SECTION TROISIÈME
EXPRESSION DES TEMPS RELATIFS PAR l'EMPLOI D'AUXILIAIRES
Ces auxiliaires peuvent être : 4 <* ou le verbe : être, 2* ou tout autre verbe auxiliaire.
§ 1. — Emploi de l'auxiliaire : être.
Le mandchou forme exactement tous ses temps secondaires par l'emploi du verbe : bi, être, qu'on joint aux temps primaires qui s'expriment par les participes simples. C'est ainsi que l'imparfait se forme en suffixant le parfait de l'auxiliaire mbi : x^. Temps principal, aoriste : bi ara ha, j'écrivis; temps secondaire, imparfait : bi ara-mbi-he, j'écrivais; plus-que-parfait : bi ara-ha bihe-bi, j'avais écrit.
Le turc développe ce système; il forme l'imparfait en suffixant le parfait du verbe : être au radical du verbe garni déjà de son suffixe participial : jaz-ar-idim, écrivant je fus = j'é-
crivais; le plus-que-parfait en suffixant le radical du parfait au prétérit de l'auxiliaire être : idim.
Le hongrois forme aussi ses temps secondaires avec l'auxiliaire : varok, j'attends; varok vala (vala = étais), j'attendais; varek, j'attendis; varek vala, j'ai attendu; parfait : var^ tant; plus-que-parfait : vartam vala; conjonctif présent : varjak; conjonctif imparfait : varjak vala; optatif présent : varnek; passé : varnek vala.
Le finnois est différent dans son système. Ce n'est pas aux temps secondaires qu'il emploie l'auxiliaire, c'est aux temps autres que le présent et l'imparfait qu'il considère comme temps principaux; présent : rakastan, j'aime; imparfait : rakastin; l'auxiliaire : être vient à tous les autres temps; parfait : olen rakastanut; plus-que-parfait : olin rakastanut; futur : olen rakastava.
Il en est de même en lapon : etsap, j'aime; etsip, j'aimais; puis tous les Autres temps conjugués périphrastiquement.
Cette particularité des langues finnoises tient à ce qu'il n'exista d'abord que deux temps objectifs : le présent-duratif et le passé; il fallut donc construire à côté, partout où ces temps ne devaient pas être employés, une conjugaison périphrastique qui même s'étendit en lapon à ces temps. De là cette inégale distribution des temps secondaires.
Les langues samoyèdes en sont restées à ces deux temps objectifs : le duratif, le prétérit, et n'ont pas construit à côté d'eux, au moyen d'auxiliaires, cette conjugaison périphrastique.
Ces constatations nous donnent l'intelligence de l'évolution dans les langues qui pour les temps principaux ne construisirent pas à côté de la forme objective une forme subjective par le système des affixes ; ces langues expriment par auxiliaires non seulement les temps secondaires ordinaires, mais aussi les temps primaires, comme le passé indéfini et le futur qui n'avaient pas d'expression objective. Ce système diffère à la fois de celui de l'emploi de l'auxiliaire pour les temps secondaires proprement dits seuls et de celui de cet emploi
étenda à tous les temps et modes, soit de la coDJagaison périphrastique.
C'est ce qui explique pourquoi le passé indéfini accompagne très souvent les temps secondaires dans le procédé de formation par auxiliaire, quoiqu'il ne soit pas secondaire, et aussi pourquoi il en est ainsi quelquefois du futur.
Dans l'effort pour sortir du temps objectif, lorsque l'idée du temps subjectif fut née, on trouva deux issues, celle par l'emploi d'affixes, celle par l'emploi d'auxiliaires, mais on utilisa d'abord les temps objectifs eux-mêmes quand le re« cours eut lieu non aux affixes d'origine adverbiale et multipliables à l'infini, mais à un verbe auxiliaire n'ayant lui-même que des temps objectifs limités. Plus nombreux étaient les temps objectifs, moins nombreux durent être les emprunts aux temps de l'auxiliaire; moins nombreux, au contraire, étaient les temps objectifs utilisables, plus dut s'étendre la conjugaison péripbrastiquc ; c'est ainsi que tantôt elle envahit, tantôt elle délaissa le passé indéfini et le futur, tandis qu'elle s'étend presque uniformément sur les temps secondaires véritables.
