‹ DE LA CATATIONIE ET DE LA DÉMENCE PRÉCOCE consécutives à l'Encéphalite épidémiqueChapitre 12 sur 29 · RAIDEUR CATATONIQUE ET RIGIDITÉ EXTRA-PYRAMIDALE · texte numérisé non relu

RAIDEUR CATATONIQUE ET RIGIDITÉ EXTRA-PYRAMIDALE

La raideur catatonique peut prêter à équivoque avec la rigidité extra-pyramidale. Cependant elle en diffère notablement. On peut dre d’abord que « contrairement aux contractures pyramidales,. ou extra-pyramidales décrites en neurologie, la rigidité des catatoniques ne présente pas une disposition topographique fixe, mais elle varie sans cesse suivant les positions adoptées par le malade. (Cependant il ne faudrait pas croire que la rigidité subisse des variations fixes et constantes du fait de l'attitude ; bien au contraire il n'existe pas de syntonies d’aulomatisme telles ‘qu’en

pourrait provoquer la station verticale par exemple ») (Baruk) (1).

D'autre part, si l’on cherche par exemple à étendre l'avant-bras, on éprouve une résistance extrêmement intense, qui va s’exagérant de plus en plus et présente les caractères d’une résistance active. En effet, elle s'exerce par de véritables ressauts : de temps en temps il semble que le bras cède quelque peu à la pression, mais immédiatement réapparaît une contraction active qui le replace dans la position primitive. (Fausse roue dentée.) « Il en est de même dans la station debout, le malade s’arc-boute dans sa position et s'oppose à tous mouvements; ses pieds se fixent au sol, tout le corps se fléchit, la physionomie est alors contractée au maximun et exprime un effort violent. »

« La rigidité des catatoniques est-elle, comme celle des parkinsonniens, une hypertonie posturéo-réflexe ? » On sait que, chez le sujet normal, la flexion dorsale du pied s'accompagne d’un soulèvement court et transitoire du tendon du jambier antérieur, soulèvement qui se traduit graphiquement par une courbe en général d'aspect parabolique. — Chez le parkinsonnien, au contraire, le soulèvement du tendon du jambier antérieur dans les mêmes conditions est extrêmement prolongé et parfois presque indéfini, ce qui se traduit sur les courbes par une ascension suivie d’une ligne droite prolongée ou à descente très retardée (On conçoit que cette lenteur extrême de la décontraction posturale puisse constituer un véritable barrage moteur). L'injection sous-cutanée chez les parkinsonniens de 1 mmgr. à 1 mmgr.25 de bromhydrate de scopolamine fait non seulement disparaitre l'exagération des réflexes de posture, mais encore provoque leur abolition complète dans un délai moyen de trois quarts d'heure, cependant que simultanément décroit la rigidité. Or, chez les catatoniques, les phénomènes observés tant en ce qui concerne l'aspect des réflexes de posture que leurs rapports avec la rigidité musculaire, sont bien différents. « Premièrement, chez un même catatonique la durée pendant laquelle le tendon du

(4) Mir-Sepassy, appliquant la recherche du test du poignet en attitudes diverses suivant la technique utilisée chez les parkinsonniens par Froment, arrive aux conclusions suivantes :

1° La rigidité catatonique se révèle essentiellement capricieuse et inconstante. Elle apparaît. disparaît sans motif apparent, sans subir nullement les répercussions des modifications et des variations de l'équilibre statique. Dans les mêmes conditions et la même position, on constata tantôt une rigidité intense etinvincible et tantôt une souplesse remarquable qui contraste complètement avec la rigidité antérieurement Ron La rigidité catatonique n’est donc nullement de type dystasique. Elle se révèle totalement indépendante du mécanisme de la régulation statique. Elle diffère objectivement, à tous égards, de la rigidité parkinsonnienne.

