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OU ASPECTS DU VERBE

Les temps objectifs dont nous venons de décrire les modes d'expression indiquent le développement partiel ou entier de

Taction, à savoir : l'aoriste, l'action qui ne fait que commencer, ou qui s'accomplit momentanément, et sans qu'on se préoccupe des suites qu'elle laisse; le duratif, l'action qui persiste et se continue; le parfait, celle qui termine ou a terminé son accomplissement; en tout, trois degrés dans l'action exprimant le temps en prenant pour repère l'action ellemême, de sorte que vis-à-vis du degré moyen de l'action s'accomplissant et constituant un temps objectif analogue au présent parmi les cas subjectifs, se trouvent le degré inférieur - de l'action qui ne fait que commencer, qui a été instantanée, et celui supérieur de l'action qui a joui ou jouira de son plein accomplissement.

Mais n'existe -t- il pas des degrés intermédiaires? Par exemple, ne peut-il pas s'agir d'une action très courte à chaque fois, mais qui se réitère souvent, d'une action hahi^ tuelle? Ne peut-il pas s'agir d'une action qui se termine, sans qu'on se préoccupe de savoir si son accomplissement, son effet a été entier? Ne peut-il pas s'agir d'une action qui augmente d'intensité ou de rapidité à mesure qu'elle se continue, ou, au contraire, d'une action qui décroît? Oui, évidemment.

Lorsque le temps objectif exclut encore tout temps subjectif, et se trouve ainsi contraint de faire double fonction, de remplir aussi la fonction de temps subjectif, cela arrête le temps objectif dans son développement, l'empêche d'exprimer toutes les nuances de lui-môme ; mais lorsqu'à côté du temps objectif est né le temps subjectif, le premier, beaucoup plus libre, a pu rendre un plus grand nombre de degrés de l'action.

Mais les trois degrés originaires sont toujours restés seuls degrés principaux.

Cependant, quelques déplacements s'opèrent par suite de ce développement anormal du temps objectif, et la valeur relative non de sens, mais d'estimation, pour ainsi dire, des trois temps objectifs vient à se modifier.

Ainsi, nous avons vu qu'on estime, en général, comme le plus simple le temps aoristique, qu'il sert de point de départ.

et qu*on en déduit par deux renforcements successifs, d'abord le duratif, puis le parfait. Nous avons cité les exemples grecs

\ -^ typiques. c-Xwc-ov, Xsuc-co, Xe-Xotic-a, &-XQeô-ov, Xocvô-ov-w, "kekirfi^.

. Eh bien! cette distribution est quelquefois tout autre; c'est ; le duratif qui devient le point de départ, l'aoriste en est un I renforcement, et enfin le parfait est un renforcement de l'aoriste. Nous verrons comment cette interversion a pu s'opérer. . C'est ce qui a lieu dans les langues slaves.

Les nuances venant à apparaître auprès des trois couleurs principales de temps objectifs, il arrive aussi que la nuance qui fonctionnait comme une de ces trois couleurs peut être remplacée par une autre nuance de la même couleur, et la couleur ancienne redescendre à l'état de nuance.

Ces préliminaires établis, retournons à l'observation. . V aspect du verbe, c'est-à-dire chaque temps objectif muni ; plus ou moins complètement de ses nuances, et multiplié par tous les temps subjectifs, s'exprime par les moyens suivants : Premièrement, — Par une modification vocalique ou consonnantique de la racine, ce qui comprend :

a) Une modification interne, ^

h) Une modification terminale.

Deuxièmement. — Par l'adjonction de mots vides.

Ces mots vides peuvent être de différentes sortes :

\^ Mots vides suffixes,

2** Prépositions,

3® Verbes auxiliaires plus ou moins reconnaissables.

I Troisièmement, — Par la seule signification du verbe influant sur la valeur du temps subjectif.

Quatrièmement. — Par la place du pronom personnel.

Cinquièmement. — Par l'emploi simultané de la modification vocalique et de la préposition agissant et réagissant l'une sur l'autre.

Nous avons dit que les temps objectifs et les subjectifs s'exprimaient indépendamment l'un de l'autre; cela est vrai en général, mais cependant quelquefois le temps objectif déve-

loppé constituant l'aspect du verbe agit sur les temps subjecti£s pour en modifier le sens.

