DEUXIEME CLASSE
MOTS YIDES ADVERBIAUX EMPRUNTÉS AUX PARTICIPES
Cet emprunt a lieu dans les langues suivantes H** le mandchou, 2** le turc.
Le mandchou forme ses temps subjectifs et relatifs par le sccouri? de Tauxiliaire : être, bi, mais cet auxiliaire n'apparaît pas aux temps objectifs et principaux et l'expression est participiale sans auxiliaire ni copule. Le participe présent : ra, ro, forme le duratif ; le participe passé : p^a, yo, forme l'aoriste. Conséquence singulière : pour exprimer : « j'aimai, » on dit : « moi ayant aimé; » pour exprimer : « j'ai aimé, » on dit : « moi suis ayant aimé. »
Il en est de même en tongouse : le duratif s'exprime par le participe présent : ra, ri, l'aoriste par le participe passé : tsa.
En iakoute, à côté du participe (duratif : ar; aoriste : ia) vient déjà se ranger non une copule, mais le pronom personnel, prédicatif au duratif, possessif à l'aoriste.
En turc, le duratif se marque par le participe présent dont l'indice est aussi : ra, ar, et l'aoriste par le participe passé dont l'indice est : ta-ka, ta. Mais ces participes ne restent pas nus comme en mandchou, mais on y suffixe, comme en tongouse, les pronoms personnels abrégés, de la série subjective au duratif, de la série possessive à l'aoriste : jaz-ar-im, y écris] jaz'di-m, j'ai écrit; ar et di sont les suffixes temporels participaux; im et m plus distincts aux autres personnes, les pronoms personnels des deux séries.
Il faut rattacher à ce procédé celui du russe moderne qui a syncopé le parfait paléoslave, et est parvenu ainsi à exprimer un temps personnel par le pur emploi d'un participe. Le paléoslave disait : liobil byx, j'aimai = ayant aimé je suis; le russe dit simplement, en supprimant byXy ceci : liobil, ayant aimé, pour : j'aimai.
C'est aussi le mode de formation du latin : amaminiy qui n'est qu'un participe, égaré au milieu de la série de temps personnels : amar, amariSy etc.
§ 5. — Emploi de mots vides verbes auxiliaires.
Les langues qui emploient ce procédé sont peu nomi breuses ; les auxiliaires, et en particulier l'auxiliaire « être, » n'apparaissent guère pour l'expression des temps objectifs, tandis qu'ils dominent dans celle des temps subjectifs.
La langue bagrimma distingue le duratif. de l'aoriste, en se servant au duratif de l'auxiliaire : aka, faire, tandis qu'elle exprime l'aoriste par l'affixe adverbial : go ou djo,
La langue haussa forme le duratif en préfixant au verbe aoriste le verbe substantif : ne, na. Ne est une des racines du verbe : « être » dans l'haussa qui, très riche, en possède trois : ne, ke, tse. Elle forme le parfait en préposant une des autres formes du verbe substantif : ke, ka.
Le futur étant un temps subjectif ne doit pas être considéré ici; cependant disons, pour compléter le système, qu'il se forme en préposant un autre auxiliaire : iy aller, dont nous ne pouvons nous empêcher de signaler la ressemblance lexiologique avec lï, ja du sanscrit; cet auxiliaire : i, aller, a pour succédané zd^ zna, venir.
Ba, aller; aoriste na-ba; na = je; duratif ; ni-na-ba = na-na-ba; parfait : ni-ka-ba; enfin futur : ni-ba = ni-i-ba, ou zâ-ni-ba.
Notons que les racines du verbe : « être » sont des racines d'origine pronominale, de sorte que le verbe : « être » n'est pas né de lui-même. Nous verrons le même phénomène en égyptien. Les trois racines : ne, ke, tse sont des modifications des pronoms : na, ka, y a des trois personnes; aussi ne s'appliquent-ils d'abord chacun respectivement qu'à l'une de ces personnes; plus tard cette différenciation n'eut plus lieu, et fut remplacée par une autre, celle des temps. (Voir Frédéric Mûller, GrundrisSf p. 229.)
