‹ De la cécité des couleurs dans ses rapports avec les chemins de fer et la marineChapitre 10 sur 19 · Modifications du système des signaux · texte numérisé non relu

Modifications du système des signaux

a) Antres couleurs de signaux. — Si la cécité des couleurs congénitale est incurable, ou si tout au moins nous ne connaissons pas actuellement le moyen d'y remédier, il faut songer à une autre manière de s'arantir les communications, tout en maintenant les viciés au service des chemins de fer, des méprises qu'ils i^euvent commettre au sujet des signaux. On a vu par ce qui précède que ces erreurs peuvent et doivent arriver dans l'emploi généralement admis des couleurs de signaux: rouge, vert (et jaune). Le vicié n'a que deux couleurs fondamentales, tandis que le voyant normal en a trois d'après la théorie Young-Helmhoitz. De plus, les couleurs des signaux en usage sur les voies ferrées sont choisies de sorte qu'elles tombent dans une seule et même classe ou couleur principale pour deux des espèces de viciés possibles d'après la théorie, savoir l'aveugle pour le rouge et l'aveugle pour le vert. Ce choix paraît donc être malheureux: Wilson ' est de la même opinion. Lorsque la cécité pour le rouge et le vert sont les esi^èces de cécité conij^lète ou typique-partielle qui se présentent le plus généralement, il semblerait que la

' Op. cit., p. 12.5.

difficulté pùt être considérablement diminuée, si, au lieu d'employer les couleurs actuelles, on choisissait les couleurs que peuvent apprécier ces espèces de viciés, quand même elles ne conviendraient pas à la troisième espèce possible de cécité des couleurs typiquepartielle ou cécité pour le violet qui, d'ap^rès l'expérience acquise jusqu'aujourd'hui, est beaucoup plus rare. Assurément, le principe que nous avons cherché à faire valoir ne serait sans doute pas apiîliqué radicalement, mais tout au moius le résultat pratique serait relativement près d'être atteint.

Comme le vicié n'a que deux couleurs principales ou deux classes auxquelles il peut rapporter toutes les couleurs, il est évident que pour choisir deux couleurs qu'il pourra reconnaître et distinguer sans la moindre hésitation, il en faut choisir une de chaque classe. De cette façon, il est toujours possible de jDenser que chacune espèce de cécité des couleurs ^Dourra toujours trouver deux couleurs nettement tranchées, mais 'psis plus de deux.

Il faut donc d'abord se demander jusqu'à quel point l'on peut se contenter de deux couleurs pour satisfaire à tous les besoins de signaux sur les voies ferrées ou dans la marine. Pour ce qui concerne le chemin de fer, on a prétendu et on peut accorder qu'en cas de besoin il est j^ossible, peut-être sans trop d'inconvénients, de se contenter de deux couleurs. Mais il est certain qu'on se trouve toujours dans une situation plus favorable avec trois couleurs qu'avec deux. Il est à peine nécessaire d'insister sur ce point, puisqu'il en est des signaux comme des autres signes: plus ils sont nombreux dans certaines limites, plus on a de ressources, et plus complètes et par conséquent plus sûres sont les communications qu'on pourra échanger. Le sens chromatique en est lui-même la preuve, puisqu'il est hors de doute que le voyant normal avec ses trois couleurs fondamentales reçoit des impressions beaucoup plus complètes et plus sûres des couleurs multiples du monde extérieur que le vicié qui n'en a que deux fondamentales.

Admettons cependant qu'on puisse se contenter de deux couleurs et qu'on veuille sacrifier l'avantage des trois couleurs pour pouvoir en acquérir un autre, je veux dire pour conserver au service des chemins de fer les aveugles pour le rouge et pour le vert; il nous restera toutefois à trouver un bon choix de ces deux couleurs. C'est plus facile à dire qu'cà faire. Le choix doit certainement avoir lieu de façon qu'on prenne une couleur de chacun des deux groupes dans lesquels toutes les couleurs se rangent d'après le svstème du vicié. Or, il se trouve, comme nous l'avons déjà vu (pages 30 — 33),

pour les couleurs principales de l'aveugle pour le rouge et le vert que, parmi les sept couleurs de l'arc-en-ciel perçues par le voyant normal, quatre — savoir le rouge, l'orangé, le jaune et le vert — appartiennent à l'une de leurs classes et trois, notamment le bleu, l'indigo et le violet, à leur seconde classe. Par conséquent, l'une des couleurs doit être le rouge, l'orangé, le jaune ou le vert et l'autre le bleu, l'indigo ou le violet.

