LANGUES
Nous commencerons par les groupes les plus connus, les langues Indo-Européennes, les Chamitiques et les Sémitiques, les Ouralo-Altaïques.
P"* Langues Indo-Européennes :
A. Relation de proposition à proposition,
a) Modes relatifs.
F Sanscrit.
Le Sanscrit ne distingue pas parfaitement l'idée du temps de ridée du mode. Chaque mode ne se multiplie pas par chaque temps. Cependant cette distinction existe, et les trois temps absolus^ Yaoristique, le duratifet le parfait ont leurs représentants au subjonctif et à l'optatif aussi bien qu'à l'indicatif ; il en est de même de plusieurs des temps subjectifs.
Cette langue possède les modes suivants : V l'indicatif^ 2"* l'impératif, 3"" l'optatif, 4"" le subjonctif. Mais le subjonctif * disparait de bonne heure, et l'optatif ou Tindicatif en fait fonction. Le conditionnel n'existe pas morphologiquement.
Ces modes s'expriment F par un mot vide s'incorporant au verbe, analogue à la désinence flexionnelle, 2*" par des conjonctions, 3° par une différenciation du pronom personnel suffixe.
Le mode objectif concret, comme dans toutes les langues
s exprime par des conjonctions, l'indicatif n étant pas à proprement parler un mode, mais l'absence d'un mode.
L'impératif s exprime par des pronoms personnels spéciaux qui sont à l'actif : singulier : dhi, di, t-u, pluriel ta^ nt-u ; duel — ta7n, tâm, distincts de ceux de l'indicatif qui sont aux mêmes personnes : sing. si, ti, plur. tlm, ntiy duel : thas, tas, il s'exprime au moyen aussi par des pronoms personnels spéciaux qui sont sing. swa, tâm ; plur. dhwam, ntdm ; duel : thâm, tâm, au lieu des pronoms de l'indicatif de la même voix qui sont : sing. se, të ; pi. dhwê, ntê ; duel : thë, tê.
Le subjonctif-conjonctif s'exprime par le mot vide : a qui, si le thème finit par un a, se contracte avec lui et donne a. De plus, à la première personne du singulier, suffixe personnel spécial : à l'actif â-ni, au moyen ai.
L'optatif s'exprime par le mot vide : y a, qui se contracte souvent en i, lequel peut à son tour se contracter avec la dernière voyelle du thème en ë. Il ne se distingue de l'indicatif quant à la forme des pronoms personnels suffixes qu'en ce que la forme des pronoms personnels n'est à tous les temps de l'optatif que celle usitée à l'aoriste de l'indicatif, que celles usitées au présent et au parfait de l'indicatif n'ont pas d'emploi aux mêmes temps de l'optatif.
Le vieux Bactrien suit exactement sur ces points les règles du Sanscrit.
Quelle est l'origine des deux mots vides : a, caractéristique de subjonctif, et ya, caractéristique de l'optatif? Elle est inconnue. Cependant on peut rattacher : ya au verbe ya, aller ; ce serait une expression du mode par un verbe auxiliaire, de même qu'on a exprimé le futur par l'auxiliaire : as, être.
Quant à a, il faut remarquer que c'est une syllabe de dérivation, le plus puissant instrument de la formation des mots. Ici encore le suffixe de dérivation est devenu un suffixe de flexion.
2° le Grec.
Le Grec suit les règles du Sanscrit, mais il possède à la fois le subjonctif et l'optatif.
C'est dans sa conjugaison thématique que les indices des modes se détachent le mieux ; il faut remarquer que l'a sanscrit
en grec est un e ou un o. Uindice du subjonctif est o, lequel se contracte avec Yo thématique : Xu-w Xu-ti;, Xu-wjjlev, Xu-wçu L'indice de l'optatif est i : Xu-o-t-(jLt, Xu-o-i-;, Xu-o-t.
L'impératif se distingue par la même série spéciale de pronoms personnels qu'en Sanscrit : tftt, t-xu) ; cependant dans les verbes thématiques la 2® personne est le thème pur, sans suffixe : Xu-e.
3^ V Arménien.
L'Arménien, comme les autres langues que nous allons examiner, ne conserve que des débris des temps et des modes de l'aryaque pïoethnique.