Ces classifications seront reproduites dans les divisions suivantes :

§ 1- — Aspects du verbe exprimés par une modific&tion

radicale.

a) Modification radicale interne.

Les langues hûrkan et wiraduréi emploient seules ce procédé.

L'hûrkan ne connaît que deux aspects : le momentané ou aoriste et le duratif. On dérive l'aspect duratif de Faspect momentané en changeant a ou rî en i ou u, i en u^ ou en insérant r, l, ou en supprimant, au contraire, r ou /. En voici des exemples :

Avkis, ouvrir, au momentané, devient au duratif : ivkis; asis, acheter, isis; arsiSy voleter, urBis; izis, se montrer, ilzis; uraSj briser, uas.

Les temps subjectifs se superposent à chacun de ces deux aspects ; ainsi l'aspect aoriste peut se mettre au présent, à ! quatre passés, à deux futurs, etc.; il en est de même de l'aspect duratif; c'est ce qui différencie un tel duratif et un tel aoriste de ceux que nous avons décrits précédemment.

Le wiraduréi tire l'aspect continu de l'aspect momentané en redoublant la racine entière : bûmara, frapper, bûma" immaroy continuer de frapper.

b) Modification radicale terminale.

Cette modification est le moyen le plus ordinaire à la fois et Je plus original d'expression des différents aspects. Elle correspond à l'expression caractéristique des temps objectifs. C'est le système des langues slaves, surtout du russe et du polonais.

La langue paléoslave possède déjà les divers aspects, mais à un état rudimentaire. Ce sont les langues slaves modernes qui ont développé ces germes, en ont fait un système complet, ce qui a donné à ces langues pour lexpression des temps une souplesse et une précision qu aucune autre peut-être ne possède.

Il semble d'abord que c'est un phénomène singulier qu'un caractère saillant apparaisse tout à coup dans une langue dérivée, tandis que la langue dont elle dérive l'ignore complètement ou n'a qu'une tendance à ce caractère. C'est cependant ce qui a souvent lieu, et dans des ordres d'idées très divers, par exemple dans les langues ouraliennes, en ce qui concerne l'harmonie vocalique.

Il en est de même ici. Examinons d'abord le système complet^ qui sera ainsi plus facile à bien saisir.

La langue russe envisage l'action : \^ comme imparfaite, sans qu'on se préoccupe de savoir si elle est, oui ou non, continuée ou terminée; 2° comme répétée, en ajoutant à cette nuance l'idée subjective du passé; 3° comme terminée; ce qui se nomme Y aspect imparfait, V aspect itératif et Y aspect parfaity et ce qui correspond à Vaoriste, au duratif et au parfait, temps objectifs ci-dessus.

Mais tandis que le duratif est en rapport avec le temps subjectif présent, l'itératif semble en rapport avec le passé; tandis que l'aoriste est en rapport avec le passé ou le futur, l'aspect imparfait est en rapport avec le présent. Les rapports avec les temps subjectifs sont donc intervertis.

C'est qu'en effet les rapports des temps objectifs et des subjectifs n'ont rien de naturel, de nécessaire, et se fixent d'après les divers points de vue où l'on se pose, d'après les idées qui ont le plus vivement frappé.

D'autre côté, l'idée de l'itératif diffère un peu de celle du duratif, mais par une nuance seulement. Lorsque l'on dit : « je dîne, » ce verbe exprime une action qui dure, mais qui ne dure que par la répétition du même acte : « manger. » La répétition de l'action implique sa durée ; la durée par répéti-

tion n'est qu'une nuance de la durée eu général, mais une nuance dont l'idée avait particulièrement frappé.

Comment s'exprime ce triple aspect : Vimparfaity Vitératif, le parfait ??SiT un double moyen dont nous n'examinerons en cet instant qu'un seul : 4** par un relâchement ou une contraction de la racine; 2^ par l'emploi d'une préposition affixée au verbe.

Le premier mode, celui qui emploie la modification de la racine, est très remarquable. Expliquons d'abord son mécanisme matériel par quelques exemples :

Aspect

impArfAît.

