Back.,id
rénal granuleux, d’acide urique et de cristaux d’oxalate de chaux.
11 y a plus ou moins d 'albumine selon la durée de la cautérisation. La quantité, peu notable le premier jour, augmente les deuxième et troisième jours. Les métaux employés s’éliminent par l’urine, l’antimoine immédiatement, le zinc plus tard.
Consécutivement, Y urée , les chlorures , les phosphates, Y acide urique diminuent, tandis que Yuroxanthine et les pigments augmentent. L’albumine disparaît également, et l’état normal revient au bout de trois à cinq jours.
Voici les chiffres fournis par Bryck :
1° Avant la cautérisation :
Urines en vingt-quatre heures = 975 cent, cubes.
urée (p. 100) chlor. (p. 100) ac. phosph. (p. 100)
2° Pendant la première cautérisation :
quantité d’urine en cent, cubes.
urée p. 100
chlore p. 100
1er
jour.
jour.
jour.
Pendant la deuxième cautérisation
quantité d’urine urée p. 100 chlore p. 100 en cent. cub.
ac. phospb.
1er
jour.
jour.
jour.
VI élimination des caustiques employés dans les cautérisations ne se fait pas seulement par les reins ; chaque caustique a une voie spéciale d’élimination : ainsi s’explique le ptyalisme qui succède aux applications des caustiques mercuriques, et spécialement du nitrate acide de mercure (Récamier). Les expériences de Magendie ont parfaitement démontré que l’absorption des caustiques antimoniques détermine des vomissements qui rappellent les effets de l’émétique.
Quoique la rétention d 'urine soit un fait exceptionnel, elle a été observée un certain nombre de fois après la cautérisation avec les alcalis et le chlorure de zinc.
Dès 1670, Formy raconte « qu’un individu avait un remède contre le cancer, composé d’eau forte, de sublimé, de sel ammoniac, d’arsenic ; or chaque fois qu’il s’en servait, il était à remarquer que la fièvre s’allumait, qu’il survenait des vomissements, un flux de ventre et d’urine, et que ces symptômes duraient l’espace de deux ou trois jours. » (Depaul, thèse d’agrégation, 1847). Anxiété, insomnie et fièvre ardente, vomissements, diarrhées, délire, syncopes, convulsions : tels sont, en effet, les graves accidents produits par l’emploi immodéré des caustiques arsenicaux.
Elimination. L’escharification est complète: alors naît autour d’elle une réaction inflammatoire et X élimination qui en est la suite. Cette 2e phase de toute cautérisation peut manquer; et en réalité elle est
exceplionnelle dans ce que nous appelons la cautérisation sous-cutanée. Les faits, que nous exposerons plus loin, nous dispensent d’entrer dans plus de détails en ce moment.
Quant à \n.nature àe, ce travail d’élimination, tousles auteurs sont d’accord pour le considérer comme essentiellement lié à la vie1. Il consiste : d’une part, dans la rupture mécanique des fibres escharifîées, à leur point de continuité avec les parties vivantes; et, de l’autre, dans le développement au même point, et à la surface de ces dernières, de granulations bourg'eonneuses qui établissent, entre elles deux, une délimination de plus en plus tranchée. Un sillon se creuse de plus en plus profond entre le mort et le vif; l’eschare s'ébranle, devient libre, tombe, et il ne reste plus, à la place qu’elle occupait, qu’une excavation en rapport avec la forme, l’étendue et la profondeur des parties éliminées.
La rapidité de ce travail de disjonction varie avec la vascularité normale des tissus sous-jacents, mais dépend aussi, dans de certaines limites, de la nature de l’ag*ent qui a causé la nécrose. Très-prompte dans les tissus mous , vasculaires et spongieux, comme la languie, les muscles, l’utérus, l'élimination est lente pourles tissus fibreux; et elle se faitattendre plus long*-
i Aussi nous avouons ne rien comprendre à l’assertion de M. Philipeau, lorsqu’à la page 77, parlant de l’auréole qui limite l’eschare, il écrit : « Empruntons en outre à l’expérimentation cadavérique un nouveau témoignage et constatons avec elle que ladite auréole se produit encore sur les sujets de l’amphithéâtre. »
temps encore sur les cartilages, les os ou les produits morbides qui s'en rapprochent par leur densité.
Tandis que l’eschare produite par la cautérisation actuelle s’élimine en général du cinquième au huitième jour, celle qui résulte de l’application des caustiques met un temps beaucoup plus long- et pour ainsi dire indéterminé, dix ou douze jours pour les caustiques acides , douze à quinze pour le chlorure de zinc.