Il devrait être tout naturel pour notre but de choisir de préférence les couleurs qui affectent plus fortement l'œil lors de la comparaison. Or, les couleurs les plus intenses dans le spectre, c'està-dire les couleurs les plus vives qui entrent dans la lumière blanche du soleil, sont le jaune et le bleu, par conséquent une de chacun des deux groupes. Nous les choisissons donc d'autant plus volontiers que la lueur de lanterne ordinaire est, sans préparation et à un très-haut degré, de couleur jaune bien qu'elle ne soit pas homogène. Mais nous sommes loin d'être aussi favorisés pour ce qui est de la couleur bleue: nous rencontrons là une difficulté, au contraire, qui permet de douter si en chanç^eant les couleurs on atteindrait le but désiré.

Pour toutes les surfaces colorées — drapeaux, tableaux, sémaphores, etc. — employées aux chemins de fer pour réfléchir pendant le jour la lumière du soleil ou du jour, les couleurs proposées conviennent sans doute parfaitement, et selon toute probabilité aucun vicié des espèces indiquées ne commettra normalement de méprises dans l'appréciation. Mais le cas est tout autre j)our les signaux de nuit et ceux-ci sont les plus importants pour bien des raisons. C'est aussi jDOurquoi nous nous y attacherons de préférence ici, puisque j^endant le jour une foule de circonstances diverses peuvent avertir du danger, tandis que la lueur colorée est le seul signe qui l'indique pendant la nuit.

Les lueurs colorées dont on se sert pour les signaux de nuit sont produites, comme on le sait, en mettant un verre coloré devant la flamme d'une lanterne. L'usage des feux de Bengale comme signaux réguliers ne doit guère pouvoir être introduit dans la pratique. Or, le verre coloré produit une lueur colorée, parce que, de toutes les sortes de lumière qui rayonnent de la flamme, il ne laisse échai^per qu'une sorte ou tout au moins surtout une sorte, tandis que toutes les autres ou la plupart des autres sont absorbées par le verre. Ainsi, le verre bleu absorbe, selon qu'il est épais ou fortement coloré, les autres sortes de lumière envoyées par la flamme de la lanterne et ne laisse échapj^er en somme que des rayons bleus. Or, le malheur est que, comme on le sait suffisamment par des

expériences directes, la flamme de la lanterne n'envoie relativement que peu de lumière bleue, lorsqu'on emploie l'iiuile de raves et le photogène, comme généralement toutes nos sources artificielles de lumière ordinaire: c'est pourquoi toutes paraissent jaunes ou rouges, lorsqu'on les compare avec la lumière du jour. En pareille circonstance, le verre bleu ne peut naturellement laisser passer que de faibles quantités de lumière bleue et une lueur de lanterne bleue doit par conséquent être toujours une lueur très-faible en lumière.

Certes, l'intensité de la lueur colorée dépend en grande mesure de l'épaisseur du verre, mais ce qu'on gagne en intensité par l'emploi d'un verre mince est perdu en couleur, parce que l'intensité ne peut être augmentée que si, outre les rares rayons bleus, des rayons rouges et verts, etc., sont envoyés et que la lueur par conséquent, de bleue qu'elle est, s'aj^proche constamment, en raison inverse de l'épaisseur du verre, de la couleur de la lueur ordinaire des lanternes et doit paraître comme une lueur blanchâtre à un certain degré l'intermédiaire. A ce point, la lueur n'est cependant que très-faible, parce qu'alors la lumière rouge et verte ne rayonne qu'en quantité suffisante pour équivaloir précisément au bJeu de la flamme de la lampe.

