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Les mouvements parakinétiques peuvent gêner l’accomplissement des mouvements complets et de l'expression verbale. Ces « dyskinésies parakinétiques » entraînent des mimiques dissociées et un aspect maniéré.
Les parakinésies sont des manifestations typiquement psychomotrices.
Actes «court-circuités » (Kleist) :
Mouvements et productions verbales du genre réaction à des sensations corporelles : geste de presser la main contre l'abdomen, d'introduire la main dans la bouche, de se prendre le cou, etc... Ce ne seraient pas des actes réfléchis, mais le résultat de « courtcircuits » entre la sensation d’organe et la motricité.
Mouvements subordonnés à des excitations externes acoustiques, optiques, tactiles, également courtcircuités. Sous cette rubrique tombe une grande partie des mouvements « hypermétamorphiques » décrits par Wernicke.
Des actes compliqués réalisant une formule idéo-motrice composée. Ce sont toujours des actes impulsifs, chez des malades ordinairement akinétiques : malade bondissant brusquement pour frapper quelqu'un, etc...
Mouvements pseudo-expressifs et pseudo-spontanés.
Toutes ces manifestations hyperkinétiques peuvent se voir de façon épisodique chez des malades akinétiques. Les catatonies «symptomatiques » sont surtout akinétiques.
Les symplômes strictement neurologiques sont exceptionnels et très passagers (Un signe de Babinski transitoire, mais vérifié chronaxiquement a été constaté par Baruk et Bourguignon). Reste à savoir ce qu'est exactement la flexibilité cireuse, que nous avons rangée dans les manifestations psychomotrices.
On a pu démontrer, dit Kleist dans sa « Gehirnpathologie » qu’une flexibilité peut persister même en cas d'anesthésie totale. Dans des lésions qui semblent assez localisées, alors que les rigidités pallidales, nigriques ou rouges sont toujours du côté opposé au foyer, la flexibilité cireuse peut se manifester du même côté.
Les troubles végétatifs sont très importants. Ils comprennent : la bradycardie, l'hypotension avec soulèvement de l’onde T à
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l'électro-cardiogramme (Baruk), la baisse du métabolisme basal, «l'acrocyanose orthostatique », la séborrhée faciale, la sudation et la salivation exagérée, les troubles pupillaires, etc. ils attirent invinciblement l'attention surun dysfonctionnement possible des noyaux végétatifs diencéphaliques, et sur ses conséquences probables : troubles de la sphère des instincts et de la vigilance.
Quant à l'état mental, il s'agit semble-t-il des états d'âme les plus mystérieux qui puissent se rencontrer. Il est difficile, à travers des épaisseurs d’un langage souvent rétrospeclif, ou manié différemment par une conscience morbide, de pénétrer jusqu'au pur vécu de ces états, sans parler des amnésies consécutives. Nous tenterons quand même d'en esquisser une phénoménologie génétique. Il semble bien que dans le complexe pur aucun rôle ne soit joué par les idées délirantes et les hallucinations, mais par la répercussion dans la conscience des troubles psychomoteurs extraconscients, répercussion que le malade devrait subir comme une diminution de sa capacité de vouloir.
Plusieurs tendances réactionnelles peuvent en résulter :
— Le négativisme global et aveugle : hétéro et auto-négativisme. Le négativisme n’est pas forcément akinétique, il y a des agitations négativistes.
— La suggestibilité : obéissance à toutes sollicitations, Echolalie, échomimie, échopaxie.
Des ébauches de ces réactions que l’on peut voir chez des individus pour ainsi dire normaux, mais présentant une débilité psychomotrice, et chez des malades, nous semble être pour le négativisme, les oppositions musculaires localisées, aux mouvements passifs, de Kleist. Pour la suggestibilité l’accompagnement des mouvements passifs, leur continuation, leur anticipation. de Baruk.
— Je défaut d'initiative, soit de démarrage, soit d'arrêt et la tendance aux itérations.
Il resterait évidemment à expliquer pourquoi telle, ou telles tendances deviennent prévalentes.
Il est encore compréhensible que la personnalité va éprouver la diminution de sa possibilité de vouloir comme l’emprise sur elle d’une volonté étrangère (phénomène de médium) ou comme une vie dans la mort (impression de mort-vivant, onirisme macabre), etc. La réaction anxieuse augmente encore le raidissement.
