CAUTÉRISATION MODIFICATRICE
Les agents de ia cautérisation mis en contact avec les tissus organisés normaux ou d’origine morbide, ont pour effet constant de détruire les parties qu’ils
touchent. Mais souvent un autre but est atteint du même coup; et tout en produisant des eschares plus ou moins profondes, ils deviennent principalement des agents modificateurs.
Ainsi, la cautérisation est avant tout modificatrice lorsqu’on l’emploie dans le but de transformer la surface d’une solution de continuité dont la cicatrisation marche mal (plaies fongueuses, ulcères, etc.), en une eschare plus ou moins profonde à laquelle succédera une plaie saine, marchant franchement vers la guérison ; dans le but encore de substituer à une inflammation dont la marche et la durée nous sont connues, une inflammation dont nous connaissons également la marche, mais dont la durée est moins longue que celle de la maladie primitive (ophthalmies, etc.).
Ces deux exemples suffisent pour montrer quel est le caractère distinctif de ce mode de cautérisation. Son action n’est pas purement destructive; elle produit une eschare, mais en même temps elle impressionne les tissus voisins et changée probablement leur vitalité. Ce n’est pas que nous soyons parfaitement renseigné sur le mécanisme suivant lequel s’opère ce changement. S’agit-il d'une irritation directe, modificatrice par elle-même? Faut-il adopter pour tous les cas la théorie de la substitution (qui d’ailleurs n’est pas inattaquable) ou celle de la révulsion?
Qu’importe? après tout, puisque les indications sont nettement formulées, et que la pratique chirurgicale a prononcé à cet ég’ard.
Nous désirons insister encore sur la différence qui
sépare, au point de vue pratique, la cautérisation qui n’est que destructive, de celle qui est à la fois destructive et modificatrice. Prenons un nouvel exemple: ainsi la cautérisation que Ricord1 a préconisée dans le traitement des chancres simples, doit être profonde et totale; car il s'agit moins ici de produire une modification superficielle de l’ulcère virulent qu’une destruction absolue et complète du chancre.
C’est également pour détruire les tissus imbibés de virus ou de venins, et prévenir les accidents consécutifs à leur absorption, que l’on cautérise énergiquement les plaies virulentes et empoisonnées.
Tous les agents de cautérisation peuvent devenir des agents modificateurs. Nous ne pensons pas que seuls,, les caustiques dits cathérétiques, doivent être considérés comme tels, en raison de leur action peu énergique. Ce sont eux, il est vrai, dont on se sert le plus communément à ce titre. Les escharotiques peuvent aussi, dans certaines circonstances, n’être employés que comme modificateurs, tout en produisan en même temps une destruction assez étendue des tissus altérés.
La cautérisation objective elle-même peut être considérée comme agent modificateur; elle dessèche et racornit les solutions de continuité dont elle active les phénomènes inflammatoires. «Faure, dit Boyer ’, proposa de soumettre les ulcères fongueux à l’action delà chaleur, en tenant pendant quelque temps à une dis-
3 Ricord, p. 824.
1869. — Anger.
tance convenable de leur surface, un cautère plat incandescent ou un charbon ardent. Ce moyen peut avoir de bons effets en excitant dans la partie un degré d’inflammation convenable au dégorgement, et au travail de la cicatrisation. »
Nous ne pouvons énumérer toutes les affections dans lesquelles la cautérisation modificatrice est employée; nous ne citerons que les principales.
On cautérise avec le crayon de nitrate d’argent la surface d’une plaie dont il s’agit de modifier les bourgeons charnus volumineux, exubérants, irritables, saignant au moindre contact. Ces cautérisations superficielles s’opposent à leur développement exagéré ; elles donnent aux plaies un meilleur aspect.
Quelquefois aussi, les plaies présentent dans leur marche vers la guérison des temps d’arrêt; pendant plusieurs jours de suite, la cicatrisation ne fait pas de progrès; la surface bourgeonnante prend un aspect flasque. Des badigeonnages avecune solution de nitrate d’argent (10 pour 30) peuvent rendre de la tonicité à ces plaies et hâter leur cicatrisation.
Dans la forme légère de la pourriture d’hôpital , on vante les succès du perchlorure de fer à 30°, mêlé à des proportions variables d’eau1. Dans les cas trèsgraves, il fautavoir recours au cautère actuel (Pouteau, Dusaussoy, Boyer, Larrey, Delpech, Ollivier, Buisson, Alquié); il arrête la pourriture dès son début, et dans ses périodes plus avancées, lorsqu’il est convenable-
t Salleron, Mém. do méd. et de chirurg. milit., t. III.
ment appliqué. On doit toucher avec le cautère rougi à blanc toute la surface de la solution de continuité, et pénétrer jusque dans les anfractuosités. A la chute de l’eschare, la plaie peut être recouverte de bonnes granulations et marcher franchement vers la cicatrisation. Mais si l’on distinguait encore quelques points mollasses, fongueux, saignants, une nouvelle cautérisation serait nécessaire.
Dupuytren 1 se loue des bons effets du nitrate acide de mercure dans la même affection. L’application de ce caustique doit être faite avec vigueur à la surface et à la profondeur des plaies.
Trousseau reconnaissait une réelle utilité au cautère actuel dans la diphthérie cutanée, anale et vulvaire. Il employait également la solution concentrée deperchlorure de fer comme agent caustique « pour modifier les surfaces couvertes d’exsudations diphthériques»; l’acide chlorhydrique, la solution forte de nitrate d’argent (une portion de sel pour trois d’eau), et préférablement la solution saturée de sulfate de cuivre. Il conseille de cautériser vigoureusement les plaies que présentent les individus atteints de diphthérie: «Hâtez-vous, dit-il, de modifier le plus promptement possible les parties malades, afin de prévenir autant que faire se peut les accidents terribles qui ne tarderaient pas à vous déborder2. »
Bonnet (de Lyon) se servit de la pâte de Canquoin
t Clinique chirurg., t. YI.
2 Clinique, t. I, p. 406.
pour modifier la surface des ulcères chroniques. Les pertes de substance consécutives à l’application de ce caustique sont profondes, mais elles se cicatrisent assez rapidement, comme des plaies simples.
Le fer rouge peut rendre de grands services dans les cas d’ulcères rebelles et fongueux, et dont la sécrétion est de mauvaise nature. On couvre de pointes de feu la surface de l’ulcère et les parties environnantes, ou bien on promène rapidement sur toute la la solution de continuité un cautère rougi à blanc.
