Instruction et exercice du personnel pour reconnaître
les couleurs.
L'importance de l'exercice et de l'habitude dans l'usage de nos sens en général ne doit pas être appréciée trop bas. De même q\ie
nous naissons normalement avec des instruments de mouvement sains et que cependant nous avons besoin d'aj^prendre à marclier, de même il nous est nécessaire d'apprendre à nous servir de nos appareils des sens: la manière dont nous expliquons leurs rapjîorts en fournit entre autres un témoignage évident. Et lorsque l'expérience nous fait voir qu'on peut remédier à bien des défauts originaires de nos instruments de mouvement aussi bien que dans notre api^areil visuel, nous arrivons facilement à l'idée que cela est possible aussi pour la cécité des couleurs. Si c'était le cas, ce serait sans doute le moyen le plus radical qu'on pût trouver pour protéger l'exploitation des chemins de fer sans qu'on eût besoin d'éliminer un seul vicié.
Personne ne conteste qu'un sens chromatique normal a besoin d'être élevé et exercé pour remi)lir parfaitement son office. Si l'on devait déclarer viciés tous ceux qui i3ar manque d'exercice se trompent en certains cas sur le nom des couleurs, on commettrait une erreur tout aussi grande que si l'on regardait comme doués d'une vue normale tous ceux qui dans la même occasion ou quelques autres circonstances donnent aux couleurs leur vrai nom. Il y a lieu de croire qu'on s'est rendu et qu'on se rend encore parfois coui3able de méprises dans les deux cas.
La question de savoir si l'on peut remédier par l'exercice à la cécité des couleurs est d'une telle importance pour le but pratique que nous avons en vue qu'il faut la traiter avec tout le soin dont nous sommes capable. Afin d'éviter tout malentendu, nous devons bien insister sur la différence que nous avons indiquée entre la véritable jje7xej)^ioït du vicié et le nom qu'il donne à la couleur des objets. Nous avons déjà vu qu'un vrai nom peut bien souvent être uni à une fausse perception, mais il va de soi aussi que, tant que la i)erception est anomale ou simplement incertaine, la dénomination doit aussi être incertaine, puisqu'elle dépend d'une conjecture. La question que nous avons à traiter ici est donc de savoir jusqu'à quel point la faculté de perception anomale peut être corrigée i)ar l'exercice ou, en d'autres termes, si l'on peut porter remède à la cécité des couleurs. Nous ne parlons jjas ici de cette cécité acquise qui, survenant fortuitement, doit aussi pouvoir cesser, mais nous entendons la cécité des couleurs congénitale.
Nous avons défini les différentes espèces de cécité complète des couleurs, d'après la théorie, comme celles où l'un des trois éléments spécifiques de l'appareil du nerf optique fait défaut dès la naissance par suite d'un dévelopi)emeut imparfait. On peut donc difficilement
penser, an point de vue de la théorie, que l'exercice ou toute autre mesure puisse créer un élément qui ne se trouve pas lors de la naissance. Aussi tous les auteurs qui ont traité de la cécité des couleurs ont-ils unanimement déclaré — sauf une seule exception il notre connaissance — que la cécité complète des couleurs congénitale est incurable, et cela pour des raisons tirées de la théorie aussi bien que de leur propre expérience.
Mais outre la cécité typique complète des couleurs, nous avons une autre classe que nous avons appelée la cécité incomplète des couleurs et que nous avons expliquée d'après la théorie comme dépendant ou d'une diminution anormale du nombre ou de la sensibilité d'une ou de toutes les espèces d'éléments spécifiques de l'ajDpareil du nerf optique. De plus, nous avons accordé et observé qu'il existait une foule de formes de transition entre les deux espèces, formes qui ont toutes ceci de commun, c'est que les trois organes s'y trouvent, bien que l'un soit fort inférieur aux autres en sensibilité. Au point de vue théorique, on peut naturellement songer à la possibilité de remédier ou tout au moins de diminuer une faute qui consiste en une sensibilité anomalement amoindrie de l'organe en question, et c'est pourquoi nous ne voulons pas nier a jpriori qu'on puisse guérir certains cas de cécité incomplète des couleurs; mais ce que nous affirmons, c'est que la science ne connaît jusqu'à présent aucun résultat positif à cet égard. Nulle part nous n'avons trouvé de preuve qu'un cas de ce genre ait été guéri.