Aspect itératif.

Aspect parfait.

(Aoriste)

(Duratif)

(Parfait)

Axat,

gémir.

axivat.

axnut.

Boitât,

agiter.

baltyvat.

boltnutf

Dut,

souffler.

duvat.

dunut.

Triasti,

secouer.

triasat.

triaxnut.

Gresti,

ratisser.

grebat.

grebnut.

Kolot,

piquer.

kalyvat,

kolnut.

Drojat,

trembler.

dragivat.

drognut.

La modification de la racine consiste ou en son prolongement : axivat pour axat, baltyvat pour baltat, ou en son resserrement : axnut pour axat, haltnut pour baltat.

Nous appelons prolongement de la racine l'intercalation entre elle et la désinence d'un élément prosthétique qui ne consiste point en un mot vide suffixe, mais dans une syllabe de liaison. C'est le cas de la syllabe yv à l'itératif.

Nous appelons resserrement de la racine l'absence d'une telle addition, mais le renforcement de la désinence, lequel par là même vient à presser sur le radical et à le resserrer; c'est ce qui a lieu dans axnut pour axat, dans kolnut pour kolot.

Nous avons déjà trouvé en sanscrit quelque chose d'analogue ; le duratif s'y forme par l'addition au radical de syllabes qui le prolongent : a, na, nu, etc. Le parfait s'y exprime

non par prolongation non plus, mais par renforcement de la racine.

Enfin, de même qu'en sanscrit, le renforcement du radical par des éléments prosthétiques opère euphoniquement une modification de la voyelle radicale, de môme ici bolt-at devient halt-yv-at; drojat, dragivat^ avec mutation vocalique et aussi consonnantique.

Mais là s'arrête l'analogie, et une différence essentielle apparaît.

Le russe n'opère point, comme le sanscrit, par renforcement du radical, mais tantôt par relâchement, tantôt par resserrement. Il considère la syllabe de liaison prosthétique non comme un renforcement, mais comme un relâchement. ^ Le .relâchement étant inférieur à l'état moyen de la syllabe, et le resserrement étant supérieur, au lieu de la gradation sanscrite : 4** aoriste, 2** duratif, 3° parfait, le russe établit phonétiquement la gradation suivante : \^ duratif ou fréquentatif, 2** aoriste ou imparfait, 3** parfai(.

Comment la syllabe prosthétique yv opère-t-elle un relâchement et non plus un renforcement? Cela résulte d'un système phonétique propre aux langues qui renferment à la fois beaucoup de syllabes ouvertes et beaucoup de fermées; les syllabef fermées sont plus intenses, plus énergiques que les syllabes ouvertes. Comparez avec l'oreille : dut et duvaty gresti et grehat, triasti et triasaû, la différence est sensible dans ce sens. Dans les autres mots, l'éloignement de la désinence au moyen d'une syllabe molle intermédiaire qui empêche le contact direct, la fusion ou la contraction produit le môme résultat; aussi la syllabe de liaison a-t-elle soin de commencer par une voyelle; axivat, quoique plus long, est plus doux et moins intense que axât, kalyvat que kalat.

Comment le renforcement de la désinence est-il un resserrement pour le radical ? C'est à condition que ce renforcement consiste dans l'insertion d'une consonne initiale à la désinence. Cette insertion rend fermée la syllabe radicale qui était ouverte, rend plus fermée, plus compacte la syllabe

radicale qui était déjà fermée. Axât devient axnut^ premier cas; boitât devient haltnut, deuxième cas.

Voilà comment l'interversion de rang a pu se faire entre l'aoriste et le duratif ; le duratif qui était au deuxième degré a passé insensiblement au premier» parce que son prolongement, qui était un renforcement dans Teuphonie sanscrite, est devenu un relâchement dans Teuphonie slave.

Par le même motif, l'apophonie causée par la modification de la syllabe radicale et son extension s'est produite beaucoup moins vivement en slave, sans pourtant disparaître; c'est que cette apophonie était le résultat du renforcement proprement dit, que le relâchement et le resserrement ne font qu'imiter.

Nous venons de prendre le système russe dans ce qu'il a de plus simple pour en comprendre l'esprit, mais il a une extension et une complexité très grandes.

