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EXPRESSION DES TEMPS SUBJECTIFS PAR APPOSITION DE MOTS VIDES

§ 1. — Apposition de mots vides d'origine adverbiale.

Un des modes les plus primitifs d'exprimer le temps subjectif passé, présent ou futur, a dû être certainement de ne pas toucher à la racine du verbe, mais de la faire précéder ou suivre de mots de temps concrets : « aujourd'hui, demain, autrefois, bientôt, alors, » etc., et c'est bien, en effet, le procédé que ï\o\is relevons dans les langues qui semblent les plus primitives, et en tout cas dans les langues monosyllabiques.

Le chinois, Tannamite, le khassia nous en offrent, en effet, des exemples très frappants.

Le Chinois dit : « min zhi lai, demain temps venir, » pour : a il viendra demain. » Les particules « kwa, passé, Ijau, déjà, » forment le passé; de même les particules adverbiales : « tsjariy jau, » le futur (cette dernière particule semble cependant plutôt un verbe auxiliaire).

En annamite, on ne marque le présent indéterminé par aucun signe, c'est un temps sous-entendu ; le déterminé s'exprime par l'adverbe : « dan, encore, en vérité » ; le parfait par : « da, déjà, roi, accompli »"; le futur par : sa. Exemples : toi da lam viek nâi = je déjà faire travail ce = j'ai fait ce travail; toi sa di =^ je ensuite aller = j'irai.

Cependant l'annamite et le chinois emploient concurremment le moyen du verbe auxiliaire : pour le futur en annamite : pxai, devoir, falloir.

En khassia, les deux procédés alternent. Le présent aoris-

tique manque d'indice; le présent duratif se forme par : dan, qui est à la fois adverbe et verje auxiliaire, et signifie : « commencer », et : « encore »; le prétérit aoristique, par : (f lùy auparavant; » le prétérit duratif par : la préposé au duratif présent; le duratif parfait par : lah, verbe auxiliaire signifiant : « pouvoir », et dan; le plus -que -parfait par la -j- lah; le futur aoristique par : m, un, flottant entre l'adverbe et l'auxiliaire ; le futur déterminé par : sa, aussitôt ; rimpératif par : to, maintenant.

Les langues de TOcéanie constituent un second groupe où l'emploi d'adverbes pour exprimer les temps est la règle, mais cet emploi diffère de celui que nous venons d'observer. Tandis que dans les langues monosyllabiques ci-dessus l'adverbe retient sa fonction adverbiale lout en prenant celle de marquer le temps abstrait, dans les langues océaniennes l'adverbe se dépouille peu à peu de son sens concret pour ne plus conserver que son sens abstrait et nouveau ; souvent, d'ailleurs, il s'abrège ; quelques pas de plus, il s'agglutinerait, et formerait flexion temporelle.

Examinons chacune des trois familles, la mélanésienne, la polynésienne, la malaisienne.

Dans la langue mélanésienne de Viti, le présent aoristique n'a pas d'indice, le présent déterminé s'exprime par la préposition du mot d'origine adverbiale : sa, le prétérit par la préposition de : a, le futur par celle de : na.

Au lakOy je vais; au sa lako, je vais (en ce moment) ; au a lako, j'allai; au na lako, j'irai.

Dans la langue polynésienne de Tonga, le présent aoristique s'exprime par la particule adverbiale : oku, le prétérit par : naa, nae, na, le futur par : e, te.

Ces trois indices deviennent : en samoa : présent-aoriste : e, te; prétérit : na; futur : a; en maori et marquésan : présent-aoriste : e; prétérit : i; en tahiti et hav^aï : présentaoriste : e; présent : te; prétérit : i.

En malais, le présent s'exprime en préposant l'adverbe : lagif encore; le prétérit par : « sudah, ialah, déjà », ou

a habis, terminé »; le fatur par la préposition : « akan, Ters », ou par les verbes auxiliaires : « hendak, mau, vouloir ». On voit que le verbe auxiliaire apparaît ici quelquefois, mais en ce qui concerne le futur; cela tient à une raison particulière.

Le dayak fait à Tauxiliaire une part plus large. Le présent n'a pas d'indice ; le prétérit se marque par : djariy accompli ; le futur par : hendak, vouloir, ou par les prépositions : akan, indu, ou par l'adverbe : karah^ à l'avenir.

Le mankassar marque le passé par : a leba, passé, fini » ; le futur par : ero, vouloir:

Le formosan marque le prétérit par : in et le futur par : a.

Le javanais marque le présent par : saweg, lagi, aussitôt,

maintenant; taksih, hisih, misih, encore; le prétérit par :

sampun, hempun, wis, déjà; le futur par : bade, bakel, ou

harep, vouloir.

Le malgache s'approche plutôt de la préfixation ; cependant son système ne saurait être autre que celui des langues congénères. Le présent préfixe mi, le prétérit ni, et le futur ht, ou plus exactement : m, n, h.

