‹ DE LA CATATIONIE ET DE LA DÉMENCE PRÉCOCE consécutives à l'Encéphalite épidémiqueChapitre 10 sur 29 · RL CR · texte numérisé non relu

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Rien ne permet d'affirmer que la catatonie est un syndrome strictement extra-pyramidal. Cette question va être l’objet de notre chapitre suivant. Sur le terrain clinique, les deux syndromes nous apparaissent comme trèsdifférents. C’est par une regrettable erreur méthodologique qu'un certain nombre d'auteurs a utilisé les symptômes de la catalonie en tant qu'images, quand il s’est agi de décrire des Parkinsonniens, et vice-versa. Engagé dans une telle voie on devait fatalement énoncer pas mal d'analogies ; mais, énoncer des analogies entre deux phénomènes, cela veut dire qu'ils ont une ressemblance superficielle, masquant une foncière hétérogénéité.

2° La catatonie est irréductible à un trouble stricte-

ment extra-pyramidal. Diagnostic différentiel entre

hébéphréno-catatonie et syndrome post-encéphalitique résiduel

a) Le syndrome eatatonique

Le chapitre « catatonie » est certainement le plus obscur et le plus mal délimité de Ja psychiatrie, que cela nous serve d'excuse. pour hasarder la synthèse suivante :

Le syndrome catatonique dans la grande majorité des cas est lié àune hébéphrénie qu'ilcomplique. C'est lébéphréniequiest la maladie et qui est primitive, le syndrome catatonique est secondaire et dégradé : une partie de ses symptômes est explicable à partir du noyau hébéphrénique, mais il reste un résidu irréductible. Ce syndrome catatonique est ici aussi contingent que les syndromes schizophréniques et paranoïdes, sinon que ces syndromes maniacodépressifs, ou même hystériques qui compliquent l'hébéphrénie.

La catatonie est d'autant plus pure qu'elle est indépendante de l’hébéphrénie. Mais elle est alors à distinguer des stupeurs mélancoliques, ce qui est facile, et confusionnelles, ce qui l’est moins, et d'autant plus qu’il peut y avoir association ou succession, les deux syndromes se présentant comme directement réactionnels à des agressions toxi-infectieuses ou à des émotions-chocs. Le syndrome catatonique est toujours transitoire.

Le syndrome catatonique comprend une gamme de signes qui ae du trouble mental au trouble moteur, allant parfois jusqu’au signe neurologique passager, mais indiscutable ;etdestroubles. végétatifs permanents. Le trouble fondamental, primaire, est un

trouble psychomoteur.

ire

Là, il s’agit de s'entendre :

Un trouble moteur : mouvement athétosique, par exemple, est :

— subi par le sujet, — mis entre parenthèses par le sujet qui prend envers son trouble toute la distance qu'il veut.

Un trouble psycho-moteur : akinésie ressemblant à un comportement, mouvement de forme intermédiaire entre le mouvement athétosique automatique et le mouvement volontaire doué de finalité (parakinésie) est :

— subi par le sujet.

Il y a bien là encore une dernière fois libération d’un automatisme moteur au sens jacksonnien, mais c’est l’extrême limite de l'application de ce principe. Nous voulons dire que dès que nous l’appliquons plus haut dans le psychisme. ca n’est plus qu’une manière commode, entre trente-six autres, de se représenter les choses.

— La mise entre parenthèses est impossible. Le trouble est enraciné profondément dans le psychisme, ou du moins il y a une répercussion presque immédiate.

Guiraud, dans son article de 1927, dans Paris médical ( « Catatonie et syndromes extra-pyramidaux » ) note les faits suivants : dans quelques cas exceptionnels de démence précoce catatonique, les symptômes moteurs s’observent en dehors de tout trouble mental et attirent l’attention du malade. Avec Legrand, nous avons observé un dément précoce qui avait commencé à se plaindre de la raideur et des mouvements involontaires de ses orteils avant de manifester la -moindre atteinte psychique. Une autre de nos D. P. écrit qu’elle a « un regard -effaré et une raideur involontaire et invincible de l’attitude ».

Un malade de Steck, redevenant lucide, dit qu’il est comme paralysé, qu’il ne peut pas bouger ni parler.

