CHAPITRE TROISIÈME
lAnsaes où existent objeetiTement le parteit^ le daratif A l'aoriste, mais où n'existent subjeetiTement que le prédent et le passé, point le fatnr.
L'affirmation que le temps imaginaire, le futur, universellement n'existe pas, qu'on ne peut l'exprimer directement, sans périphrase, que son introduction, et comme idée et comme expression, a été tardive, serait une exagération certainement, mais contient la vérité stricte si on ne l'applique qu'à un certain nombre de langues, d'ailleurs nombreuses. Oui, il y a des peuples qui ont bien compris la nuance aoris-» tique du temps objectif, mais qui n'ont pas eu l'idée, pour eux trop abstraite, du futur, pendant une assez longue période.
Recherchons les modes périphrastiques ou indirects par lesquels ils l'ont alors exprimé.
Premier mode. — Emploi de verbes auxiliaires.
Le cafre se sert de l'auxiliaire : ya, aller, suivi de : ku^ vers : di-ya-ku-tanda, j'aimerais je-vais-à-aimer. Il en est ainsi des autres langues de la famille bantu.
Le bullom et le temné forment le futur, soit en employant simplement le présent, soit en préposant le verbe : hun, venir : a-hun-gbab, je-viens-écrire = j'écrirai.
Les langues mandé, susu, bambara, vei, mandingo prennent Fauxiliaire : /a, fa-ma^ na, si, qui signifient : venir.
L'haussa se sert des verbes : i, venir, za, aller : zd-nimutun = vais-je mourir = je mourrai.
Le tschetschenze emploie pour le futur la forme qui en thusch sert d'imparfait; le thusch emploie le présent ou bien le verbe auxiliaire : lathar^ se tenir debout; wai lath th€qa = nous nous tenons debout prier = nous prierons.
Le maya forme son futur en préposant le verbe : bin : bin in kambe, je l'instruirai.
Le basque manque absolument de ftitur, et n'a originairement que le présent et le prétérit ; il s'en forme un tardivement au moyçn du verbe : être, dans les verbes intransitifs, et du verbe : avoir dans les transitifs : etoriko naiz, venir je suis = je viendrai; yango det, manger j'ai = je mangerai.
L'annamite forme le futur par l'auxiliaire px^^h devoir. Exemple : toi p-^ai noi = moi devoir parler, pour : « je parlerai ».
Le chinois dit : « ngo yao kin, je veux aller », pour : i irai.
Le thibétain le forme par l'auxiliaire : gjur, être changé, devenir : bjed-par gjur; faire il devient = il fera.
Le barea emploie l'auxiliaire : sol, aimer, désirer : medege sole, maudire j'aime =: je maudirai.
Le sandeh forme son futur par l'adjonction à l'infinitif du duratif du verbe : kpine, vouloir; wi-nekpine mule, je veux manger = je mangerai.
En bedzha, on emprunte l'auxiliaire : heru, aller, chercher, ou l'auxiliaire : di.
En somali, on a recours à l'auxiliaire : donâ, désirer; en galla à : djira, être; de même en saho.
En copte, on prépose : na, venir; e^i-na^tom, je fermerai.
Les langues ouraliennes ont régulièrement recours à la pë-
riphrase, formée tantôt par le verbe : fog, commencer, comme en hongrois ; tantôt par le verbe : lep, lem, comme en finnois et en lapon; lient, comme en tchérémisse; nous en avons parlé dans les pages précédentes avec plus de détail.
Mais c'est surtout dans les langues indo-germaniqaes que ce système est en pleine vigueur. Il passe par trois phases différentes, comme nous Tavons vu, caractérisées par : xep^ sy-ami, xept-âsmi en sanscrit, i shall love en anglais ; à savoir : >l<* suffixation de la racine de l'auxiliaire, 2** suffixation plus autonome de l'auxiliaire entier, 3** préposition tout à fait autonome de l'auxiliaire. Nous n'examinerons plus ici que ce dernier mode.
Le grec et le sanscrit ne l'ont pas connu, le latin non plus, malgré la forme : daturus sum, qui n'est qu'une exception, et où d'ailleurs le verbe n'est pas à l'infinitif. Mais ce procédé règne dans les autres branches, et dans toutes les langues dérivées.
Le paléoslave emploie un des trois auxiliaires : imati, avoir, xoiieti, vouloir, nacati, commencer, cto imaie glago^ laii? que direz-vous; pour le futur passé il emploie ; budu, devenir, avec le participe passé actif en : l. Quelquefois, il n'y a pas de futur du tout; pour l'exprimer, on se sert du présent.