Tout d'abord il ne se contente pas d'exprimer les trois couleurs principales : aspect imparfait, aspect itératif y aspect parfait; il exprime une nuance intermédiaire entre l'itératif et le parfait : c'est le parfait de durée ; il serait peut-être plus exact de considérer cet aspect comme un quatrième degré, consistant en ce que l'action, d'un côté, est entièrement achevée ou s'achèvera entièrement, d'autre côté, est ou aura une certaine durée ou une certaine répétition : « Les oiseaux lui ont crevé les yeux à coups de bec, » ptitsy vyklevali emû glaza; « je chanterai cet air tout entier, » ia propoioû pieS" nioù. Par opposition à ce parfait de durée, le parfait ordinaire dont nous avons déjà parlé s'appelle parfait d'unité.

De là quatre aspects formant temps objectifs en russe : -I" Vaspect imparfait, 2** V aspect duratif ou itératif, 3^ Vas^ pect parfait d'unité, 4® Vaspect parfait de durée, c'est-à-dire parfait plus duratif.

Ce dernier aspect ne peut pas s'exprimer par la modification radicale seule, il doit emprunter en même temps le secours à'xxïi'^ préposition; nous n'examinerons donc le procédé morphologique qu'un peu plus loin.

Ce u^est pas tout. La langue russe ne distingue pas seulement les temps objectifs des temps subjectifs, les multipliant l'un par l'autre, et formant ainsi de chacun des premiers une véritable conjugaison sous le titre d'aspect; elle distingue aussi, comme nous le verrons plus tard, les temps définis des temps indéfinis.

Nous ne voudrions pas anticiper, mais nous ne voulons pas non plus présenter tronqué le système d'une langue, car l'ensemble en donne seul l'esprit. Le russe complique ses aspects de sa distinction entre le défini et l'indéfini, du moins l'as- •pect imparfai|.

L'aspect imparfait indéfini exprime le moment de l'action d'une manière indéterminée, souvent même l'habitude ou la possibilité de faire cette action : ptitsy lietaioût, les oiseaux volent ; l'aspect imparfait défini exprime que l'action se fait dans le moment précis dont il est question : ptitsa letit, l'oiseau vole maintenant.

Nous verrons que l'indéfini se sépare du défini d'une manière remarquable par le seul renforcement sans resserrement ni relâchement, tantôt du radical, tantôt de la désinence, et que le renforcement s'opère non point par un moyen prosthétique, mais par une modification vocalique ou consonnantique du radical ou de la désinence, ou des deux à la fois. Voici des exemples :

Bludit, errer, devient à l'indéfini : blujd-at; vezti, voiturer, vozit; gnat, chasser, goniat; katitj rouler, kacat; liezt, grimper, lazit; nesti, porter, nosit.

L'apophonie est ici très marquée et ne semble pas commandée par la voyelle de la désinence.

Y a-t-il bien là une distinction principale entre le défini et l'indéfini? On peut en douter. L'indéfini représentant une idée habituelle, cette idée n'est-elle pas plutôt une idée durative? L'ordre de gradation du sanscrit n'aurait pas alors été interverti, et il y aurait seulement des temps objectifs, des aspects de plus.

Voici comment s'établirait la gradation de la série :

Premier aspect. — Vitératif : l'action s'essaie, ne peut s'accomplir encore; l'oiseau volète, agite ses ailes, n'a pas encore pris son vol; la répétition précède l'action définitive; morphologiquement, la racine se relâche.

Deuxième aspect, — L'imparfait : l'action s'accomplit, mais une seule fois, vite, sans durée appréciable, momentanée; morphologiquement, la racine est à l'état moyen ou neutre.

Troisième aspect, — L'indéfini : l'action n'est plus isolée, il s'agit d'une série d'actions, d'une habitude, d'un duratif; morphologiquement, la racine, la désinence même, se ren^ forcent dans leur voyelle ou dans leur consonne.

Quatrième aspect. — Le parfait d'unité : l'action a été ou sera complètement accomplie, intégrale; morphologiquement, on resserre la racine le plus fort possible.