Follin1 recommande l’emploi du fer rouge dans les cas graves de pourriture scrofuleuse; il le considère comme modificateur puissant, excitant autourde lui une réaction salutaire. »
Il regarde l'acide chlorhydrique comme un des bons modificateurs des ulcères scorbutiques.
Les ulcères ne réclament pas toujours l’emploi des escharo tiques; la solution faible de nitrate d’argent, et la solution étendue de chlorure de chaux (Nélaton) sont des cathérétiques qui modifient avec la plus grande promptitude la surface sanieuse et putride de certains ulcères. Quelquefois encore, on promène le crayon de nitrate d’argent à la surface de l’ulcère.
Lacautérisation a été employée pour obtenir l’oblitération des trajets fistuleux. On sait les efforts tentés par M. Notta pour faire entrer les injections de liqueur de Villate dans le traitement de ces affections rebelles. La cautérisation des fistules avec le galvano-cautère compte également un certain nombre de succès, sur-
1 Traité, p. 135, t. I.
tout en Allemagne, où elle constitue la base du traitement de ce côté du Rhin.
La cautérisation du col de Y utérus est une des opérations qui «modifient le plus sérieusement la vitalité de l’organe» (Courty)1. Pour le même auteur, le séjour du crayon de nitrate d’argent fondu dans la cavité utérine imprime directement à la muqueuse une modification favorable. Cette opération ne serait jamais suivie d’accidents. Il recommande ce mode de traitement contre les granulations fongueuses, et surtout contre les leucorrhées chroniques et rebelles. M. Broca se loue beaucoup de l’emploi du galvanocautère dans les maladies de la muqueuse utérine, et cet instrument serait appelé, suivant lui, à rendre de grands services dans le traitement spécial des leucorrhées utérines. Son grand avantage, en effet, est de pouvoir être porté à froid dans la cavité de l’utérus et d’y être chauffé sur place.
Le nitrate d’argent a été très-heureusement employé, soit en solution, soit en pommade, dans le traitement de Yozène; en injections, dans Yotorrhêe chronique. Les injections de nitrate d’argent en solution concentrée, ou même la cautérisation directe à l’aide du portepierre de Lallemand dans la vessie enflammée ( cystite chronique ) ont donné de bons résultats.
Les collyres à l’azotate d’argent s’emploient fréquemment dans les maladies des xjeux (conjonctivite chronique, blépharite granuleuse, etc.). Les auteurs
1 Traité, p. 247.
du Compendium expliquent ainsi leur action : « Ils font d’abord souffrir et augmentent la rougeur, puis le calme renaît, et le malade est soulag’é pendant quelques heures. C’est pourquoi l’on peut expliquer leur action par la théorie de la substitution suivant laquelle le médicament provoque une inflammation plus vive, à la vérité, que celle qui existait primitivement, mais plus franche et plus disposée a se terminer par résolution. »
On a remplacé la solution concentrée (0 gr. 30 o, à 15 gr. pour 30 gr. d’eau) d’azotate d’argent dans le traitement de la conjonctivite purulente par un caustique solide, composé d'un tiers d’azotate d’argent fondu avec deux tiers de nitrate de potasse (nitrate d’argent mitigé, Desmarres). On touche avec ce crayon la conjonctive palpébrale et celle du cul-de-sac, Wecker1 rejette l’idée que ces caustiques agissent en transformant l’affection originelle et inoculée en une affection traumatique, dont la guérison peut être obtenue plus facilement. Pour cet auteur, après l’augmentation passagère dans la congestion, survient une contraction des parois des vaisseaux, sous l’influence de l’action directe de la cautérisation et de la transsudation séreuse, nécessitée par l’élimination de l’eschare; la contraction des vaisseaux amène une accélération de la circulation, et par suite une diminution de la congestion.
Quoi qu’il en soit,, les cautérisations répétées donnent
i Traité des Mal. des yeux, t. I, p, 45
les meilleurs résultats clans les ophthalmies purulentes qu’on parvient ainsi à maîtriser.
Les injections au nitrate d’argent (4 pour 30), la cautérisation de la fosse naviculaire avec le crayon, contre Xuréthrite au début, constituent ce que l’on a appelé la méthode abortive. Elle compte des succès. Comment agit le caustique? Il est probable qu’abandonnée à elle-même la maladie aurait parcouru ses périodes régulières, toujours longues; la cautérisation en modifie la marche et peut-être aussi la nature. (Voillemier)1.
A côté de la cautérisation modificatrice se place tout naturellement, et comme corollaire, une autre indication de la cautérisation, qui présente, avec la précédente, cette grande analogie, que le but principal que l’on se propose n’est pas de détruire, mais bien d'utiliser les propriétés nouvelles acquises par le tissu qui a été cautérisé. Déjà, dans un autre chapitre, nous avons insisté sur les inconvénients nombreux qui pouvaient résulter, au bout d’un temps plus ou moins long, de faction des caustiques accidentellement mis en contact avec certaines parties du corps. Nous avons fait voir que ces accidents étaient dus à cette force si grande de rétraction dont jouit le tissu cicatriciel produit par les caustiques, et que c’était cette propriété fâcheuse qui à la face engendrait les défor mationshideuses(ectropion,atrésies de labouche, etc.), et dans d’autres parties des oblitérations ou des rétré-
1 Traité des mal. des voie? nrin. t, ï.
cissements plus ou moins graves (rétrécissements de l’œsophage, etc.).
Or, cette propriété de rétraction qui, dans ces cas, constitue un véritable accident a été précisément mise à profit par les chirurgiens, comme traitement curatif de certains vices de conformation congénitaux ou acquis. Le caustique, alors, n’est plus employé dans un but de destruction , comme lorsqu’il s’agit d’une tumeur de mauvaise nature, mais bien dans un but de réparation , si nous pouvons nous exprimer ainsi , comme lorsqu'il s’agit de faire disparaître des solutions de continuité anormales ; d’où le nom de cautérisation réparatrice , que nous pourrions donner à la cautérisation ainsi appliquée.
Nous aurons à examiner l’utilité de la cautérisation dans le traitement des divisions du voile du palais, des perforations de la voûte palatine, des ruptures du périnée et de la cloison recto-vaginale, et enfin des fistules vésico-vaginales.
Depuis fort longtemps déjà on avait employé, contre les divisions du voile du palais, la cautérisation pratiquée dans toute l’étendue de ses bords, que l’on transformait ainsi en une plaie bourgeonnante, dont on obtenait ensuite la réunion par des moyens contentifs appropriés. Mais si ce procédé a réussi quelquefois, il a échoué bien plus souvent encore, et on dut y renoncer presque complètement.