Les itérations, les parakinésies monotones, les akinésies ont en
retour une répercussion sur la conscience qui est atteinte une deuxième fois dans sa vigilance, fascinée, engourdie par une sorte d’auto-hypnose : le catatonique est partiellement endormi. Des phrases comme celles-ci sont fréquentes : « Je suis restée tout l'hiver à « rêver éveillée » de toutes les personnes de ma famille mortes ou vivantes... ». « Maintenant c'est mieux, mais ça revient quand je m’endors, ça me fait comme quand j'étais malade, mais alors je rêvais éveillée ». (Malade de Ey, Evolution psychiatrique, 1926). Enfin, la conscience est atteinte dans sa structure même qui est essentiellement intentionnalité, mouvement vers, choix dirigé. Les phénomènes défilent devant elle comme devant un film cinématographique qui ne pourrait rien choisir, et presque tout sera oublié. Le sujet est condamné à vivre dans le présent sans passé et sans avenir. «Je ne me rendais pas compte du temps », dit encore le malade de Ey. Les motivations logiques disparaissent. La pensée régresse du plan conceptuel au plan « complexuel », des relations nouvelles apparaissent entre les choses (la catatonie peut être rangée dans les schizophrénies). Enfin s’estompe la différenciation entre le moi et le monde, il y a retour à un contact plus étroit, purement contemplatif devant un monde « déjà là » avant
toute conceptualisation : «Plutôt un état d'esprit à regarder la vie»
(Malade de Ey).
La tentative de retrouver (volontairement, bien entendu, et non pas «forcément» et pour toujours, comme un hébéphréno-catatonique) un mode d’appréhension primordial du monde est à la base de certaines activités esthétiques des. temps modernes. Que ce soit là une attitude profondément artistique, cest ce que prouve la puissance des « poèmes de la folie » de Hôlderlin catatonique, quelqu'incohérents qu’ils puissent être. Le poète, plongé dans un éternel présent (que traduit suffisamment le temps de ces verbes) contemple un monde originel. Wainblinger disait de lui : «il vit dans un monde fermé, où il est pour lui-même moi et non moi, monde extérieur et homme, première et second personne ». À propos de cette remarquable définition de l’autisme, dit Moreau (de Liège) dans son article intitulé : Un psychiatre amateur en 1830 : Wilhelm Wainblinger (4. M. P. 1932, p. 113) nous rappelons que Storch indique comme caractéristique de la schizophrénie la « fusion du moiet de l’objectivité extérieure ».
Nous donnerons, bien que rétrospective, l’auto-description du malace de Kronfeld, citée par Jaspers. (Agitation catatonique) :
« Mon état pendant l'excitation n'était pas de la fureur, il n’y avait en moi aucun sentiment particulier en dehors d’une joie purement animale de me mouvoir ; ce n’était pas l'excitation méchante qu’on peut voir lorsque l’on veut assassiner quelqu'un; bien loin de là ! C'était tout à fait innocent. Malgré cela, je subissais cette impulsion comme une contrainte si forte que je n'aurais pas pu m'empêcher de sauter. Je ne puis me comparer dans ces moments-là qu'à un sanglier ou
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un cheval sauvage... il s’y ajoute seulement une joie, une exubérance, un plaisir de vivre que je n'avais jamais éprouvé si fortement. La mémoire pendant ces états d’excitation, est en général bonne, mais le plus souvent.elle ne reproduit pas le début de la crise. Ce sont des perceptions extérieures, comme un plancher froid qui vous éveille et qui vous rappellent la situation. Ensuite, on est orienté, on voit tout, maïs on n’en tient pas compte, on continue à suivre librement l’excitation. Surtout, on ne tient aucun compte des personnes, bien qu’on les voie et les entende. Mais on fait bien attention de ne pas tomber... Lorsqu'on est alors arrêté et remis au lit, on est très étonné de ce changement subit, on se sent offensé et on se débat. Les décharges motrices ne se font pas en sautant, mais en se battant; mais ce n’est pas un signe d’irritation. Il n’y a pas de concentration de la pensée. Quelquefois, pendant un moment de lucidité, on a directement conscience de cela (mais pas toujours). Mais on s’aperçoit alors qu’on est incapable de construire une phrase. Il me semble aujourd’hui que cette époque ait été comme une décomposition complète... Avec tout cela, je n’avais jamais le sentiment d’une perplexité ou d’une insuffisance ; il mesemble que ce n'était pas moi qui étais en désordre. le chaos était extérieur à moi, c'était là la cause de tout cela. Je n'avais jamais peur. Je me rappelleencore les nombreux mouvements de gymnastique, les exercices d'escalade queje faisais au bain... Je me souviens aussi d’avoir fait le soir de longs discours, mais je ne sais plus sur quoi; j'ai entièrement oublié les détails, des pensées. troublées ; des idées si pâles et confuses, si peu précises. »
b) Le syndrome parkinsonnien résiduel post-eneéphalique
Entre l’ensemble du syndrome catatonique et l’ensemble du syndrome Parkinsonnien, aucune analogie qui tienne. Le trouble fondamental de la catatonie est d'ordre psycho-moteur, celui du Parkinsonnisme est plus bas, d'ordre neurologique, avec une répercussion bien plus faible dans le psychisme. Aussi est-ce plutôt dans. des symptômes isolés que certains ont cherché des assimilations.