Cinquième aspect. — Le parfait de durée : non-seulement Faction a été parfaite, mais de plus c'est une action importante, qui a duré, qui a probablement aussi produit des résultats qui lui survivent; morphologiquement, les autres moyens de renforcement étant épuisés, il faut recourir à l'aide d'une préposition.

Tous les verbes n'ont pas à la fois tous les aspects, même j pas les trois principaux, à savoir : ^l*' l'imparfait, 2** l'itératif, 3** le parfait. Pour les réunir, il faut que le verbe exprime une action physique de l'homme ou de Tanimal, c'est-à-dire une action physique manifestée par un mouvement; si l'action est invisible, intellectuelle, Vaspect parfait manque. Cela est très logique; l'action intellectuelle n'est jamais précisément terminée, puisque ce n'est pas une action proprement dite, mais un simple projet, une simple préparation d'action.

Les verbes qui expriment le mouvement de l'objet qui reçoit l'action ont seuls l'aspect indéfini, c'est-à-dire ayant une durée, le mouvement de l'objet étant la prolongation de l'action du sujet.

Tel est le système très logique, mais très délicat de la

langue russe, permettant d'exprimer une foule de nuances, mais aux risques et périls de Técrivain.

Voici celui du polonais, qui en diffère quelque peu.

Les aspects sont :

<• L'aspect fréquentatif ou itératifs que nous connaissons.

2* L^aspect instantané. — L'action ne dure qu'un seul instant : krzyknac, pousser un cri.

3* L'aspect inchoatif, — L'action commence et s'accroît graduellement : chudnac, maigrir.

4** L'aspect imparfait. — L'action a une certaine durëe, et n'est pas tout à fait accomplie : kona, il est à l'agonie.

5** L'aspect parfait. — L'action est ou sera tout à fait accomplie.

Le polonais possède donc une division autre des degrés de l'action.

Ici, le parfait ne se dédouble pas, mais l'imparfait et le duratif se dédoublent chacun ; il y a un peu plus de nuances, et les nuances sont situées différemment.

Nous ne pouvons passer en revue tous les procédés morphologiques. Signalons seulement comment le parfait se forme de l'imparfait.

Tantôt on rejette certaines voyelles et même des syllabes entières : ehybiac, manquer, devient : chybic; dawac, donner, dac; kupowac, acheter, kupic; obierac, choisir, ohrac; tantôt on change l'a radical en Bj ou en o, ô, ou en i, ou ron change 1'^, ie en o; obracac, devient : obrocic; otwierac^ ouvrir, âtworzic; enfin, la consonne k se change en cz, et t en c; skakat) sauter, skoczyc; ehwytaé, saisir, ckwycic. Certains verbes changent entièrement de racine : schodzic, descendre, devient : zejsc.

D'autres forment leur parfait par l'addition d'une préposi^ iion, moyen que nous retrouverons.

Le polonais emploie donc pour principal moyen d'exprimer les aspects, ïapophonie.

Le paléoslave contient, mais seulement en germe, un sys-

tème analogue, et distingué rindéfini^ le défini et le fré^ quentatif.

§ 2. — Aspects du verbe exprimés par adjonction

de mots vides.

Les mots vides dont il s'agit peuvent être de pldsietirs sortes. Ce sont H^ ou des prépositions, 2° ou des mots vides suffixes et ne cumulant pas d'autres fonctions, 3** ou des verbes auxiliaires.

Prmiéreiniieni. — Expression au moyen de prépositions.

Nous venons de laisser les langues slaves, il nous faut immédiatement y revenir, et nous y reviendrons encore un peu plus loin; en effet, elles marquent les aspects, tantôt par une 1 inodification du radical, tantôt par l'emploi d'une préposi- \ tion, tantôt par la réunion de l'un et de l'autre moyen.

La langue russe, au moyen des prépositions, devient habile à marquer beaucoup plus de degrés de l'action que par les autres moyens. Les prépositions remplissent dans cette langue, comme dans beaucoup d'autres, des fonctions multiples, savoir : 1° la fonction prépositionnelle ordinaire, qui est de régir un substantif; 2° celle déjà dérivée, qui consiste à indiquer la simple direction sans but précis et sans complément de l'action; 3° celle de modifier lexiologiquement le sens du verbe; mais elles en remplissent ici une quatrième, \ quTconsîste à exprimer le degré d'accomplissement de /'ac-î tion.