La staphylorraphîe vulgarisée, sinon inventée par
le professeur Roux, semblait tout d’abord devoir faire tomber dans l’oubli tous les autres modes de traitement de ce vice de conformation. Cependant, M. J. Cloquet1, frappé de la grande tendance qu’ont à se réunir les côtés d’un ang-le dont le sommet a été touché par un caustique, chercha à utiliser cette propriété, et il remit en honneur la cautérisation appliquée au traitement des divisions du voile du palais. Mais il modifia le procédé, et au lieu de cautériser, comme ses prédécesseurs, toute l’étendue des bords de la division, il ne fît porter le caustique que sur le sommet de l’angde de la division, dans une étendue de 3 à 4 millimètres. Lorsque la rétraction du tissu cicatriciel s’est opérée, il pratique une nouvelle cautérisation semblable et attend encore pour recommencer, de manière à ramener peu à peu les parties divisées les unes vers les autres, et à les réunir par une suite de cautérisations qu’on peut considérer comme autant de points de suture successifs. 11 trouve à cette méthode le double avantage de pouvoir surveiller incessamment les résultats du traitement, et d’obtenir les réunions les plus difficiles par une opération simple, à peine douloureuse, et exempte de toute espèce de dangers.
Dans son mémoire, J. Cloquet cite six cas de g’uérison de divisions du voile du palais par sa méthode de cautérisation d’avant en arrière.
Trois observations lui sont personnelles; dans ces trois cas, deux fois la division était cong*énitale,
1 Acad, des sc. 1855.
et la cautérisation fut pratiquée à l’aide du cautère actuel. Dans la troisième observation , il s’agit d’une division syphilitique suivie de la guérison après vingt cautérisations avec le nitrate acide de mercure.
La quatrième observation appartient à M. Nélaton, qui eut à traiter un jeune homme d’une division traumatique pratiquée, peu de temps auparavant, par un chirurgien , pour l’extraction d’un polype des fosses nasales. M. Nélaton employa le galvanocaustique, et le malade gmérit complètement.
Des deux autres cas cités par J. Gloquet, dans l’un, il s’agissait d’une division probablement de nature syphilitique, et la guérison fut obtenue par les cautérisations répétées au fer roug’e.
La sixième observation est un exemple de division congénitale guérie par la cautérisation au nitrate d’argent.
Nous voyons, en somme, que par la cautérisation telle que la pratique M. J. Gloquet, on a pu obtenir d’excellents résultats. Gette méthode, dont l’innocuité est évidente, a en outre l’immense avantage de pouvoir être employée chez les enfants de tout âge, tandis que pour pratiquer la staphylorraphie, on est obligé d’attendre que l’enfant ait atteint l’âge de raison; de plus, le malade, qu’il soit enfant ou adulte, peut guérir de son infirmité sans avoir eu à subir d’opération sanglante, sans s’être exposé aux dangers possibles de toute opération, et sans avoir eu besoin d’interrompre son genre de vie habituel. Quant au reproche de la longue durée du traitement, il tombe de lui-
même devant cette considération, que les patients n’ont à s’astreindre à aucun régime, ni à aucun changement dans leurs habitudes. Malgré tous ces avantages, cette méthode est cependant peu employée, et nous avouons ne pas comprendre le discrédit dans lequel elle est tombée. Elle nous paraît pouvoir rendre de très-grands services, surtout chez les enfants à la mamelle, dont l’infirmité gêne la déglutition, et par conséquent nuit à la nutrition. Aussi, conseillerions-nous de l’employer beaucoup plus qu’on ne le fait actuellement, d’autant plus qu’il serait toujours temps, si la cautérisation échouait, de revenir plus tard à l’opération de la staphylorraphie.
L’agent cautérisant, qui nous paraît le mieux remplir l’indication, est le galvano-caustique; il n’a d’abord rien d’effrayant pour l’enfant comme pour l’adulte ; on peut ne le chauffer qu’au moment où son application directe, sur le point précis que l’on veut cautériser, n’expose plus le chirurgien à intéresser les parties voisines; le cautère en bec d’oiseau, par son petit volume, trouve ici une utile application.
On ne doit réserver la cautérisation que pour les très-petites perforations de la voûte palatine qui permettent le rapprochement des bords de l’orifice. Une perforation de quelque étendue ne saurait guérir par les caustiques, et l’on doit dans ce cas recourir sans hésiter à la palatoplastie par les nouveaux procédés qui donnent de si beaux résultats. Mais là encore, la cautérisation trouvera son utilité, lorsque , par exemple, la réunion des bords n’aura pas été com-
plète, et qu’un petit orifice persistera après l’opération. La cautérisation, soit avec le g’alvano-caustique, soit avec le nitrate d’arg’ent, pourra rendre encore de grands services, et permettra d’obtenir, sans qu’il soit besoin d’une nouvelle opération, l’affrontement parfait des bords de la perforation.
M. J. Gloquet eut l’idée de dirig*er contre les ruptures du périnée et de la cloison reclo -vaginale, le mode de cautérisation qu’il employait déjà contre les divisions du voile du palais, et dans un mémoire lu à l’Académie des sciences, il publia cinq gmérisons obtenues à l’aide de ce procédé1 , Voici comment il conseille de pratiquer cette opération, innocente par elle-même, facile d’exécution, et n’empêchant pas le malade de se livrer à ses opérations habituelles. « La malade étant située dans la position requise pour toutes les opérations qui se pratiquent au périnée, le chirurgien introduit dans l’intestin son indicateur g’auche préalablement g^ami d’un corps mauvais conducteur du calorique, qui peut être tout simplement une bande de diachylon, et lubréfié par un corps gras; pendant qu’un aide quelconque, étrangler même à la médecine, écarte les organes g'énitaux externes, l’opérateur porte au sommet de la division un petit cautère en roseau, touche seulement le point le plus élevé et retire aussitôt l’instrument.
La malade se lève immédiatement, et continue sa manière de vivre habituelle. Les premières cautéri-
1 J. Cloquet. Mém. de l’Acad. des sciences.
sations ont ordinairement pour effet de déterminer une réunion assez étendue ; mais plus on approche de l’extérieur, plus le résultat obtenu chaque fois est faible, de sorte que la réunion des extrémités delà division se fait souvent longtemps attendre; faible inconvénient d’ailleurs, puisque les accidents les plus graves de l’infériorité disparaissent avec les premières cautérisations. »
Dans ce cas encore, c’est au galvano-caustique que nous donnerions la préférence, comme agent de cautérisation, pour les raisons que nous avons fait valoir précédemment.