Quelquefois, comme dans les langues samoyèdes, on reste stationnaire, on se contente d'employer subjectivement les deux seuls temps objectifs qu'on possède, et l'expression du temps est essentiellement défective.
Les langues sémitiques nous offrent sous ce rapport un curieux spectacle; elles restent longtemps réduites à leurs deux temps objectifs, auxquels elles ont même grand'peine à joindre une valeur subjective précise; ce n'est que dans Farabe vulgaire et moderne que s'introduisent les temps secondaires, s'exprimant par le verbe : kan^ être.
C'est ainsi que se forment leur imparfait et leur plus-queparfait, joignant l'aoriste du verbe au prétérit de l'auxiliaire, ou le prétérit du verbe au prétérit de l'auxiliaire : kân yekiebj il écrivait = il a été il écrit; kân rgad, il avait dormi = il a été il a dormi; de même au futur passé : yekoun d'rab, il aura frappé = il sera il a frappé.
Le berbère forme Timparfait, le plus-que-parfait, le fatolr antérieur, au moyen de Tauxiliaire : ellir, être : ellir d'à zer^ reff je voyais; ellir zrir, j'avais vu; ad iliir zrir, j'aurai vu.
En vieil égyptien, remploi de l'auxiliaire est très large, mais cet auxiliaire n'est pas toujours le verbe : éire. Geluin^i est employé soit sous sa forme autonome : ûon, soit sous sa formé dérivée de pronoms : iû. Nous avons déjà touché ce point.
Mais bien plus que dans le groupe sémitique ou chami* tique, autant au moins que dans le groupe ouralo-altaîque, la formation des temps secondaires par auxiliaires domine dans les langues indo-germaniques dérivées, soit dans les langues néo-indiennes, soit^dans les néo-persanes, soit dans les néo-latines, les néo-celtiques et les néo-germaniques.
Mais ces temps se divisent entre de nombreux auxiliaires : avoir, être, devenir, devoir, vouloir. Ce qu'il y a de remarquable, c'est que dans ces langues et à ce point de vue, l'imparfait ne fait pas partie des temps secondaires, qu'au contraire le passé indéfini en fait partie.
Nous n'entrerons pas dans le détail de cette formation pat auxiliaire, où aucun principe nouveau ne nous intéresserait. Prenons pour exemple la langue française. Les temps secondaires s'y forment tantôt par l'auxiliaire : être, tantôt par l'auxiliaire : avoir, suivant que le verbe est intransitif ou transitif : a j'ai aimé, j'avais aimé, j'aurai aimé, j'aurais aimé »; ou bien : <c je suis tombé, j'étais tombé, je serai tombé, je serais tombé ».
Le paléoslave faisait déjà usage fréquent des auxiliaires pour former le passé défini en employant : iesm, le futuï passé avec : budu, le plus-que-parfait au moyen de : bieiax et bie^.
Le pehlévi emploie les auxiliaires : hast, bûtano, iitâdafio, hôman, yehevûntano, et yeha-vimûntano, d'origines diverses, mais qui tous signifient : être, pour former le parfait, le plos^ que-parfait, le conditionnel passé, le parfait du subjonctif.
En persan moderne le passé se forme par compoi^tion de
Tauxiliaire : être; de même, le plus-qiie-parfait et le fotar passé. Le verbe : sokhteHy brûler, donne pour ces temps : s^kAte-im, sokhte-budem, sokkte-bashem. *
En celtique moderne, la conjugaison peut devenir toute entière périphrastiqne avec les verbes auxiliaires : être ou faire; mais en dehors de ce cas, elle Test aux temps secondaires dans certaines langues, par exemple en celto-breton.
En albanais, les temps secondaires se forment avec Tauxiliaire : avoir, katn. Passé : kâm lyidhourx, j'ai lié; paicœ lyidhour», j'avais lié; to tx kam lyidhourxy j'aurai lié; to tx kecé Uydurx, j'aurais lié.