La potasse ou le caustique de Vienne occupent sous ce rapport le dernier rang-. Aussi est-il indiqué de fendre l’eschare avec le bistouri, toutes les fois qu’on a intérêt à pénétrer rapidement à une grande profondeur.
Toutes choses ég-ales d’ailleurs, ce travail d’élimination est toujours plus prompt chez les sujets forts et vigoureux qu’il ne l’est chez les individus scrofuleux, syphilitiques , ou profondément épuisés par de long-ues maladies.
Les éliminations secondaires que M. Manec 1 a sig-nalées comme une action caractéristique des pâtes arsenicales, nous paraissent des faits exceptionnels, qui ne se sont pas, que nous sachions, reproduits sous la main d’autres observateurs. On voit si souvent des lambeaux de tissus patholog-iques se mortifier spontanément, qu’on pourrait, par ce seul fait, contester, avec M. Lolliot2, l’interprétation de ce praticien.
Cicatrisation. A la chute de l’eschare succède une
1 Manec. — Bull, thérap. 1853.
2 Lollut. Thèse Paris, 1868.
plaie qui doit à son tour fixer l’attention. Elle présente en effet des différences d’aspect, de forme, de durée en rapport avec la richesse en vaisseaux des tissus intéressés et la nature de l’ag'ent dont elle est le résultat.
La plaie ferme et rosée du cautère actuel ne ressemble pas à la plaie blafarde et saignante des caustiques alcalins; quel contraste encore entre l’ulcère roug’eet vif fait par des pâtes arsenicales, et les fong'osités pâles et g’org-ées de sucs qui succèdent à l’application des chlorures chez certains sujets scrofuleux.
L’ aspect physique de la plaie fournit à son tour des notions sur la nature et X abondance du pus, la tendance plus ou moins grande à la cicatrisation. Ainsi la suppuration est à peine appréciable sur les plaies qui succèdent à la cautérisation actuelle ; elle est toujours beaucoup plus manifeste et plus abondante à la suite des eschares potentielles. La plupart des auteurs insistent sur la lenteur avec laquelle se cicatrisent les plaies produites par certains acides, comme l’acide sulfurique , l’acide phosphorique.
La tendance à la cicatrisation ne dépend pas seulement de l’espèce de cautérisation, elle est avant tout subordonnée à l’état général du sujet. Rien déplus commun que de voir les plaies rester stationnaires, fong’ueuses, facilement saig-nantes, chez les scrofuleux, les syphilitiques, les cancéreux.
Enfin la plaie se cicatrise; mais là encore nous constatons des différences. Le calorique imprime aux
1 Lolliot. — Thèse, 1868, Paris.
lissas une telle vitalité, que les bourgeons charnus forment fréquemment à la surface des téguments des saillies exubérantes qui deviendront bientôt, si l’on n’y prend garde, ces bourrelets cicatriciels difformes, désignés sous le nom de chéloïdes. Elles succèdent surtout aux eschares qui, dans la cautérisation transeurrente, ont désorganisé toute l’épaisseur du derme.
La plaie des caustiques alcalins est suivie d’une cicatrice molle, peu rétractile; que de fois nous avons été frappé de voir ces grandes plaques blanches cicatricielles, étalées, survenir après 1 application d’un cautère. La cicatrise que caractérise l’emploi des caustiques acides se rapproche un peu de celle du fer rouge et laisse souvent après elle des brides difformes. Ce sont les caustiques métalliques qui donnent les meilleurs cicatrices, les plus régulières, et sous ce rapport le chlorure de zinc et le bistouri pourraient être considérés comme fournissant le tissu cicatriciel le plus désirable.
APPENDICE. — INJECTIONS SOUS-CUTANÉES de liquides caustiques DANS LES TISSUS.
Après avoir exposé, d’une façon aussi complète que possible, l’état actuel de la science sur le mode d’action des caustiques, nous devons ajouter que le hasard a voulu que nous possédions sur ce sujet un certain nombre d'observations personnelles qui, par la nouveauté des résultats obtenus, s’éloignent sensiblement de tout ce que nous connaissions jusqu’à présent, sur le mode d’action des caustiques. Mais avant de relater ces faits, qu’il nous soit permis d’attribuer à qui de droit l’idée des injections caustiques dans nos tissus.
Broabdent, Simpson l, Nassbaum, en Angleterre, Luton 2 en France, ont proposé d’injecter des solutions caustiques dans les tumeurs, non comme agents destructeurs, mais bien comme agents modificateurs de la nutrition. Leurs procédés ne sauraient être considérés comme constituant une véritable cautérisation destructive, qui n’était du reste nullement dans la pensée d’aucun d’eux.