Contre les fistules vésico-vaginales, on pourrait encore songer à employer le galvano-caustique, mais seulement pour les fistules de très-petite dimension. Pour peu que la fistule ait une certaine étendue, c’est à l’opération qu’il faut recourir, et les cautérisations répétées, soit à l’aide du nitrate d’argent, soit à l’aide du fer rouge, trouveront leur indication plus tard, si le rapprochement des bords de la fistule tardait à se faire complètement.
CAUTÉRISATION REVULSIVE.
C’est celle qu’on pratique sur des tissus sains, dans le but de produire une révulsion ou une dérivation. Dans plusieurs affections, la cautérisation consti-
tue une médication puissante, destinée à agir profondément, c’est-à-dire plus ou moins loin des surfaces cautérisées.
Elle présente cet avantage, que l’opérateur peut limiter à son gré l’étendue et l’intensité de l’irritation, et qu’en outre l’action produite n’est pas éphémère ; en effet, après la formation de l’eschare, il survient une inflammation qui donne à l’action thérapeutique une sorte de continuité, laquelle conviendra parfaitement tou tes le: fois qu’on voudra produire une irritation profonde et des substitutions médicatrices de longme durée.
On doit donc classer cette méthode parmi les révulsifs, et même parmi les plus énergiques.
Sa valeur thérapeutique a été diversement interprétée, et son application compte des adversaires décidés, de même qu’elle a trouvé des partisans fanatiques. Ainsi, après avoir été d’un usage fréquent dans l’antiquité et le moyen âge, elle fut délaissée au commencement du xvne siècle ; mais, Pouteau 1 d’abord, Percy2 et Larrey 3 ensuite, la remirent en honneur, et de nos jours encore, elle est un sujet cle contestation ; les uns, en effet, tels que Bonnet (de Lyon), MM. Nélaton, P. Guersant, les auteurs du Compendium de chirurgie, etc., conservent la pratique des anciens et préconisent la médication révulsive; les autres, au contraire, comme Malgaigne, MM. Chas-
1 Pouteau. OEuv. posth,, t. II, p. 35.
2 Percy. Pyrotechnie.
3 Larrey. Érysipèle traumat. Archiv., t. XYI, p. 446.
saignac, R. Marjolin, etc., rejettent formellement tous les révulsifs énergiques.
L’usage de la cautérisation révulsive est généralement indiqué :
4° Dans les douleurs névralgiques ;
2° Dans les affections chroniques des os et des articulations ;
3° Dans les affections chroniques de la moelle épinière ;
4° Dans le but de modifier une diathèse, en provoquant sur un point du corps une irritation et, plus tard, de la suppuration.
Le traitement des affections de la moelle et des diathèses étant du domaine de la médecine, nous n’avons pas à nous en occuper; mais celui de certaines névralgies et des maladies osseuses ou articulaires, relève incontestablement de notre sujet.
On ne doit recourir à la cautérisation révulsive que lorsqu’on aura essayé inutilement des autres moyens. Dans certains cas même, il est à peu près interdit d’user des caustiques, à cause des traces ineffaçables qui en sont la conséquence : chez la femme, per exemple, les névralgies de la face, du cou et du sein, devront être attaquées, autant que possible, par une médication moins rigoureuse.
Lorsque la cautérisation révulsive sera indiquée, les agents chimiques, le moxa, le fer rouge, sont les moyens qui ont été conseillés tour à tour.
L 'acide nitrique peut être avantageusement employé ; mais c’est surtout à X acide sulfurique qu’on a
eu recours jusqu’à présent dans le traitement chirurgical des névralgies , et nous avons vu plusieurs fois cette méthode réussir entre les mains de Legroux, à qui revient l’honneur de l’avoir, le premier, vulgarisée.
Voici comment on procède : un pinceau de charpie est trempé dans de l’acide sulfurique ordinaire, et, après l’avoir légèrement exprimé contre les parois d’un vase, on le passe légèrement sur les points douloureux, en traçant des bandes longitudinales ; puis, on s’empresse d’essuyer avec des tampons de coton sec préparés d’avance. Cette précaution est très-importante ; en négligeant de la prendre ou en ne l’exécutant pas assez rapidement, on s’exposerait à avoir des eschares profondes. Il ne faut pas que la cautérisation dépasse le derme, elle ne doit même l’intéresser que fort peu. Si l’opération a été faite suivant les régies que nous venons d’indiquer, on voit apparaître très-vite une coloration rougeâtre dans les points qu ont été touchés ; cette roug*eur persiste pendant vingiquatre heures environ, puis il y a dessèchement de la peau et il se produit une eschare très-superficielle, qui s’élimine sans donner lieu à de la suppuration.
Délaissé un peu de nos jours, le moxa , par la douleur vive et prolongée qu’il détermine, trouverait son application dans les névralgies invétérées.
C’est surtout pour combattre les sciatiques rebelles que le fer rouge , après avoir été jadis recommandé par Celse, a été particulièrement vulgarisé, de nos jours, par Jobert (de Lamballe) et Valleix. Seulement, à l’opposé de Celse qui conseil lait de cautériser
très-profondément, les deux praticiens que nous venons de citer ont préféré employer des cautérisations transcurrentes très - superficielles. Il ne faut pas croire, en effet, que la profondeur de la raie de feu doive être en rapport avec l’intensité et l’ancienneté de la maladie. Il suffit d’effleurer, pour ainsi dire, avec le fer roug*e, les points les plus douloureux, en traçant, suivant le trajet du nerf malade, soit une sorte de ligrne ponctuée ( cautérisation 'ponctuée ) soit une raie véritable ( cautérisation transcurrcnté). Le mode d’action de cette irritation superficielle du derme a beaucoup d’analog’ie avec ce qui se passe dans le vésicatoire volant; et les faits ont prouvé surabondamment que la formation d’une eschare, et parlant la suppuration, étaient complètement inutiles.
On connaît l’influence de la cautérisation du lobule de ï oreille dans les cas de sciatique. Cette pratique, préconisée par Malgaigne d’après des résultats favorables obtenus par des empiriques, montre qu’il n’est pas toujours nécessaire d’agir sur la région malade pour produire une révulsion. On a vu de même des névralgies abdominales ou lombaires gméries par la cautérisation du col de l’utérus : ce qui semblerait indiquer, si les faits sont bien obervés, que la douleur produite par la cautérisation n’a pas besoin d’être ressentie, car on connaît l’insensibilité de ce dernier organe.
