses, d’ailleurs.

Ce sont ces antécédents qui décident la malade a entrer à

l’hôpitaE

Etat actuel. — Malade fortement constituée, mais très %

amaigrie. Teinte subictérique cle la face et des conjonctives.

La région ombilicale est occupée par une tumeur ovoïde, à grand diamètre transversal, ayant à peu près le volume d’un œuf d’oie. La cicatrice ombilicale déplissée semble coiffer la partie culminante de la tumeur.

Cette grosseur présente en son sommet, sur l’étendue environ d’une pièce de cinq francs, une coloration rouge vineux, sans qu’il existe de phénomènes inflammatoires.

La masse saillante est parfaitement isolable., 11e fait pas corps avec la paroi abdominale, mais adhère à la peau de l’ombilic ; elle se déplace très facilement sur les parties profondes, n’ est pas réductible et les tentatives de réduction font souffrir la malade.

A la percussion, matité absolue ; l’auscultation combinée avec la pression de la tumeur 11e permet pas de constater d’épanchement liquido-gazeux.

Quant à ses dimensions exactes, la tumeur mesure 15 centimètres dans le sens transversal et 9 cent. 1/2 dans le sens vertical.

D’autre part, le toucher vaginal fait constater la disparition complète du col et, à sa place, on trouve une ulcération infundibuliforme à parois déchiquetées, qui permettent de pénétrer largement dans la cavité utérine. E11 combinant le palper hypogastrique avec le toucher, 011 trouve au-dessus du pubis une masse arrondie, assez dure et, par l’espèce de ballottement qu’on établit entre la main appliquée sur l’abdomen et le doigt introduit dans le vagin, 011 reconnaît que cette masse fait corps avec l’utérus.

Diagnostic. — Epithélioma du col de l’utérus avec propagation aux annexes. Tumeur cancéreuse de l’ombilic, probablement développée aux dépens d’une épiplocèle.

Le 2 mars, la malade est prise, sans cause appréciable, à la visite du matin, d’un frisson violent, avec claquement des dents, horripilation et de vomissements porracés. L’abdomen légèrement tuméfié est' excessivement douloureux, surtout au niveau de l’hypogastre. Le pouls est petit et bat 130 pulsations à la minute.

Température : 41,2.

En présence de ces symptômes, M. Nicaise diagnostique une péritonite aiguë intercurrente.

L’état général de la malade va s’aggravant les jours qui suivent ; la péritonite se généralise en semblant suivre une marche ascendante; le ballonnement du ventre est énorme, le faciès grippé. Quant à la tumeur ombilicale, elle n’a subi aucune modification ; la malade rend par l’anus des matières et des gaz ; pas de vomissements fécaloïdes ; collapsus et mort le 7 mars.

Autopsie. — A l’ouverture de l’abdomen, on constate la présence de néo-membranes ténues, fibrineuses, cédant facilement à la traction et qui agglutinent entre elles les anses intestinales, ^les fausses membranes deviennent de plus en plus épaisses, à mesure qu’on se rapproche du petit bassin, dans lequel on trouve un verre environ de liquide purulent.

L'utérus a complètement disparu et on ne trouve à sa place qu’une longue ulcération à parois putrilagineuses, qui s’ouvre en haut et à droite, dans la cavité péritonéale ; et c’est cette perforation qui a été manifestement le point de départ de la péritonite suraiguë qui a terminé la scène.

La tumeur ombilicale est disséquée avec grand soin. La décortication se fait assez facilement, si ce n’est au niveau de la partie culminante de la tumeur, laquelle adhère intimement à la peau de l’ombilic.

tiRQS-DEVAUD

Sur le pourtour de la tumeur, il existe une vascularisation des plus marquées. Considéré par sa face péritonéale, l’ombilic présente au niveau de l’anneau une dépression infundibuliforme dans laquelle s’engage le grand épiploon se continuant avec la tumeur. A l’endroit de l’infundibulum se voient quelques tractus fibreux, résultat de l’inflammation péritonéale.

Une coupe antéro-postérieure de la tumeur permèt de constater que toute la partie herniée de l’épiploon a subi la transformation cancéreuse. Elle se présente, sous l’aspect d’une masse lardacée parsemée de points jaunâtres, laissant s’écou 1er par le râclage une grande quantité de suc opalescent. Particularité intéressante : toute la partie de l 'épiploon qui est audelà de Vanneau ombilical ou autrement dit de l’orifice herniaire est absolument saine.

L’examen microscopique démontre qu’il s’agissait d’un cancer encéphaloïde .

Page 1