Nous avons déjà dit comment M. Nélaton fut conduit à expérimenter sur des animaux les injections des caustiques les plus puissants, pour en étudier les effets, l’innocuité, afin de les appliquer, s'il y avait lieu, au traitement de certaines maladies chirurgicales. L’éminent piofesseur voulut bien nous faire part de son idée et nous charger de l’expérimenter.
Ainsi deux conditions devaient être remplies : une destruction rapide, et, en second lieu, un agent destructeur inoffensif, et susceptible d’être porté avec sécurité au fond de cavités naturelles, difficilement accessibles, comme par exemple le pharynx, les fosses nasales, l’utérus, etc... Pour réaliser ces deux conditions, nous choisîmes d’abord, de concert avec M. Nélaton, la potasse caustique, puis l'acide sulfurique, et plus récemment le chlorure de zinc. Les divers caustiques furent injectés, avec une seringue de Pravaz appropriée, dans l’épaisseur des muscles et dans différents organes. Avant de résumer l’ensemble des résultats obtenus, il nous paraît indispensable de rapporter d’abord les faits dans l’ordre où ils se sont présentés à notre observation.
lre EXPÉRIENCE.
Mercredi 11 novembre 1868. — Sur un fort chien blanc, auquel M. Legros avait pratiqué une gastrotomie, l’animal étant très-affaibli et expirant, injection dans la langue d’une solution de potasse caustique.
On pique le bulbe une demi-lieure après.
Au niveau de l’injection existe une eschare molle, noire, comprenant toute la partie antérieure de la langue. Le peu de
i Broadbent, Simpson, Nassbaum. Edimb. Journal, 1867.
- Luton.— Trait, du cancer par le nitrate d’argent.
temps qui s’est écoulé entre l’injection et la mort enlève à peu près toute sa valeur à cette observation; nous ne la consignons ici que pour préciser l’époque où commencèrent nos expériences.
2e EXPÉRIENCE.
Mercredi 11 novembre 1868. — Chien noir. — Injection dans la cuisse gauche, parM. Nélatou, de cinq gouttes d’une solution très-concentrée de potasse caustique.
Le 12. Aucune tuméfaction dans la cuisse gauche. Paralysie des extenseurs. Le chien marche en boitant et appuie sur le sol la face dorsale des orteils: insensibilité complète de cette partie. Les fléchisseurs des orteils sont intacts.
Le 13. Même état. Le chien a toujours mangé; il paraît se trèsbien porter et ne se ressentir aucunement de l’injection; seulement la paralysie des extenseurs persiste.
Du 14 novembre au 21 décembre. Chien toujours bien portant, ayant même pris de l’embonpoint. La paralysie des extenseurs des orteils persiste, mais à un degré moindre. Ainsi, souvent la patte appuie sur le sol par sa face plantaire.
Depuis l’injection, aucune tumeur n’est apparue dans la cuisse au niveau de l’injection, et on ne sent aucune induration.
Autopsie. — Jeudi 21 janvier 1869. L’animal, ayant été mordu l’avant-veille par un chien enragé, a dû être sacrifié.
Il avait repris de l’embonpoint et des forces. Sa patte gauche avait recouvré de la force, et il ne marchait plus, ou rarement, sur la face dorsale des orteils.
Rien de particulier à noter sous la peau.
Pas d’accumulation de graisse.
Au milieu des muscles de la cuisse, ou mieux à la face externe du muscle grand adducteur, sur le trajet de l’artère et du nerf sciatique, et immédiatement au-dessous de ce dernier, existe une tumeur d’un noir d’ivoire, tumeur occupant le tissu cellulaire intermusculaire et n’intéressant pas les libres musculaires elles-mêmes.
Cette tumeur a une forme irrégulière, bosselée, aplatie de dehors en dedans, sa consistance est dure; mais, comme elle se 1869. — Anger. 5
trouve perdue au centre des muscles, il n’est pas étonnant qu’on n’ait pu la sentir avant la dissection. A sa surface on voit le nerf sciatique, qui sans aucun doute a été coupé ou détruit par la potasse, mais il s’est évidemment régénéré, et au niveau de la tumeur, i! n’apparaît plus, dans la longueur de un centimètre, que sous forme d’un cordon aplati, mal limité, demi-transparent, grisâtre, se continuant supérieurement et inférieurement avec le nerf sciatique. Sa face profonde est très-adhérente à la tumeur, dont il est difficile de la séparer par la dissection. L’examen microscopique du bout inférieur montre des tubes nerveux dont le myolemme a subi la dégénération graisseuse. D’autres tubes sont sains; d’autres paraissent en voie de régénération.
