OBSERVATION XII
Tumeur maligne dans une hernie inguinale ; opération; guérison.
Tir. Maniæy ( The medical Record, volume 37, février 1890,
Dans le Medical Record du 12 octobre 1889, on trouve un article du à la plume du Dr Daniel Lewis, relatif à une unique
et intéressante complication des hernies. Par une singulière coïncidence, j’ai rencontré, moi aussi, il y a un mois, un de ces remarquables cas de cancer développé dans un sac herniaire ; et en raison de la rareté du fait et de son intérêt, je vous demande la permission de vous le rapporter.
Italien de 30 ans ; entré à l’hôpital de Harlem. Il nous raconte qu'il y a quinze ans, après un effort, il sentit une forte douleur à l’aine du côté droit ; il s’y produisit une tumeur qui persista depuis ; elle ne lui occasionna aucun trouble jusqu’il y a dix jours, date à laquelle il se traumatisa les bourses en chargeant des pierres.
La tumeur a la consistance de la pierre, suit le cordon spermatique et remonte jusque dans le canal inguinal,
Le malade a un peu de fièvre, le pouls rapide, la langue rôtie et l’abdomen ballonné et très douloureux. Il n’a pas été à la selle depuis quatre jours ; le jour de son admission, il a vomi trois ou quatre fois.
Il semblait avoir une hernie étranglée, mais certains signes étaient en contradiction avec cette hypothèse : la dureté pierreuse de la tumeur, et le fait que nous apprîmes, qu’il était souvent constipé pendant plusieurs jours.
En outre, depuis son traumatisme, son abdomen était resté douloureux. La tumeur pouvait donc être due à une hydrocèle enkystée du cordon ou à une variété quelconque de cette tumeur bénigne. Quoique le diagnostic de la lésion fut un peu obscur, il n’y avait aucun doute que l’état ne fût grave. Et je fis le diagnostic qui me sembla le plus satisfaisant de hernie avec étranglement au niveau du collet du sac.
Je chargeai le chirurgien résidant, le DrCurrie, de pratiquer l’intervention, mais en lui recommandant de me prévenir s’il
11e s’agissait pas d’une hernie, ou s’il trouvait quelque chose de particulier. J’appris par téléphone, une heure après avoir quitté l’hôpital, que l’opération avait été commencée, mais interrompue en présence des constatations que l’on avait faites.
Le jour suivant, à onze heures du matin, je réouvris la plaie et trouvai au-dessous et faisant corps avec le sac d’une vieille hernie un néoplasme dur comme du cartilage , débordant? le canal inguinal de 4 pouces et s’y prolongeant. La tumeur reposait immédiatement sur le cordon spermatique avec lequel elle était adhérente. Il était évident que le malade avait une hernie et que, à la suite du port d’un mauvais bandage, les enveloppes de la hernie avaient adhéré et avaient par fusion formé une masse. En disséquant cette masse, je trouvai qu’elle se continuait dans la cavité abdominale. Elle était formée d'épiploon ayant subi des altérations pathologiques ; il n’y avait pas d’étranglement de l’intestin, quoique le pédicule de la tumeur au niveau du collet fut fortement rétréci.
La masse fut excisée au niveau de l’anneau et on lit la cure radicale par le procédé de Mac Burney.
Après l’intervention, disparition immédiate et permanente de la douleur.
M. Knirr examina la pièce histologiquement.
Il s’agissait d’un fibrosarcome dont les éléments sarcomateux dérivaient du tissu conjonctif de l’épiploon. 11 m’informa aussi que le processus avait commencé dans la masse herniée et s’était étendu dans la cavité abdominale.
Le malade continue à aller très bien.
OBSERVATION XIII (résumée)
Hernie inguinale congénitale gauche ; cure radicale de la hernie
étranglée; cancer. — Sonnenburg ( Deutsche Zeitschrift far
Chirurgie , B. XII, p. 308).
Antécédents . — Le malade a depuis son enfance une double
hernie inguinale. La hernie droite se réduit facilement et est
bien maintenue par un bandage ; la hernie gauche n’est jamais complètement réduite , meme avec le bandage.
Les premiers phénomènes d’étranglement se manifestèrent il y a deux jours, en même temps que la hernie gauche devenait une tumeur douloureuse.
On constate dans la région inguinale gauche une tumeur grosse comme le poing, douloureuse, qu’il est facile de reconnaître comme une hernie inguinale ; on ne peut en isoler distinctement le cordon ni le testicule. Le ventre est légèrement tendu et douloureux, pas de fièvre : pouls, 80.
Après un bain chaud, la tumeur diminua un peu. M. Fischer essaya alors le taxis pendant dix minutes, ce qui diminua la tumeur de moitié ; puis, purgatif.
Le lendemain, l’état général était meilleur ; mais pas de selles ; le ventre cependant moins tendu, le bas-ventre moins douloureux.
La hernie laisse percevoir des parties d’épiploon et en un point comme de la fluctuation liquide d’hydrocèle. Le testicule semble être confondu avec la hernie.
A la suite d’un autre purgatif, selle abondante ; les jours suivants, amélioration de l’état général, mais la hernie reste toujours un peu douloureuse.
D'après l'histoire du malade, on croyait à un engouement dans une hei'nie congénitale.
Le 28 janvier, trois semaines après l’entrée du malade, il sortit avec un bandage ; mais, quelque semaines après, il dut revenir à cause de douleurs violentes qu’il comparait avec des crampes : en présence de ces nouveaux phénomènes, on décida la cure radicale.
Opération par le professeur Lücke.
Ap rès incision de la peau, on tomba dans une poche contenant une certaine quantité de liquide et on découvrit une masse dans laquelle il était impossible de distinguer le sac de son
contenu. Toutes ces adhérences formaient une couche de 1 cen-
timètre d’épaisseur, englobant aussi le testicule ; en les séparant, on fît une déchirure dans la masse herniée et on crut avoir ouvert l'intestin ; on agrandit avec les ciseaux et on reconnut en effet la muqueuse intestinale. Par l’ouverture, on vit une large végétation polypeuse de la muqueuse, ce qui permit de comprendre les phénomènes d’obstruction incomplète que présentait le malade. Cette excroissance polypeuse fut liée en trois pédicules et enlevée ; on libéra le testicule ; on sutura l’intestin au catgut en partie et on établit un anus contre nature Drainage, pansement.
Suites opératoires bonnes ; l’anus qui a bien fonctionné est fermé deux mois plus tard ; il persiste une fistule stercorale.