‹ De la categorie des modesChapitre 10 sur 13 · PREMIÈRE DIVISION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE DIVISION

Idée générale des divers moyens d'expression

A. Modes exprimant la relation de pensée à pensée (de proposition à proposition) ,

Les systèmes d'expression de ces modes sont au nombre de trois, quant aux modes subjectifs, absolus, ou objectifs concrets, au nombre d'un seul seulement quant aux modes objectifs concrets. Commençons par ces derniers.

a) Modes objectifs cona^ets.

Il s'agit dans ces modes de la relation conjonctive^ ou dis-

jonctire, mais non subjonctive. La formule est ici : pensée =

pensée ; proposition == p7^oposition,

} L'expression modale consiste dans l'indicatif, mais l'indicatif

\ n'est pas un mode, mais l'absence de mode, donc ne suffit pas.

Il faut une expression très variée, car deux propositions se

subordonnent seulement de deux ou trois manières différentes,

mais se coordonnent de mille manières, soit dans le temps ^

soit dans Tespace, soit dans l'intensité etc. : avant que, pendant que, après que, lorsque, où, â!où, quand, ainsi que, etc.

De là toute la série des conjonctions qui jouent ici le même rôle que celui que jouent les prépositions et les postpositions dans la relation de mot à proposition.

Pour les modes objectifs-concrets, il ny a donc pas l'exprèssien psychologique , ni l'expression phonétique que nous trouverons concourir dans les autres modes ; il n'existe que l'expression par la conjonction qui est un mot vide.

Ce n'est pas tout, tous les mots vides ne servent pas à exprimer le mode objectif concret.

Nous avons vu ailleurs qu'U existe deux sortes bien distinctes de mots vides : 1° le mot vide dont l'origine vient d'un mot attributif qui a peu à peu perdu ce sens pour prendre celui de simple relation, dont la teneur consiste en une syllabe entière, une voyelle et une consonne, et qui ne se fond que très difficilement avec le mot plein avec lequel il ne forme qu'union d'agglutination et non de flexion, "2^ le mot vide dont l'origine est pronominale ou adverbiale, en empruntant dans ce dernier cas les adverbes non de situation, mais de mouvement, qui n'ont par conséquent jamais eu de sens attributif, dont la teneur consiste en une simple voyelle ou dans une syllabe très courte, flexible, se soudant avec le mot plein jusqu'à se faire absorber par lui. L'un de ces mots vides a créé dans les substantifs l'agglutination, l'autre la flexion ; l'un y a exprimé les cas objectifs concrets, les cas locatifs, l'autre les autres cas.

Ici encore ce n'est que la première sorte de ces mots vides qui a servi à exprimer le mode objectif concret, l'indicatif avec ses diverses nuances. Comme tout à l'heure la prépositionpostposition, ici la conjonction issue de la préposition locative elle-même se prépose ou se postpose au verbe, s'y agglutine même quelquefois, mais sans s'y souder, ne s'introduit jamais entre la racine et le pronom, tandis que nous verrons tout-àrheure pour les autres modes d'autres mots vides pénétrer entre le verbe et le pronom et devenir partie intégrante du thème du verbe. Il y a donc, à ce point de vue, dans la conjugaison comme dans la déclinaison tantôt agglutination, tantôt flexion.

Des exceptions se rencontrent pourtant : nous verrons que certaines langues, l'Esquimau par exemple, possèdent un véri-

table mode conjonctif, un mode par flexion, et non plus par pré- ou post- conjonction.

b) Autres modes.

Les autres modes, au contraire, emploient les trois procédés que nous allons maintenant décrire, et qui suivent généralement un ordre historique.

Avant de commencer relevons deux particularités du mode objectif abstrait^ lequel n'est autre que le conditionneL

La première particularité consiste en ce que le conditionnel emploie toujom^s dans un de ses termes, c'est-à-dire dans une de ses propositions la conjonction, comme un simple mode objectif concret. Cette conjonction est uniformément la conjonction : si. Dans l'autre proposition, au contraire, il emploie les procédés des modes subjectifs, ceux autres que la conjonction, du moins en général.

La seconde particularité consiste en ce que la marque modale sur le verbe s'imprime tantôt à la proposition principale, tantôt à celle déjà marquée par si, de sorte qu'il y a ici expression alternante. Par exception cependant, et dans les langues qui possèdent le consécutif, elle frappe à la fois les deux propositions.

Examinons maintenant les trois procédés des modes subjectifs surtout.

Expression psychologique, ou linguistiquement imparfaite Ce procédé est concret ou abstrait.