Quelle est la nature de la tumeur?
Elle ressemble beaucoup à du sang coagulé dont la partie liquide se serait résorbée. Elle est formée d’une substance noirâtre, ou très-noire, grenue, s’écrasant facilement, s’égrenant pour ainsi dire, dont les molécules n’ont aucune cohésion. L’examen microscopique montre des granulations, ou des grains noirâtres sans forme anatomique déterminée.
3e EXPÉRIENCE.
Vendredi 20 novembre 1868. — Chien jaune à longs poils, vieux. — Injection sous-cutanée par M. Nélaton dans la masse des muscles sacro-lombaires de cinq gouttes d’acide sulfurique de Nord’hausen.
Les jours suivants, l’animal se porte très-bien et ne semble nullement se ressentir de son injection; il mange et boit bien; aucune tuméfaction au niveau de l’injection.
2 décembre. Depuis quelques jours l’animal est moins gai; il a de la tristesse, de l’inappétence; aucun gonflement anormal au niveau de la piqûre.
7 décembre. L’animal ne se nourrit plus, il maigrit sensiblement. Qn ne constate absolument rien d’anormal au niveau de l’injection; pas de tuméfaction, pas d’induration.
17 décembre. L’animal est très-malade, il ne veut depuis longtemps aucune nourriture; il est extrêmement amaigri, ne
sort plus de son chenil. Comme il ne me paraît pas douteux qu’il succombe sous peu, je lui fais, après l’avoir endormi avec l’éther, une injection de vingt gouttes d’acide sulfurique de Nord’hausen dans la cuisse droite.
En se réveillant l’animal souffre encore et pousse des plaintes. La cuisse est paralysée.
18 décembre. L’animal n’est pas mort, mais est presque froid. On le tue en lui faisant une injection de gélatine dans les artères.
Autopsie. — En disséquant attentivement la région on trouve :
1° Sous la peau, entre elle et l’aponévrose des muscles, un amas de graisse, une sorte de lipome sous-cutané, constituée par des lobules graisseux, réunis par du tissu cellulaire. Cette graisse, d’un aspect blanc et mat comme de l’huile d’olive solidifiée, est formée de vésicules très-volumineuses, remplies de crislaux de margarine.
2° Au-dessous de l’aponévrose, dans le point où l’injection avait été faite le 20 novembre, or observe une momification des fibres musculaires. Le volume des parties momifiées égale à peu près celui d’une amande. A ce niveau les fibres musculaires offrent une coloration grisâtre, exactement semblable à celle de la viande bouillie et cuite. Ces libres ne sont nullement isolées des fibres saines et rouges, avec lesquelles elles se continuent; il n’existe aucune perte de substance , aucune solution de continuité, aucune trace de suppuration entre les fibres mortes et les fibres vivantes.
En outre, ces fibres musculaires momifiées sont remarquables par la facilité avec laquelle elles se dissocient. Tout le tissu conjonctif intermédiaire aux fibrilles et aux faisceaux a été dissous et résorbé; et c’est à cette liquéfaction du tissu conjonctif qu’est due la grande friabilité du tissu musculaire; aucune apparence de réaction inflammatoire, ni d’injection vasculaire autour de l’eschare.
3° La cuisse droite, dans l’épaisseur de laquelle vingt gouttes d’acide sulfurique concentré avaient été injectées la veille, se présente dans l’état suivant : aucune apparence de tuméfaction au niveau de l'injection. La peau n’est altérée en aucun point, même au niveau de la piqûre. Le tissu cellulaire sous-cutané est intact. Les fibres superficielles des muscles ne présentent non
plus rien d’anormal; mais au milieu de la masse musculaire existe une vaste eschare, du volume d’un œuf de poule. Partout où l’acide a pénétré, les muscles semblent comme disséqués et leurs enveloppes aponévrotiques ont complètement disparu. Les limites de l’eschare sont nettes et faciles à reconnaître, grâce au changement de coloration qu’elles présentent. Celles qui sont mortifiées offrent une couleur gris sale qui tranche sur la coloration rouge des fibres et des muscles respectés par le caustique, Le tissu cellulaire intermédiaire aux faisceaux et aux aponévroses a complètement disparu, comme s’il eût été liquéfié, puis résorbé.