Enfin, le tagala emploie des procédés particuliers ; il distingue, ce que nwis verrons plus attentivement un peu plus loin, le temps réel^ présent et passé, du temps imaginaire^ le futur et l'impératif. Pour exprimer le premier il se sert de la réduplication et du suffixe : wa, pour le second du préfixe : na, n, seulement pour le troisième de la lettre A, d'origine obscure. Quant à la particule na, ina^ elle signifie : déjà.

Exemple : sulat^ écrire, forme active : s-um-ulat (um =

indice d'actif); présent : s-u-n-m-usulat = s-u-na-m-usulat;

passé : s-u-n-m-ulai = s-u-na-m-ulat; futur : su-sulat pour su'hu-sulat.

Cette formation donne la clef de celle du malgache; les consonnes formatives de chaque temps sont les mêmes au prétérit et au futur : w, h. Quant à Vm du présent, il provient de la substitution de la consonne initiale de la particule déri-

vante : man, très fréquente. Le redoublement a seulement disparu. L'origine adverbiale des particules employées par cette langue devient ainsi certaine.

Le mafor, langue papoue, emploie, en les postposant, pour le parfait, la particule : « kwar, déjà » ; pour le futur : nerri, encore.

Les langues mandé se servent pour marquer le prétérit de l'adverbe local : a là-bas » pris dans la signification temporelle de : « alors d, et qu'on place à volonté avant ou après le verbe, soit en susu : nu^ en mandingo : nun, en wei : ni, et wL

§ 2. — Expression des temps subjectifs par des mots vides d'origine adverbiale, substantive ou pronominale, préfixés ou suffixes.

Ces mots vides sont d'origine adverbiale, substantive ou pronominale, mais principalement substantive; ils ne sont pas préposés ou postposés, mais afûxés; ils ont leur origine et leur sens de mot plein presque toujours effacés.

Leur affixation consiste : V en une pré fixation^ 2° en une suffixation, 3° en une préfixation et une suffixation alier^ nantes, 4"* en une préflxation et une suffixation cumulées, 5® en une infixation.

A. — Cas de la préfixation.

La préfixation est employée dans les langues suivantes :

Premièrement, — Langues africaines,

-1° Le hottentot — présent : absence d'indice; passé : go; futur : ni; parfait : ge, gye.

2° Le dinka — parfait : tshi; futur, bi. Ce dernier préfixe a une origine conjonctive, et signifie : afin que.

3® Le woloff — imparfait : on; parfait : da.

4* L'yoruba — parfait : a; présent : re; futur : be. 5* L'pdschi — parfait : a; duratif : re; futur : be.

Deuxièmement, — Langues américaines,

i^ L'athapaske — présent : pas dlndice; parfait : g; futur : wa, walli,

2° L'algonquin — parfait : ki^ gi; futur : ka^ ga (conditionnel : ta^ da),

3* Le sahaptin — présent : sa; parfait : na; futur : ta.

4° Le matlasinsk — parfait : bu et tu; futur : ru et ri.

5** L'othomi — présent : ta, ga, bi; parfait : ks; futur : ga, gi, da.

Troisièmement, — Langues diverses.

4° Le tamasebeq — imparfait : kelad, déjà; futur : ad; le présent se forme par un changement de voyelle. 2** L'ienissei et le kotte préfixent au prétérit : r, l ou n,

B. — Cas de la suflSxation.

Elle est employée dans les langues suivantes :

Premièrement. — Langues australiennes.

V Le wiradurei — présent : ara, awana; aoriste : e; parfait et futur : divers suffixes, suivant les nuances.

2° La langue de Lac-Macquarie — présent : an; aoriste : ala; parfait : a.

3° Le kamilaroi — présent : da; aoriste : e, i, done, lona; parfait : nam, nen; imparfait : mien; plus-que-parfait : lain,; futur : le, nari,

4° Le turrubul — présent : na; aoriste : e, i, ri; futur : liba.

5° L'Encounter-Bay — présent : in, un, en; aoriste : embe; parfait : ir, ur, eir; futur : ani, eani.

6® L'adélaïde — présent : ndi; aoriste : ii; parfait : i; futur : tu.

7® Le Purnkalla — duratif : ta^ ii, tu; imparfait : no, m, nu; parfait : intya; futur : ngai.

jyeuxièmtfMnt, — Langues caucasiennes,

K^hQ géorgien — imparfait : di^ thi; parfait : i, e; plusque-parfait : a, 5, wa, ebia^ etc.

2^ Le kûrine — présent : da; imparfait : da-i; parfait : na, ra; futur : di,

3** Le kazikumùk — présent : ra; prétérit : ja, jan; aoriste : unda; futur : auda.

4° L'hûrkan — présent : ra^ la; futur : d,

5° L'aware — présent : la; prétérit : 7iu,

6° L'abchaze — présent : eit; parfait : it; futur : ip^ isht; aoriste : in,

TroisièvMmeni, — Langues américaines.

V Le choctaw -r- présent : Xt ^^^X\ parfait : tuk^ tok; futur : tshi^ ye.