Y Expression concrète.

Elle consiste à exprimer un mode par une racine différente de celle employée pour un autre. On ne trouve pas d'exemple de changement de la racine du verbe suivant tel ou tel mode à exprimer ; mais on trouve changement de la racine ou modification profonde tout au moins du pronom personnel conjugué, ce que nous observerons en Sanscrit.

Elle consiste aussi à exprimer le mode par la racine nue, en

la dépouillant des suffixes personnels, et quelquefois de même de syllabes thématiques. C'est un moyen très archaïque qui a laissé sa trace dans le plus ancien des modes, dans l'impératif.

2^ Expression abstraite.

Cette expression consiste à indiquer la subordination résultant du mode parla simple situation respective des propositions. Au lieu de dire :je veux que tu ailles, on dit : je veux tu vas. Ce procédé s'emploie même à l'indicatif, au mode objectif concret, quand il s'agit de remplacer la conjonction : et.

L'expression par la seule position est primitive, elle disparait dans le cours de l'évolution.

Ce procédé est psychologique, parce que l'expression résulte ici de la simple disposition des pensées sans emprunter le secours de la langue ; pour le même motif il est linguistiquement imparfait.

Expression morphologique ou par Les mots vides.

Ici il s*agit des mots vides de flexion verbale, et non des conjonctions, tout d'abord, mais nous allons voir que dans l'évolution historique peu à peu les mots vides de cette première sorte s'éliminent et font place aux véritables conjonctions, d'où deux périodes.

V Période synthétique ou de mot vide flexionnel.

C'est la véritable période de règne de l'expression modale.

Un mot vide très court, de nature dite pronominale, et non attributive, vient s'insérer entre le thème du verbe et la désinence personnelle, et se fondre avec ce thème ; en Indo- Européen, c'est a pour le subjonctif, i pour l'optatif.

Aucune conjonction ne vient concourir à lexpression du subjonctif, par exemple.

2^ période analytique ou dé7ivée, ou du mot vide conjonction. Dans la période précédente, le distinction était bien marquée ;

les modes objectifs s'exprimaient par le mot vide conjonction préposé, les modes subjectifs par le mot vide f^exionnel postposé.

Maintenant le mot vide liexionnel postposé disparait peu à peu ; il ne reste plus que la conjonction préposée qui conserve son rôle, mais assume Tautre en même temps, et exprime toutes les relations modales. Cest ce qui a lieu en français pour la conjonction : que.

Cette évolution se produit en même temps que celle qui dans la déclinaison amène les prépositions à remplacer les flexions, aussi par cumul de rôle.

Expression phonétique ou proportionnelle.

On n emploie plus de mots vides. Le verbe à mettre en relation modifie un de ses phonèmes suivant la relation à exprimer. Nous avons étudié ailleurs ce procédé qui, en ce qui concerne la dérivation, est si remarquable dans les langues Sémitiques.

Mais son emploi est rare ici ; nous en trouverons cependant un exemple très curieux en Algonquin où il forme le phénomène de conjugaison connu sous le nom de changement. Il se rencontre aussi en Pongoné.

Tels sont les trois procédés dans leur ordre dévolution ; nous voyons que non-seulement on passe de lun, à Tautre, mais aussi qu a rintérieur de chacun d eux on passe du système d expression concrète ou synthétique à celui d expression abstraite ou analytique. •

Nous aurons, en outre, à observer dans chacun d eux, Y étape 7ion'for77ieUe et Y étape fô7vnelle.

Nous appelons étape non-fo^-meUe celle où il n'y a pas encore d'expression distincte pour chaque mode, et surtout celle où des concepts très différents, ceux du temps et du mode, par exemple, se confondent ; quelquefois même c'est le substantif et le verbe qui sont eux-mêmes confondus ; très longtemps, en effet, dans certaines langues, 1 infinitif n'est qu'un substantif verbal à un cas oblique.

Il faut aussi ranger dans le système non-formel la conversion

de relation de proposition à proposition en relation de mot à proposition par le que 7^etranché, V ablatif absolu ^ et le^node absolutif que nous avons décrit plus haut, en n oubliant pas que le mot : conversion ici est impropre, et que c'est au contraire, cette expression exceptionnelle qui a précédé historiquement l'expression normale. Toutes les exceptions, en eflfet, sont d'anciennes règles détruites dont on retrouve les fossiles.

Plus tard on passe à Tétape fonnelle, pendant laquelle chaque mode a sa forme distincte, et se différencie du temps, son voisin .