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jambier antérieur reste soulevé est, bien que prolongée, variable d’un moment à l’autre, et cette variabilité ne se retrouve nullement chez un parkinsonien (1). Par ailleurs; Delmas-Marsalet, sous le nom de phénomène des échelons, a décrit un relâchement progressif par paliers du jambier antérieur d’un dément précoce, contracté par un intense réflexe de posture, chaque échelon répondait à une manœuvre détournant l'attention du malade. Tout cela « laisse soupconner la superposition à la contraction réflexe d'un phénomène d'ordre psychique prenant l'apparence de la contraction volontaire ». (Baruk.) Deuxièmement «Nous avons pratiqué, dit Baruk; chez des malades en pleine catatonie, une injection sous-cutanée de 1 mmgr.25 de scopolamine, et nous avons inscrit, de dix minutes en dix minutes, les réflexes de posture locaux ; au bout de trois quarts d'heure, ceux-ci, comme il est de règle, ont complètement disparu. Malgré cela l’état catatonique (raideur) persiste sans aucune modification. Des constatations identiques ont d’ailleurs été faites par Delmas-Marsalet. Cette expérience montre donc bien qu'il existe en pareil cas une dissociation entre le facteur postural et le facteur catatonique, et qu'il est nécessaire, pour expliquer la catatonie, de juxtaposer à l'élément postural un facteur psychique approprié. »

Etudiant les contractions musculaires d’allure automatique des catatoniques (« Anticipation des mouvements passifs, accompagnement des mouvements passifs ») à l’aide d’enregistrements électromyographiques, Baruk et Mile Nouel les ont considéré comme très différentes des réflexes de posture ou des réactions musculaires plastiques. Il y a un rythme beaucoup plus rapide des courants d'action, rythme rappelant celui de la contraction volontaire. Toutefois ces manifestations se différencient de la contraction volontaire par leur caractère aveugle, non adapté, le moment d'apparition des courants d'action, etc. Ce sont des réactions psychomotrices (2).

Troisièmement, « La diversion psychique fait cesser le phénomène catatonique, mais à condition d'être sans cesse variée ». Les phénomènes catatoniques semblent donc, pour se produire, nécessiter un certain degré d'engourdissement, d’inhibition corticale. |

(1) Mêmes remarques quant à la comparaison du phénomène de Gordon et Weil dans les chorées et du signe de Maillard dans la catatonie.

.(2) Par exemple Mir-Sepassy, contrairement à Ellenberger, croit pouvoir éliminer l'influence de l'affectivité dans le changement gt les variations de la rigidité (Rigidité catatonique et rigidité extra-pyramidale, ce qui objectivement les oppose ». Congrès des aliénistes et neurologistes de langue française, Lausanne 1936).

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« Contrairement aux autres rigidités la catatonie semble pouvoir subsister durant le sommeil habituel de la nuit. Bien plus, il semble que, dans certains cas, la période du sommeil semble nettement favoriser l’apparition de la catatonie. Nous avions déjà remarqué depuis longtemps que certaines catatonies, à leur phase toute initiale, n’attirent l’attention qu’à la limite des périodes de sommeil. » (Baruk.) — Baruk a également observé avec Albane une malade chez laquelle la catatonie suivait exactement le rythme du sommeil. Tinel et Baruk ont signalé (A. M. P. 1931) comme caractéristiques dans la catatonie la lenteur au pouls, l’hypotension artérielle, l'amplitude considérable des battements artériels, une exagération du R. O. C.et une diminution du réflexe solaire. Ils ont rapproché ce syndrome de l’état de sommeil. Le catatonique, selon Gullota, n’est pas un sujet parfaitement réveillé. On pourrait encore consulter sur ce chapitre Salmon: Le facteur diencéphalique dans le mécanisme des crises catatoniques ». Revue neurologique, 1939, t. 2, p. 394 dont nous extrayons ici le passage suivant : « La valeur du facteur diencéphalique dans la pathogénie des phénomènes catatoniques et des phénomènes cataplectiques trouve sa meilleure confirmation dons les expériences pratiquées par Ken Kuré et ses élèves. Ces auteurs ont pu démontrer la présence dans la région diencéphalique d’un centre végétatif parasympathique ayant une action régulatrice sur le tonus musculaire, en particulier sur le tonus plastique, un centre tonique destiné à la conservation des attitudes. »

Quatrièmement, les altérations chronaxiques sont différentes chez les parkinsonniens et les catatoniques. Chez les catatoniques il y aussi des modifications très importantes dans les muscles contracturés, alors que ni l’immobilité, ni la contracture volontaire d'un muscle ne modifient sa chronaxie. Bourguignon rapproche ces modifications des variations transitoires qu’il a observées dans différentes modifications humorales ou physico-chimiques, comme la tétanie, etc..., qui réaliseraient momentanément des troubles de l’excitabilité des centres analogues à ceux des lésions anatomiques, mais plus superficielles et par suite transitoires. Baruk conclue que malgré « leur caractère psychique, malgré leur apparence volontaire, les troubles catatoniques ne se comportent pas comme des manifestations réellement voulues, et qu’elles paraissent bien liées à des perturbations physielogique du système nerveux. »

Danslessyndromes parkinsonniens post-encéphaliques anciens, et les maladies de Parkinson non encéphalitiques, les muscles rigides ont leur chronaxie diminuée, les antagonistes ayant leurs chronaxies normales, ou légèrement augmentées s'ils sont hypotoniques.

