‹ De la catégorie du tempsChapitre 27 sur 30 · TROISIÈME POINT · texte numérisé non relu

TROISIÈME POINT

filynthèse des emplois de l'auxiliaire a être i» pour marquer

les temps.

Nous avions dans une précédente étude observé les fonctions du verbe : être en ce qui concerne la formation des voix verbales ; nous avons dans le cours du présent essai indiqué en détail, à propos de chaque nature de temps, comment ce verbe auxiliaire concourait à son expression. Nous croyons utile d'en présenter ici la synthèse suivante.

Le verbe : être, par sa composition, sa préposition ou sa postposition au verbe dont il s'agit de marquer les temps, forme :

i^ Tous les temps relatifs simplement déterminés, excepté ceux qui indiquent une concomitance, dans beaucoup de langues ;

2^ Tous les temps doublement ou triplement relatifs dans presque toutes les langues ;

3^ Tous les temps relatifs surdéterminés;

4° En concours avec d'autres auxiliaires, le temps imaginaire, le futur, dans beaucoup de langues ;

5^ Le temps qui marque qu'une action s'est accomplie en laissant des traces par opposition à celle qui n'en laisse pas, dans un certain nombre de langues ;

6** Les temps subjectifs, par opposition aux temps objectifs correspondants, dans les langues indo-germaniques ;

7° Le temps présent surdéterminé, et l'instantanéité de l'action.

Enfin, son extension devient telle qu'il s'étend souvent à tous les temps, perd par là même les caractères spéciaux qu'il communiquait, et constitue la conjugaison périphrastique dont nous avons traité dans une étude précédente, laquelle conjugaison remplit dès lors un tout autre but que celui de marquer les temps.

QUATRIÈME POINT Racine de l'idée du temps.

Sans entrer dans des considérations purement philosophiques, il n'est pas inutile, au point de vue de la grammaire, de rechercher comment l'idée du temps s'est développée dans l'esprit humain et dans l'expression linguistique.

Le temps est une idée immatérielle, abstraite ; on ne le voit pasf on ne l'entend pas, on ne le touche point. Or, de telles idées ne se présentent jamais les premières à la pensée; on commence par ce qu'on voit.

Or, une catégorie idéale bien connue est dans ce dernier cas, c'est celle de Vespace, du lieu; tous les objets qu'on aperçoit sont situés ; ils sont en repos ou en mouvement, ils sont proches ou loin d'entre eux ou de celui qui. les regarde. Certainement, après les objets eux-mêmes, leur situation est la première idée générale qui a dû frapper le spectateur.

Mais le temps n'est qu'un espace successif; les faits s'y étagent, s'y meuvent ou s'y superposent, tout comme le font les objets dans l'espace. L'analogie est complète, et lorsque

rhomme acquit la notion plus immatérielle du temps, ce dot être certainement après avoir acquis l'autre, et au moyen de Tautre.

L'idée du lieu est donc la racine de Tidée du temps.

Ce qui le prouve encore, c'est la coïncidence exacte des divisions de l'un et de l'autre, c'est la fonction que les expressions de l'un peuvent remplir pour exprimer l'autre.

D'abord les expressions de l'un sont fonction des expressions de l'autre. Ici = maintenant, là = alors, nulle part = jamais, où? = quand?, devant = auparavant, derrière = après, partout = toujours.

Puis les divisions coïncident. Le temps, avons-nous dit, est objectif, subjectif et relatif. L'objectif consiste dans le développement de l'actioD, dans son mouvement interne; le subjectif dans la position de telle action par rapport à l'instant où parle l'interlocuteur, comme point de repère; le relatif dans la position de telle action vis-à-vis de l'autre.