Enfin très souvent à cette période de distinction succède une nouvelle période de confusion ; par exemple le subjonctif disparaît comme du Védique au Sanscrit, et l'optatif en fait fonction, ou, au contraire, c'est l'optatif qui disparait, et le subjonctif en fait fonction en empruntant sa forme comme en latin. Mais souvent ce n'est qu'une apparence ; l'expression distincte synthétique disparaît, mais ce n'est que pour faire place à une nouvelle distinction analytique.

B. Modes exprimant la relation de pensée a idée

(de proposition a mot).

Il s'agit de la proposition reliée ordinairement à un autre par le pronom conjonctif.

Le pronom conjonctif joue ici exactement le même rôle que la conjonction dans la relation de proposition à proposition.

Mais est-ce le seul mode d'expression, et quelle est son origine ?

La première expression est l'expression non- formelle, c'està-dire- convertie en participe ; au lieu de dire : Y homme qui a tué, on a dit : Yho7nme ayant tué. De même, dans un autre ordre d'idées, un des génitifs sanscrits n'est qu'un adjectif.

Puis on a simplement juxtaposé la proposition au mot auquel elle se rapporte et au lieu de dire : Yhomme qui a tué sera puni, on a dit : Yhomme a tué sera puni.

Enfin on a employé le mot vide. Ce mot vide a été de deux sortes : ou le mot vide co^'onc/z/ correspond à la conjonction, ou le mot vide fleœionnel.

Le mot vide de la première sorte est le pronom relatif ou

conjonctif qui est préposé ou postposé, mais reste détaché et ne s'unit pas avec le verbe, en tout cas ne forme pas un mode. Nous examinerons tout-à-rheure son origine. Lorsqu'on l'emploie, il n'y a donc point de mode proprement dit ; on est à ce point de vue à l'indicatif, c'est-à-dire à l'absence de mode. Cependant, cela n'est pas toujours exact. Quelquefois le verbe avec pronom relatif emprante, en outre, le mode subjonctif ; c'est lorsque la relation de proposition à mol a une teinte conditionnelle ou subjonctive, c'est-à-dire abstraite ; en effet, la relation dépensée à idée reproduit toutes les nuances de celle de pensée à pensée, quoique d'une manière moins apparente, en y joignant sa différenciation spécifique. C'est ce qui a lieu en latin : talis viy\ ou is vir qui hoc sentiat, et non sentit.

Le mode vide de la seconde sorte est celui qui entre dans le verbe même et en modifie la conjugaison, ainsi que fait l'indice du subjonctif dans la relation de proposition à proposition. Il est d'emploi très rare et nous ne le relevons que dans les langues celtiques.

A-t-on employé le troisième procédé, celui d'expression phonétique ?

Oui dans les langues Algonquines sous le nom de mode positif.

Quelle est maintenant l'origine du mot vide qui exprime le plus souvent cette relation du pronom conjonctif. Il n'est point né de lui-même ; il a deux origines et dérive tantôt du pronom personnel de la 3® personne, tantôt du pronom interrogatif.

La première de ces origines est la plus fréquente. Le pronom démonstratif s'emploie comme pronom relatif, et parmi les démonstratifs on emploie tantôt celui qui désigne l'objet proche, tantôt celui qui désigne l'éloigné. Les mots qui les expriment sont presque toujours l'une de ces trois voyelles : a, m, z.

C'est le même pronom démonstratif, mais ayant pris le sens de relatif qui sert à l'expression du génitif en se préposant, et même à la relation adjective : padischah i buzurg, le roi grand ; i est un démonstratif faisant fonction de relatif.

En grec le relatif o.<; n'est autre qu'un démonstratif devenu relatif; il a la même origine que l'article o.

La seconde origine, la transformation du pronom interrogatif en pronom relatif, est très remarquable en latin, mais peutêtre y a-t-il eu passage par le pronom démonstratif.

Le quis inierrogatif ^ été pris dans le pur sens démonstratif pour signifier : quelqu'un^ puis sous la forme qui il est devenu relatif. L 'interrogatif grec tiç est bien devenu démonstratif et a signifié quelqu'un, mais il n'est devenu ensuite relatif qu en s alliant à l'autre relatif o<; : oç-tiç.

Le relatif est donc morphologiquement, comme nous le verrons, de seconde formation. Psychiquement il y a eu d'abord indépendance des propositions qui ne sont venues se subordonner que plus tard. Les deux états, morphologique et psychique, se correspondent.

Exposé et analyse des modes dans chaque groupe de

Page 1