Ces prépositions sont : za, qui exprime le commencement; po, l'accomplissement partiel; do, l'achèvement; ot, la cessation; pro, la continuation; s, û, ta, no, l'accomplissement et la simultanéité; vy, iz, ob, pri,pere, la totalité. Exemples : za^govorit, commencer à parler; po-govorit, parler un peu; do-govorit, achever de parler ; ot-govorit, cesser de parler ; pro-govorit, parler tout le temps ; s-dielaê, avoir fait ; u-krast,

avoir volé; za^smieiaisa, avoir ri; pri-iest, avoir tout mangé; pere-dielat, avoir tout fait.

Nous sommes loin ici des trois temps objectifs, et même des quatre ou cinq aspects; on peut suivre l'action dans tout son développement.

Il en est de même en polonais

Le parfait se forme de l'imparfait en préposant : s, S, z ou d'autres prépositions : bic, battre; zhiCj battre entièrement, tuer.

, Cette particularité explique pourquoi les temps objectifs, \ ainsi que les aspects qui en sont le développement, ont disparu, et comment ils ont été remplacés dans la plupart des langues; les prépositions étant très variées peuvent exprimer un bien plus grand nombre de degrés de l'action, et cela, sans toucher au radical, ce qui est beaucoup plus commode. La richesse du verbe prépositionnel allemand, par exemple, peut parfaitement peindre tous les degrés de développement de l'action; dès lors l'aspect proprement dit disparaît ou passe daûs le domaine lexiologique de la composition des mots.

Deuxièmement, — Expression au moyen de mots vides suffixes.

Tel est le procédé employé en yoruba et en koibale. , La langue yoruba exprime trois degrés de l'action ; en préj fixant : wa, le commencement rapide; en suffixant : ya, la I réitération ; en employant à la fois les deux, l'iotention de ■ parfaire ; ce qui correspond à peu près à l'instantané, au duratif et au parfait.

La langue koibale ne présente ses aspects que quand le temps subjectif est le passé; alors les aspects ou temps objectifs sont au nombre de trois : 4° celui de l'action simple, commencée ou faite, sans qu'on sache si elle est finie; 2** celui de l'action faite et terminée; 3° celui de l'action non-seulement terminée, mais qui a produit son résultat acquis. Exemple : 4° J'ai réveillé l'enfant, j'ignore s'il s'est réveillé; 2^ j'ai

réveillé Tenfant, il s'est réveillé; a** j'ai réveillé Tenfant, il s'est levé.

L'iodice du premier est le suffixe te^ de; celui du second : keb; celui du troisième : dek, tek.

Troisièmement, — Expression au moyen de verbes auxiliaires.

Ce procédé est employé dans la langue aléoute et en esquimau.

L'aléoute, par une riche dérivation dont les éléments sont des auxiliaires d'origine effacée, exprime les divers degrés d'action. En suffixant qada on indique que l'action cesse; en sufûxaot qali, qu'elle commence; en sufOxant masjû, qu'elle n'est encore qu'à l'état de puissance et de désir; i^a annonce l'accoraplissemeot total de l'action.

L'esquimau n'a pas une moindre richesse. L'aspect parfait n'y est pas exprimé, il va de soi, mais tous les autres sont bien nuancés et très nombreux, et s'expriment par des auxiliaires affixés. En voici quelques-uns :

Karpok, faire pour la première fois ; kook, avoir l'intention de; ajekpokj être sur le point de; lerpok, commencer à; surpok, cesser de faire; luinnarpok, faire totalement; pengmiok, faire longtemps.

Tel est aussi le système du kechua.

Enfin, le woloff différencie le verbe duratif du verbe momentané, en ce qu'il forme le présent et l'imparfait du premier, contrairement à ceux du second, et contrairement au parfait de tous les deux, par l'emploi d'un auxiliaire d'une origine démonstrative : na.

On dit ainsi : sopa-nâ, aimé-je; mais : mâ-na-lekaj je-suismangeant, et leka-nâj mangeai-je.