Les agents de la cautérisation trouvent leur application dans les inflammations chroniques ou subaiguës des os et des articulations (mal de Pott, arthrites diverses, tumeurs blanches). C’est encore aux agents
Anger.
chimiques, aux moxas et au fer rouge qu’on doit recourir; ici toutefois, ce n’est plus seulement une révulsion momentanée qu’on doit chercher à produire, mais une révulsion permanente ou qui soit, du moins, de longue durée : il faut donc intéresser profondément les tissus. Quelle que soit, d’ailleurs, la méthode que l’on adopte, il ne faut pas perdre de vue qu’en dehors du traitement de la lésion osseuse, on devra également s’occuper de l’état général de l’économie, de la diathèse, en un mot, sous l’influence de laquelle l’affection locale a pris naissance.
On sait quelle confiance Pott accordait aux cautères dans le traitement du mal vertébral : il conseillait d’en appliquer de chaque côté de la gibbosité, puis de panser avec le diachylon, et enfin de recourir à une nou velle application dès que la suppuration commençait à s’effectuer. Dupuytren a cherché, de son côté, à démontrer la supériorité des cautères volants sur ceux qu’on cherche à entretenir. Aujourd’hui, tout le monde ne partage pas cette confiance, et quelques chirurgiens, à l’exemple de MM. Bouvier1 etSédillot2, ne reconnaissent aucun avantage à la méthode précédente et la repoussent même formellement. Dans les tumeurs blanches et les affections du tissu osseux, ils préfèrent au cautère actuel et potentiel l’usage de cautérisations tellement superficielles qu elles ne ressemblent en rien à la cautérisation ignée des auteurs.
Dans les affections franchement chroniques, on fait généralement usagedes révulsifs que l’on peutappeler
1 Bouvier, Acad. Sciences. 1853.
2 Sédillot, id.
'permanents. Ainsi, autour d’un genou atteint de tumeur blanche , par exemple, Velpeau conseillait d'établir plusieurs cautères au moyen de la pâte de Vienne ou de la potasse caustique, et d’en entretenir la suppuration. Certes, nous ne voulons pas prétendre que cette suppuration soit nécessaire en elle-même ; mais nous pensons que l’irritation locale de longue durée qui en sera la conséquence, ne peut que très-heureusement influencer la marche de la maladie.
L’affection est-elle subaiguë? Il sera préférable de recourir à une révulsion de moindre durée, mais plus intense, plus énergique; les moxas, et surtout le fer rouge, rempliront alors parfaitement cette indication. Si l’on emploie ce dernier agent, on devra, selon les recommandations de Bonnet et de M. Notta, l’appliquer selon les règles que nous avons formulées à propos de la cautérisation transeurrente, et sur lesquelles il nous semble inutile de revenir.
D'une manière générale, quel que soit le degré auquel les tumeurs blanches soient arrivées, la cautérisation transeurrente est peut-être encore le meilleur moyen de les guérir. Nous avons vu plusieurs fois cette maladie arrêtée dans sa marche par l’usage de ce puissant révulsif; et même, lorsqu’elle est tout à fait constituée et qu’elle a atteint la troisième période de son développement, c’est encore la médication par excellence à laquelle on devra recourir.
Quantau nombre de cautérisations à faire, M. Notta pense qu’il suffît, dans la plupart des cas, de n’en pratiquer qu’une seule, à l’exemple des médecins vétérinaires, surtout si la plaie produite a peu de ten-
dance à se cicatriser. Chez quelques malades, cependant, le travail de cicatrisation marche si rapidement qu’on est obligé de revenir plusieurs fois aux applications de feu avant d’obtenir la guérison. Du reste il ne faut pas perdre de vue que l’action des raies de feu n’est pas immédiate, et qu’elle se fait sentir à distance pendant plusieurs mois encore après leur cicatrisation. On reconnaîtra que l’amélioration commence à se faire et qu’on peut cesser ce traitement, lorsqu’on verra les parties molles tuméfiées se dégorger, lorsque les douleurs spontanées auront disparu et qu’on n’en provoquera pas en exerçant une forte pression sur l’articulation.
L’utilité de cette médication est incontestable, et dans le cas qui nous occupe, il est peu de chirurgiens qui la repoussent. M. Notta (de Lisieux) rapporte neuf observations de tumeurs blanches fort graves qui avaient résisté à tous les moyens thérapeutiques précédemment employés, et qui guérirent assez rapidement par l’emploi du feu : dans sept cas, la guérison se fit avec ankylosé, et deux fois les mouvements de l’articulation ont pu être conservés dans toute leur intégrité b
Quelque prononcées que soient les altérations, il ne faut pas renoncer à l’espoir d’une guérison, et, à ce propos, M. Notta cite l’observation d’une enfant de 13 ans qui avait une tumeur blanche du genou des plus graves, et fut apportée en 1850 à
i Notta (de Lisieux). Mémoire sur la cautérisation transcurrente dans le traitement des tumeurs blanches. Arch. gén. de méd. 1807, |>. 641.
l’hôpital Saint-Louis pour subir l’amputation cle la cuisse. L’articulation tuméfiée était criblée de fistules qui laissaient écouler un pus sanieux; le stylet pénétrait le tissu osseux ramolli et dénudé dans plusieurs points. M. Nélaton, dans le service duquel la jeune malade fut placée, appliqua la cautérisation transcurrente et obtint la guérison par ankylosé, avec conservation du membre.
Cet exemple montre que, même dans des cas qui semblent désespérés, on peut, avant de recourir à l’amputation d’un membre, essayer d’un moyen qui, s’il échoue, n’est d’ailleurs aucunement compromettant. Nous ne serons donc pas aussi pessimiste que M. Philipeaux, qui déclare que cette méthode sera complètement insuffisante toutes les fois qu’il y aura des abcès dans les jointures ou que les cartilages seront ulcérés. Bonnet 1 dit que ce serait s’abuser que d’en attendre des résultats très-favorables dans les tumeurs fongueuses.
Toutes les articulations, il est vrai, ne se prêtent pas également bien à l’application de cette méthode. Celles qui sont sèches, si nous pouvons nous exprimer ainsi, c’est-à-dire qui sont entourées d’une épaisseur peu considérable de parties molles, comme le coude, le poignet, l’articulation tibio-tarsienne, etc., seront évidemment plus accessibles à l’action du feu que celles qui sont profondément situées, comme l’articulation de la hanche. Quelle que soit l’énergie des raies de feu, on comprend qu’une coxalgie, surtout si la lésion siège à la tête du fémur, ne sera pas plus
1 Bonnet, Traité tliérap. des maladies articulaires, p. 132.
améliorée par la cautérisation transeurrente que par l’usage du moxa. Et dans des cas semblables M. Notta se demande si on ne pourrait pas adopter la pratique des vétérinaires, c’est-à-dire faire une cautérisation qu’il propose d’appeler sous-cutanée , et que nous avons décrite sous le nom de cautérisation pénétrante.