Ce que nous venons de dire du bleu s'applique également à l'indigo et au violet. Le changement proposé des couleurs de signaux ne fournit donc tout d'abord que deux lueurs au lieu de trois; et l'une est une lueur très-intense, de sorte qu'il est difficile de la voir de loin, tant qu'elle est suffisamment colorée, et si elle est plus intense, elle perd sa couleur en égale proportion. Cet état de choses ne paraît guère engager à introduire une réforme de cette nature. Cela semble d'autant plus dangereux que ce changement des couleurs employées aux signaux ferait courir aux voyants normaux du personnel la même infortune que les viciés actuellement, je veux dire qu'ils seraient forcés d'apprécier les signaux de nuit uniquement d'après l'intensité de la lueur. Mais, comme nous avons cherché à le montrer, on n'y gagne rien. Car, à cette condition, il n'y a pas un homme consciencieux qui veuille rester au service des chemins de fer; et en prenant une mesure semblable par sollicitude pour les viciés, on exclurait de facto du service des voies ferrées une bien plus grande proportion de voyants normaux.

Nous avons bien entendu dire que dans des chemins de fer américains on se sert de la lueur bleue. Nous ne pouvons contrôler ni contester cette donnée, mais pour qu'elle puisse être opposée à nos arguments, il faut tout d'abord que l'on examine

d'une manière complète la faculté que possèdent tous les employés de ces chemins de fer de distinguer les signaux américains et d'un autre côté qu'on fasse une analyse non moins rigoureuse de tous les accidents qui ont eu lieu sur les voies ferrées de ce pays.

Il résulte, nous semble-t-il, de tout ce que nous venons de dire que le changement en question des couleurs de signaux n'est pas très-pratique, et c'est le cas pour tout autre choix de deux couleurs nouvelles. Tout au moins nous accordera-t-on que les nouvelles couleurs de signaux devront être pour tout voyant normal pires que celles qui sont en usage chez nous et dans presque tout l'univers: en somme, si on les adoptait, la sécurité des communications serait diminuée. Il faut ajouter qu'en les adoptant, on ne tiendrait pas compte du principe que nous avons exposé, d'après lequel il faut appliquer un système de signaux convenant à tous les viciés, puisque les aveugles pour le violet ne peuvent pas distinguer entre le jaune et le bleu. Par ces considérations, le changement proposé nous semble devoir être rejeté à plusieurs points de vue essentiels.

b) Lumière incolore et obscurité^ hlanc et noir. — On a vu qu'il est impossible de songer à des signaux colorés convenant à tous les individus, viciés ou non: il fallait donc penser à établir un système de signaux renonçant complètement aux couleurs et se basant sur l'emploi d'une lumière incolore à différents degrés d'intensité.

Nous avons déjà traité des points les plus importants de l'intensité de la lumière à cet égard. Mais il faut accorder et indiquer aussi qu'il n'y a rien de j)lus sensible à notre système visuel que l'intensité relative de la lumière provenant de deux objets ou de deux sources lumineuses qui semblent voisines, en supposant que l'intensité absolue ne dépasse pas certaines limites. Mais il ne s'agit pas ici d'autre comparaison que celle qui, pour ainsi dire, se fait de mémoire, ce qui équivaut presque à l'appréciation de l'intensité absolue de la lumière. Nous sommes tellement loin eu revanche d'être en état de juger de cette intensité que, malgré un besoin vivement senti et des efforts constants, la scie ace n'a pas même réussi à trouver de mesures convenables à lui appliquer.

Il faut pourtant reconnaître ici qu'un système de signaux basé uniquement sur deux extrêmes d'intensité de lumière, savoir sur la lumière et l'obscurité, le blanc et le noir, devrait convenir au voyant normal aussi bien qu'au vicié. De plus, un pareil système devrait satisfaire à toutes les exigences, pourvu qu'on pût l'appliquer d'une manière pratique et qu'on se contentât de deux signaux