£q dehors de ces trois grands groupes, nous relevons le IMTocédé de formation des temps secondaires par auxiliaires dans les langues suivantes :
En keshua, le parfait aoristique se forme en employant le verbe : kan, être, et en y joignant divers participes du verbe. Exemple : apar-kani, j'ai porté. L'imparfait joint le verbe suivi de rindice inchoatif : isx ^^ parfait du verbe substantif; exemple : apa-tsy-kar-kan-i, je portais. Le plus-^ueparfait joint le participe parfait au parfait du verbe substantif; exemple : apa-skam kar-kani, j'avais porté. Enûn, le futur antérieur joint le participe parfait au parfait du verbe substantif : apaskam kasak, j'aurai porté.
La langue cafre forme l'imparfait ainsi : bendiianda=zïé'' tais aimant = j'aimais; dîbendiianda, j'étais j'aimais = j'aimais, et le plus-que-parfait : dibenditandile = j'étais ayant aimé = j'avais aimé.
Nous avons vu que l'aware emploie aussi ce procédé, mais qu'il rétend à d'autres temps.
Les langues dravidiennes forment le parfait et le plus-queparfait en joignant le participe passé au présent ou au passé du verbe : être; en tamonl : iseyd-irukkidren, j'ai fait; iseyd-irundèn, j'avais fait ; et au futur passé, en kanara : mddiruvemu, j'aurai fait.
Le noba formant son parfait par la composition avec l'auxiliaire : iene, avoir, le plas-que-par£ait en dérive en redou-
blant cet auxiliaire : ken, kene; le futur passe se forme en employant l'auxiliaire bu, bi, fa, qui signifie : être.
Les racines du verbe : être sont très nombreuses en aléonte. Ce sont : i^a, 2^akukhj 3^ ax-takukh, 4" aghekukh; ils forment le plus-que-parfait : tananakh akhà, il avait bu; le futur antérieur : tananakh adokakukh, il aura bu; il est vrai que cette langue possède pour les autres temps une conjugaison périphrastique, mais pour les temps secondaires ces racines sont les seuls indices.
Le thibétain forme l'imparfait, du présent en y ajoutant : dug-pa, être, et le plus-que-parfait, du parfait par la même addition : on dug-pa, il venait; on-s dug-pa, il était venu.
Dans son étude sur les langues hybrides, M. Adam établit la conjugaison du maléo-arien et du négro-arien. Dans la première de ces langues, sauf Taoriste, tous les temps se forment à l'aide d'un auxiliaire; présent absolu : ca-manzé; futur : calé manzé; plus-que-parfait : té-manzé; et en négroarien : passé : mo té manzé) futur : mo va manzé; passé défini : mo fine manzé; plus-que-parfait : mo té fine manzé; futur antérieur : mo va fine manzé.
Ces langues sont remarquables en ce qu'elles sont au dernier degré de l'analytisme. Les auxiliaires : être, aller, les verbes : finiy etc., viennent seuls déterminer les temps; l'analytisme du français est dépassé. Pronom personnel séparé, expression du temps par auxiliaire, participe passé invariable, telle devient la formule.
§ 2. — Expression des temps secondaires par des auxiliaires
autres qu'être et avoir.
Le cafre fait du verbe auxiliaire : ya, aller, le même usage que du verbe : be, être, pour exprimer les temps secondaires, et même pour rendre périphrastiquement le présent et le futur. Quelquefois même il réunit dans la même forme les deux auxiliaires : ya et be.
Le copte emploie surtout le verbe auxiliaire faire : er,
abrégé en : e, et le verbe : na, venir; il y joint les verbes : au et ne qui tous les deux signifient : être. On ne peut dire que sa conjugaison soit proprement périphrastique, car il ne s'y agit plus, d'un seul auxiliaire qui forme tous les temps, mais cependant à tous les temps un auxiliaire y est employé : - Présent e-i-tom, je ferme (auxiliaire : e, faire); aoriste a-i-tom (auxil. a); imparfait ne- ï-/07w (auxil. ne^ être); plusque-parfait ne-i-na-tom (auxil. ne et na) ; futur e-i-na-tom (auxil. êetnd^.