‹ De la carcinose herniaireChapitre 17 sur 22 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

ÉTIOLOGIE

l)e l’étude des faits qui précèdent se dégagent quelques notions étiologiques que nous allons passer en revue.

C’est tout d'abord la rareté de la carcinose herniaire ; il suffit, en effet, de songer au chiffre important de cures radicales pratiquées journellement dans les hôpitaux, aux nombreux cas d’étranglement herniaire nécessitant la kélotomie, sans que la carcinose y soit signalée autrement qu’à de longs intervalles, pour se rendre compte que l’affection est une rareté pathologique.

Le siège en est variable ; mais de préférence la carcinose parait affectei la hernie inguinale ; dix fois, nous trouvons la carcinose dans la hernie inguinale ; quatre fois dans la hernie ombilicale.

Il est fort possible, du reste, qu’il faille tout simplement attribuer la fréquence relative de la hernie inguinale cancéreuse à la plus grande fréquence absolue de la hernie inguinale en général. Nous ne connaissons pas d’exemple de hernie crurale de l’intestin ou de ses attaches atteinte de dégénérescence maligne.

L’âge du malade a une valeur étiologique assez im-

portante. Comme, pour le cancer en général, nous voyons que le sujet, porteur de carcinose herniaire, a presque toujours atteint au moins l’âge moyen de la vie ; seul, le malade de M. Manley, chez qui, en particulier, les suites opératoires ont été favorables, était âgé de trente ans.

L’âge de la hernie où se développe la carcinose paraît, de son côté, jouer un rôle important; c’est dans des hernies que le malade portait depuis de longues années: dans notre observation, le malade âgé de 71 ans avait « toujours eu une hernie et toujours porté un bandage » ; la hernie datait de vingt ans dans l’observation de Dupuytren ; elle était « de date très ancienne » dans l’observation de Chauffard ; seul, le malade de M. Le Dentu parait avoir vu se développer rapidement une tumeur maligne sur une hernie de date récente ; nous voyons, en effet, que, avant que des accidents au niveau de sa hernie cancéreuse l’eussent amené à l’hôpital, il avait été opéré d’un sarcome des fosses nasales et l’examen clinique à ce moment 11’avait pas révélé « trace de tumeur herniaire » ; ce fait doit être considéré comme tout à fait exceptionnel.

Nous serons bref sur la notion du sexe quant à son influence sur la fréquence ou la localisation de la carcinose herniaire. Nous voyons que les hommes sont atteints presque exclusivement de carcinose herniaire inguinale; les femmes, de carcinose herniaire ombilicale; la raison en est évidemment dans la plus grande fréquence de la hernie inguinale chez l’homme, de la fréquence relative de la hernie ombilicale chez la femme.

Faut-il voir dans l’irréductibilité une cause de déve¬

loppement du cancer dans la hernie? Nous ne le pensons pas ; nous voyons, il est vrai, presque toujours la hernie devenue cancéreuse avoir été longtemps « difficilement réductible », « mal contenue par le bandage »; mais il semble bien plutôt que le développement de la tumeur maligne soit, par les lésions anatomiques qu’elle provoque, même avant que n’éclatent de graves accidents herniaires, la cause et non l’effet de cette complication.

Une notion surtout très nettement se dégage de la lecture des observations précédentes : la carcinose herniaire est primitive ou secondaire .

Primitivement, elle s’installe d’emblée sur la hernie et là seulement, comme dans l’observation de M. Lejars; ou encore par métastase, à la suite du cancer herniaire primitif, on voit se développer sur d’autres organes, le foie par exemple, des noyaux cancéreux nettement secondaires, ainsi que le rapporte M. Chauffard ; ou encore, simultanément, se développent et une tumeur herniaire et une tumeur abdominale ; c’est ce qui parait avoir eu lieu chez le malade qui fait le sujet de notre observation.

Ou bien, secondairement chez des malades déjà affectés de tumeur maligne, de cancer de l’utérus chez la malade de M. Codet, d’un sarcome des fosses nasales

opéré un an auparavant, chez le malade de M. Le Dentu, la hernie, but et non plus point de départ de la métastase cancéreuse, va subir à son tour la dégénérescence maligne.

Quoi qu’il en soit, il ressort de tous ces faits que les

hernies anciennes sont, nous ne dirons point un siège de prédilection, mais au moins un terrain fort possible pour l’éclosion ou la généralisation du cancer. Certes, le contraste entre l’énorme fréquence des hernies et la rareté de la carcinose herniaire ne saurait trop commander la prudence dans l'interprétation des autres données étiologiques ; néanmoins, on ne peut s’empêch er de croire qu’il n’y a point dans les cas de carcinose herniaire localisation aveugle, due au seul hasard des formations pathologiques, du processus malin, mais que la hernie crée un point d’appel au cancer. Rien ne nous en parait plus démonstratif que le fait de M. Codet : chez sa malade atteinte de cancer du col utérin et d’épiplocèle ombilicale secondairement cancéreuse, « toute la partie herniée de l’épiploon a subi la transformation cancéreuse ; toute la partie de l’épiploon qui est au-delà de l’anneau ombilical ou, autrement dit, de l’orifice herniaire, est absolument saine ».

Page 1