Le lieu présente exactement la même division. Tantôt on envisage le mouvement de l'objet dans l'espace ou son repos : 4° repos, 2<* mouvement à partir de, 3** mouvement vers : ubi, unde, quo; ibi, inde, hue; inessif, elatif, ablatif; tantôt on n'envisage que la situation dans l'espace par rapport à celui qui parle; l'objet est situé ici, ou en deçà, ou au delà; près ou loin, ou très loin (absent), nuance qui est marquée par un changement de voyelle en javanais, en v^oloff et dans d'autres langues d'une façon très nette ; tantôt, enfin, on considère la situation d'un objet par rapport à l'autre (ce qui correspond très exactement au temps relatif dans le temps), et les expressions sont alors : dans, avant, après, sur, avec, etc.

Ainsi le temps est, quant à l'expression tout au moins, une sorte d^espace imaginaire; il emprunte au lieu ses divisions, souvent ses expressions; il en est l'écho, l'image.

Tandis que le lieu reste dans l'ordre d'idées ontologique, le temps s'en détache et domine l'ordre d'idées verbal.

Le lieu est l'âme de l'expression ontologique, dont la ma-

tière est la matière elle-môme, c'est-à-dire, la dénomination des objets.

Le temps est l'âme de l'expression verbale, dont la matière est la dénomination des actions.

Le lieu et le temps sont grammaticaux et morphologiques, tandis que les objets et les faits sont lexiologiques.

Le lieu et le temps dérivé du lieu créent la grammaire.

Tous les deux enveloppent, Tun les êtres, l'autre les actions, de leur triple division indiquant le mouvement, la situation au rapport de celui qui parle, la situation respective, par trois degrés aii moins partant d'un zéro qui est le repos ou le présent, le lieu où l'on est ou le temps où l'on vit, la coïncidence de deux objets ou de deux actions ; puis marchant en arrière pour rencontrer le lieu d'où l'on est parti ou le point où l'action a commencé, le lieu en deçà de nous ou le temps en deçà du nôtre, le lieu d'un objet en deçà d'un autre objet ou le temps d'un fait en deçà d'un autre fait; puis marchant en avant pour rencontrer le lieu où l'on va ou le point où l'action sera terminée, le lieu au delà du nôtre ou le temps au delà du nôtre, le lieu d'un objet au delà d'un autre ou le temps d'un fait au delà d'un autre fait.

De sorte qu'on peut figurer adéquatement le temps et le lieu de la manière suivante :

Len deçà — 2 + Vau delà.

Telle est l'universalité de ces deux idées : le temps et le lieu en théorie; voyons quelle elle fut historiquement dans la grammaire.

L'idée de lieu, qui renfermait originairement l'idée de temps, s'est exprimée par les racines dites pronominales, lesquelles, comme on le sait, sont parfaitement distinctes dans toutes les langues des racines dites attributives, ces dernières constituant le matériel du langage, tandis que les autres verbes donnent le mouvement et la vie, créent les formes.

Ces racines n'étaient pas d'abord des pronoms, mais de purs adverbes de lieu signifiant : ici, là, etc. Puis ces adverbes

devinrent des pronoms. Ici, c'est moi; là, c'est toi; plus loin, c'est lui.

Les pronoms à leur tour, en s'agglutinant, créèrent la déclinaison dans les langues flexionnelles, et dans toutes, les conjugaisons.

Mais ces racines pronominales si fécondes n'expriment pas toutes les idées de lieu ; elles expriment seulement ce qu'il y a de plus général en elles, le mouvement dans le lieu. Les autres sont exprimées par des racines attributives plus lourdes qui deviennent des prépositions et des postpositions.

De même que l'idée de temps s'analyse en idée de lieu, l'idée de lieu elle-même et avec elle celle de temps qu'elle renferme se réduisent donc en analyse dernière en idée de mouvement.

L'expression du mouvement est le facteur commun de toutes les expressions grammaticales, comme le mouvement lui-même se retrouve au fond de tous les phénomènes physiques, son, lumière, électricité, chaleur, et par la chaleur, en thermochimie, au fond de tous les phénomènes chimiques.

Telle est la racine profonde du temps considéré dans son idée et dans son expression : le mouvement; mais elle traverse d'abord l'idée du lieu,

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