2° Le kolosche — présent : yani; parfait : sini; futur : X'tani.

3° Le mosquito — présent : is; imparfait : ai; parfait : an; futur : ah.

4° Le bribri — présent : ka, k; aoriste-prétérit : na^ e; parfait : ike.

5° L'arrouague — présent : a; prétérit : i-bi^ i-buna; futur : i'pa.

6° Le chibcha — présent aoristique : o; présent indéterminé : ka^ kua, saka; présent déterminé : nuka; futur : nga, ninga.

T Le cbimu — passé : ka^ pin, ka-pin; parfait : edo.

8° Le keshua — présent : n; futur : sak, su; parfait ; r et r 4" ^a» = l'auxiliaire : être; imparfait : tshx-

9^ Le gaarani — présent : â, iâ, nid, ikâ, ni; imparfait : biâ; parfait : a umoan. umân, déjà » ; futur : ne.

40° Le chiquitos — futur : na, ra, wa, ma, a; futur : naana (ce dernier temps préfixe en même temps : tari).

iVLe Iules — prétérit : ni; plus-que-parfait : aie; futur : n ou p.

42° Le molushe — imparfait : wu; plus-que-parfait : uye; futur : a.

43° Le tarasque — présent : ha; parfait : phi; futur : wa.

Quairièmemeni. — Lanffues africaines.

4° Le cafre — parfait : ile, ou e; imparfait : a; le futur se forme par composition avec l'auxiliaire : y a, aller.

2° L'ibo — présent : na; prétérit : kwa et ra; futur : ga.

3° Le kanuri — duratif : in; parfait : t; imparfait : ka, ga, ki; futur : tsha, tshi.

Cinquièmtmeiit. — Langws diverses.

4° L'aléoute — présent : kuq, kaq; aoriste : naq; parfait : kak, tjakj t-^a; futur : duka-kuq et duka-kum.

2° Le tschuksche — aoriste : xh 9h X^î parfait : li; futur : am.

3° Le iukaguire — futur : t; présent : manque d'indices; prétérit : indices très variés.

4° Le japonais forme son présent au moyen de l'auxiliaire : art, ori, être, habiter; son prétérit par la suffixation de : tari; le futur par celle de : um; mais il faut distinguer la langue orale de la langue écrite : celle-ci fait varier le suffixe du prétérit.

5° Le koréen suffixe au présent : nan; au prétérit : at, et; au futur : keit.

6° Le tongouse forme le futur en suffixant : dziga, le plusque-parfait en suffixant ; birka, les autres temps par le secours des participes.

7® Le thibëtaio — présent : to; prétérit : s; les autres temps se forment par auxiliaires.

8** Le birman — présent : khjê, pe, tshahj bêh; prétérit : bhû, lêj ra, raie, kha; futur : â, mi, âmi,

Sixièmement, — Langues dravidiennes.

Le tamoul suffixe au présent : gidru, kkidru, au prétérit : tu et i, au futur : bu et î, ê.

G. — Cas de la préfîxation et de la suflSxation aUernantes.

VLe mutsun suffixe au prétérit : n, s; prépose au futur . et, yete, iti.

" 2** L'ewe suffixe au duratif : a, au parfait : e, préfixe au futur : a.

3° Le kiriri prépose à l'imparfait : doro, ou lui postpose : « doko'fo, alors ; » postpose au parfait ; kri, au futur : di,

4° L'ibo préfixe au présent : na, au futur : ga; suffixe au prétérit : kwa et ra,

5* L'iroquois suffixe au présent : s, au parfait : on; préfixe au futur : n, et ua à tout passé.

6* Le nahuatl préfixe au parfait : o, au cohortatif : ma; suffixe au futur : s,

T Le maya préfixe au futur : Un; suffixe à Taoriste : a/-

D. — Cas de la préfixation et de la suffixation cumulées.

^° Le thibétain forme le présent en suffixant : to, le prétérit en sufûxant : s, mais il emploie aussi le secours de l'auxiliaire pour ces temps; au présent le verbe : hjed, faire; au futur : gjur, devenir; à Timparfait : dug-pa, être.

En outre, à toutes ces suffixations le thibétain ajoute, sans les prononcer toutefois, cinq préfixes, savoir : ^° ', 2^ g, d'^d, 4** b, 5* m. Le présent se caractérise par '; le futur et le prétérit par les autres signes, dont l'origine est obscure.

2* Le vieil irlandais forme ses temps par des suffixes : s pour le prétérit, byfets pour le futur; mais comme ces dési- Deuces ne lui semblent pas bien suffisantes pour marquer les temps, il les corrobore par des préfixes, lesquels sont : do pour le présent, ro pour le prétérit, ro et no pour le futur. Ces formes ainsi formées se nomment : formes jointes.

Ce procédé est remarquable, il est le point précis de rencontre de la préfixation analytique venant pour remplacer la suffixation, et commençant par la corroborer.

E. — Cas de rinfixation.

i"^ L'ude infixe au présent : sa, esa, y a, eja, à Taoriste : f, au parfait : e, au futur : o.