Loin donc de nier la possibilité d'améliorer de légers défauts dans le sens chromatique qui peuvent dépendre d'une insensibilité anomale dans un organe, nous considérons tout essai dans cette direction comme d'un grand intérêt au point de vue scientifique et pratique. Nous ne voulons même pas contrecarrer de semblables essais, même quand il s'agit de la cécité complète des couleurs. En effet, ce serait abuser de la théorie si, plein d'une confiance aveugle en elle, on fermait les yeux à l'expérience. La théorie s'appuie elle-même sur l'expérience, et si une meilleure expérience devait montrer que cet appui lui fait défaut dans des points essentiels, elle devrait inévitablement crouler. Les essais dans le sens dont nous parlons ici doivent ou réussir et renverser la théorie, ou bien échouer, et alors ils la confirment. Dans un cas comme dans l'autre, nous devons appeler l'attention sur le danger qu'il y aurait actuellement et avant que l'expérience ait prononcé à ce sujet, à baser une mesure pratique quelconque sur l'hypothèse que la cécité des couleurs peut être guérie, hypothèse que rien n'est venu justi-
fier encore et contre laquelle l'opinion générale des savants proteste vivement.
Nous chercherons cependant à rendre compte ici de ce que l'expérience nous fournit à cet égard, et tout d'abord nous chercherons à voir sur quelles raisons on se fonde pour prétendre que la cécité des couleurs peut se guérir.
On a voulu trouver un de ces motifs dans le fait que, parmi les nombreux viciés découverts que nous mentionne la littérature depuis Huddart, il se trouve incomparablement beaucoup plus d'hommes que de femmes. On a conclu de là, en premier lieu, que la cécité des couleurs est beaucoup plus fréquente chez les hommes que chez les femmes, et de ce fait statistique ajouté à l'expérience incontestable que les femmes s'occupent dès leur enfance beaucoup plus des couleurs que les hommes pour leur habillement, etc., on est arrivé à une autre conclusion et l'on a dit que l'exercice contribue à diminuer et à extirper la cécité des couleurs.
Tout cela peut être juste, mais l'argumentation pèche à plus d'un égard. En premier lieu, il n'est pas du tout prouvé, d'après nous, que la cécité des couleurs soit moins fréquente chez les femmes que' chez les hommes. L'exactitude de notre assertion apparaîtra clairement, si l'on considère la manière et les circonstances où nous avons acquis notre expérience en cette matière. La plupart des cas de cécité des couleurs décrits par la littérature ont été découverts fortuitement, c'est-à-dire sans qu'on ait cherché à les examiner spécialement. Et si nous notons que tout d'abord ce sont probablement les cas les plus marqués de cécité des couleurs, et ensuite que généralement ce ne sont pas des personnes qui se soient beaucoup occujDées des couleurs (car celles-ci se cachent plus facilement), on comprendra aisément pourquoi le sexe féminin a fourni à la statistique une si faible proportion. D'un autre côté, dans les cas où l'on fait des expériences pour découvrir la cécité des couleurs, il est évidemment beaucoup plus facile d'avoir l'occasion d'examiner des hommes que des femmes. La jDlupart du temps, ce sont des soldats, des étudiants, des agents de police, etc. qui sont examinés, et il est difficile de trouver l'occasion équivalente d'examiner des femmes en masse. Et cependant il est nécessaire d'opérer sur un grand nombre pour avoir une statistique assez fidèle. Les données que nous possédons jusqu'à présent sont fournies pour la plupart par des expériences sur des hommes. C'est pourquoi, nous osons nous opposer à ce qu'on admette comme un fait certain que la cécité des couleurs se présente plus communé-
ment cliez les liomnies que cliez les femmes: les éléments nécessaires nous font jusqu'à présent défaiit pour affirmer ce fait. A ce sujet, nous ne manquerons pas de citer M. le professeur H. Dor qui a examiné ' à Berlin le nombre très-respectable de OU femmes, parmi lesquelles il n'a trouvé que cinq aveugles pour les couleurs, par conséquent un peu moins de 1,% ou exactement 0,82%. Nous ne voulons d'ailleurs pas le moins du monde contester la possibilité d'une moindre fréquence de la cécité des couleurs parmi les femmes, bien au contraire nous croyons même que c'est probablement ce qui a lieu.
En nous servant de la statistique des expériences faites jusqu'aujourd'hui sur les femmes, il faut cependant observer avec soin si la méthode d'exploration a été telle qu'un exercice préalable chez les sujets n'a pas agi sur le résultat. Car si la méthode se fonde sur le principe que les sujets sont interrogés sur le nom des couleurs des objets qu'on leur montre et que le sens chromatique soit jugé d'après la réponse, il est clair que la proportion des viciés sera relativement moindre chez les femmes que chez les hommes, car elles ont beaucoup plus d'exercice. Nous ne sommes ims certain qu'il n'y ait là l'explication du résultat auquel on est j)arvenu jusqu'à présent.