Aux deux extrémités supérieure et inférieure de la momification, on aperçoit les bouts libres du nerf sciatique, qui a complètement disparu dans une étendue de 4 centimètres. Aucun vestige de ce cordon nerveux n’existe au niveau de l’eschare. 11 a été réséqué par le caustique, comme il l’eût été par le bistouri.
On peut en dire autant de l’artère et de la veine fémorales, dont on ne trouve aucun vestige. Leurs extrémités seules sont visibles, sous forme de cylindres noirâtres, dus à la coagulation du sang dans l’intérieur de ces vaisseaux.
Malgré une recherche attentive, il nous est impossible de découvrir dans les organes internes la cause de l’amaigrissement et de la maladie; les poumons sont sains, seulement un peu emphysémateux par place; cœur intact; foie rouge, non graisseux; reins paraissant intacts ; rate normale. — L’examen de ces organes a été fait non-seulement à l’œil nu, mais encore à l’aide du microscope.
4e EXPÉRIENCE.
44 novembre. — Chien blanc, demi-taille. — Injection souscutanée, ou plutôt intra-musculaire de 10 gouttes d’acide sulfurique de Nord’hausen dans la masse sacro-lombaire gauche.
Chien bien portant les jours suivants. Aucune apparence de tuméfaction, aucun phénomène d’inflammation.
27 novembre. Injection avec la seringue de Pravaz au milieu de la masse musculaire de la partie postérieure de la cuisse de 20 gouttes d’acide sulfurique de Nord’hausen.
Paralysie immédiate du membre. Le chien appuie sur la face dorsale des orteils.
28 novembre. Aucune tuméfaction inflammatoire au niveau de la cuisse; persistance de la paralysie; mange et boit bien.
Dimanche 29 novembre. Apparition d’un gonflement œdémateux de tout le membre du côté de l’injection; insensibilité du membre; œdème dur.
2 décembre. Œdème moindre, mais encore très-appréciable; pas d’apparence de tuméfaction inflammatoire au niveau de l’injection; boit et mange suffisamment.
5 décembre. Escharification de la peau au niveau de la piqûre.
7 décembre. Chute de l’eschare.
Il décembre. On chloroformise ce chien jusqu’à la mort.
Autopsie. 1° Existence d’une masse lipomateuse sous-cutanée au niveau de la piqûre lombaire.
2° Existence, au milieu de la masse des muscles sacro-lombaires, d’un noyau de fibres musculaires blancs-grisâtres, momifiées, analogues à du bœuf bouilli, et destruction de tout le tissu conjonctif interfibrillaire.
3° Existence d’un vaste foyer de suppuration au milieu des muscles de la cuisse et cavité pouvant admettre un œuf.
Lambeaux de fibres musculaires détruites encore adhérentes aux fibres saines; nombreux débris de vaisseaux,?] artères et veines, sous forme de cylindres noirâtres dus à la coagulation du sang. On peut suivre au milieu des libres musculaires momifiées les artères et veines remplies d’un coagulum noir.
Oe EXPÉRIENCE.
Mercredi 13 janvier 1869. — Chien blanc noir. — Injection de dix gouttes d’acide sulfurique de Nord’hausen dans le testicule droit, l’animal étant chloroformise.
Le chien ne paraît avoir nullement souffert de l’opération; quelques minutes après, il court et joue.
Le 14 janvier. — Aucune apparence d’inflammation dans le testicule; — j'ai pris ces organes entre mes mains, et la pression ne m’a nullement semblé avoir déterminé de la douleur.
Le 13 janvier, id.
Le 16 janvier, kl.
Le 17 janvier. — En examinant aujourd’hui de plus près les bourses, j'ai trouvé que la peau du scrotum correspondant au testicule injecté était noire et comme pigmentée. L’eschare est delà grandeur d’une pièce de 2 francs. Un sillon commence à se creuser à sa circonférence. 11 n’est pas douteux qu’il y ait chute prochaine du tissu mortifié.
Le 18 janvier. — L’eschare s’est détachée et avec elle une partie du testicule, environ la moitié. Le fond de la plaie est encore couvert çà et là de tissus jaunâtre et mortifiés, non encore éliminés.
Le 19 janvier. La plaie s’agrandit et le testicule tend à faire hernie à travers la plaie.
Le 20 janvier. Hernie incomplète du testicule; fond delà laie détergé, rouge, de bon aspect. On est obligé de tuer l’animal, qu’on suppose avoir été mordu par un autre chien enragé,
Autopsie. — La plus grande partie du testicule a été éliminée, il ne reste quel’épididyme et une partie du corps d’Higmore.