Mais très rapidement le psychisme est engagé et le malade n’a plus l’impression de subir ses troubles, mais au contraire de les réaliser. Le malade de Kronfeld, cité par Jaspers, s'exprime ainsi sur ses états de raideur : «les muscles ne se raidissaient pas tout seuls, je les tendais de toutes mes forces ».

Enfin, les comporlements moteurs des psychoses sont :

— réalisés par le sujet, adéquats à ses « Erlebniss ».

Chez le mélancolique, la mélancolie engendre les lentes pensées et les lents mouvements ; chez le catatonique c’est l'inverse. Il faut citer ici la mélancolie figée de Medow et la phase mélancolique de la catatonie de Kahlbaum.

HAS Le syndrome catatonique comprend :

Psycho-motricité ;

Des manifestations akinétiques :

Appauvrissement du mouvement avec raideur musculaire, au maximum l'inertie globale, la stupeur, « la prise en masse » (Baruk). Mais il peut y avoir des phases de relâchement complet.

Aux mouvements passifs, la raideur vaincue fait place à la flexibilité cireuse.

Il y a, enfin, conservation des attitudes du troisième type de Kleist (1).

Des manifestations hyperkinétiques :

Parakinésies (Kleist) : mouvements plus complexes que les mouvements athétosiques, mais encore sans finalité. Par exemple : mouvements des bras ressemblant à des invocations ou des menaces, mouvements de dislocation des membres, claquement de langue, etc.

1). La conservation des attitudes pour Kleist se décompose en trois variétés (voir les articles de Lhermitte et Hecaen sur la catalepsie du vieillard). Dans la première, la catalepsie active, et surtout passive, s'accompagne de flexibilité cireuse, qui se distingue de la rigidité parkinsonnienne. Dans la deuxième, elle s'accompagne, disent Lhermitte et Hecaen, d'exagération de la contracture myotatique (?), c'est-à-dire des réflexes de posture. La dernière se réalise sans aucune rigidité comme aussi sans amplification des réflexes de posture. La première et la 3€ variétés sont spécifiquement catatoniques. La dernière est la plus pure et spécialement psycho-motrice. Il est possible qu'interviennent dans son mécanisme, en outre, la disparition du sentiment ae fatigue et un trouble du schéma corporel. Reste enfin encore possible la conservation des attitudes motivées uniquement par son adéquation à un délire et peut-être le symptôme neurologique transitoire d'ordre cérébelleux.

Notons que pour la plupart des auteurs, le réflexe myotatique de Liddel et Scherrington n'est pas le réflexe de posture, mais le réflexe de contraction rétractile d’un muscle à son allongement passif. Quant aux réflexes de posture, Scherrington a montré que le raccourcissement d'un muscle, actif ou passif, produit aussi une contraction qui maintient le muscle à sa nouvelle longueur. C'est l'exagération de ce réflexe, qui, dans les explorations cliniques des réflexes de posture, provoquerait le soulèvement du tendon du jambier antérieur, lorsqu'on fléchit passivement le pied (phénomène de Westphall) ou la saillie du tendon du biceps si l’on fléchit passivement l'avant-bras. C'est bien aussi ce phénomène seul que vise Baruk quand il parle de réflexe de posture ? En réalité, il semble bien que ce soient Lhermitte et Hecaen qui aient raison. Pour André Thomas ( « La valeur des épreuves de passivité dans l'étude des séquelles et le diagnostic rétrospectif de l’encéphalite épidémique » ) Revue Oto-neuro-ophtalmologique, 1931, p. 649), le phénomène qu'envisage Baruk après Foix et Thévenard, n’a rien d'obligatoire, même chez un parkinsonnien : (Quard la contraction du jambier antérieur manque dans la première phase de la manœuvre elle n'apparaît qu'au moment où le pied est abandonné à lui-même, le réflexe est provoqué par l'allongement que la chute du pied doit imprimer au muscle : c’est un réflexe d’allongement. Puis le pied reprend peu à peu sa position initiale, le muscle se détend, il le fait plus ou moins rapidement ». Ces distinctions faites, les expériences de Baruk que nous énoncerons plus loin restent valables quant aux diffé- ‘rences. entre Parkinsonniens et Catatoniques.

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