Quoi qu'il en soit, et supposé même qu'on admette la cécité des couleurs comme moins commune chez les femmes que chez les hommes, on n'est nullement autorisé par là à attribuer ce fait à leur 2)lus grand exercice. Si l'exercice pouvait avoir quelque influence à cet égard, il ne guérirait pas toujours l'individu d'après nous, mais plutôt toute la génération, de manière que l'exercice agisse insensiblement sur les générations futures. Nous connaissons trop peu les lois de l'hérédité j)our indiquer ni même conjecturer la manière, mais nous savons avec exactitude que les bonnes qualités aussi bien que les défauts se transmettent, et parmi ces derniers il faut compter aussi la cécité des couleurs, et nous croyons que l'exercice d'un sens peut ainsi avoir de bons résultats par hérédité, bien qu'il nous soit difficile de le prouver. L'exemi)le du cordonnier Harris nous montre que la cécité des couleurs appartient à la famille, bien qu'elle atteigne rarement tous les membres. Il avait deux frères viciés comme lui et en outre deux frères et sœurs dont la vue était normale. ^ On connaît une foule de cas semblables et il n'est pas rare dans une famille qu'une partie des individus mâles soient vi-
' H. Dor, Ueber Farbeublindheit. Einwendungen gegen die Younçr-Helmholtz"-
sche Théorie. Separatabdruck aus d. Verhandl. der Bernisclieu naturforscli. Gesellschaft vom 20 Juli 1872. p. 2 et 3.
- Loc. cit., p. 2G3.
ciés, taudis que les femmes out la vue uormale. Mais il j a aussi des exemples du coutraire.
En passant sous silence certains cas de cécité des couleurs qui auraient été guéris et que l'on mentionne sans avancer de motifs ni de preuves, nous nous arrêterons quelque temps à une assertion qui a été énoncée dans ces derniers temps et soutenue sérieusement par un médecin français, attaché aux chemins de fer, M. le docteur A. Favre de Lyon. Pendant de longues années, le docteur Favre s'est occupé de l'étude de la cécité des couleurs dans le personnel des chemins de fer, et il a même réclamé et réussi à introduire des réformes à ce sujet sur quelques lignes de France. Cette circonstance et la manière d'ailleurs dont il a traité la question à plusieurs points de vue sont d'autant plus dignes d'attention qu'il s'est prononcé hardiment pour la curabilité de la cécité des couleurs par l'exercice et réclamé des mesures partant de ce princii^e. Nous passerons sous silence les raisonnements qui ont conduit le docteur Favre à admettre son 2)rincii)e, pour examiner avec soin les faits qu'il nous communique.
Le docteur Favre a certainement raison de dire que, si la cécité des couleurs lyent être guérie, il faut la traiter à temps, par conséquent chez les enfants des écoles. Il reconnaît aussi avoir employé inutilement jusqu'à présent sa méthode de traitement dans différents cas de cécité bien marquée des couleurs chez les adultes. Dans d'autres cas cependant ses efforts ont été couronnés de succès, niais surtout dans la jeunesse des écoles. Nous rapporterons ces résultats d'après l'auteur lui-même:
«Sur cent quarante-six écoliers âgés de sept à seize ans, appartenant à deux écoles, cent onze ont dénommé les couleurs franches sans erreur et sans hésitation; trente-cinq se sont trompés à différents degrés; douze ont commis des erreurs graves et portant sur plusieurs couleurs; l'erreur des autres ne s'est produite que sur l'orangé, le bleu ou le violet; les uns se sont trompés sur ces trois couleurs, d'autres sur deux, quelques-uns sur le violet seulement.
))Ces trente-cinq enfants ont été soumis par les instituteurs à des exercices méthodiques réjjétés suivant les indications que je leur avais fournies. L'un des deux instituteurs a guéri tous ses daltoniques. La durée du traitement a varié chez lui de deux semaines à six mois. Le deuxième instituteur n'avait plus le 2 Avril de cette année que deux malades sur onze.» ^
' A. Favre, Eeclierches cliniques sur le Daltonisme. Du traitement. Lyon, 1874, p. 4. Le premier examen de ces garçons semble avoir été fait le 14 Février 1873.
Dans une note additionnelle, il ajoute: '
))Cet exposé du traitement du daltonisme devait être bref à cause de la destination qu'il avait; mais il est peut-être nécessaire de faire connaître en quelques mots le procédé mis en usage dans les écoles. J'ai dû simplifier autant que possible. Il s'agissait d'avoir des couleurs en rapport avec celles du spectre solaire et représentant celles qui sont généralement désignées par les noms de: violety indigo, hleu, vert, jaune, orangé, rouge. Les gammes de laine colorée que j'ai remises en grand nombre à des chefs de service et à des agents du chemin de fer, à des collègues, à plusieurs instituteurs et institutrices, aux daltoniques en traitement, sont ainsi formées: cinq paquets sont composés de trois nuances chacun; trois nuances de rouge, trois de jaune dont Vorangé, trois de vert, trois de Mexi dont Vindigo, trois de violet, plus un paquet de laine blanche et un de laine noire.