6e expérience.
Mercredi 13 janvier 1869. — Chienne, basse, forte, grasse. — Injection de dix gouttes d’acide sulfurique (nord’hausen) dans le foie (chloroforme).
L’animal se remet difficilement. Elle reste toujours couchée, et semble beaucoup souffrir.
Le 14 janvier. — L’animal est mieux le matin. — Elle mange un peu, se lève, marche, et vient à l’appel.
Le 1S janvier, id.
Le 16 janvier. — Refus de nourriture, — tristesse.
Le 17 janvier. — Même état, — amaigrissement.
Le 18 janvier. — Toujours un peu souffrante, — garde le chenil, — mange peu.
Le 19 janvier. — A été mordue par un chien enragé.
Le 20 janvier. — On la trouve morte ce matin dans son chenil.
Autopsie. — Péritoine rempli d’un sang noir et fluide. Il n’y a nulle apparence de pus.
L’injection n’a point été faite dans le foie, mais bien dans le péritoine. A ce niveau on trouve la surface du foie noire, dure, chagrinée, surtout au niveau du bord tranchant et du lobe de Spigel. Mais la mortification est limitée à la surface et ne pénètre point profondément dans le viscère. La couche escliaritiée égale à peine un millimètre.
Le duodénum, la tête du pancréas, l’intestin, et la face antérieure du rein, portent des traces manifestes d’escharification et d’inflammation consécutive.
Le foie est adhérent au niveau de la piqûre.
Çà et là existent des masses graisseuses d’un jaune parfait, accumulées au niveau du mésentère.
Septième expérience.
Le 3 février 1869. Chien jaune, fort.
Après chloroformisation, injection sous-cutanée avec la serin gue de Pravaz :
1° De 4 gouttes d’acide sulfurique de Nord’hausen dans le testicule droit.
2° De 2 gouttes du même acide dans le bulbe de la verge.
3° De 2 gouttes du même acide dans le tissu cellulaire souscutané de la paroi pectorale antérieure un peu à droite du sternum et à peu près au niveau de la sixième côte.
Le 8 mai, injection d’une solution de chlorure de zinc concentrée :
1° Au sommet de la tête. 5 gouttes,
2° Dans le foie 10 —
3° Cuisse droite 10 —
4° Masse sacro-lombaire 3 —
5° Patte antérieure droite 2 —
Ces dernières injections ont été faites sur l’animal non-anesthésié, il n’y a eu aucune manifestation de douleur ni pendant l’opération, ni après.
Le 16, on injecte 5 gouttes d'acide sulfurique dans la veine saphène externe du côté droit, Coagulation immédiate du sang, pas d’accident. Au bout d'un quart d’heure, on répète la même
opération à gauche : même résultat; on attend un quart d’heure, puis on injecte 10 gouttes dans une veine de la cuisse droite : coagulation immédiate du sang dans la .veine, quelques symptômes de douleur, respiration un peu accélérée, contracture dans les deux membres postérieurs due, probablement, à l’arrêt du sang veineux. Cet état dure peu et l’animal, détaché, marche facilement. On le tue par le chloroforme.
Autopsie. La coagulation du sang des veines des membres postérieurs remonte jusqu’aux veines iliaques primitives.
1" Examen des parties atteintes par l’acide sulfurique. Le testicule droit est atrophié; il pèse 7 gr. Le gauche pèse 10 gr. La lésion siège à la partie supérieure de l’organe, à peu de distance de la tête de l’épididyme; on trouve là une cicatrice dure du volume d’un pois. Noire au centre, jaune à la circonférence. ■
Au niveau du bulbe de Ja vergé, bstule urinaire à parois cicatrisées. (Yoiià pourquoi il y a eu suppuration.)
A droite du sternum, aucune trace de lésion antérieure.
2° Examen des parties atteintes par le chlorure de zinc. Les traces laissées par l’injection sont peu apparentes. A la tête, on trouve un léger épaississement rougeâtre; au foie, une sorte d’empâtement très-limité; à la cuisse, deux plaques blanchâtres traversées par des lignes rouges ; l’une d’elles adhère à l’aponévrose.
Nulle part il n'y a d 'eschare; il s'est formé de petits no va inflammatoires; il n’v a pas eu, à vrai dire, de cautérisation. Il est probable que le chlorure de zinc, appliqué de cette façon, est résorbé peu à peu avant de pouvoir détruire les tissus.
11 semble résulter de tout cela que, pour ce genre d’opérations, il faut faire usage de caustiques liquides agissant promptement. L’acide sulfurique convient parfaitement. La solution de chlorure de zinc ne vaut rien.