2*^ Lll oigob infixe au parfait : da, au futur : la.

§ 3. — Expression des temps subjectifs au moyen d'un

verbe auxiliaire.

L'emploi de l'auxiliaire, très rare pour exprimer le temps objectif, l'est beaucoup moins pour exprimer le temps subjectif; nous verrons qu'il devient très fréquent quand il s'agit du temps relatif.

Cet auxiliaire est tantôt le verbe : a être d, tantôt un autre verbe. Nous ne relèverons pas, du reste, ici son emploi, lorsqu'il ne s'appliquera qu'au temps futur, lequel forme un chapitre à part, mais seulement lorsqu'il s'applique soit aux trois temps, soit au présent ou au passé.

L'emploi de l'auxiliaire, comme nous l'avons dit, marque une étape en avant dans la voie de Tabstraction, est un vrai progrès; il faut cependant ajouter tout de suite que ce progrès est beaucoup moins grand, quand il s'agit de l'expressioa du temps, que lorsqu'il s'agit de celle de l'idée verbale, ou de la voix, ou que lorsque le verbe entier est périphrastique. Enfin, l'emploi de l'auxiliaire à quelques-uns des temps subjectifs est né, plutôt que d'une intention d'abstraction, d'un

embarras morphologique consistant dans l'épuisement ou roubli d'autres procédés.

L'emploi de l'auxiliaire pour former le temps subjectif est de deux sortes : il se fait soit par suffixation^ soit par préposition de l'auxiliaire.

Cette différence est beaucoup plus importante que celle qui existe entre l'emploi du mot vide comme préfixe ou comme suffixe. Elle n'est pas d'ordre purement morphologique, mais surtout A' ordre psychologique^ ce qu'il nous faut expliquer.

Lorsque l'auxiliaire, même l'auxiliaire : être, est suftixé au verbe, il tend à s'écourter, à se confondre avec lui, et avec la désinence personnelle, il se fléchit, et en conséquence n'existe plus guère qu'étymologiquement. Mais quand il est préposé et reste séparé du verbe, il conserve toute son autonomie, de plus il se met en vedette, en conséquence de ce double état attire vers lui toutes les idées abstraites de temps, de personne et autres, de telle sorte que celui qui parle, pense et énonce d'abord tout ce qui est purement grammatical, pour exprimer ensuite ce qui est une idée lexiologique.

Il y a donc dans l'emploi de l'un ou l'autre de ces deux modes toute la distance du concret à Y abstrait,

A. ~r- Emploi de l'au&iliaire suffixe.

Cet auxiliaire peut être le verbe : « être » ou un autre verbe.

Voici les langues qui emploient ce procédé :

dernièrement. — Langues indo • germaniques, a) Auxiliaire : « être. »

Le sanscrit emploie l'auxiliaire : être pour exprimer le futur et l'aoriste premier qui en dérive. Mais ce qui est très remarquable, c'est que cette suffixation a lieu d'une manière bien différente, et à deux degrés, en ce qui conccrae le futur.

Premier degré :

Le verbe : « être » donne seulement sa racine qui est : «, après avoir fourni sa forme entière qui est son propre futur : iS'ja^ es'ja. Ce propre futur est lui-même composé avant de servir à la composition ; il contient la racine : is, plus le verbe auxiliaire : Ja, e. aller, lui servant d'auxiliaire. De là har'isja-mi^ \q ferai; waksjâ-mi^ je parlerai; bhot'SJa-mi^ je saurai. En décomposant : sja à son tour, on obtient bhâê' (S'jaJ-mi = savoir-(être- aller) -moi.

Ce futur ainsi composé donne un temps secondaire : le futur passé, qui fait fonction de conditionnel : a-bhôt-is-ja^m^ si je savais.

Deuxième degré :

Le verbe : « être » se suffixe encore, mais conserve son individualité bien distincte; c'est un véritable futur périphrastique comme dans le latin : daturus sum; on emploie le nom d'action joint au présent du verbe : « être », ce qui donne le futur du tout. A la 3® personne, on omet même le verbe : a être », et le nom verbal apparaît seul, le verbe étant sousentendu : dâtâsmi^ pour : dalr-asmi^ je donnerai, dâta-si^ tu donneras, etc.

Le grec dans : Xu^o), et dans l'optatif XuaoïfjLt, le lithuanien dans : ger-siû^ je boirai, le vieux bactricn dans : wa-^shja^ il parlera, suivent le procédé de premier degré, ainsi que le celtique, dans le futur en 5 ; tia-sû, j'irai.

Le latin, dans : daturus sum^ suit le procédé de 2° degré; il le suit, quoique d'une manière moins visible, dans le futur passé en : ero, amavero^ qui n'est autre que le futur du verbe être.

L'aoriste premier s'est formé aussi par la suffixation du verbe a être », suivant l'un ou l'autre de ces deux procédés.