Pourtant «que l'on mette, dit Baruk, côte à côte un catatonique et un parkinsonnien, et que l’on compare leurs deux facies : iis sont tous deux immobiles, mais si figé et si contracté soit-il, le parkinsonnien garde toute sa vie expressive dans ses yeux, on sent en le regardant qu'il s’agit d'un être humain bien vivant, qui pense, qui vibre et qui palpite; le catatonique, au contraire, a un facies de mort. Aucune vie dans ces yeux, aucune expression vraie dans ce visage, on dirait une statue, un être inanimé, une mécanique. Le facies de ces malades rappelle ces tableaux des primitifs dans. lesquels le peintre, avec une gaucherie d’ailleurs parfois charmante, n’a pas su capter encore la vie du regard, et ce reflet de l'âme que constitue le visage. Parfois l’ensemble rappelle ces statues de Bouddha, et constitue ce que j'ai désigné avec Morel sous le nom. d'aspect hiératique.
Le catatonique est la plupart du temps d’ (une pâleur spéciale », ‘qui n’a nulle part son équivalent en médecine, elle ne pourrait ressembler, toute proportion gardée, qu’à la mine défaite des grands épuisés, des grands surmenés. Cette pâleur qui est presque la règle, peut être remplacée par une vaso-dilatation et une rougeur de la face ». |
AKINÉSIE
D'une façon générale, un catatonique est akinétique ou non, un parkinsonnien est bradykinétique. Mais pendant certaines phases, certains catatoniques se présentent comme bradykinétiques. Entre un Parkinsonnien bradykinétique et un catatonique bradykinétique il y a cependant une différence quant à l'aspect de la motricité: celle du catatonique reste harmonieuse et souple, comme dans un -Cfilm au ralenti », celle du parkinsonnien ne l’est pas. La différence est la même entre les comportements impulsifs subits des catatoniques sortant de leur akinésie, et la « kinésie paradoxale » des Parkinsonniens. Le catatonique sortant brusquement de son immobilité pour accomplir un acte absurde le fait avec une parfaite souplesse. Dans la kinésie paradoxale, la motricité quoique devenue moins lente demeure anormale, « malgré, dit Stern, leur étonnante ressemblance avec les actes moteurs normaux, les actions des malades, pendant la kinésie paradoxale, sont loin d’égaler la perfection de l’acte moteur de l’homme normal. » « En réalité, dit Cruchet, si on regarde de près, ces mouvements n’ont pas la vivacité ni la souplesse qu'ils devraient avoir. »
C'est que le parkinsonnien présente au moins un trouble surajouté à la bradykinésie, c'est la perte des syncinésies normales. On a parlé aussi de la perte de l’automatisme d'habitude, et comme corollaire de la « condamnation au mouvement volontaire à perpétuité ». Enfin, peuvent intervenir pour fragmenter la mélodie kinétique « les difficultés et même parfois l'impossibilité de relà- -chement musculaire volontaire, le défaut de « dénervation musculaire », selon l'expression de C. et O. Vogt. (Ceci est évidemment différent de ce que Kleist, dans la catatonie a appelé les oppositions musculaires variables localisées, qui se présentent comme des contractions actives), l’exagération des réflexes de posture, et, conséquence ou non, la rigidité proprement dite qui n’a peut-être pas complètement disparu dans la kinésie paradoxale, et que nous différencierons plus loin de la raideur catatonique.
Il reste que les deux malades, vus du dehors, ont une composante bradykinétique. La question est donc finalement la suivante :
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cette bradykinésie, chez les parkinsonniens, est-elle la conséquence des troubles que nous venons d’énumérer et qui ne se retrouvent pas chez le catatonique, ou bien en est-elle indépendante ?