Il a perdu le subjonctif et l'optatif.
Il ne lui reste plus que Timpératif, le plus résistant de tous les modes.
4** le Latin.
Le latin possède les trois modes : impératif, subjonctif et optatif.
Mais le subjonctif primitif ne fonctionne plus comme tel, il est devenu un futur : ero\ er4s, er-i-t, leg-a-m^ leg-a-s, leg-a-t, son a caractéristique est un o ou e suivant la règle générale des langues Indo-Européennes.
De même l'optatif présent primitif ne fonctionne plus comme tel, mais fonctionne comme subjonctif svn === siem «= indien S'jà-m ; sis, sit, simus etc. ; am-em = am-a-i-m, âmes, amet\ leges = leg-a-i-s ; legel = leg-a-i-t ; cet optatif présent fonctionne aussi comme futur : leg-e-s, leg-e-t, leg-e-mus, etc.
Enfin l'impératif à la deuxième personne du singulier consiste dans le thème nu, comme en Grec, et aux autres personnes conserve les suffixes personnels propres à l'impératif.
Nous ne mentionnerons pas ici, pas plus que pour le Sanscrit et le Grec les temps composés qui ne touchent en rien à l'indice modal et n'affectent que le temps. Mais le latin, au point de vue modal, possède plusieurs formations nouvelles.
Le subjonctif de l'imparfait, du parfait et du plus-que-parfait sont des formations nouvelles.
Le subjonctif imparfait : ama-rem, doce-rem, lege-rem, pour ania-siem, doce-siem, lege-siem dérive d'un indicatif corres-
pondant : ama-ram, doce-ram, lege-ram qui a disparu repoussé par d'autres formes : amo-bam, doce-ba^n^ lege-bam ■; cette flexion ram de l'indicatif est l'adjonction du verbe : être ; on y joint au subjonctif l'indice optatif de ce mode : t.
Le subjonctif parfait : momorderim, cecinerim est l'optatif du parfait-aoriste ;
^ Le plus- que-parfait subjonctif : momord-is-sem^ cecin-is-se^n est l'optatif du parfait du verbe : être se composant comme auxiliaire avec le verbe attributif.
Le subjonctif imparfait et le plus-que-parfait font fonction de conditionnel.
5° le VieuX'Slavon.
Cette langue conserve l'optatif mais seulement avec une forme unique applicable à tous les temps, et qui est celle du présent.
Elle a perdu le subjonctif.
Elle a perdu l'impératif qui est remplacé par Toptatif .
Le conditionnel s'exprime par le participe parfait actif en Zw, réuni à l'aoriste du verbe auxiliaire bu, être.
6° le Lithuanien.
Le Lithuanien possède l'optatif niais seulement au présent et à la 3® personne ; il l'exprime périphrastiquement au moyen de la préposition de la particule permissive : te.
Il a perdu le subjonctif et l'impératif.
Il s'est créé un optatif nouveau, mais dans une fonction de conditionnel, en composant l'infinitif en : um avec l'optatif du verbe : bu, être, composition dans laquelle cette racine perd Yu : biau, biai, bime, bite ; exemple : suktum biau, puis suktjau, puis sukczau, je tournerais.
T le Gothique.
Le Gothique possède l'optatif lequel fait fonction de subjonctif, avec son indice habituel : i ; ligau, Ug-a-i-s, lig-a-i ; a est la voyelle thématique, i l'indice d'optatif.
Aucun mode ne fait plus fonction d'optatif.
Ce subjonctif, forme d'optatif, ne possède pas seulement le présent, mais aussi le parfait : lëg-ja-u, lëg-ei-s, lêg-i.
Le Gothique se forme un optatif parfait composé en ajoutant son indice à l'optatif parfait de l'indicatif lequel emploie Tauxiliaire, da : Ex. fiskô-dëd-j-au ; fiskô-dëd-eis ,
S"" le Celtique.
Le Celtique ne conserve des anciennes formes aucun mode.
Mais il possède parmi ses formations nouvelles un futur 2® lequel fait fonction de subjonctif et a la caractéristique s venue du verbe être : tia-su, tési^ téi-s, té-s-me, té-s-te, té-s-it de tiagaim, je viens. Ce iutur 2® vient de Toptatif comme en latin, et retourne ainsi à son ancienne fonction.
