‹ DE LA CATATIONIE ET DE LA DÉMENCE PRÉCOCE consécutives à l'Encéphalite épidémiqueChapitre 9 sur 29 · PARTIE CRITIQUE · texte numérisé non relu

PARTIE CRITIQUE

L'encéphalite épidémique a-t-elle été la cause de cas de démence précoce absolument assimilables à ceux dont l'étiologie est demeurée inconnue ? Certes la majorité des auteurs l’admet, maisle nombre des « pour » n'excède pas tellement celui des « contre » el chez ces derniers l’argumentalion est souvent plus serrée.Chez les tenants d’une démence précoce causée par l’encéphalite épidémique, c'est la plupart du temps, à propos d’une seule observation, une intuition, une impression de probabilité grande, cadrant avec un conception générale personnelle, mais non point une certitude. Et parmi les nombreuses observations publiées, ce sont parfois les diagnostics mêmes qui semblent sujets à caution. Nous n'insisteront pas sur les cas où l'anamnèse encéphalitique est vraiment inexistante et où il n’y a pas de syndrome neurologique suftisant (On ne fait pas, dit Steck, le diagnostic d'encéphalite sur quelques tremblements fibrillaires de la langue, comme le fait Padéano dans sa thèse). Pas davantage sur les cas où ont été considérés comme déments précoces simples desmalades présentant des troublesmentaux spécifiquement post-encéphalitiques surlesquels nous reviendrons. Sérieusement, les difficultés surgissent, chez le postencéphalitique, s’il évoque l’un des deux aspects particuliers de la démence précoce, l'hébéphréno-catatonie ou la démence paranoïde. Mais une des causes qui a fait extrapoler tant d'auteurs, c'est l’existence qui, elle, est incontestable, d'un syndrome catatonique del'Encéphalite ,épidémique. L'un des chapitres de la célèbre thèse de Padéano est en effet intitulé : « Arguments en faveur du passage de l’hébéphréno-catatonie encéphalitique à l’état de chronicité ». Peu nous importent ces arguments. Les faits sont les suivants : ce syndrome « Hébéphréno-catatonique », qui survient à la phase aiguë ou plutôt au décours de l’encéphalite, est toujours transitoire.

Nous allons tout de suite en rendre compte. |

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1° Le syndrome « hébéphréno-catatonique » transitoire de l’encéphalite épidémique à sa phase aiguë et à son décours :

À notre avis le terme même est inexact. Il s’agit essentiellement d’un syndrome confusionnel qui évolue vers un syndrome catatonique, ou bien d'emblée d’un syndrome catatonique (Mais nous entendons bien qu'il s’agit d’un véritable syndrome catatonique, psycho-moteur ; et non pas seulement d’un état cataleptique purement moteur de l’'encéphalite aiguë, de « mouvements anormaux » post encéphaliques, ou d'un syndrome Parkinsonnien précoce. C’est bien de la « catatonie » telle que l’entendent les psychiatres qu'il s’agit).

Le syndrome confusionnel est fréquent au cours de l'E.E. aiguë. peut durerassez longtemps, maisilest toujours transitoire, comme toute confusion mentale. On ne manquera pas de nous objecter la confusion mentale chronique. Cette intervention de Régis nous semble un mythe. On en parle, mais on n’en a au fond vu aucun cas, et la littérature étrangère n’a apporté à cette notion aucune espèce d'écho. On voit après les épisodes confusionnels survenir des démences vraies, et des schizophrénies, mais pas de confusion mentale chronique. À moins que l’onneconsidèrela démence précocecomme une confusion mentale chronique, ce qui nous paraît impossible. Nous ne nous occuperons qu’accessoirement de cette discrimination ;notonstoutefois que la pensée schizophréniqueressemble beaucoup plus à la penséehypnagogique qu’à la‘ pensée onirique(1). Mais ce qui nous paraît entraîner souvent l'erreur, et par conséquent intéresse la partie critique de ce travail, c'est que certaines confusions mentales ont un aspect schizophrénique passager. Malgré le sentiment d'étrangeté, la lenteur d'idéation, l'incapacité pour une idée d'en évoquer une autre dans le même sens selon la logique générale et impersonnelle, une confusion mentale ordinaire n'évoque

(1) « La D. P. peut être aussi l’aboutissant d’une confusion mentale nette liée à l'infection causale, le malade sort de la période de confusion mentale avee tout un ensemble de signes de la série D. P. et bientôtrien nele distingue plus de la D. P. classique. C’est la confusion mentale chronique de Régis.