Nous ne dirons rien des moyens que l’on emploie à la suite de la cautérisation pour calmer la douleur de la brûlure, applications d'eau fraîche, etc., non plus que des soins qu’on devra prendre lorsque l’eschare vient à se détacher. Ces détails sont communs à toutes les espèces de cautérisations; mais nous devons signaler en passant un procédé qui a été récemment proposé dans le but de limiter l’action du cautère aux points touchés. Ce procédé consiste à garantir de l’action du calorique, en recouvrant de collodion , les intervalles de peau qui séparent les raies de feu. Hé bien ! le résultat qu’on croit obtenir en limitant de la sorte l’influence de la cautérisation, nous semble d’une utilité contestable; car c’est moins l’escliare que l’irritation des parties voisines qui imprime une nouvelle marche à la maladie.
Enfin, nous ne terminerons pas ce qui concerne le traitement des articulations malades par la cautérisation transeurrente, sans appeler particulièrement l’attention sur les bons effets qui sont dus à la cicatrisation des pertes de substances occasionnées par les raies de feu. Les cicatrices qui réunissent les parties que la cautérisation a épargnées tendent la peau et déterminent une compression naturelle qui est trèsefficace et vient puissamment en aide aux premiers
résultats obtenus par l'irrigation; telle est du moins l’opinion de Bonnet, opinion contestable en ce que nous pouvons remplir cette indication par d’autres moyens qui, malgré la compression énergique qu’ils déterminent, ne sauraient pourtant nous donner les bons résultate de la cautérisation transcurrente.
Il n’est pas toujours nécessaire que le point où l’on opère la cautérisation révulsive corresponde exactement à la partie malade : dans un certain nombre de cas, en effet, une irritation un peu vive produite sur un point du corps suffit pour enlever une douleur siégeant dans une région toute différente, et quelquefois même fort éloignée. Tel est le cas de la cautérisation de l’anthélix, employée pour guérilla sciatique. Un autre fait assez curieux de celte révulsion à distance est celui qui se rapporte à l’aura epileptica. M. Brown-Séquard a observé que l’aura partant de l’extrémité d’un doigt pourrait, dans quelques circonstances, cesser de se propager aux centres nerveux, par la seule application sur ce doigt d’une révulsion annulaire.
M. Vulpian (Soc. de Biologie, mai 1869; a rapproché de ces faits la disparition rapides des douleurs fulgurantes chez les individus atteints d’ataxie locomotrice, par l’application d’un révulsif sur le point douloureux
Quant à l’explication à donner de ces phénomènes, on en aurait aisément rendu compte autrefois par le mot vague et fort commode de sympathie; de nos jours, la connaissance mieux approfondie du système nerveux a permis d’émettre à cet égard des hypothèses plus plausibles et plus scientifiques. Mais ce serait nous exposer à sortir de notre sujet que de nous appesantir davantage sur ce point, et nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer à l’excellente thèse de M. Maurice Raynaud (I), où se trouvent parfaitement exposées et discutées les théories qui ont été émises sur la physiologie pathologique de la révulsion,
CAUTÉRISATION HEMOSTATIQUE.
Les agents cautérisants, quoique bien différents par leur nature et leur composition chimique, peu-
(1) Maurice Raynaud. De la révulsion, thèse d’agrégation, Paris, 1866, p. 96.
vent être ramenés à deux groupes principaux, relativement à leurs propriétés hémostatiques : les uns laissent après eux une eschare solide, résistante, et une induration parfois très-grande des tissus ; les autres, au contraire, ne donnent naissance qu’à une eschare molle, liquide ; ils ramollissent les parties au lieu de les indurer, et ont reçu pour cette raison le nom de caustiques fluidifiants , par opposition au nom de caustiques solidifiants donné aux premiers.
Déjà donc nous pouvons prévoir, a priori, à laquelle de ces deux classes on a dû s’adresser, lorsqu’il s'est agi d’arrêter une hémorrhagie. Il est évident que par cela seul qu’ils amenaient la liquéfaction des deux tissus, les caustiques fluidifiants (alcalis, potasse, ammoniaque, etc.) ne pouvaient posséder les propriétés hémostatiques; et que loin d’arrêter les hémorrhagies, ils ne pouvaient, au contraire, que les favoriser, en amenant une plus grande fluidité du sang*.
La plupart des agrnts solidifiants, en même temps que leurpropriété caustique, possèdent, quelques-uns même à un haut degré, le pouvoir de coag'uler le sang* et de s’opposer ainsi aux hémorrhagies. Ils sont donc à la fois caustiques et hémostatiques. Parmi eux, nous trouvons presque tous les acides minéraux énergiques, l’acide nitrique, etc., quelques acides végétaux, le tannin, l’acide tartrique, etc., certains sels, le perchlorure de fer, le chlorure de zinc, et dans une classe à part, le cautère actuel.
On le voit, les caustiques hémostatiques sont trèsnombreux, mais tous ne sont pas également usités,
Deux seulement à cause de leurs applications spéciales, méritent de nous arrêter quelque temps, ce sont le perchlorure de fer et la chaleur, sous quelque forme qu’on l’emploie.
Hémorrhagie artérielle primitive. — Le meilleur moyen à employer contre X hémorrhagie artérielle, le premier auquel le chirurgien doit penser tout d’abord, est sans contredit la ligature du vaisseau ; mais lorsque, pour une cause ou pour une autre, cette lig’ature n’est pas possible, non plus d’ailleurs que la compression latérale, comme par exemple, lorsqu’il s’agit des artères du frein de la verge ou des artères ranines, il faut songer alors à l’emploi du fer rouge. Mais comment l’employer? A quelle température convient-il de le porter, avant de le mettre en contact avec le vaisseau divisé? Hunter avait pensé qu’il n’était pas nécessaire de le porter à une température très-élevée. « 11 faut, dit-il, l’amener à la température rouge ou à peu près. »
Plus tard, Percy dit, au contraire, que le fer doit être très-chaud, et la raison assez bizarre qu’il en donne, c’est que lorsque le fer n’est pas suffisamment chaud, il s’arrête aux parois de l’artère. La manière de faire de Percy régna longtemps sans contestation, et aujourd'hui encore, beaucoup de chirurgiens admettent que le cautère actuel doit être porté au rouge blanc.