De ce futur second en s : tia-su et d'un futur premier en f : car-fa, le Celtique se dérive un conditionnel : car-f-inn et tias-ainn, tia-s-ta.
Il conserve de plus le subjonctif ancien, mais seulement au singulier ; le pluriel se confond avec celui de l'indicatif. Voici la différence entre les deux dans la forme absolue : indicatif V berimm, 2° beri, 3° berid ; subj. P bera, Z" be?'e, 3"" berid, et dans la forme jointe, indicatif, F do biur, 2^ do bh\ S"" do beir, .subj. Y do ber, 2*" do bere, 3"" do bera.
Le Celtique possède l'impératif dont voici la forme : 2° béir, bir, berthe, 3^ berad, pluriel : F beram, 2^ berid, 3° berat.
Une particule très importante en celtique ro se prépose souvent aux verbes, et a des effets tant morphologiques que psychiques ; en effet, d'un côté, elle fait adopter la forme jointe au lieu de la forme absolue, c'est-à-dire qu'elle abrège la forme verbale, en déplaçant son centre de gravité, détruit sa désinence, mais en même temps la fait entrer très souvent dans l'intérieur de la racine verbale : 7^0 beir au lieu de berid ; d'autre côté elle modifie le sens temporal ou modal. C'est ainsi que quant aux modes elle donne au subjonctif présent le sens du futur parfait latin, et au subjonctif le sens de l'impératif ou de l'optatif : 7^0 be, qu'il soit. C'est ainsi que l'optatif peut en Celtique trouver son expression.
Langttes dérivées.
Les langues indo-germaniques dérivées sont les néo-latines y les néo-germaniques y les néo-indiennes et persanes, les néO" celtiques ; nous n'avons pas l'intention d'entrer dans le détail, mais d'exposer par quelques exemples les innovations qu'elles ont faites dans l'expression des temps.
Commençons par les néo-ktines, et observons-les dans le français.
Deux principes concourent à la formation dans cette langue des temps nouveaux et à l'expression des modes : P l'emploi des verbes auxiliaires, 2^ l'emploi des conjonctions.
L'emploi des auxiliaires forme de nombreux temps surcomposés ; il se fait de deux manières : F par un verbe auxiliaire formant composition et suflSxation, 2"" par un verbe auxiliaire détaché analytiquement et préposé.
C'est ainsi que le futur est une formation propre au français et consiste dans l'infinitif du verbe composé avec l'auxiliaire avoir ; ce fait est bien connu ; j/ximerai = Je aimer-ai ; f aurai = Je avr-ai. Le futur s'exprime aussi analytiquement : je veux on je dois aimer, ^omvj aimerai.
De même en ce qui concerne les modes. Par la composition synthétique de l'infinitif avec la désinence de l'imparfait ais, ais, ait = abam, abas abat, le français donne pour la première fois une expression morphologique au conditionnel : ^aime- 7'ais ^OMV ] aimer-ais = abam. La surcomposition donne même un conditionnel passé : ] aurais aimé = ^avr-ais aimé.
Le français obtient un optatif par l'autre emploi de 1 auxiliaire, Yemploi analytique et préposant : puis^é-je venir, plût à Dieu que tu vinsses.
Quant au subjonctif, il cumule deux modes d'expression ; d'abord il conserve des débris de la conjugaison latine, mais ces débris disparaissent au présent singulier dans certaines conjugaisons, et ne conservent au pluriel qu'un simple mouillement : aimons, aimions ; aimez, aimiez. Il faut donc les corroborer, ce que fait le français conformément à son génie ana^ lytique ; il exprime son subjonctif en préposant la conjonction : que ; en cela il suit dans sa conjugaison une marche parallèle à celle qu'il a suivie dans sa déclinaison par l'emploi de sa préposition. Dans les débris de désinence personnelle qu'il conservç,
il est à remarquer que dans les 2®, 3® et 4® conjugaisons où en latin la forme désinentielle est plus pleine au subjonctif qu'à l'indicatif, le français a aussi une forme plus pleine au subjonctif : legO'legis, legam-legas^je lis, que je lise ; reddo-reddis , reddam-reddasyje rends, tu 7^ends, que je rende, que tu rendes ; finis, finias — tu finis, que tu finisses. C'est une simple décomposition morphologique.