On à pu à très juste titre contester la terminologie et la conception de Régis en. cette matière. La D. P. n’a aucune similitude séméiologique avec la confusion mentale et l'appeller confusion mentale chronique ne sert qu’à jeter la confusion dans les esprits. D'autre part la succession d’un état de D. P. à un état confusionnel n'implique aucun rapport nosologique, comme! voulait l’affirmer Régis. On a pudire qu'on entre dans la D. P. partoutes les portes : manie, mélancolie, manifestations hystériques. ete. Mais ces symptômes prodromiques si variés ne permettent pas de soupçonner entre les états psychiques qu’ils esquissentet la D. P. un lien nosologi+ que ferme ». (Vermeylen).

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guère une D. P. Mais dans les confusions plus profondes disparaissent deux phénomènes très importants : la conscience de l’état morbide, et surtout l'effort pour sortir de sa torpeur et s'adapter au monde extérieur (qui n’est peut-être pour la conscience que le corollaire de la perte de la faculté de s'étonner). La personnalité du sujet apparaît en quelque sorte comme entamée par les vagues d'un onirisme que Baruk a qualifié de dissociatif et de dégradé. Baruk dit à peu près que ce n’est plus comme dans l'ordinaire confusion un rêve complet submergeant la personnalité sans la dissocier, où le malade se trouve comme plongé dans un autre milieu contre lequel il lutte avec sa personnalité tout entière. C'est un rêve moins massif, moins brutal, qui submerge moins la personnalité du malade. Mais celle-ci est divisée. En quelquesorte une partie du moi reste à peu prèsconsciente,l autre est formée d'une série d'éléments oniriques qui luttent et agissent sur le reste. Le psychisme devient alors anarchique, avec un aspect discordant où l’immobilité et l'abolition de toute activité alternent avec des impulsions. Le contenu de l'onirisme n’est plus neutre, impersonnel, {activité professionnelle, vision de lieux, d'animaux, de décors) ; très étranger à la personnalité ; le déchiffrage psychanalytique indique les attaches à la personnalité profonde. Cet onirisme (qui détermine souvent des images fixes résiduelles) détermine un conflit psychique, d’où l'aspect schizophrénique. C'est là une façon de se représenter les choses.

Ces deux variétés d'onirisme peuvent avoir la même cause toxiinfectieuse et évoluer d'un type vers l’autre. Le deuxième indique une atteinte plus profonie, il y a en quelque sorte modification de structure. Ce syndrome schizophrénique n’est pas pathognomonique de la D. P., simplement on l'y rencontre avec une particulière fréquence. On le rencontre, outre la confusion mentale banale, dans certains états crépusculaires épileptiques (Christoffel, et Follin dans sa thèse n'arrivent pas à le différencier du syndrome schizophrénique de la D. P.). Comme, pour des troubles purement mentaux, l'apparence se confond avec la réalité, on est obligé de conclure que la schizophrénie est un syndrome qui complique surtout l'hébéphrénie, accessoirement les états crépusculaires, etc.

Pour Delmas-Marsalet, il existe des « états schizophréniques qui constituent un syndrome passager de dissociation mentale à la suite de causes connues (chocs, infection, dénutrition) et apparaissent chez des sujets qui n'étaient nullement antérieurement des schizoïdes » (Électro-choc et thérapeutiques nouvelles en

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neuro-psychiatrie, 1946). Le syndrome schizophrénique serait directement relié à des causes organiques ou psychologiques sans l'intermédiaire d’un état hébéphrénique ou confusionnel, ou du moins, pensons-nous, serait de très loin au premier plan.

Rappelons que Régis dit à propos de la démence précoce post- <onfusionnelle : « Ici, avec ou sans disposition antérieure marquée, le processus pathologique débute par un accès de confusion mentale aiguë toxique ou infectieux. Au cours ou à la suite de cet accès aigu, se produisent des phénomènes de stupeur avec l’ensemble des symplômes caractéristiques de la catatonie, tout cela se termine - souvent par la guérison complète, sans déficit mental ».