Cependant, en 1836, des expériences entreprises par Bouchacourt f, et consignées dans sa thèse inau-
l Bouchacourt. — Thèse; Paris, 1836.
g*urale, vinrent donner raison à l’opinion déjà soutenue par Hunter.
Rappelons brièvement les conclusions pratiques que eet observateur a déduites de ses expériences, relativement à la cautérisation artérielle. Il est inutile de cautériser une vaste surface, et nécessaire seulement d’agir sur le vaisseau béant. Cette cautérisation doit être faite avec un fer médiocrement chaud, au-dessous du rouge obscur. L’application du fer roug’e à l’ouverture du vaisseau, un peu prolongée au commencement, ne doit pas être continuée ensuite, mais faite par intervalles très-rapprochés, afin de favoriser le rebroussement des tuniques artérielles, et de ne pas eng’ag'er l’instrument dans leur cavité.
Telle est, selon nous, la meilleure manière de faire, et nous en avons déjà fait ressortir les raisons.
Hémorrhagie artérielle secondaire. Pendant
longtemps les chirurgiens, pénétrés des dangers et de l’inefficacité de la Iig*ature des artères dans les plaies suppurantes, n’opposaient aux hémorrhagies secondaires que la lig’ature, par la méthode d’Anel. Mais on sait avec quelle facilité les anastomoses, dans leur développement rapide, rétablissent le cours de la circulation des parties et ramènent ainsi les hémorrhagies. Aussi a-t-on dû bientôt renoncer à ce procédé, pour ne plus employer que les caustiques contre cette terrible complication.
Mais de nos jours, M. Nélaton a montré combien étaient exagérées les craintes des chirurgiens qui n’osaient point lier les artères dans les plaies suppu-
rantes; il a fait voir que ces sortes de ligatures se comportaient comme lorsqu’elles étaient pratiquées sur un autre point de l’artère, et a proposé comme meilleur moyen de traitement de ces hémorrhagies secondaires, la ligature, dans la plaie, des deux bouts du vaisseau divisé. Aussi, les caustiques hémostatiques, dans ce cas, ne sont plus employés aujourd’hui que lorsque la ligature est impossible, et alors c’est au fer rouge que l’on donne la préférence.
Il est une variété d 'hémorrhagies secondaires , dans lesquelles il est presque impossible d’employer la double ligature préconisée par M. Nélaton, c’est l’hémorrhagie secondaire survenant dans un sac anévrysmal, à la suite de la ligature par la méthode d’Anel. Dans ces cas, une seconde ligature, pratiquée au-dessus du sac, est presque inévitablement suivie d’une nouvelle hémorrhagie; une double ligature, pratiquée immédiatement au-dessus et au-dessous du sac, est rendue presque impossible par suite des altérations et des changements de rapport des artères ; et d’ailleurs, le procédé est peu applicable aux artères volumineuses et profondes, qui sont précisément celles qui fournissent les hémorrhagies les plus graves. Quant à la compression, on ne peut guère songer à l’employer, à cause de la gangrène du membre. Reste donc la cautérisation, soit avec le fer rouge, soit avec le perchlorure de fer. Morrison a employé le fer rouge, avec succès, dans un cas suivi de guérison; néanmoins on préfère généralement le perchlorure de fer, et M. Broca1 propose de l’employer de la
• Broca. Traité des anévrysmes.
manière suivante : « Un aide comprime l’artère, soit à l’aide des doigts, soit à l’aide d’un appareil compresseur, mais de façon à intercepter complètement le cours du sang1. Alors on agrandit largement l’ouverture de l’anévrysme, on absterg*e bien le foyer, et lorsqu’on a découvert l’orifice de l’anévrysme, on y applique un tampon de charpie, imbibé de perchlorure de fer à 20°; ce tampon est maintenu en place pendant un quart d’heure par la pression du doigt, qui exprime le perchlorure et le force à pénétrer dans l’artère; en meme temps, on relâche légèrement les tourniquets, pour permettre à une petite quantité de sang* de s’eng*ag*er dans le tronc artériel, et de s’y coaguler au contact du perchlorure. Au bout d’un quart d’heure, on fait rétablir la compression, puis on retire le doigt; on remplit le sac de charpie sèche, et sans réunir la plaie, sans même la panser, on attend. »
L’aide devra rester auprès du malade pour continuer pendant plusieurs jours encore une compression incomplète, et recommencer, si besoin était, une nouvelle application de perchlorure de fer, d’après les règles qui viennent d’être exposées.
Tel est le traitement le plus rationnel à opposer à ces hémorrhagies consécutives à la rupture du sac, et qui sont un des accidents les plus redoutables qui puissent survenir à la suite de la ligature par la méthode d’Anel.
Hémorrhagies veineuses. — Il est bien rare que
les hémorrhagies veineuses soient assez considérables pour nécessiter l’intervention chirurgicale, et dans ce cas, la compression, même légère, suffit le plus
ordinairement pour arrêter l'hémorrhagie. Cependant, si l’écoulement de sang’ persistait, on pourrait, comme pour les hémorrhag*ies artérielles, avoir recours soit au fer rouge, soit au perclilorure de fer, dont le mode d’application ne présente d’ailleurs rien de particulier.
Langenbeck4, de Berlin, s’élève contre l’emploi des styptiques dans les hémorrahagies veineuses. Le perchlorure de fer lui paraît dangereux, à cause des thromboses étendues et des accidents consécutifs auxquels il donne naissance. Dans les cas d’hémorrhagies répétées et rebelles par un certain nombre de petites veines, il emploie de préférence le cautère actuel, comme l’agent le plus capable de provoquer la formation de caillots solides et de prévenir les accidents de pyohemie.
Il arrive souvent qu’à la suite d’opérations pratiquées dans les régions très-vasculaires, des hémorrhagies en nappe se déclarent assez graves parfois pour compromettre la vie du malade. Lorsque le tamponnement, aidé d’une compression légère, ne suffisait pas pour les réprimer, on a pendant plusieurs années employé presque exclusivement le perclilorure de fer, soitpur, soit le plus souvent largement étendu d’eau. Mais on a remarqué, qu’à la suite de l’application de cet agent caustique, les plaies prenaient souvent l’aspect des plaies de mauvaise nature, on a donc dù restreindre beaucoup son emploi, et aujourd’hui, on lui a préféré la cautérisation au fer rouge. Mais il est cer-
1 Langenbeck. de Berlin. Archiv xür Klinische chirurgie, t. 11, p. 543.
taines régions, telles par exemple que le fond de la gorge, à la suite de l’amygdalotomie ou de l’ablation des polypes naso-pharyngàens, où il est difficile de porterie fer rouge. C’est alors que le galvano-caustique trouve son emploi.