Reste l'impératif ; comme en latin la 2® personne du singulier s'y exprime par le thème pur ; le reste est emprunté à l'indicatif, a perdu ses désinences propres ; mais une nouvelle différenciation est née ; à l'indicatif le français double ses désinences personnelles affaiblies d'un pronom exprimé une seconde fois analytiquement ; cette répétition analytique n'a pas lieu à l'impératif.
Les autres langues néo-latines opèrent à peu près comme le français. Il y a cependant quelques divergences.
En Roumain, en général, le subjonctif est presque identique à l'indicatif ; il y a eu presque assimilation ; à la première conjugaison la troisième personne seule diffère. Cette langue ne s'est pas créé un conditionnel présent au moyen de l'auxiliaire avoir, mais tantôt elle a préposé, tantôt elle a suffixe synthétiquement cet auxiliaire : ash leûda ou leûdarash.
Les langues néo-germaniques se sont créé au moyen de l'auxiliaire dans Tordre des temps un futur, dans Tordre des modes un conditionnel, et elles ont rattaché ce conditionnel à ce futur, comme temps secondaire. En allemand moderne futur : ich werde lieben ; conditionnel ich wilrde lieben ; en anglais, fiitur : Il will love, I shall love, conditionnel : / would love, I should love. Ainsi dans la création d'une expression morphologique pour ce mode, on n'a pu détacher entièrement encore l'idée de mode de celle de temps ; les langues romanes y ont mieux réussi avec leur conditionnel synthétique. Quant au subjonctif, elles ont joint aux désinences affaiblies du germanique proethnique, désinences plus pleines que celles de l'indicatif, mais qui tendent à s'y identifier, la conjonction : dass, that, que.
Les langues néo slaves ont décidément établi leur conditionnel périphastique ci-dessus décrit : ia hyl by, ]e serais. Leur subjonctif a complètement disparu au point de vue des désinences, il ne s'exprime plus que par la conjonction : tchto, fchtoby, que.
Les langues néo-indiennes, et le néo -persan ainsi que TOssète ont suivi les mêmes errements. En Bengali, il n'y a plus de subjonctif, le conditionnel se confond avec l'aoriste ; il n'y a plus réellement de mode que Timpératif. L'Oriya a perdu aussi tous les modes, mais cependant se forme un conditionnel particulier : mw ochhi, je suis ; mu thànti, je serais ; l'impératif conserve aussi, à toutes les personnes, une forme qui se détache bien. Le Maratha possède tous les temps du subjonctif optatif avec une désinence spéciale pour le présent, l'introduction d'un i dans celle du passé. De plus il prépose la conjonction : ge.
Le Persan moderne se crée un conditionnel périphrastique dépendant morphologiquement de son futur, comme les langues néo-germaniques ; il efface son subjonctif. L'Ossète enfin qui n'a pas remplacé le futur primitif par un futur périphrastique ne s est pas créé de conditionnel, mais il a conservé un subjonctif tout-à-fait distinct de l'indicatif : œz filssiin, j'écris, dit filssûSy uj fiissûj ; subjonctif : oej fussiriy dit fûssis, uj fûssid. L'impératif a aussi des désinences tranchées, et en outre se distingue de l'indicatif et du subjonctif, en ce que les pronoms personnels répétés pléonastiquement sont postposés, au lieu d'être préposés.
Les langues néo-celtiques dans leur branche gaélique ont laissé tomber le subjonctif, d'ailleurs la flexion s appauvrit presque partout, elle s'efface entièrement en Mannois. Il ne s'est pas formé de conditionnel. L'impératif est le radical nu. Dans les dialectes britanniques, le subjonctifet l'optatif se combinent comme forme pour produire le futur ; on voit apparaître un conditionnel. Enfin le subjonctif s'est conservé. En Celto-breton obeVy faire ; indicatif : ran, rez, ra ; conditionnel raen, raez, raé lequel n'a comme en latin que l'imparfait du subjonctif, subj. présent : ra (que) rinn, ra r?, ra raiô, subj. imparf. ra raenn, ra raez, ra raé ; impératif gra, g7^aet ; mais il faut remarquer que le subjonctif présent n'est que le futur rinn, rî, rais auquel on a préposé la conjonction : ra ; que l'imparfait du subjonctif n'est que le conditionnel, et qu'il serait plus exact de dire que le celto-breton n'a conservé que la forme de l'optatif subjonctif, que le sens du futur et du conditionnel, et que pour restituer à ces derniers le sens du subjonctif, on ne peut plus que préposer la conjonction.