§ 3. — Aspects du verbe exprimés par la seule signification jointe à l'influence exercée par cette signification sur les temps subjectifs.

Ce curieux procédé est propre à la langue woloff , Certains verbes emportent par eux-mêmes toujours l'idée d'un duratif, d'une répétition, d'une certaine habitude. L'amour qui ne dure qu'un seul instant n'est pas de l'amour au sens psychologique ; il eu est de même de l'action de croire et de toutes (es actions de l'esprit. « Manger, » au contraire, est une section instantanée ; si elle se prolonge, s'il s'agit d'un repas, on s'exprimera alors par d'autres verbes.

S'il en était simplement ainsi, cette distinction toute psychologique ne serait pas du domaine de la morphologie, de la grdmmaire, et nous n'aurions pas à la noter ici.

Mais elle se révèle morphologiquement d'nne manière indirecte en faisant varier les formes des temps subjectifs, suivant que le verbe exprime une action durable ou une action momentanée.

Sopa-na signifie : « j'aime »; leka-na devrait, par conséquent, signifier : « je mange » ; il n'en est rien, leka-na signifie : « j'ai mangé ».

La forme qui exprime le présent dans le verbe momentané exprime le parfait dans le verbe duratif.

Comment alors exprimera-t-on dans le verbe duratif le présent et l'imparfait? 4^ En préfixant les pronoms personnels au lieu de les suffixer, 2"" en employant un auxiliaire. Nous avons vu le dernier de ces moyens; nous allons voir le premiei^.

§ 4. — Aspects du verbe exprimés par la place du

pronom personnel.

En woloflf, dans le verbe duratif au présent et à l'imparfait, le pronom personnel est suffixe ; dans le verbe instantané, le

pronom personnel est sufGxé : sopa-nâ, j'aime; mais : md-na'» leka, je*suis-mangeant<

§ 5. — Aspects du verbe exprimés à la fois par l'adjonction de prépositions et par la modification de la racine»

Nous retournons ici encore une fois au système slave pour observer son dernier développement.

La préposition souvent n'indique pas par elle seule l'aspect du verbe, mais elle le fait indirectement en donnant une autre valeur aux autres moyens déjà employés pour faire varier cet aspect ; en d'autres termes, elle hausse le degré déjà marqué par la modification radicale.

Ce n'est pas tout; son influence ne se fait pas sentir seulement sur le temps objectif, ou aspect, la préposition change aussi souvent la valeur subjective du temps subjectif, ce que nous verrons plus loin en traitant du futur.

Le verbe prépositionnel russe, opposé au verbe simple, mel en jeu le principe suivant : par l'addition d'une préposiiion, l'aspect itératif devient aspect imparfait, et l'aspect impar^ fait devient aspect parfait. Si on se reporte à la gradation que nous avons établie plus haut, on voit donc que chaque aspect se trouve haussé d'un degré. Par ailleurs, aucun changement dans la racine, même pas d'accent tonique, si ce n'est des contractions. Ces contractions font différer l'aspect impartit du verbe prépositionnel de l'aspect itératif du verbe simple, mais seulement dans les cas où le verbe prépositionnel prend une signification abstraite ou figurée.

L'aspect imparfait du verbe : zapality brûler, sera donc : zapalivat, laquelle forme n'est que l'itératif du verbe simple : pâlit; au sens figuré d'enflammer, cet imparfait sera : vospa^ liât, en effaçant le v.

Ce haussement du degré de l'aspect par la préposition a permis à ta langue russe de découvrir et d'exprimer de nouveaux aspects, ce que l'épuisement des moyens phoniques âaas te verbe simple ne lui avait pas permis dfC feire. De là

la possibilité d'expresçion du parfait de durée. L^imparfait ordinaire ayant été haussé au degré de parfait, la forme ordinaire du parfait devient disponible, et sera employée à exprimer une nouvelle nuance du parfait : le parfait de durée,

Tolkat, pousser, était un imparfait, tolknut un parfait d'unité, talkivat un itératif;

On joint la préposition : 5, on a : stalkivat, renverser, à rimparfait; stolkat au parfait d'unité; stolknut servira pour le parfait de durée.

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