Déjà les anciens chirurgiens essayaient de se mettre à l'abri des hémorrhagies qui compliquent les opérations en se servant, pour pratiquer les amputations, d’instruments portés préalablement au rouge-blanc. Mais cette pratique barbare est justement tombée dans l’oubli. Aujourd’hui on ne cherche plus àprévenir les hémorrhagies que dans les opérations pratiquées sur des tissus pathologiques vasculaires. On se sert, à cet effet, soit de la ligature, soit des caustiques potentiels, principalement la pâte de Canquoin, soit du fer rouge; là encore, le cautère à gaz et le galvanocaustique peuvent rendre de très-grands services.
Certains caustiques, indépendamment de leur propriété escharrotique et destructive sur les tissus organiques, possèdent encore le pouvoir de coaguler le sang, et c’est cette propriété que l’on a mise à profit dans le traitement des anévrysmes et des varices.
Bien que Monteggia et après lui d’autres chirurgiens aient émis théoriquement l’idée de traiter les anévrysmes par des injections coagulantes, on peut dire cependant qu’à Pravaz revient l’honneur d’avoir inventé et vulgarisé cette méthode de traitement. L’agent coagulant auquel, après de nombreuses expériences, il accorda la préférence, est le perchlorure de fer, qui est usité aujourd’hui malgré son action caustique sur les tuniques artérielles. Cette dernière
action, d’ailleurs, peut être singulièrement affaiblie en n’employant le perchlorure qu’à un faible degré de concentration, car, ainsi qu’il résulte des expériences de MM. Giraldès et Goubaux, les propriétés coagulantes de ce sel s’affaiblissent beaucoup moins que ses propriétés cautérisantes; les solutions à 15° ou 20° coagulent le sang presque aussi bien que les solutions à 20°. Voici d’après les mêmes observateurs l’action du perchlorure de fer sur les tuniques artérielles : A 49°, les trois tuniques s’amincissent, deviennent jaunâtres, friables et paraissent désorganisées; à 30,° les deux tuniques internes sont désorganisées, et ne paraissont plus résister à la pression sanguine; à 150° la tunique interne seule paraît altérée, les deux autres tuniques semblent plutôt s’hypertrophier.
L’action coagulante agit très-rapidement; en 30 ou 40 secondes le caillot est formé, et il se présente sous l’apparence d’une masse noirâtre, assez résistante. Dix gouttes d’une solution à 15° suffisent pour solidifier la valeur d’une cuillerée à bouche de sang. Il résulte de ce qui précède que, dans la pratique, il suffira d’employer environ dix (jouttes d’une solution à 15° pour les anévrysmes d’un volume moyen. Quant au mode opératoire, il est des plus simples. On se sert de la petite seringue de Pravaz, et on a soin, au moment des injections, de faire comprimer l’artère au-dessus et au-dessous de la tumeur, précaution indispensable, non-seulement pour pouvoir obtenir la formation du caillot, mais encore pour mettre à l’abri d’accidents graves d’inflammation ou de gangrène, ainsi que cela peut arriver, lorsqu’on néglige cette
précaution. L’effet presque immédiat cle l’injection et la formation d’un caillot assez fort pour résister à l’ondée sanguine, et par conséquent faire cesser les battements de la tumeur. Ce caillot a reçu le nom de caillot primitif ', pour le distinguer des caillots secondaires qui se forment ultérieurement l’un au-dessus, Y autre audessous du premier. Ces deux caillots secondaires fibrineux et organisables se condensent et adhèrent à l’artère qu’ils transforment en un cordon plein et dur. Quant au caillot primitif, il s’enkyste, et plus tard, tantôt il se ramollit, tantôt il se condense, quelquefois meme il se résorbe complètement.
Lorsqu’on a eu le soin de se servir d’une injection faiblement concentrée, lorsqu’on n’injecte que la quantité voulue de perchlorure et qu’on a pris toutes les précautions nécessaires, on peut se mettre à l’abri des accidents qui se sont quelquefois déclarés à la suite de cette opération. Toutefois, il n’est pas toujours possible d’éviter l’inflammation consécutive occasionnée à la fois par l’action irritante du perchlorure de fer, et par la présence du caillot primitif qui joue le rôle de corps étranger. Le plus souvent cette inflammation reste très-circonscrite et se termine heureusement, mais elle peut aussi se terminer par formation d’abcès qui deviennent eux-mêmes le point de départ d’hémorrhagies graves.
On a noté encore à la suite de ces injections, des accidents d’intoxication qui seraient dus à l’absorption du perchlorure ; dans un cas même observé par M. Broca, il y eu un ictère général qui parut le lendemain de l’opération.
Depuis ces dernières années, les injections coagulantes ont été employées un grand nombre de fois, mais elles paraissent n’avoir réussi surtout que dans anévrysmes de petit volume. M. Nélaton a pu les employer deux fois avec succès contre un anévrysme de 1 artère ischiatique, cas dans lesquels on pratiquait autrefois la ligature soit de l’iliaque externe, soit de 1 iliaque primitive, Les injections au perchlorure de fer peuvent donc rendre de très-grands services dans le traitement des anévrysmes. C’est là un fait admis aujourd’hui par tous les chirurgiens.
Les injections de perchlorure de fer ont été employées nombre de fois dans le traitement des varice ç superficielles par MM. Pétrequin, Desgrang-es, Follin, Chassaig’nac, Giraldès et Voillemier, et l’on peut dire qu aucune méthode de traitement n’a donné de résultats plus avantageux. Outre que ces injections n exposent pas à de grands dangers, ellesdonnent lieu aux guérisons les plus durables ; car le plus souvent, i lorsqu’il y a eu récidive à la suite des injections, lâ récidivé fenait au développement de varices nouvelles,et non plus à ce queles artères oblitérées étaient redevenues perméables.
Le mode opératoire est à peu près le même que | orsqu U s’agit d’un anévrysme. Le malade est dans la station verticale, et pendant qu’un aide comorime la veine au-dessus et au-dessous delà tumeur, le chirur gien injecte environ 8 àlO gouttes dévolution à 15“ Telles sont les principales applications de la cautérisation hémostatique.
Anger.