Aucune des langues dérivées n a ressuscité l'optatif.
Un grand nonibre ont créé une forme morphologique pour le conditionnel.
Presque toutes ont conservé une certaine difierenciation entre le subjonctif et l'indicatif, différenciation tendant cependant à disparaître, et nécessitant l'emploi de la conjonction ; dans cette différenciation on reconnaît les traces des indices a et i de l'optatif et du subjonctif et en tout cas on remarque une désinence plus longue.
b) Modes absolus.
Les modes absolus sont : Yinfinitif^ le participe, le gérondif. Nous ne parlerons pas de leur emploi anormal comme modes relatifs, ce qui rentre dans la syntaxe ou le concept psychique.
Mais nous verrons que morphologiquement on a fait contribuer aussi les modes absolus à l'expression des modes relatifs.
r En sanscrit.
Le Participe,
Ce mode est très complet et se multiplie par presque tous les temps et toutes les voix (actif, passif, moyen).
A l'actif, les deux suflSxes employés sont 1^ nt, 2"^ wâs {wat, tes).
Le/SuflSxe nt est l'indice du présent, il est aussi celui du futur si on y préfixe l'auxiliaire is-ja ; le sufiixe nt se réduit à t aux cas faibles.
Ce suffixe wâs est l'indice du parfait.
Au passif, les deux suffixes employés sont : ta et na pour le parfait, a,ja, suffixes ajoutés aux noms d'action en a, ti, tu, et ana, pour le futur, d'où : ja-ti-a, tu-a, taw-ja, an-ija, an-ja et plus tard Ja, taw-ja et anija.
Au moyen, le suffixe est mana, d'où dérivent ana et ma.
Quelles sont les origines de ces suffixes ? Ce sont des suffixes de dérivation, lesquels changeant de fonction, sont devenus des suffixes adjectifs appliqués à des noms verbaux pour en faire des participes.
Ils n'ont point eu rapport dès lorigine à tel ou tel temps, à tel ou tel mode, mais se sont peu à peu spécialisés et polarisés.
Vinfinitif.
A l'actif, d'abord formes nombreuses dérivant de différents cas de différents noms verbaux. Le nom verbal le plus fréquemment employé est celui en tu^ qui fournit à l'infinitif son accusatif en tu-m, son datif : taw-ê, iaw-ai^ son génitif-ablatif: tôs. Ensuite viennent les noms verbaux en as, datif as-ê ; en man, dat. manêy en wan^ datif: wan-ê ; en ti, datif tcy-ê tj-âi. Le nom verbal en tu finit par éliminer les autres.
Au moyen, le suffixe est a-dhjaj, datif du suffixe féminin a-dhi, mais cet infinitif disparaît dans le sanscrit classique.
Le mode àbsolutif et gérondif .
Ce mode dont nous avons décrit la nature psychique et qui a été remplacé dans les autres langues par le gérondif est Y instrumental d'un thème en /w, ti, ou en Ja, qui devient ainsi : twâ, etjâ.
2? Dans les autres langues Indo-Européennes, non dérivées.
Le Pa^^ticipe.
A l'actif, toutes les langues reproduisent l'indice t, nt du sanscrit: vieux bactrien bar-a-nt, grec «sp-o-vT fém. <pepoj;a pour «psp-o-vT^/a, latin fer-e-ns pour fer-e-nt ; vieux slavon ôero-nt, lithuanien suk-a-nt, gothique gib-a-nt.
Elles reproduisent aussi le suffixe wâs. Vieux bactrien wà72h, grec : Xe-Xu-x-FoT, vieux slavon : pek-u pour pek-us ; quelquefois élargissement par un second suffixe :ja, aux cas obliques pekusha^ lithuanien v^-ja : buv-us-ja, gothique, us-ja. Mais cette forme manque au latin .
