‹ De la cécité des couleurs dans ses rapports avec les chemins de fer et la marineChapitre 11 sur 19 · De l'élimination des aveugles pour les couleurs · texte numérisé non relu

De l'élimination des aveugles pour les couleurs

Il nous reste à résoudre la question de savoir quelle réforme il faut préférer. Faut-il, pour faciliter à toutes les classes de viciés un libre accès au service des chemins de fer, changer un système de signaux reconnu le meilleur et généralement admis; ou bien, en conservant ce système, éloigner du service tous les viciés? On comprend clairement, après tout ce que nous venons de dire, quelle mesure sert le plus à la sécurité de l'exploitation. Tout dépend de savoir si, j)ar sollicitude pour les viciés, on doit se permettre de diminuer systématiquement et -par j)rincipe cette sécurité. Or, un tel j)rincipe serait nouveau et peu aj^plicable dans ses conséquences. Nous sommes heureusement habitués à voir partager la maxime que l'intérêt j)articulier doit céder à l'intérêt général. La proportion des viciés dans la population d'un pays est relativement minime, mais fût-elle encore plus grande, on i^eut se demander avec raison si les viciés, dans l'état des choses actuel, ne devraient pas néanmoins se voir privés du droit et de l'avantage d'être employés au service des voies ferrées. Il est vrai que les employés des chemins de fer n'existent pas pour les signaux, mais bien les signaux pour eux; cependant il n'est pas moins certain que pour admettre les em^^loyés au service ou pour les en éliminer, on ne doit pas, en premier lieu, rechercher leur avantage personnel, mais bien celui du public.

Il est sans doute très-louable de vouloir qu'une personne affectée d'un vice congénital, dont elle n'est par conséquent pas coupable, puisse entrer dans toutes les carrières ouvertes à ceux que la nature a plus favorisés. Mais il faut de la modération en tout, et, dans le cas qui nous occupe, nous n'avons pas assez de motifs plausibles pour appliquer ce principe. Cette question, d'ailleurs, fournirait am-

pie matière qui u'a pas sa place ici. Nous rappellerons simplement qu'il est une foule d'autres carrières auxquelles le premier venu n'a pas accès pour la raison que bien des gens manquent des dispositions naturelles requises pour remplir son devoir comme il faut, et il est une foule de personnes qui, par suite d'un défaut naturel, ne peuvent pas être admises même aux emplois les plus ordinaires. Nous maintiendrons donc notre thèse, savoir que tant que le système actuel des signaux employés aux chemins de fer doit être considéré, à la plupart des points de vue, comme le meilleur que l'on connaisse, il faut veiller à ce que nul aveugle pour le rouge ou pour le vert et en général aucune personne incapable de distinguer vite et sûrement entre le rouge, le vert et le jaune, ne puisse occuper aux chemins de fer une place exigeant que l'employé fasse attention et obéisse aux signaux colorés. Il est évident que l'introduction d'une réforme en ce sens doit amener des difficultés de plus d'un genre. Nous allons essayer de montrer, dans les pages suivantes, comment cette difficulté peut être le plus convenablement surmontée.

Page 1