))Les enfants sont appelés les uns après les autres et séparément interrogés. L'examen de ceux qui sont bien doués et bien appris se fait très-rapidement. Ceux qui hésitent ou se trompent doivent être traités avec douceur, orientés si je puis ainsi m'exprimer, et si les erreurs qu'ils commettent ne sont pas facilement redressées, leurs réponses sont notées exactement. Alors le maître dans une prochaine séance montre et dénomme les couleurs devant l'enfant et les lui fait répéter en raccompagnant. Il est indispensable de ne pas tourner en dérision l'élève inhabile et surtout de ne pas le désigner à ses camarades. — Les séances doivent être continuées tous les trois ou quatre jours, jusqu'à ce qu'il soit bien évident que la notion des couleurs est établie. L'éducation se complète en faisant dénommer la couleur des différents objets qui sont à la portée du maître: fleurs, étoffes, cartes de géographie, etc. Nos élèves ne seront j)as à même sans doute de distinguer les 14,420 tons établis par M. Chevreul, mais ils auront acquis le minimum indisi^ensable, ils sauront l'a b c de la science des couleurs, ils auront, que l'on me permette cette comparaison, répété convenablement les premières pages du solfège des couleurs.»
Ce que nous avons cité ne peut pas changer essentiellement le point de vue que nous avons adopté et indiqué dans les pages précédentes. On nous accordera que pour démontrer la curabilité de la cécité des couleurs, il est indispensable de prouver que le traitement a tout d'abord été appliqué à des personnes dont la cécité des
' Ibidem, p. 6 et 7.
couleurs était dûment établie et eu second lieu que ces mêmes personnes à la fin du traitement ont un sens chromatique parfaitement normal ou tout au moins qu'elles ne sont pas viciées.
La brochure de M. Favre ne nous fournit pas à cet égard de preuves suffisantes.
En premier lieu, nous ne pouvons pas, à notre point de vue, ajouter une grande confiance à la méthode d'exploration employée par le docteur Favre, tout comme nous rejetons toute méthode se fondant en principe sur l'interrogation des sujets pour leur faire dire les noms des couleurs et appréciant le sens chromatique d'après la réponse. C'est cependant une méthode semblable qu'emploie le docteur Favre, à en juger par ce que nous avons cité aussi bien que par d'autres endroits de ses écrits. ' Il est possible que de vrais viciés puissent échapper à l'attention, lorsqu'on fait usage de cette méthode, bien que ce ne soit guère probable lorsqu'on examine des enfants. En revanche, il est non-seulement possible, mais même extrêmement probable que l'ignorance et le manque d'exercice passent pour la cécité des couleurs, et cela avec d'autant plus de vraisemblance que l'examen se porte sur des enfants. Et il nous semble assez clair qu'il en a été réellement ainsi dans le cas qui nous occu^je. L'exposé succinct du docteur Favre ne nous permet certainement pas de décider si les 12 enfants qui ont commis des erreurs graves étaient véritablement viciés et en ce cas à quel degré ils l'étaient; mais nous sommes convaincu que tous les autres étaient des cas de sens chromatique normal, mais inexercé, ou peutêtre plus exactement, qui ne s'était pas exercé à employer les dénominations f>ar exemple d'orangé et de violet, faute extrêmement commune parmi les enfants et les personnes jDeu cultivées, même lorsque le sens chromatique est normal. Or, il n'}^ a pas lieu de s*étonner qu'une faute ne dépendant que d'un manque d'exercice puisse se corriger j)ar l'exercice. A notre point de vue, il est évident que la classification et la définition de la cécité des couleurs que nous donne le docteur Favre confondent entre les viciés et les inexercés. Nous croyons que cette erreur se présente toutes les fois qu'on emploie cette méthode d'exploration et qu'on s'affranchit de toute espèce de théorie pour la classification. Nous ne pouvons donc pas tirer des expériences de M. Favre la conclusion positive qu'un vicié a été guéri, lorsque nous n'avons pas de diagnose sûre l)Our les cas traités. Qu'il y ait eu j^armi les individus soumis au
' Cf. par ex. A, Favre, De la dyscliromatopsie dans ses rapports avec l'état militaire et la navigation. Lyon, 1876.
traitement de M. Favre de véritables viciés, c'est ce qui semble ressortir du fait que deux enfants, une année après avoir commencé les exercices, n'étaient pas parvenus à apprendre la tâche imposée, ce qui ne paraît cependant pas rencontrer de difficultés insurmontables, même pour des personnes vraiment aveugles pour les couleurs.
Eu' somme, sans vouloir nier par des raisons théoriques ou pratiques la curabilité de la cécité des couleurs, nous maintiendrons donc que jusqu'à présent on n'en a encore fourni aucune preuve péremptoire.