On voit également qu’on ne doit pas craindre le passage des liquides caustiques dans les vaisseaux pendant l’opération, puisque les liquides injectés directement dans les veines coagulent le sang et n’entrent pas brusquement dans le torrent circulatoire.
Huitième expérience.
Le 3 février 1869. Chienne robuste, taille moyenne, grosse. Après chloroformisation, injection :
1° De o gouttes d’acide sulfurique (Nordhausen) dans la masse des muscles sacro-lombaires du côté droit.
2° De 3 gouttes d’acide sulfurique (Nordhausen) dans les muscles de la nuque (côté droit).
Le 8 mai, injections d’une solution de chlorure de zinc con-
centrée :
1° A la partie interne de la cuisse gauche 5 gouttes
2° A l'oreille gauche 10 —
3° Aux deux derniers mamelons à gauche 5 —
4° Dans le tissu cellulaire de l’orbite gauche. ... 10 —
5° Au cou.. 10 —
L’animal n’est pas endormi ; pas de douleur pendant l’opération; un quart d’heure après, il y a de la douleur vers l’orbite gauche, l’œil devient rouge, la paupière est gordlée; le lendemain, plus rien : l’œil est clair et l’animal en bonne santé.
Le 16 mai, on injecte dans la veine saphène gauche 10 gouttes d’une solution concentrée de chlorure de zinc : coagulation (moins que par l’acide sulfurique); au bout d’un quart d’heure, même opération à droite et même résultat. L’animal est remis en liberté pendant deux heures. Rien de nouveau. On le fait mourir par le chloroforme.
1° Examen des parties atteintes par Vacide sulfurique. Dans la masse lombaire, on trouve un détritus noirâtre de la grosseur d’un haricot. Cette portion de tissus mortifiés touche aux vertèbres qui ne sont pas nécrosées; pas trace d’inflammation. — A la nuque, on ne trouve rien.
2° Examen des parties atteintes par le chlorure de zinc. Les injections de chlorure de zinc ont donné les mêmes résultats que chez le premier chien, c’est-à-dire qu’on trouve des noyaux indurés formés de tissus lamineux et très-vasculaires. Pas (Yescluires. C'est dans l’oreille et l’orbite que se trouvent les noyaux les plus volumineux (comme un gros pois).
üéflexions. Ces expériences, instituées dans le but de désorganiser rapidement les tissus et d’en amener l’élimination, n’ont point eu ce résultat, contre toutes nos prévisions. Elles ne sont, nous sommes les premiers à le reconnaître, ni assez nombreuses, ni assez variées, pour qu’il soit possible d’en bien apprécier l’importance, d’en tirer des conclusions pratiques. Aussi avons-nous eu avant tout pour but, eu les rapportant, de montrer qu’elles sont assez intéressantes pour appeler sur elles l’attention des chirurgiens.
Pour l’instant, notre rôle doit se bornera résumer, en quelques mots, les résultats obtenus sur les animaux et à les comparer aux effets que produisent sur nos tissus les caustiques tels qu’on les emploie ordinairement
Ce qui frappe tout d’abord dans ces expériences, c’est l’innocuité des injections sous-cutanées, quel qu’ait été le caustique employé, potasse, acide sulfurique, chlorure de zinc. Un de nos chiens seulement fut pris d’accidents graves : dégoût de nourriture, amaigrissement, émaciation, extinction lente et progressive des forces. Or cet animal n’avait reçu que 5 gouttes d’acide sulfurique; et comme aucun de ses compagnons, même après des doses doubles et triples, n’a éprouvé les mêmes accidents, nous nous croyons en droit de faire des réserves sur la cause de la mort. Dans tous les cas la 7e expérience prouve que 20 gouttes d’acide sulfurique concentré injectées, coup sur coup, dans les veines d’un chien, et injectées dans le but de le tuer, n’ont eu pour résultat que quelques troubles cardiaques et respiratoires, dus probablement à la coagulation instantanée du sang dans les veines de l’animal. Cette coagulation était tellement étendue que les radicules veineuses de la verge étaient apparentes comme si elles eussent été injectées d’un liquide soliditiable.
L’injection dans les veines d’une solution concentrée de perchlorure de zinc n’a pas été moins innocente que celle de l’acide sulfurique. Le caustique, comme dans le cas précédent, n’a produit qu’une coagulation immédiate du sang dans le système veineux correspondant.