Chez les encéphalitiques récents les choses sont tout à fait difiérentes, les chronaxies musculaires sont très augmentées, plus ou moins suivant qu’elles: accompagnent une contraction restée normale ou une contraction galvanotonique ou myotonique. C’est de ce groupe que semblent se rapprocher les troubles chronaxiques des catatonies, variant d’un moment à l’autre, mais allant dans le sens de l’augmentation. Chez le malade de Trétiakoff et Brémer, présentant un syn-

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dromé parkinsonien et un syndrome catatonique, l’examen pratiqué par Bourguignon trois mois après le début de l’encéphalite a montré que certains muscles avaient une grande chronaxie atteignant les valeurs observées dans. les cas récents, par contre, les chronaxies étaient diminuées dans les muscles les plus hypertoniques, comme dans les cas anciens. Nous ne pouvons ici nous empêcher de rappeler l’hypothèse autrefois émise par Lundborg, rapprochant les phénomènes catatoniques de la myotonie congénitale de Thomsen. dans laquelle selon lui on pourrait observer un négativisme rudimentaire (impossibilité pour le malade d'exécuter un ordre, lorsqu'il est observé) et également du maniérisme ébauché (en société, d’après Thomsen, le myotonique ne peut accomplir un acte simple sans une série de combinaisons motrices bizarres). Clovis Vincent et Hugueneau (Revue neurologique, 1921. p. 705) ont remarqué chez certains sujets post-encéphaliques « en devenir parkinsonnien » et chez des Parkinsonniens une contracture musculaire persistant longtemps après que l’excitation (courant faradique ou mouvement volontaire) a cessé. Mais, disent-ils, ce phénomène cesse si on cocaïne le nerf. «Le phénomène mytonique de la maladie de Parkinson serait donc d’origine centrale alors que celui de la maladie de -Thomsen serait purement musculaire... (Lhermitte et Cornil: Etude clinique de la maladie de Parkinson et des syndromes Parkinsonniens du vieillard).

‘Pour Foix et Thévenard les réflexes de posture ne seraient pas exagérés dans la maladie de Thomsen.

Quoi qu'il en soit, il apparaît des communications de Bourguignon que c’est aux encéphalitiques récents (dont on sait la diffusion et le peu de focalisation des lésions) que ressemble la catatonie quant aux chronaxies. Sauf toutefois dans la communication du 10 mai 1927 à l’Académie de Médecine, avec Baruk : « La chronaxie dans la D. P. » où les cartes sont brouillées de telle sorte que Guiraud -peutentirer un argument pour sa « composante extra-pyramidale de la catatonie».

: Chez les Parkinsonniens le «phénomène de la poussée » est souvent aboli et toujours modifié dans le sens de la diminution (La démonstration se fait de façon absolue chez tout hémi-parkinsonnien). Chez les catatoniques au contraire, le phénomène de la poussée est absolument normal. Par ailleurs, on n’a jamais trouvé jusqu'à présent d'hémi-catatonie.

Baruk n'a jamais constaté, au cours de la catatonie, de réflexes de Magnus et Kleyn, comme on peut en observer dans certaines lésions méso-diencéphaliques.

On fait apparaître des signes pyramidaux chez les catatoniques plutôt par le somnifène, che les parkinsonniens uniquement par Ja scopolamine. L'épreuve au somnifène occasionne chez les parkinsoniens une narcose banale avec résolution musculaire. Chez les catatoniques, on constate € une tendance à la dissociation et à la libération d’automatismes moteurs de complexité variable », et « des troubles PHARAIIQUES » (exagération du réflexe pilo- moteur, crises de toux) (Baruk).

Le syndrome catatonique disparaît en général au moins: d'urie

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façon transitoire sous l’action de quelques électro-chocs, . alors que le syndrome parkinsonnien n’est absolument pas influencé par celte thérapeutique. Mais cela indique plutôt une moindre organisation des lésions que leur localisation différente.

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