En revanche, les auteurs nous citent plusieurs faits qui appuient l'opinion contraire, et notre propre expérience s'accorde avec la leur. Ce serait entrer dans des détails trop étendus et d'ailleurs inutiles que de citer tout ce qu'on a dit contre la curabilité de la cécité des couleurs. Qu'il suffise de dire que tous les oculistes semblent avoir été d'accord sur ce point jusque vers 1874. ^ De plus, il n'est pas sans importance que les j^ersonnes arrivées par elles-mêmes à découvrir leur cécité chromatique et qui en ont été très-intéressées, aient réfléchi et expérimenté et j)ar conséquent se soient beaucoup exercées aux couleurs, tout en conservant leur perception anomale telle quelle pendant un long- espace de temps et jusqu'à leur mort. Tel fut le cas de Harris qui découvrit lui-même son défaut à l'âge de quatre ans, l'étudia avec beaucoup d'intérêt et n'en fut jamais délivré. ^ Milne à Edimbourg fut trouvé aussi vicié en 1854 par Wilson que 30 ans auparavant, lorsque Combe l'examina. Tel fut encore le cas du professeur N., examiné 20 ans auparavant j)ar David Brewster. Mais c'est surtout le cas de Dalton qui vient jeter ici une vive lumière. Nul ne contestera que, si l'exercice des couleurs peut guérir la cécité chromatique, Dalton aurait dû guérir, et cependant il faut reconnaître qu'au congrès de la Société britannique, réuni à Oxford en 1832, alors qu'il comparait le rouge écarlate à la couleur des feuilles d'arbres, il était aussi vicié qu'en 1792, alors qu'il découvrit sa cécité pour les couleurs, et que, autant que ses proches purent le remarquer, il ne le fut pas moins jusqu'à la fin de sa vie (1844).'
Pour notre part, nous n'avons assurément pas encore eu lieu de voir le résultat d'un exercice systématique, poursuivi pendant des mois ou même des années, pour apprendre à désigner les couleurs;
' A. Favre, Résume des Mémoires sur le Daltonisme, p. 5.
- Huddart, Op. c.
' G. Wilson, Op. c, p. 112.
mais les observations que nous avons faites sur l'exercice des viciés et leurs efiets g-énéraux ne manqueront peut-être pas d'intérêt et jetteront quelque lumière sur l'importance de cet exercice. Nous avons dit que les viciés employés aux chemins de fer peuvent apprendre facilement à distinguer les drapeaux en usage comme signaux et se trompent rarement, lorsqu'on les examine spécialement à cet égard. Comment ce résultat peut-il s'acquérir par l'exercice et de quoi dépend-il? C'est ce que nous apprennent les viciés qui n'ont pas été employés au service des voies ferrées. Si on leur montre les drapeaux ordinaires un à un, on les entendra dans presque tous les cas donner des noms inexacts à l'un ou à l'autre et quelquefois aux deux et même parfois reconnaître franchement qu'ils ne savent pas le vrai nom de leurs couleurs. Mais si on leur fait voir les deux drapeaux en même temps, et qu'on leur dise quel est le rouge et quel est le vert, ils voient immédiatement la différence et une fois qu'ils en ont bien gravé le nom dans leur mémoire, ils ne se trompent plus cette fois-là, mais ils donnent facilement aux couleurs leur vrai nom, même lorsqu'on leur fait voir ces drapeaux l'un après l'autre. On comprend par là comment le personnel vicié des chemins de fer a appris à distinguer les drapeaux.
Mais au fond, qu'est-ce qu'ils ont appris? et qu'ont-ils gagné à proprement parler par ces connaissances? Si l'on interroge un vicié intelligent et franc qui n'a pas intérêt à cacher son vice, il vous répondra ouvertement qu'il n'a pas d'idée de la couleur même, mais qu'il voit une différence sensible consistant en ce que le drapeau vert est à ses yeux plus foncé que le rouge. A la prochaine occasion, il commettra la même méprise si le premier drapeau lui est montré seul, et il sera aussi sûr de son affaire si on lui fait voir les deux en même temps. Un employé de chemin de fer qui voit tous les jours les deux guidons ne commet en général pas cette faute, lorsqu'on renouvelle l'examen. On comprend facilement pourquoi. Le vicié a appris à apj)liquer les désignations en se laissant guider par la différence dans l'intensité de la lumière; mais il continue à n'avoir aucune idée des couleurs. Il est toujours vicié, il n'a fait qu'apprendre un artifice.