L'égyptien forme le présent déterminé, soit le duratif, en suffîxant la copule invariable à la forme simple ou aoristique meh'fpu, il remplit il est. Il forme le parfait en joignant le verbe auxiliaire au : au meh-f, au-f meh, au-f meh-f, il a rempli. Ce parfait redevient présent en surajoutant la copule : pu au-fpu meh'f. L'auxiliaire : pu a pour succédané un autre auxiliaire : ûon, être : ûon-f meh, ûon-f meh-f, etc. Enûn, la copule. : tu, féminin de pu, intervient dans le même emploi. Il faut noter que c'est tantôt l'auxiliaire, tantôt le verbe principal qui restent invariables; qu'au contraire quelquefois ils se conjuguent à la fois tous les deux. D'autre côté, le verbe : être possède plusieurs racines; l'une née d'ellemême : ûon, l'autre d'origine pronominale, comme en haussa : pu, féminin tu, La dualité presque générale des racines du verbe ; « être, » qui quelquefois possède une troisième racine d'une importance moindre, est très remarquable.
Cette langue fait un grand emploi, un emploi exclusif des verbes auxiliaires pour exprimer les temps et même les modes. C'est ainsi que pour compléter le tableau il faut ajouter que l'égyptien exprime le conditionnel par l'auxiliaire : ar, faire : ar meh-f, s'il remplit; l'impératif par le même moyen : ar-k-hâ, tiens- toi debout. Enfin, le futur s'exprime d'une façon très originale : tu-f er meh-f, il est afin qu'il remplisse := il remplira. Mais n'anticipons pas sur les temps subjectifs.
Tels sont les modes très variés d'expression des trois temps ! objectifs : l'aoriste, le duratif, le parfait; de ces modes, celui de la modification radicale est certainement celui qui domine et qui reste caractéristique; l'affixation de mots vides vient ensuite, puis l'emploi d'auxiliaires, mais à l'état d'exception. \
Il est un quatrième temps objectif sur l'expression duquel nous n'avons pas indiqué le résultat de nos recherches, c'est le parfait qui exprime que le résultat de l'action dure encore, distinct de celui qui exprime que ce résultat n'existe plus. En général, la persistance du résultat semble comprise par beau-
coup de langues dans Tidée du parfait; mais alors il ûY ^ pas dans ces langues un autre parfait qui exprime la nuance contraire. La langue koibale offre, cependant, des expressions distinctes non exactement pour chacune de ces deux nuances, mais pour d'autres qui y touchent de bien près et qui indiquent quel a été le degré exact d'accomplissement de l'action, et apprennent si cette action qui est passée a été instantanée, durable ou complète. Il en résulte un croisement de l'idée du temps subjectif, et de celle du temps objectif, et nous classerons en conséquence ce phénomène dans la classe suivante, quoiqu'un tel croisement n'ait pas lieu à tous les temps subjectifs, mais au temps passé seulement.
Nous examinerons maintenant : \°\e mode d'expression des temps subjectifs ; 2° le cas du croisement, soit totale soit partiel, ^^■^'f- des temps objectifs et des temps subjectifs. Nous commençons par le dernier, parce que les temps objectifs et les subjectifs se croisent presque toujours sans se modifier, de sorte que nous ne sortons pas encore ainsi de l'examen du temps objectif. Seulement, tandis que dans la présente division le temps objectif tient lieu en môme temps de temps subjectif, par un lent déplacement de fonctions dans la division suivante nous verrons le temps objectif et le temps subjectif coexister, remplissant chacun sa fonction respective seule. Chaque temps
1 objectif pourra s'y mettre à tous les temps subjectifs, chaque temps subjectif à tous les temps objectifs; en un mot, chaque
! temps objectif s'élargit et constitue à lui seul une conjugaison entière.