Le slave a une formation nouvelle : un participe parfait actif en lu : pek-lu, nes-lu. Ce suffixe est le suffixe de dérivation la, ra, qui prend cette nouvelle fonction.
Au passif, le vieux Bactrien adopte ta, le latin tu-s ; le vieux
slâvon tu et nu à la fois ; le Lithuanien tas, le gothique à la fois ann et ta. Le grec ne possède pas ces suffixes.
Quant au suffixe du participe futur passif en Ja, tu/i, taw-ja etc. il se retrouve en grec sous la forme TeFo-; = reF/o;. Le Lithuanien y substitue : tina.
Au moyen le vieux Bactrien possède, âna, arma, le grec {jievoç, le vieux slavon mu avec' un sens passif, le lithuanien mas, le gothique ana et le suffixe ta avec un sens passif. Le latin perd cette forme et ne la conserve qu'exceptionnellement, en transportant sa fonction dans ama-mini, doùe-mini.
En vieil Irlandais le participe parfait passif s'exprime par les suffixes : te {ta) et the, rfe ; et le participe de nécessité ou participe futur par ti, dhi, di,
L'Infinitif.
A l'actif le vieux Bactrien perd le nom verbal : tu et ses dérivés ; il emploie les divers cas des suffixes de dérivation correspondant au sanscrit as, mnn, etc., savoir : anh-ê, m^m-ê, wan-oi. Le vieux-persan possède tanaij, locatif de tana : 805tanaiz = à dire. Le Persan moderne en fait l'indice infinitif : tan, dan.
En Grec l'infinitif est soit le datif, soit Tablatif de thèmes verbaux en man, wan\ e5-|xeva'., Ti-OTi-fxev-at, ay-e-|jLev (où l'indice locatif : ai s'est perdu) ; Souvat = 80-Fev-at. De Fevai est dérivé
evat, puis vai et ailleurs Fev : Xs-Xu-x-ev-ai ; 8t-8o-v-at ; çep-stv = ©epe-Fev.
En Latin, d'un côté tum et tu, auxquels on donne le nom de supin ; le premier est un accusatif, le second un instrumental ; d'autre côté, ê, asê ; l'infinitif des verbes dérivés est : ê, celui des verbes dérivés : as-ê : legi pour lég-ê, amari pour amxire, pour -am-asê ; puis la seconde forme chasse la première ; legi pour lege, devient légère. Un passif s'en formé en ajoutant : er comme aux modes personnels wr, d'où legier, amari-er, doceri-er.
En vieux-slavon, deux formes, celle en tu, et une autre en ti : ves'ti, porter ; kle-tu, maudire.
En Lithuanien, forme en ti : keik-ti, maudire.
En Gothique on emploie l'accusatif d'un thème verbal en ana : sit-an, venu de sad-ana-m.
Au moyen le yieux-Bactrien emploie dhjâij qui correspond au sanscrit a-djâi ; le Grec, le suflSxe «xôai ; les autres langues ont perdu cette forme.
En Celtique, (vieux Irlandais) l'infinitif est un substantif en t ; erf, edj adj ud ; am^ um, al, enC, end, ich, acht, ech ; ou un thème un.
Le gérondif ou temps absolu.
Il napparait avec ses suffixes : twâ,jâ, qu'en sanscrit. Certaines langues cherchent à réparer sa perte, en particulier le latin avec son gérondif en : do qu'il doit empininter au participe futur passif.
3° Dans les langues dérivées.
Les langues dérivées perdent un grand nombre des formes ci-dessus et dégradent morphologiquement les autres. Par une formation nouvelle elles expriment souvent au moyen d'auxiliaires les modes absolus qu'elles ont perdus.
Parmi les romanes le français au participe ne conserve que la désinence du présent actif et du présent passif : aim-ant, aim-é, qu'il dérive morphologiquement du latin ; il exprime le futur actif par l'auxiliaire : devoir, devant aimer, le passé actif par l'auxiliaire : avoir, ayant aimé ; le futur et le parfait passif de la môme manière, en ajoutant l'auxiliaire : êt7^e ; devant être aimé, ayant été aimé. Il agit de même à l'infinitif : devoir aimer, devoir être aimé, avoir aimé, avoir été aimé ; il perd même le présent passif : être aimé, et ne conserve que le présent actif : aimer, dérivé morphologiquement ^amare. Quant au gérondif en : di, il l'exprime par le participe invariable précédé de la préposition : en ; en aimant.