Dans les langues slaves modernes, c'est budu, devenir, qui est le seul auxiliaire et forme périphrastiquement le futur; en russe, budu ou sianu dielat, je ferai.
Les langues germaniques ne forment le futur que périphrastiquement : en allemand au moyen de werden^ devenir; en anglais, au moyen de : will et de shall^ vouloir et devoir. Ces langues ont perdu entièrement le futur par suffixation d'auxiliaires qui s'était établi en sanscrit; elles ne contiennent plus que deux temps primitifs, le présent et le parfait, mais pour se créer un futur sont revenues au même moyen, au recours à l'auxiliaire, parce que cela est dans la nature des choses, parce que le futur n'existe proprement point, que c'est un temps imaginaire.
— Ui —
Les langues nëo-celtiques, au contraire, ont conservé le futur désinentiel.
Le français a perdu le sien, mais s'est créé un second futur non en préposant, mais en sufûxant Tauxiliaire : avoir :fai' mer-ai. Il a repris le procédé du sanscrit en substituant : avoir au verbe : être.
L'albanais emploie un mode spécial, Tauxiliaire suivi d'une préposition : to iœ. Exemple : io tâe lyiih, je lierai; to tx kem liyidhourœ, j'aurai lié (to tâe = Je veux que).
Le roumain ne peut exprimer le futur que par l'auxiliaire : voiû^ je veux.
Le grec moderne dit : « 6gX(o va, je veux que », suivi du verbe au subjonctif.
Enfin, les langues hybrides des nègres expriment le futur en préposant : va (aller) à l'infinitif des verbes.
L'auxiliaire : budu des langues slaves est identique au verbe : budem des néo-persanes, qui avec l'infinitif du verbe forme aussi le futur.
Nous n'insistons pas sur ces formations, qui sont très connues.
Nous concluons que dans beaucoup de langues et des plus civilisées, l'idée du futur manque; qu'on y suppléa quelque temps par l'emploi de l'aoriste qui lui correspond dans l'ordre objectif, à défaut d'aoriste, par le présent, et qu'enûn on eut recours à des auxiliaires, surtout l'auxiliaire : être; qu'on emploie cet auxiliaire de trois façons : d'abord par imitation des désiuences des autres temps, en fondant cet auxiliaire dans le verbe principal (xêp-si-ami), puis en l'y postposant seulement, avec plus d'autonomie par l'auxiliaire (xept-asmi), j'aimer-ai, enfin d'une manière tout à fait indépendante : (i will love, nuvisteh budem).
Deuxièmb mode. — Emploi d'une préposition eu d*une
conjonction.
Le dinka emploie la conjonction : 6t, afin que. Exemple : fen a-bi-nin, je dormirai = je suis afin que dormir.
Le paléoslaye emploie les prépositions, M. Ghodzko dit dans sa grammaire, p. ^138, qu'il n'y a pas de futur à proprement parler dans l'ancienne langue slave; c'est l'exacte vérité. On y supplée d'abord par l'auxiliaire : budu^ comme nous l'avons vu, puis par les moyens suivants : -1^ les prépositions donnant au présent défini le sens du futur : xvaliu^ je loue, pO'Xvaliû^ je louerai; iem^ je mange; 5-eew, je mangerai entièrement; po-iem, je mangerai un peu; 2** les modes indéfinis prennent le sens du futur ou du présent, suivant que la préposition est ajoutée à la forme primitive ou dérivée du verbe; ainsi : ot-vedu signifie : j'emmènerai, et ot-voju^ j'emmène. Cependant le contraire arrive, lorsque le sens des prépositions agit en sens contraire.
Troisième mode. — Emploi de la répétition du pronom.
Je ne rencontre ce procédé que dans la langue hidatsa, dialecte du Dacotah : ma-kideshi-mi = moi-aimer-moi = j'aimerai; da-kideshi-di = toi-aimer-toi = tu aimeras; »iakideshi-miha = nous aimerons; da-kideshi-diha = vous aimerez.
Quatrième mode. — - Emploi de Voptaiif.
En esquimau le passé n'a pas besoin de s'exprimer, puisqu'on ne voit pas l'action s'accomplir sous ses yeux, on sait bien qu'elle est passée ; quant au futur, il n'existe pas, il n'est qu'à l'état de désir ou d'hypothèse; on n'a donc pas besoin de l'exprimer autrement que par l'optatif.
Un certain nombre d'autres langues emploient directement