En sanscrit, ce verbe apparaît sous quatre formes : ^** la

, forme : is, et le radicalest guné à l'actif; 2° la forme : 5, et

le radical est guné ou non guné au moyen, et comporte la

vriddhi à l'actif; 3** la forme redoublée as-is (sis); 4® la

forme sa.

Exemples : V a-târ-is-am; 2<* a-rdik-s-am ; 3<* am-jâ-sis* am; 4** a-dik-sa-m.

Le vieux bactrien prend les 4'% 2® et 4® formes.

Le grec emploie Vs du verbe : « être » dans : eXuda, eXuffajxiqv.

Le vieux slavon mêle ces formes et les efface à beaucoup de personnes. Il donne une désinence en : ejesam qui devient : êahu.

Le latin produit, d'après le môme système, un parfait qui est peut-être originairement un aoriste : scrip-si^ scrip^ sisti, etc., et cela même lorsqu'il y a redoublement : exemple : mo mordi pour mo-mord'ei-s-m.

Le celtique donne à l'aoriste : car-su^ ro char-us.

Partout où : 5 ou son substitut : r apparaît dans la conjugaison en dehors des pronoms personnels sufûxés, il est un débris du verbe auxiliaire : être. Tel est le premier procédé.

Le second procédé, semblable à celui que nous avons signalé pour le futur périphrastique, s'emploie à l'aoriste.

En sanscrit il n'existe pas, il est vrai, mais se retrouve dans la langue latine dans les plus-que-parfaits en eram, qui ne sont autres que l'imparfait du verbe être; dans les plusque-parfaits du subjonctif en : issem^ qui ne sont autres que l'imparfait du subjonctif en : essem.

Il en est de même du parfait du subjonctif en : erim, et de l'imparfait du même mode en : rem. Vs est devenu un r par l'effet du rhotacisme.

De même en slave, le parfait prisi-lu jesi, tu es venu.

Enfin l'arménien, en suffixant le conjonctif du verbe : être : iûshem, itshès^ itshe au présent ou à l'aoriste de tout verbe, forme plusieurs futurs périphrastiques : V hartsk-an'itske-m, 2^ hartsh-itsh-es^ 3** hartsh-itsh.

Tel est le mode général de formation du futur et de son dérivé l'aoriste premier dans les langues indo-germaniques au moyen de l'auxiliaire : être se servant de l'une de ses racines : as.

Mais le verbe : être n'apparaît pas seulement par sa racine : as, mais aussi par sa racine : àhu, et en outre surgissent

aussi d'autres auxiliaires dont les principaux sont les verbes aller et avoir.

La racine : bhu se rencontre surtout en latin et en celtique et y forme des futurs et des aoristes souvent faisant fonction d'imparfait et môme de futur.

Elle opère aussi à deux degrés différents.

Premier degré :

Il V a fusion entre l'auxiliaire et le verbe lui-même.

Latin — imparfait en : bam^ futur en bo, lesquels sont l'imparfait et le présent du verbe : bo = bhu = être. Bo, bis, bit, imparfait : bam, ont entièrement perdu leur emploi isolé.

Celtique — le futur a pour caractéristique : jT, b. Présent : caraim, j'aime 5- futur : car- fa, car-fe, car-fid. D'où dérive un conditionnel : car-f-im, car-fe-tha, car-fod.

Deuxième degré :

Latin — parfait en vi, abréviation de fui, Ama-vi pour ama [ns) fui. Ici le verbe : être reste presque intact, il prête son radical, et non pas seulement sa lettre caractéristique.

Lithuanien — sous forme d'abord optative, le futur postpose le verbe : être, forme : bu, au radical : suktum biaû, je voudrais tourner ; suktum biai, ou suktei, suktu, etc.

Vieux slavon — le conditionnel se forme par l'union du participe parfait actif en : lu et l'aoriste du verbe : bhu. Exemple : ashte bU-s-te vero imeli, si vous aviez cru.

b) Auxiliaires autres que : « être. »

Le verbe : i, ja, aller, apparaît déjà en sanscrit, comme auxiliaire, mais pour une touLe autre fonction, celle de marquer le verbe passif.

En arménien : ja change le duratif en prétérit. De : Iwana, laver, Iwana-ja,

En grec, l'aoriste second passif : ecpav-yiv a une terminaison et une forme active ; l\ radical renferme la racine : « ja, aller i>; a j'allai dans la comparution », donc : « je parus x>.

Nous avons vu qu'en sanscrit même, le futur du verbe : étre^ qui aide à former les autres, s'est formé au moyen de l'auxiliaire : ja — oj/a, je serai = as -{-ja. Le latin : era vient de : asâ -{-ja; le latin : bâ = hua vient de bhava-ja.

Le lithuanien emploie le verbe auxiliaire : ja à la formation du parfait : sukau pour sukajii.