Il est évident que le procédé qu'emploie le docteur Favre dans ses exercices gradués est au fond identique, sauf cette différence qu'ici il y a plusieurs nuances de la même couleur, et par conséquent l'intensité de la lumière ne peut pas être le seul signe distinctif. Le fait que, dans ces exercices, on considère les objets à peu de distance contribue aussi et non dans une faible mesure à
les reconnaître, de sorte que des différences antres que les couleurs et l'intensité de la lumière peuvent apparaître s'il en existe, tandis que les drapeaux ne sont montrés qu'à une distance plus considérable. En effet, il est clair que les matières colorantes qui donnent différentes couleurs à la laine peuvent donner à la laine même, outre ces couleurs, diverses qualités auxquelles nous ne nous arrêtons pas ordinairement, parce que la couleur est pour nous un caractère suffisant, mais qui ne manquent pas de valeur pour ceux auxquels échappe la perception chromatique. Il n'est pas aisé d'indiquer en quoi consiste cette différence. Si nous disons par exemple que c'est d'être lisse, raboteux, terne, éclatant, nous ne voulons indiquer par là que le genre de différences que nous avons en vue.
L'histoire des sciences nous mentiomie des cas où des personnes complètement aveugles pouvaient facilement et sûrement distinguer entre des laines de différentes couleurs à l'aide d'un autre sens comme l'odorat, le goût et le toucher. ^ Le pouvoir du toucher en ce cas est le plus digne d'intérêt, car il s'adajjte précisément aux qualités du genre qui nous occupe. On connaît trop bien le raj)port intime du toucher avec la vue lorsqu'il s'agit de savoir si les objets sont lisses, raboteux, etc. Le concours que se prêtent ces deux sens pour ce qui est en général de l'appréciation dans l'espace n'est pas moins connu. Il est hors de doute que ce sont justement ces qualités que le vicié appelle à son aide pour suppléer aux couleurs. C'est pourquoi on voit bien des viciés tourner et retourner les écheveaux de laine sous différents jours, les porter tout près de leur œil et dans différentes directions sur l'axe visuel. Mais nous avons entendu bien des viciés, qui savaient trouver de la différence entre le rouge et le vert par exemple, ou le pourpre et le vert, nous avouer franchement qu'ils ne les reconnaissaient que parce que l'un avait une laine plus grossière, plus crue et plus raboteuse que l'autre. Par conséquent ce n'est pas la couleur, c'est-à-dire la qualité de la lumière réfléchie, mais la matière colorante et ses effets particuliers sur la laine qui leur servent de signe distinctif. Il va de soi que le vicié peut se servir d'autres caractères encore d'une nature plus accidentelle: il peut remarquer entre autres si un paquet de laine est plus long ou plus épais que l'autre. Le résultat de l'exercice sera en tout cas d'aussi peu de valeur qu'une leçon apprise par cœur: l'écolier peut répéter mot à mot et sans faute
' Voir par ex. Wilson, Op. cit., p. 117 et 118.
tout une page de sou livre, saus avoir la moindre idée de ce qu'elle contient.
Le vicié a besoin par conséquent d'autres signes distinctifs pour suppléer aux couleurs qu'il ne peut distinguer. Aussi l'employé des chemins de fer atteint d'une iDercej)tion anomale des couleurs en a-t-il toujours à son service, lorsqu'il lui faut distinguer les drapeaux, c'est-à-dire pendant son service de jour. Alors il ne voit jamais le guidon tout seul. Il voit toujours en même temps la personne qui tient le guidon, il voit une pelouse verte, un arbre, une maison, etc., en un mot des objets dont les couleurs lui sont connues de nom. Et celui qui connaît le rôle important que joue la comparaison dans l'usage de nos sens, et non moins dans le sens chromatique que dans tout autre peut-être, comprendra facilement de quelle importance sont les circonstances que nous venons d'indiquer.
On pourrait peut-être conclure de ce que nous venons de dire qu'il est indifférent que l'exercice guérisse la cécité des couleurs ou non, pourvu qu'il enseigne aux viciés à distinguer les signaux par n'importe quels signes. Nous accorderons volontiers que le vicié est relativement peu exposé pendant son service diurne au danger de confondre les signaux, mais nous ne pouvons aller plus loin. Il ne sera jamais sûr, tant que dure sa cécité des couleurs, car iDersonné ne peut calculer toutes les circonstances qui peuvent donner lieu à des méprises. Il suffit j^ar exemple qu'un rayon de soleil vienne frapper le guidon vert tandis que le voisinage reste dans l'ombre, i^our qu'il le prenne pour rouge; ou qui pis est, il suffit qu'un jour de soleil le drapeau rouge se trouve dans une ombre un peu forte et que le voisinage soit inondé de lumière, ])Our qu'il prenne ce draj)eau pour vert, etc.