Déjà, en 1914, à la Société Clinique de Médecine mentale, Toulouse et Puillet publiaient un article intitulé: « Confusion mentale et aspect de D. P. Guérison. Valeur des signes d’incurabilité. » Ils y rapportaient le cas d’un malade qui évoquait au plus haut point une hébéphréno-catatonie, avec délire polymorphe mal systématisé, indifférence, maniérisme, gâtisme, négativisme, attitudes stéréotypées, impulsions, rires immotivés et incoercibles, écrits incohérents avec néologismes ; et concluaient: «ce cas illustre cette thèse que nous soutenons depuis longtemps, à savoir qu’on confond souvent avec la démence (précoce) un état de simple confusion superficiel dans ses conditions organiques et facilement réversibles » (Remarquons en passant que l’observation pourrait être envisagée comme celle d’une catatonie transitoire, et indépendante de toute D. P.).

Le syndrome catatonique survenant au cours des maladies infectieuses a été étudié par Garand dans sa thèse, nous rapporterons une partie de ses conclusions : « Le syndrome catatonique peut apparaître transitoirement, soit complet, soit partiel, au cours de diverses maladies infectieuses. Il est lié le plus souvent à des états de confusion mentale, et s'accompagne fréquemment de stupeur. Un véritable tableau d’hébéphréno-catatonie comparable à celui de la démence précoce peut se montrer au cours ou au décours de toxi-infections ; il est susceptible d’ailleurs de passer à la chronicité ‘ou'de guérir après un temps plus ou moins long ».

Enfin, pour Delmas-Marsalet (Electro-choc et thérapeutiques nouvelles en neuro-psychiatrie, 1916), les manifestations stuporeuses ou catatoniques « n’appartiennent pas spécialement à la D. P. ; bien des confusions mentales les inscrivent à leur actif, ce qui ne les empêche pas d'être essentiellement curables. La stupeur appartient à bien des mélancolies curables ou même des formes aiguës d’encéphalite épidémique qui guérissent complètement.

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La catatonie, d'autre part, peut être envisagée comme une schizophrénie.

Tout ce chapitre pour affirmer que des syndromes schizophrénocatatoniques survenant dans une phase aiguë de toxi-infection en général et d’encéphalite épidémique en particulier n’ont aucune valeur pronostique quant à l’évolution ultérieure vers la D. P- Mais, en outre, l'étude des syndromes catatoniques de l'E. E. (voir bibliographie) et leur disparition sans séquelles psychiatriques, prouve irréfutablement que, comme le pense Baruk, le syndrome catatonique peul exister indépendamment de la D. P. Elle tend à montrer d'autre part, par les fréquents passages de l'un à l’autre, que syndrome confusionnel et syndrome eatatonique doivent être considérés comme des syndromes d’un type spécial, et que leur signification doit être voisine. Nous reviendrons sur ces points dans la deuxième partie de notre travail.

Quelle est maintenant l’évolution du syndrome catatonique de l'E. E. ? Ou bien la « restitutio ad integrum », ou le passage progressif à un syndrome Parkinsonnien. Ce passage peut se faire avec quelques oscillations. Chez un malade, Baruk « notait suivant les. jours tantôt un aspect catatonique, tantôt un aspect Parkinsonnien. On pouvait faire disparaître le Parkinsonnisme momentanément par l'épreuve de la scopolamine: Cette épreuve restait sans action sur les symptômes catatoniques. Ceux-ci lorsqu'ils apparaissaient, masquaient Les troubles posturaux et parkinsonniens. Ces derniers de nouveau pouvaient être observés lorsque la catatonie cessait ». Suit la reproduction d'une inscription graphique que Baruk commente ainsi : Voici une belle inscription électro-myographique et myographiquedelaroue dentée parkinsonniennechezcette malade. On voit la régularité des dents et les petits courants d’action à chaque secousse. Une telle roue dentée est bien différente de certaines. fausses roues observées parfois dans la catatonie, et où il existe d'énormes courants d’action rapides et désordonnés ». (Baruk, Psychiatrie médicale, Physiologique et Expérimentale, p. 63).

Etant donné ce que l’on sait de l'anatomie pathologique des syndromes résiduels fixes post-encéphalitiques, la signification d’une telle évolution est vraisemblablement la suivante :

— passage de perturbations plus diffuses (catatonie) à des perturbations plus focalisées sur les régions sous-corticales, par régression centripète,

— passage de perturbations irritatives réversibles (catatonie} à des lésions destructives (syndrome Parkinsonnien).

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