En réalité, par opposition à la forme akinéto-hypertonique, la forme bradykinétique pure du Parkinsonnisme est très discutable. Lhermitte affirme que le syndrome pallidal est dominé par deux éléments fondamentaux: l’hypertonie et l’akinésie spontanée, celle-ci étant indépendante de celle-là, l’école Bordelaise a décrit comme fréquente une forme bradykinétique (l’hypertonie se surajoute avec le temps), mais pour la plupart des auteurs ce ne serait même pas une forme de début, l'examen attentif de tels sujets montrerait pratiquement toujours un certain degré d’hypertonie, spécialement aux épreuves de passivité d'André Thomas (Guillain et Mollaret).
On en arrive à penser qu’une lésion extra-pyramidale en foyer, en particulier pallidale, ne peut produire directement une bradykinésie. Il existe cependantune «bradypsychokinésie » qui se présente chez certains malades comme indépendante de toute hypertonie, par exemple chez certains épileptiques et chez certains intoxiqués par l'oxyde de carbone (Voir : Ajuriaguerra et Rouault de la Vigne : Troubles mentaux de l’intoxication oxycarbonée, Semaine des H6pilaux, 14 nov. 1946, p. 1950). Ces formes répondent probablement à des atteintes légères et diffuses (qui certes peuvent se voir dans l'encéphalite épidémique), au contraire, la forme localisée que Desoille attribue à un ramollissement pallidal bilatéral est la forme akinéto-hypertonique avec mutisme (Thèse Desoille).
La bradykinésie pure correspondrait à une lésion diffuse, sans prédominance focale grossière sur le système extra-pyramidal, et c'est probablement ce qui se passe dans la catatonie, où l'on peut voir une akinésie indépendante de toute raideur. En terme de « Gestalt », la «bradypsychokinésie » est un phénomène de « fond », la rigidité extra-pyramidale un phénoméne de « figure ». Dans certaines intoxications oxy-carbonées et dans la catatonie le fond est de beaucoup prépondérant (parler de composante extrapyramidale n’a que très peu de signification) et la bradykinésie est pure. Dans le Parkinsonnisme post-encéphalitique il y a aussi un fond (les lésions débordent toujours le système extra-pyramidal) mais surtout une figuration focale (extra-pyramidale), c'est la rigidité qui est au premier plan. La bradykinésie, elle, a toujours un conditionnement double (double dans l’espace et double dans le temps), d'abord directement par le fond de lésions diffuses et légères, ensuite comme conséquence de la rigidité, quand les lésions, avec le temps, se focalisent de plus en plus. Ceci explique le parallé-
J. Mallet 2
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lisme imparfait que l’on trouve chez les Parkinsonniens entre la rigidité et la bradykinésie. Ce mode de raisonnement pourrait être appliqué maintes fois dans l'étude des rapports entre la Catatonie et le Parkinsonnisme.
Akathisie. (Hascovec). « De tels malades sont sans cesse agités,. en perpétuel besoin de mouvement... Une sorte d’anxiété les saisit, les étreint dès qu'ils sont assis » (Sicard, La forme akathisique du Parkinsonnisme post-encéphalitique) » (R. N. 1921, p. 672). — De tels malades sont très rares. L’akathisie n’est certainement pas l'inverse de la bradykinésie, mais probablement, comme semble l'avoir vu Sicard, la conséquence d’une réaction anxieuse à la bradykinésie.
Brunnschweiler a publié au Congrès des aliénistes et neurologistes de Langue française de 1936 « Un cas d’hyperkinésie généralisée » qui sembleavoir dessignesextra-pyramidaux.Lesmouvements «nesont pas, le plus souvent, des spasmes, mais plutôt dessecousses ». Le malade n'avait aucun trouble mental, l'hypertonie était minime. Le malade serait de la même famille que les cas de Hallervorden et Spatz dans lesquels, au contraire, les troubles hypertoniques. prédominaient sur l'hyperkinésie. Il y aurait tous les intermédiaires dans les rapports réciproques des deux ordres de troubles. La maladie de Hallervorden-Spatz a, comme substratum, une « dégénérescence progressive du globe pee et de la substance réticulée du locus niger. »
De toute façon, on s'éloigne des hyperkinésies catatoniques, où les mouvements sont d'allure beaucoup plus normale, et où le psychisme est immédiatement engagé. :