Le verbe : dha^ placer, apparaît à son tour : 4° d'abord en grec, où il forme le futur premier et l'aoriste premier passifs : XuÔTQdofjLai, eXuÔYjv (auxiliaire : dha^ ôyj) ; 2° en lithuanien : suk^ davaû^ je tournai ; suk-davai^ suk-davo (auxiliaire : dha^ dégénéré en da)\ 3** en gothique, où l'on dit au parfait : fisko^ da^ j'ai péché, fisko-dès, fisko-da, pour fisko-dad^ fisko^ dedst^ fisko-dad; ici encore la racine dha s'est dégradée en : da; 4° peut-être en celtique, où la forme du parfait : ta^ t^ peut venir de la même racine ou être empruntée au participe passé.

Le verbe : avoir prend une importance considérable comme auxiliaire suffixe, mais tardive, et cette influence est loin d'égaler celle qu'il acquiert plus tard comme auxiliaire pré^ posé. On le trouve surtout dans une langue néo-latine, en français, où nous allons l'étudier.

Tout le monde connaît la conjugaison périphrastique cachée sous notre futur : faimer-ai^ tu ainter-as^ il aimer-a. Ce futur se compose du présent de l'auxiliaire avoir et de l'infinitif. Il en est de même du conditionnel : faimer-ais^ ]po\xr avais , etc., et de l'imparfait, quoiqu'ici la fusion soit plus intime ; faim-ais^ tu aim-ais.

Le français emploie l'auxiliaire : avoir d'une toute autre manière, dont nous parlerons tout à l'heure, en le préposant : fai aimé, etc. Le caractère de ces deux procédés est très différent; notons seulement que le système de la postposition est bien le plus ancien.

Il est étrange que les autres langues néo-latines n'aient pas employé le même procédé.

IkMxièmtmtnt, — lAmg%€i ehamUiqnet.

Nous avons ru les deax temps objectifs de ces langues; on les emploie sans doute à exprimer les temps subjectifs, mais ils ne suffisent pas pour ceux-ci, on a recours aux auxiliaires.

Le somali forme son futur en snffixant ou postposant à un infinitif le verbe : dôna, désirer.

Le galla forme son parfait subjectif en suffixant au prétérit du verbe le duratif de l'auxiliaire : ira^ lequel signifie probablement : être^ et son futur, en faisant suivre Tinfinitif de la préposition : fu^ à cause de, puis du duratif de Fauxiliaire : djira^ être.

Le saho forme son présent et son prétérit en faisant précéder le radical du duratif ou de l'aoriste du verbe auxiliaire : ne, être. Enfin, le présent déterminé se forme en suffixant le verbe : la, avoir : bêto-Uyo, à manger j'ai = je mange.

Le bilin distingue le présent du futur en employant le suffixe : uhan, ûk, verbe auxiliaire. En outre, il forme le présent duratif en suffixant au participe le présent du verbe ; hinb^ être : wds-o hinb-a-ukun, entendant je suis; l'imparfait en suffixant le présent de san, avoir été ; le futur duratif en suffixant au participe le futur de hinb, etc.

Le bedja forme son futur en suffixant au nom verbal le présent de Fauxiliaire : di, ou de l'auxiliaire : herû^ venir, chercher.

Troisièmement, — Langues caucasiennes.

L'aware est une langue très curieuse sous ce rapport. Elle contient des temps dépourvus d'auxiliaires qui ne se caractérisent, comme nous l'avons vu, que par la voyelle radicale, puis des temps qui se caractérisent à la fois de cette manière et par l'emploi du verbe auxiliaire : être, lequel à son tour subit les variations vocaliques.

Ainsi le verbe : i-ne, aller, fait au présent : u-na, au passé : a-wa, au futur : i-na.

Le verbe auxiliaire est : wuh-u-na^ wuk-a-na, wuk'i-na^

être.

Le verbe copule est : ugo.

De la réunion de ces éléments naissent des temps très nombreux dont nous ne donnons qu'un spécimen.

Présent indét. : una; id. déterm. : ina wugo; présent fréquent. : ina wukhuna; prétérit aoristique : un wugoan; prétérit parfait : ana; plus-que-parfait : un wukhana; plusque- parfait indirect : un wukhun wugo; futur déterminé : ina; id. indéterminé : ina wukhina; participe présent : uneu; id. déterminé : ina wugeû; gérondif : ina go,

L'hurkan forme le présent, à la première et à la deuxième personnes, du participe en : ul, auquel il ajoute un suffixe (ra, la), mais à la troisième personne en suffixant le verbe auxiliaire : sai, sa-r-i, sa-v-i.

Quatriètnement, — Langues altatques.

Le turc possède H** un présent composé du participe en : ar et de : dur-men, duratif du verbe substantif : dur; ex. : jaz-a-dur-men; 2^ un imparfait indéterminé composé du même participe avec le prétérit du verbe : être, Hdim; 3** un futur composé avec l'auxiliaire : djiga.

Le mongol possède : ^® un présent composé du gérondif présent et de l'auxiliaire : amûi, je suis : bi maktan amûi, je loue; 2° un plus -que -parfait unissant le participe parfait, dont le suffixe est : ksan, au parfait du verbe substantif : bu, être; 3° le conjonctif parfait composé du participe passé avec le même auxiliaire.