Mais c'est bien plus grave encore, lorsqu'il s'agit du service de nuit. Alors il n'y a plus de comparaison possible. La seule chose que voie notre homme, c'est le feu coloré, et il est une circonstance qui ajoute à la difficulté de distinguer une lueur de lanterne i3lutôt que celle d'une surface pigmentée: c'est la manière dont nous sommes habitués à employer nos sens et dont nous avons déjà parlé. En effet, nous ne faisons pas attention au procédé de notre propre appareil des sens, nous ne pensons pas non plus à la lumière rayonnant de l'objet ou réfléchie par lui, mais nous rapportons tout cela à l'objet lui-même comme une qualité lui appartenant en propre. La lueur d'une lanterne est alors une chose qui est autant que possi-
F. Ilolmgren, Céc. des coul. 5
ble privée de sa matérialité. Ce n'est pas la lanterne que nous voyons ni la flamme qui brûle dans cette lanterne, ce n'est que la lueur qui n'a la forme ni de la lanterne, ni de la flamme, et qui se trouve comme isolée et immatérielle dans l'air. Le devoir du vicié est alors de juger si cette lueur est forte (incolore), moyenne (verte) ou faible (rouge). C'est au fond demander à l'œil humain plus qu'il ne peut faire avec certitude.
C'est pourquoi nous voyons que les viciés commettent beaucoup plus facilement des erreurs à l'égard des feux colorés que lorsqu'il s'agit de surfaces pigmentées, dès qu'ils ont eu l'occasion de s'exercer dans les deux cas. Un vicié qui ne s'est jamais exercé à la lumière d'une lanterne commet de grandes méprises, si on lui en montre une toute seule. Qu'on lui en fasse voir une rouge et une verte en même temps ou immédiatement l'une après l'autre, il voit en général la difi'érence, et si on lui en dit en même temps les noms, il les o-rave dans sa mémoire et désig^nera les couleurs sans faire de faute cette fois. L'aveugle pour le rouge trouve la lueur rouge des lanternes à signaux dont on se sert ordinairement dans les chemins de fer suédois plus foncée, c'est-à-dire plus faible de lumière que le vert et celui-ci plus faible que le jaune, c'est-à-dire la lueur ordinaire d'une lanterne. L'aveugle pour le vert trouve à son tour que le vert est plus faible en lumière (c'est-à-dire plus foncé) que le rouge. A la prochaine occasion, ces viciés se comportent exactement de même. Mais des emplo3"és en chemin de fer viciés sont un peu plus sûrs. Cependant, cela dépend beaucoup de quelles lanternes on se sert. Connaissant la nature de la cécité des couleurs, il est préférable, pour se faire une idée nette du vice en question, de se procurer des lanternes dans lesquelles le verre n'a pas tout-à-fait la même qualité que d'habitude. On en choisit une pourvue d'un verre mince, coloré faiblement en rouge, et une autre qui a un verre épais, coloré en vert foncé. Le vicié j)rend alors aisément la lueur verte pour du rouge et la laeur rouge pour du vert, ou pour une lueur incolore. Si l'on fait fumer Ta lampe verte, il la prend pour rouge. On couvre de vapeur la lampe incolore et elle passe pour verte à ses yeux, etc. Bien mieux, qu'on emploie, comme j'ai l'habitude de le faire, des lanternes faites exprès avec des verres de différente nature et même des verres incolores appelés verres de fumée, avec une puissance diverse d'absorption, et ou se convaincra méthodi-
quemeiit par là que c'est Vintensité de la lumière qui seule guide le vicié dans son jugement. ^
On voit donc que l'exercice ne sert de rien dans le domaine qui nous occupe. On nous accordera qu'un employé de chemin de fer qui, pendant tant d'années, s'est exercé tous les jours à reconnaître la lueur des lanternes devrait certes être délivré de sa cécité des couleurs, si l'exercice servait à quelque chose; mais une expérience j)assablement riche nous a convaincu que néanmoins pas un seul des nombreux viciés que nous avons eu l'occasion d'examiner n'a pu subir l'épreuve avec succès, quoiqu'il faille reconnaître qu'un grand nombre en s'exerçant assidûment ait acquis une admirable habileté et puisse deviner juste dans un grand nombre de cas.
Par suite et comme preuve du rôle que joue la comparaison, il est souvent fort important dans ces expériences de savoir choisir la lueur de lanterne qu'on montrera en premier. Il arrive fréquemment en efiét que, lorsqu'on emploie une lanterne ordinaire, ce n'est qu'au commencement que des méprises se commettent. Lorsque les sujets ont l'occasion de voir toutes les trois lueurs, ils se trompent plus difficilement. Un verre incolore couvert de vapeur se j)rend facilement au début de l'examen pour un feu vert, le vert fumé pour du rouge, etc.
Ce qui précède doit faire apparaître clairement notre jDoint de vue et l'appuyer en même temps. La grande importance de la question qui forme la matière de cet ouvrage doit excuser les détails dans lesquels nous sommes entrés pour la traiter et les matériaux que nous avons tournis ici à la caractéristique de la cécité des couleurs, bien qu'ils eussent pu être rangés sous une rubrique précédente. Comme résultat de notre investigation nous, pouvons formuler que l'exercice n'est certes j)as sans valeur, mais qu'il sert à toute autre chose qu'à guérir la cécité des couleurs ou à écarter les causes de méprises que commettent les viciés relativement aux couleurs des signaux. Nous maintenons donc qu'aucun cas n'a été suffisamment constaté prouvant qu'une véritable cécité des couleurs ait été guérie par l'exercice.