seulement. Uu drapeau blanc et un noir, etc. suffiraient pleinement pendant le jour, mais ce ne serait malheureusement pas le cas pendant la nuit, car une lueur noire est une contradiction dans les termes, et l'on devrait par conséquent d'après ce système pour la nuit où les signaux sont de toute importance se borner non à trois, mais à un seul et unique signal, à moins qu'on ne veuille employer comme signal l'absence de tous signaux. Ici, on pourrait bien se demander si le meilleur système ne serait pas celui qui se baserait sur les alternatives d'obscurité et de lumière, c'est-à-dire des sinaux mobiles ou feux à éclipses. Mais nous ne voulons pas nous aventurer dans un domaine spécial qui n'est pas de notre ressort; toutefois, nous ne pouvons nous défendre d'une certaine appréhension à la pensée des nombreux artifices dont l'administration des chemins de fer devrait user dans le simple but de pouvoir conserver ou prendre à son service des personnes affectées de cécité des couleurs. A notre connaissance, on n'a découvert jusqu'à présent aucun système qui, basé sur les principes indiqués ci-dessus, puisse remj)lacer avantageusement celui qui est actuellement en usage.

c) Forme, mouvement, nombre. — Si nous ne réussissons pas à trouver un système convenable de signaux se basant sur les différences de la qualité et de la quantité de lumière, il ne nous reste qu'à en appeler à une disposition dans l'espace, si tant est qu'on veuille absolument se servir du sens visuel.

Le seul de nos autres sens que l'on puisse penser employer à cette fin est l'ouïe: c'est avec la vue le seul sens qui soit ca^Dable de percevoir à grande distance; mais pour le but dont nous parlons, l'ouïe est inférieure à la vue, et l'on ne peut songer à réclamer son aide que bien après la vue, à une distance moindre et pour un but particulier, ce qu'on a fait par exemple en se servant de sifflets à vapeur, de cloches en temps de brume et de signaux explosifs, etc.

On peut naturellement se représenter une foule de manières de varier les signaux par rapport à la forme et à la disposition dans l'es^jace; on peut se servir, par exemple, de grandes surfaces éclairantes réiuiies et de forme ou de disposition diverses; de 13lusieurs petites lueurs groupées dans l'espace dans des positions différentes entre elles; de lueurs simplement agencées mais de valeur dfférente comme signaux suivant leur nombre variable ou bien encore de figures éclairantes de couleur simple et produites par différents mouvements, et ainsi de suite. Une difficulté pratique semble être attachée à un pareil système: les signaux exigent des surfaces éclairantes assez grandes ou placées à des distances assez considéra-

bles entre les poiuts lumineux pour apparaître distinctement de loin; or, plus une pareille figure est grande — elle a beau être réunie ou marquée dans ses contours par des j)oints lumineux — plus on risque qu'une partie en soit cachée par d'autres objets qui l'interceptent à l'œil. Ces deux inconvénients peuvent difficilement éviter d'être sensibles, surtout si ces surfaces et ces figures éclairantes doivent être placées partout où se trouvent actuellement des lanternes colorées, comme par exemple sur des locomotives et des wagons. De i)lus, il ne laisse pas que d'être aussi' bien difficile de pouvoir établir ces signaux sur tous les points de la ligne où s'est produit un accident. Mais toutes ces craintes sont peut-être peu fondées et il eût probablement été plus sage de les garder pour nous^, surtout comme nous touchons ici à un domaine qui n'est pas le nôtre.

En revanche, il est assurément de notre ressort de chercher à étudier cette question dans ses traits généraux et à la lumière que 2)euvent nous fournir nos connaissances. Nous nous bornerons à indiquer la supériorité de notre œil pour saisir les différences dans les couleurs sur sa capacité de distinguer la forme dan^ les circonstances dont il s'agit ici. La raison en est toute simple. De toutes les parties de l'œil, c'est en dernier lieu la rétine qui doit être atteinte par la lumière, pour que nous puissions percevoir la forme ou la couleur. Or, pour que la lumière atteigne cet organe, il est nécessaire que toutes les parties qui se trouvent devant elle soient transparentes. C'est tout ce qui est exigé pour que nous percevions la couleur d'un objet ou d'un foyer lumineux. Mais pour en saisir en même temps la forme, il ne suffit pas que la lumière fi-appe simplement la rétine, il faut encore qu'elle l'affecte d'une manière très-déterminée, 2)0ur qu'une image nette de l'objet s'y produise. On le voit, la différence est très-grande: pour apprécier la forme, il faut tout l'appareil dioptrique de l'œil; pour i^ercevoir la couleur, cet appareil est complètement superflu. Il va de soi que plus il y a de facteurs pour produire un certain résultat, plus il y a de sources d'erreurs, qui peuvent agir sur ce dernier. Tous les défauts qui peuvent se l)résenter dans la cornée, la lentille et le corps vitré, troublent donc la sensation de la forme, mais ne sont d'aucune importance pour celle des couleurs ; et cela n'est pas un faible avantage pour cette dernière, lorsqu'on considère que l'appareil dioptrique de notre œil, même le meilleur, est relativement imparfait et qu'une foule d'anomalies le rendent souvent encore plus imparfait. Comment un marin se tirerait-il d'aiFaire, s'il devait déterminer la forme d'une lueur éloio-née à l'aide d'une mauvaise lunette aux verres sales et fendus ou