Il en est de même du buriate, lequel forme, en outre, son conditionnel par l'emploi du verbe auxiliaire : bolxo, devenir.

Le mandchou forme le présent déterminé en suffixant le verbe substantif : bi; il forme de la même manière tous les temps dits secondaires : bi x^^^'i^^h J6 nourris; bi ^oasa^ mbi-^çe, je nourrissais; bi xocisa-'^a-mbi, j'ai nourri. De telle

sorte que le temps peut être marqué par la composition de celui que porte le verbe et de celui que porte Tauxiliaire.

Cinquièmement. — Langues monosyllabiques.

Nous avons vu que le chinois, le khassia, le thibétain forment leurs temps, tantôt par un suffixe adverbial, tantôt par un verbe auxiliaire, et nous avons cité ceux-ci; nous ne devons donc ici qu'en faire une mention.

Le siamois suit le même système, mais les verbes auxiliaires y prédominent; le présent se marque par : jii, être, habiter; le passé par : lâû, fini, ou tai^ avoir; le futur par : tsha, aussi; le futur passé par : tsha-tai. Ces auxiliaires tantôt se préposent, tantôt se postposent.

sixièmement. — Langue dayak.

Elle forme le prétérit par l'auxiliaire : djarî, accomplir; le futur par : handak^ désirer; ou karah, à venir.

Septièmement. — Langue nuba.

Le nuba forme son parfait avec le suffixe : kene, avoir; le plus-que-parfait par la réduplication du même : keii-kene; le futur par les auxiliaires : hi^ bu, bu, être, ou fa, fala, fale^ passer, ou encore : dare, être là, être prêt.

Huitièmement. — Le singhalais.

Il forme aussi, à côté d'une conjugaison simple qui ne possède que le duratif et l'aoriste, une autre conjugaison comprenant les temps subjectifs : présent, futur, imparfait, conjonctif, etc., au moyen tant de l'auxiliaire : être, dans : innawa, inna, que d'autres auxiliaires. Il est possible même que ces auxiliaires soient à la racine des temps objectifs.

Tels sont les cas d'expression des temps subjectifs par la suffixation des divers auxiliaires.

Passons aux cas de préposition de ces auxiliaires dans le même bot.

B. — Emploi de l'aniiliaire préposé.

L'efik présente un exemple très curieux de cette préposition; non seulement l'emploi d'un auxiliaire, par opposition à son non-emploi, indique un temps yis-à-vis d'un autre, mais chaque temps est marqué par un auxiliaire différent. Quelquefois d'ailleurs l'auxiliaire seul se conjugue, le verbe restant invariable; quelquefois le second se conjugue aussi. Ces auxiliaires se sont éloignés de leur sens primitif, de leur emploi séparé, et forment des mots vides dans toute Tacception du mot :

Verbe : dep, acheter. — Aoriste : n-dep, a-dep, a-dep, i'dep, ê'dep, ê-dep; présent -parfait : m-ma-dep, a-ma^ dep, etc.; prétérit : n-ka-dcp, a-ka-dep; futur : n-ye-dep; conditionnel : n-kpa-dep; ma, ka, ye, kpa sont les verbes auxiliaires.

La langue haussa forme le présent indéterminé sans aucune addition au verbe, autre que celle du pronom personnel; mais elle crée un présent-parfait en préposant l'élément : na dérivé de : ne, être; de celui-ci, en retranchant la voyelle de na, se forme l'imparfait. Ce mode d'abréviation pour les temps secondaires que le sanscrit emploie à la fin des mots, l'haussa l'emploie donc au commencement, et exprime le parfait en se servant d'une autre racine du verbe substantif : ke.

Quant au futur, il se rend par la préposition au verbe de l'auxiliaire : i, aller, ou zâ, signifiant également : aller. On ne peut s'emp*êcher de remarquer ici l'identité d'emploi d'auxiliaires dans les langues les plus éloignées, et même l'identité de racine de ces auxiliaires. Le verbe auxiliaire : ij ja, aller, sans changer de racine, semble avoir fait le tour du monde.

Combinaison avec les pronoms personnels : présent-par-

fait : ni-na, ka-na; pi. mu-na; imparfait : na, pi. mu-n; parfait : ni-na, ka-ka, pi. mu-ka; futur : ni = ni-iy pL mw = mu'iy ou bien : zû-ni, etc.

Dans la langue mandé, le verbe substantif : être^ s'exprime par he; ici encore nous ne pouvons nous empêcher d'admirer l'identité très fréquente d'une des racines du verbe : être, depuis le sanscrit : hhuy jusqu'au mandchou : hi, et au mandé : he. Quoi qu'il en soit, la formation des temps dans les langues mandé, au moyen des auxiliaires, est très remarquable. L'auxiliaire : venir, exprimé par fa, fa-ma, na, forme le futur. Le présent duratif se rend par le verbe : be, être, suivi des propositions : /a, na, ro; ex. m-he diamo la^ je-suis parler-dans. En bambara, l'auxiliaire : hi s'emploie dans le même sens sans préposition.