Ainsi, soit qu’on injecte les deux plus puissants caustiques que nous possédions dans les muscles, soit qu’on les injecte directement dans les veines, ils ne déterminent pas d’autres troubles
qu’une contraction tétanique du membre que les expériences de M. Brown-Sequard permettent de rapporter, plutôt à la coagulation du sang dans le système veineux correspondant, qu’à l’action des caustiques eux-mêmes sur le sang. Ces résultats, si extraordinaires qu’ils soient, le sont pourtant moins encore que l’absence de toute réaction inflammatoire autour des eschares sous-cutanées.
A l’exception de trois cas où l’injection sous-cutanée de l’acide sulfurique a été suivie de réaction inflammatoire et d’élimination des eschares, résultats qui s’expliquent, du reste, par cette raison que le caustique avait intéressé à la fois et la peau et les organes sous-cutanés, nous avons constaté dans toutes les expériences qu’il n’existait autour des eschares produites aucune trace d’inflammation éliminatrice.
Les tissus mortifiés peuvent séjourner ainsi pendant des mois au milieu des tissus sains sans y provoquer aucun symptôme inflammatoire.
N’est-ce pas un peu le cas de la balle qui s’enkyste et demeuré ainsi des années au sein de l’organisme? Nous sommes tout disposé à accepter cette assimilation; mais nous ferons remarquer qu’il n’en est pas moins étonnant qu’un caustique aussi énergique que l’acide sulfurique agisse si différemment, sur les tissus exposés au contact de l’air, et sur ceux qui en sont à l’abri.
L’eschare, ou plutôt les tissus momifiés par l’acide sulfurique, la potasse, etc., paraissent subir à la longue des transformations notables. Sec, friable dès les premiers instants de la momification, le tissu musculaire se dessèche encore, par un long séjour au milieu des tissus sains, et au bout de plusieurs mois (8e expérience), on trouve l’eschare transformée en une petite masse noirâtre, grenue, friable, dont la ressemblance avec l’acide ulmique est frappante.
Une remarque qui peut être plus d’importante encore, c’est l’atrophie des organes parenchymateux attaqués par l’acide sulfurique. Sur un de nos chiens, le testicule dans lequel, trois mois auparavant, on avait injecté quatre gouttes d’acide sulfurique, avait diminué d’un tiers. Au lieu de dix grammes, poids du testicule du côté opposé, il ne pesait plus que sept grammes. Cette
atrophie des organes coïncidait, dans trois cas, avec le développement dans les parties voisines de l’eschare, de masses graisseuses anormales, que nous ne saurions mieux comparer qu’à des lipomes , et à des lipomes lobules. La graisse de ces lipomes diffère un peu, il est vrai, de la graisse ordinaire; mais elle n’en est pas moins contenue dans des vésicules adipeuses dont M. Robin a constaté l’existence.
Ces vésicules adipeuses sont groupées en lobules et forment, par leur réunion, une véritable tumeur lipomateuse, que l’on pouvait toucher, sentir et explorer avec les doigts chez deux de nos chiens. Il nous a semblé, dans ces deux cas, sans que nous puissions l’affirmer positivement, que la graisse n’avait disparu des parties, momifiées par l’acide, que pour s’accumuler sous la peau et y former ces petits lipomes Iobuiés dont l’existence est un fait capital. Ces formations graisseuses se sont montrées d’une façon si constante, que nous n’hésitons pas à affirmer qu’on peut, chez les animaux, développer à volonté des lipomes en injectant quelques gouttes d’acide sulfurique concentré, au milieu des régions où l’on veut provoquer la formation de ces dépôts.
Ainsi \ momification des tissus , absence d'inflammation éliminatrice et développement de tumeurs lipomateuses, tels sont les trois principaux résultats de nos expériences sur l’injection de l’acide sulfurique dans les tissus de l’économie.
Nous n’avons fait que deux injections de potasse caustique : la première, faite chez un chien expirant, n’a rien offert d’intéresant que la rapidité avec laquelle le caustique a coupé la moitié antérieure de la langue; la seconde, faite dans la cuisse, a désorganisé immédiatement le nerf sciatique, d’où une paralysie de tous les muscles du train postérieur. Aucun phénomène inflammatoire n’a succédé à l'opération; jamais la palpation ne nous a permis de constater la présence d'une tumeur dans l’épaisseur de la cuisse.
A l'autopsie, faite soixante et onze jours après l’injection, nous avons constaté la présence d’une eschare encore adhérente aux tissus voisins, sans trace aucune d’inflammation éiiminatrice. Le nerf sciatique était en partie régénéré.
Nous en étions là de nçs expériences, lorsque la cautérisation