mal polis? Cela serait probablement hors de son pouvoir; mais il pourrait facilement, en revanche, déterminer la couleur de cette hieur malgré son mauvais instrument, qui n'aurait alors d'autre inconvénient que celui de diminuer l'intensité de la lumière. Si l'on devait baser le système des signaux sur la forme et par conséquent éliminer du service des chemins de fer toutes les personnes qui, par suite d'un défaut de leur appareil dioptrique de l'œil, ne peuvent pas distinguer clairement et sûrement ces signaux de loin, la proportion de ces gens serait peut-être plus grande que celle des aveugles jDour les couleurs.

Pour se former une idée de la capacité diverse de l'œil normal dans les différents sens dont nous avons parlé, nous recommanderons une expérience très-simple. On prend quelque chose de coloré, du papier par exemple, on en fait quelques figures planes, telles que des lettres dont l'une est fixée verticalement sur une grande surface blanche ou noire. Pour ne pas se laisser égarer par des influences subjectives, on fait choisir et fixer la lettre par une autre personne, tandis qu'on se tient à une distance telle que même avec l'œil dirigé vers le fond, on ne puisse voir qu'un objet j est fixé. Si les lettres sont petites, on n'a pas besoin que la distance soit très-grande. Alors, si l'on s'approche lentement, le regard fixé sur la surface colorée, on fera les observations suivantes sur l'ordre dans lequel se succèdent les différentes impressions. Dès qu'on aperçoit la lettre, on n'en distingue ni la forme ni la couleur: on ne voit qu'un point ou une plaque plus sombre que le fond — eu cas que celui-ci soit blanc — et j)lus clair, s'il est noir. La première qualité qu'on remarque dans la lettre, lorsque la distance diminue, c'est sa couleur. Quand la couleur est bien nette, on a encore besoin de se rapprocher sensiblement, avant que la forme soit perceptible, c'est-à-dire avant qu'on puisse lire cette lettre et en dire le nom.

Cette simple expérience montre clairement que l'œil — en tant qu'il est i)Ossible de faire une comparaison entre sa capacité dans divers sens — est sensible d'abord à une intensité relative de la lumière, puis à la couleur et enfin à la forme. Nous aurions naturellement à ajouter différentes choses relativement au choix de la couleur, de la forme, etc., si l'expérience devait se faire avec exactitude et servir de base à une démonstration scientifique. Ce que nous avons signalé suffit pour indiquer dans quelle direction une réforme des signaux doit être entreprise, si, après tout, il faut en introduire une. Si un système de signaux basé sur le pouvoir de distinguer la lumière de l'obscurité peut être inventé et établi, il

doit être siipérienr à celui qui est en usage aujourd'lmi. Sinou, nous devons considérer le sj'stème actuel comme préférable, soit parce qu'il se base en principe sur la différence dans la qualité de la lumière, c'est-à-dire sur la couleur, soit parce que, dans l'application, il a choisi justement les couleurs qui sont dans la pratique les plus propres à leur but. L'expérience semble aussi avoir jugé favorablement ce système, puisque, malgré les changements proposés pour conserver les aveugles pour les couleurs, il a été maintenu jusqu'à présent pour ainsi dire dans le monde entier.

Page 1