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DEUXIÈME PARTIE

TEMPS RÉELS, TEMPS IMiGINiIRE.

Nous avons terminé l'examen de la première et la plus importante division des temps, celle en temps objectifs, subjectifs et relatifs; il nous reste à traiter des deux autres.

La division actuelle n'a en vue qu'un seul* temps, d'une nature toute particulière, le futur.

Tandis que tous les autres temps sont des temps réels^ le futur, parmi les temps subjectifs, est un temps imaginaire.

Qu'entendons-nous par ces mots : temps imaginaire? C'est que logiquement le fait n'a une existence réelle que quand il s'est accompli, ou quand il s'accomplit en ce moment, de même qu'un être n'est réel que quand il est né ou quand il naît. Le futur est une supposition de la part de la personne qui parle, c'est un temps ultra-subjectif.

De même que le sentiment d'une autre vie est un sentiment abstrait, de même l'idée de l'avenir est une idée abstraite, par conséquent tardive. On aura depuis longtemps exprimé le présent et surtout le passé qu'on ne saura encore comment exprimer le futur.

Dans l'ordre du temps objectif lui-même, celui de ces temps qui correspond au futur, l'aoriste, eut toujours beaucoup plus de vague que les autres temps objectifs; il s'ex-

prima par la racine nue ou même par la racine à Tétat réduit.

Quand il fallut passer de Taoriste, temps objectif, à son correspondant dans Tordre subjectif, le futur, on ne trouva donc pas dans Taoriste d'éléments morphologiques pour for** mer ce futur, comme on en avait trouvé dans les autres temps objectifs pour former les autres temps subjectifs; il fallut recourir soit à des affixes, soit à des auxiliaires, quoiqu'on ne Teût fait d'habitude quant à ces derniers que pour les temps secondaires.

Le verbe auxiliaire employé ne pouvait être comme pour les temps secondaires, le verbe : être; celui-ci rend mal une idée future, tout au plus pouvait-on employer le verbe devenir; cependant le verbe ; être lui-même fut quelquefois usité : j* aime je suis =zf aimerai. On fut plus logique en employant plus tard, et le verbe : devenir, et les verbes : aller, vouloir, devoir.

L'expression directe par affixes fut très rare; c'est qu'en effet Tadverbe futur était rare aussi, les expressions adverbiales se portant plus naturellemeot sur l'expression concrète du temps réel que sur celle du temps imaginaire.

D'autre côté, lorsque naquit l'idée nette du temps imaginaire, tous ces procédés s'étaient épuisés, les formations par mots vides étaient arrêtées, et on ne pouvait plus recourir qu'à l'opposition de deux verbes. Ce procédé marque bien une genèse tardive et la longue absence du temps imaginaire. Gomme toujours, à la défectivité psychologique se trouva correspondre Vindigence morphologique.

Le verbe auxiliaire fut tantôt préposé, tantôt suffixe au verbe principal, le plus souvent préposé, ce qui indique mieux qu'il ne s'agit pas de la formation proprement dite d'un temps, mais de son remplacement.

Quand le verbe auxiliaire fut suffixe, comme en sanscrit, il finit par se fondre avec le verbe principal, par prendre l'apparence d'une désinence, puis, comme une simple désinence, par s'effacer. Qu'arriva-t-il alors ?

Il se reforma un auxiliaire devant le verbe cette fois, dif-

lérent de Faïudliaire ancien, différent aussi des auxiliairei; employés pour les autres temps du verbe, propre seqlement au futur et au futur du futur, c'est-à-dire au conditionnel; c'est ce qui a eu lieu en allemand. La même situation psychologique a produit une seconde fois le même phénomène.

Telle est révolution du temps imaginaire. Il est resté tel. Quand l'anglais dit, au lieu de f aimerai :je veux ou je dois aimer, il traite bien ce temps comme imaginaire encore, car je veux aimer n'équivaut pas du tout à : j'aimerai, ce n'est qu'une approximation.

De quelles manières le temps imaginaire a-t-il été rendu?

D'abord par les deux modes ci -dessus mentionnés; ordinairement par les auxiliaires, quelquefois par les mots vides adverbiaux; mais ce ne sont pas les seuls équivalents.

Le futur peut se rendre encore : \^ par V auxiliaire, mais suivi d'une préposition; 2^ par une préposition seule; 3<» par la répétition du pronom; 4^ par l'emploi de V optatif.

Quelquefois son expression n'est apparue que très tardive^ ment.

Quelquefois, au contraire, il s'est fait de bonne heure une séparation très nette entre un seul temps réel, et un seul temps imaginaire considéré comme tel.

Gomme ce dernier cas accuse très fortement le caractère du futur, nous commençons par lui.

Nous distinguerons d'abord :

\^ Les langues où il n'existe que deux expressions, l'une pour les temps réels, l'autre pour le temps imaginaire;

2*^ Celles où il n'existe que deux expressions soit dans le temps objectif, soit dans le temps subjectif, l'une pour le présent, l'autre pour le passé, ou pour les temps objectifs correspondants, aucune pour le futur;

3® Langues où la série est complète pour les temps objectifs, mais où une expression directe du futur manque dans les temps subjectifs ;

4*" Langues où le futur s'exprime comme les autres temps

subjectifs directement par des affixes et est considéré comme temps réel.

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