Enûn, en mandingo, on crée une forme habituelle, en préposant le verbe : kare, faire (remarquez encore l'analogie de la racine : kare avec celle de même signification dans les langues indo-germaniques) : si-kare kanu; je fais aimer = j'aime. L'anglais n'opère pas autrement dans sa conjugaison négative et dans son interrogative.

La langue woloff est très riche en auxiliaires : avoir, être, etc. Le verbe : être lui-même possède un certain nombre de racines, les unes d'origine pure, les autres d'origine pronominale. Ces auxiliaires sont : V là, être; 2** mas, avoir; 3** na, voici (verbe : « être » impersonnel); 4° di (d'origine démonstrative); 5° a, être. Le premier s'emploie au présent et à l'imparfait; le second aux temps de l'aoriste, de l'imparfait et du plus-que-parfait; le troisième au présent et à l'imparfait, quand on veut mettre le pronom en vedette; le quatrième et le cinquième dans beaucoup de temps, suivant des distinctions nombreuses.

Le vieil égyptien et le copte font aussi un large emprunt aux verbes auxiliaires, surtout à l'auxiliaire : être, qui apparaît sous une double racine dont l'une est d'origine pronominale. Nous avons déjà vu le système employé par le vieil égyptien, en traitant du verbe objectif. Voyons celui du copte.

Le présent dëterminé se forme en préposant Tauxiliaire : e^ faire; exemple : e-i-tom^ je ferme; e-k-tôm^ e-f-tom^ etc.; l'aoriste parfait, en employant la particule : a dérivée de Fauxiliaire : au; l'imparfait, au moyen de la copule d'origine adverbiale : ne; le plus-que-parfait, au moyen de la réunion de cet auxiliaire : ne^ et de l'auxiliaire : na^ venir; le futur, par cet auxiliaire : na, venir. On voit qu'un auxiliaire différent vient caractériser chaque temps.

EnÛQ, le cafre multiplie extraordioairement les auxiliaires, et avec eux les expressions des temps, ce qui constitue des conjugaisons infinies, d'autant plus que cette langue cumule jusqu'à cinq ou six auxiliaires pour le même temps ; cependant ce procédé n'y est pas seul formatif des temps, il y concourt avec celui des suffixes et des infixés. C'est par ces derniers moyens que se forment le parfait et l'imparfait.

Mais le présent se marque par l'emploi de l'auxiliaire : ya, aller. Remarquons ici une fois de plus l'universalité de cette racine ya dans le sens d'aller et son emploi pour l'expression des temps.

Le futur se forme par la composition de l'auxiliaire : ya, aller, avec la préposition : ku^ vers, et avec le verbe; y a et ku peuvent alors devenir : aeXu.

L'imparfait se forme par l'auxiliaire : he^ être, ou ya, aller, ou la particule relative : a.

Voici quelques exemples d'application ; di-ya-tanda, j'aime = je vais aimant; si-ya-ianda^ tu aimes; di-ya-ku^ tanda = di'â'U'tanda = do-tanda^ j'aimerai; he-ndi-tanda = benditanda^ j'aimais; di-be-di-tanda = dibenditanda^ j'aimais; di-a-ya-di-be-di-ianda = dayedibenditanda, j'aimais.

Il en est de même dans les autres langues de la famille bantu.

Enfin, les langues dérivées contiennent le point culminant de l'expression des temps par l'auxiliaire préposé. De plus, la préposition en est analytique, et le mot contenant toutes les catégories grammaticales du verbe apparaît le premier, et

parfaitement net de l'idée lexiologique. Nous avons insisté dans une précédente étude sur l'importance de ce caractère, et sur le puissant instrument d'abstraction qui est fourni alors par l'auxiliaire ainsi employé ; nous ne reviendrons pas là«dessus, mais constatons dans quelles langues ce procédé est en usage.

Ce sont d'abord les langues néo-germaniques qui forment tous les temps, à Texception du présent et du parfait, au moyen des auxiliaires être^ avoir ^ devenir^ devoir ou vouloir. En faisant abstraction de ces trois derniers, lesquels s'appliquent particulièrement au temps futur, qu'il faut mettre à part, restent les auxiliaires : être et avoir qui se partagent la fonction d'exprimer tous les cas secondaires ou relatifs, et parmi les cas subjectifs, le parfait.

Ce sont ensuite les langues néo-latines qui expriment tous les temps relatifs, et parmi les subjectifs le passé au moyen de l'auxiliaire : avoir préposé.

Les langues néo-indiennes vont plus loin, et dans le bengali, par exemple, à côté de la conjugaison ordinaire s'en développe une autre entièrement périphrastique dans laquelle l'auxiliaire est le verbe : faire, karana.

Les langues néo-celtiques emploient les auxiliaires : être, avoir et faire pour exprimer tous les temps.

Il en est de même du persan moderne.

En un mot, c'est là une des caractéristiques des langues dérivées.

Mais ce caractère éclate surtout dans la formation des temps secondaires, où nous le retrouverons bientôt.

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