' Il est une autre circonstance qui aide les viciés à distinguer de loin la lueur des lanternes et qui dépend de l'intensité de la lumière, bien qu'elle ne soit pas perçue ainsi immédiatement. Je veux parler de la manière différente dont la lueur paraît rayonner sur les côtés. Ce rayonnement semble atteindre le plus haut degré d'intensité dans la lueur ordinaire des lanternes, qui est la plus forte eu lumière (la lueur claire) et le plus faible degré ou même paraît nul dans la lueur la plus faible en lumière (rouge ou verte). Un employé de chemin de fer vicié m'a avoué qu'il juge sur ce signe. Il est inutile d'insister sur ce caractère pour démontrer combien il est peu sûr.
Mais il ne s'ensuit nnllement, nous le répétons, que nous niions la possibilité d'une amélioration clans les cas où les organes correspondants ne font pas défaut, où ils sont simplement d'une insensibilité anomale. Bien plus, au contraire, nous sommes fort redevables à M. le docteur Favre de s'être occupé de la question du traitement de la cécité des couleurs congénitale et même d'avoir mis la main à l'œuvre pour réaliser ce traitement. Si cette idée est généralement admise, elle produira sans aucun doute d'excellents fruits, entre autres celui de faire entreprendre des examens dans les écoles, de sorte que la cécité des couleurs sera découverte assez à temps pour pouvoir être guérie, si cela est réellement possible, ou sinon pour permettre au vicié de choisir une carrière dans laquelle la cécité des couleurs sera sans inconvénient et sans danger. Eu outre, c'est là le seul moyen par lequel on puisse avoir une réponse parfaitement décisive à la question extrêmement importante de savoir si et en quelle mesure la cécité des couleurs peut être améliorée ou guérie. Mais il va de soi aussi que plus la réponse à cette question a d'imi3ortance au point de vue j^ratique, plus sa solution exige des méthodes sûres et un contrôle sévère, afin que lorsqu'une fois la réponse est acquise, nul doute ne puisse se produire sur son exactitude.
En revanche, nous nous ojDposons de la façon la plus catégorique à toute mesure concernant le personnel des chemins de fer, de la marine, etc. qui s'appuierait sur l'idée de la curabilité de la cécité des couleurs, avant que cette question ait reçu une réponse affirmative parfaitement établie. Il est évident qu'autrement on ne diminue non-seulement pas beaucoup le danger qu'offre le service des viciés sur les voies ferrées etc., mais même on vient entraver l'introduction d'une réforme radicale dans ce but. Lorsque le docteur Favre réclame qu'on exerce le personnel des chemins de fer, de la marine, etc.^ à distinguer les couleurs, cette demande, favorablement admise, ne peut conduire à autre chose qu'à ouvrir aux viciés l'accès aux postes en question, et puis, dans l'assurance que leur vice congénital peut être guéri par là, on veille à ce qu'ils acquièrent un exercice nécessaire. A notre avis, une pareille mesure est positivement dangereuse, parce qu'elle ne fait qu'endormir les autorités dans la confiance que les viciés ne peuvent causer aucun accident, taudis qu'en réalité leur vice se trouve au même point qu'auparavant et grâce à l'exercice n'est devenu que plus difficile, que dis-je? même impossible à découvrir, eu cas qu'on emploie à cette fin une mé-
' A. Favre, Résumé, etc., p. 6.
thode qui laisse à désirer. A ce point de vue, l'exercice, ou le voit, loin d'écarter le danger, ne fait que l'aug-menter.
On peut bien objecter, il est vrai, que grâce à l'exercice on obtient que le vicié confond moins souvent les signaux qu'il ne le ferait sans exercice, et c'est ce que nous accordons volontiers. Mais d'un autre côté, il est évident qu'il ne doit pas être question ici de palliatif, mais d'une mesure radicale. Une fois que le danger du service des viciés sur les voies ferrées ou sur mer est bien constaté, il faut, nous semble-t-il, prendre des mesures écartant complètement si possible ce danger. Ne veut-on se contenter que d'une séciirité relative, on en possède déjà une, soit par le fait que tout le personnel n'est pas vicié, soit par ce que la plupart des viciés ne causent généralement pas d'accidents. Mais c'est justement le désir de tirer les communications de cet état si incertain, qui nous a inspiré l'idée de prendre des mesures, et nous croyons avoir prouvé j)ar ce qui précède que toute réforme que l'on puisse introduire à présent à cet égard doit être établie, comme s'il était déjà prouvé péremptoirement que la cécité des couleurs est incurable. C'est aussi cette hypothèse que nous allons appuyer dans ce qui va suivre.