L'italien et les autres langues néo-latines agissent de même et ne conservent qu'un seul temps non périphrastique à chaque voix ; ritalien, le présent de l'actif et le futur du passif, mais avec un sens actif : amante, mnando, et le parfait du passif : amato.
Il en est de même des autres romanes.
Parmi les Néo-Celtiques le Celto-Breton possède l'infinitif présent : ober, faire, kana, chanter, et le participe passé :
kanet chanté ; le participe présent est Tinfinitif présent précédé de la préposition o ; o kana, chantant. Cette formation est remarquable ; le participe présent a disparu, et o kana est un véritable gérondif qui le remplace : on dit : en chantant au lieu de dire : chantant. Les autres formes ont disparu ou sont devenues périphrastiques. Il en est de même en Ecossais, ag iocadh, payant = en payant = sur payer. Le participe passé est aussi en ta, te ; iocta, payé.
Dans les Néo-Slaves, l'infinitif n a plus qu'un seul temps : le présent : dielat, faire. Le participe actif présent se termine en chtchy, le parfait en vchy ou chy ; le participe passif présent en my, le parfait en nny et ty ; l'ancien participe parfait en li a changé de fonction, il s'emploie pour concourir à l'expression de l'indicatif parfait, le tout en Russe.
Mais si ces langues ont tout perdu dans l'infinitif et le participe, elles ont reformé un nouvel absolutif ou gérondif, avec son caractère propre qui est l'invariabilité. Ce gérondif dérivé du participe est en Russe, pour le présent : ea, a, iotchi, utchi, pour le parfait v et vchi. Exemples : dielaia, en faisant, quand on fait, dielav, après avoir fait.
Les Néo-Germaniques ont les unes conservé et assourdi en en, la désinence an du Gothique, comme l'allemand moderne : machen, les autres laissé tomber toute désinence et conservé le radical nu, comme l'anglais : 7nake, faire, mais alors elles ont exprimé l'infinitif par une préposition : t,o mahe, et même l'allemand qui avait conservé la désinence assourdie a aussi joint la préposition : zu machen. Quant au participe elles ont conservé le présent actif : machend, et le parfait passif : gemacht ; les autres temps ont disparu ou se sont exprimés périphrastiquement au moyen de verbes auxiliaires : gemacht hàbend. Deux remarques ici : l'allemand a conservé les désinences indoeuropéennes, nd, t ; l'anglais a conservé le ^au participe passé, mais éliminé le nd au participe présent, et l'a remplacé par un procédé singulier. Ce temps prend pour désinence : ing. Qu'estce que cette désinence ? C'est un suflSxe de substantif verbal. Making signifie l'action de faire. Making est pour in making, dans l'action de faire == en faisant = faisant. On est passé du nom verbal au gérondif et du gérondif au participe. La seconde particularité c'est que l'allemand moderne préfixe ge- au participe passé passif. Ce ge existait déjà en gothique sous la forme :
ga et s'appliquait à tous les verbes ; on le retrouve encore dans gestehen^ geschehen; puis il se cantonne au participe passif. Enfin les langues Germaniques marquent le participe passé passif par une apophonie très remarquable qui prend pour point de départ celle qui s'est déjà produite à l'indicatif parfait, mais pour ramener de l'état fléchi à l'état réduit. En voici des exemples : binde, handy gebunden ; gehunden = gebnden ; werfen^ ^ctrfy geworfen ; geworfen = gewrfen. Les langues germaniques sont donc très originales dans l'expression du participe.
Les néo-indiennes n'ont conservé qu'un infinitif, mais plusieurs participes. L'oriya termine son infinitif en baro ; jibaroy aller. Le participe présent est jàu^ le passé jai. En Mahratte il existe un seul infinitif terminé en wa, wan, wy, un participe en na, et en m, et un gérondif en wazza. L'Arménien a un infinitif en il, el, au participe actif présent en ogh, ol et passé en ial, un participe passif, passé en ial et futur en élots, et eli.
Nous avons dit que morphologiquement dans les langues dérivées les modes absolus, participe ou infinitif, concourent souvent à l'expression des modes relatifs. C'est ce qui a lieu pour le conditionnel : ich wûrde lieben, où l'infinitif entre dans la composition du conditionnel, pour le même mode en Slave où c'est le participe qui entre en composition : ia lioubil by.
B. Relation de proposition à 7not.
Cette relation est celle qui s'exprime par le pronom conjonctif. C'est donc l'histoire du pronom conjonctif que nous devons esquisser ici, en relevant les autres modes d'expression de cette relation que nous trouverions ça et là.
En Sanscrit, cette relation s'exprime soit par le pronom relatif, soit par le participe, mais nous n'aurons pas à étudier le second de ces procédés, le participe employé ne subissant pas dans ce but de modification spéciale.
Le pronom relatif est Ja {ja-s.ja-d.jâ) qui répond au grec : 04, 7i, 0, et qui en vieux Persan devient t-ja, s-ja (hja) composé de t démonstratif et de ja, relatif ; correspondent en vieux Slavonja, avec ou sans zhe, en gothique ei qui se joint au démonstratif 5a (saei, ^at-ei), en vieux persan hya qui devient i. L'origine de tous ces mots est la même, elle est démonstrative. C'est le pronom démonstratif/a faisant fonction de relatif. Nous
verrons dans d'autres groupes de langues une origine identique.
D'autres langues Indo-Européennes emploient aussi un autre radical, c'est celui du pronom interrogatif Aa {kas). De là le latin ; qui dérivé de qui-s ; le Lithuanien : ha-s, kurs = kur-is ; le vieux-Slavon ka. Il faut en rapprocher la conjonction : m, TÊ, que. Comment l'interrogatif est devenu le relatif, nous l'avons expliqué plus haut.
Les langues dérivées ont, la plupart, adopté uniquement le relatif dérivé de l'interrogatif ; le français et toutes les langues néo-romanes : qui ; le russe : Ato, IchtOj koi ; le celto-bj*eton pe = que.
Pourtant d'autres langues Indo-Européennes dérivées ont adopté le démonstratif, par exemple l'allemand moderne ; dos, tandis que l'allemand y emprunte bien thaû, mais emprunté whOy which à l'interrogatif.
D'autres langues emploient d'autres moyens que celui du pronom relatif. Il en existe deux très remarquables :
Le premier est l'emploi du participe, mais avec une accommodation spéciale ; on peut le noter en Oriya où on l'a appelé le participe relatif; on le foime en ajoutant au participe passé du verbe la terminaison ba pour le présent, là pour le passé : mu de-bà dhàno = moi donné — que le grain = le grain que je donne ; mu delà tanhà ==je donné — que la roupie ; la roupie que je donnai. Cela est d'autant plus remarquable que le relatif se trouve alors à l'accusatif ; quand le relatif est au nominatif on emploie le procédé ordinaire.
Un autre beaucoup plus original est propre au vieux-Irlandais et a disparu dans les langues Néo-Celtiques. Il consiste à employer une désinence personnelle spéciale pour le relatif, absolument comme il en existe une pour la F® et pour la 2® et la 3® personne. L'indicatif présent du verbe bera, porter, se conjugue ainsi :
Forme absolue. For^ne jointe.
Singulier.
F® p. berimm do biûr,
2* 6m do bir,
3® berid do beir,
personnne relative : beres.
Pluriel.
1** p. bermme, hermmit do beram.
2* berthe do berid.
3® berit do berat, pers. relative : berte,
La forme jointe ne possède pas le relatif.
Il en est de même à tous les temps.
Cette expression est logique ; la 3® personne ordinaire s'exprime bien en suffixant au verbe le pronom personnel de 3® personne. Pourquoi celle relative ne s'exprimerait-elle pas en suffixant le pronom relatif ? Quoiqu'il en soit, ce procédé qui exprime synthétiquement et verbalement la relation de proposition à mot reste isolé.
2*"' Groupe des langues Sémitiques et des Chamitiques.
F Famille Sémitique.