D'EXPLORATION
Notre exposition de la cécité des couleurs a fait voir, espéronsnous, que malgré ses grands écarts du sens chromatique normal, elle n'est pas si facile à découvrir qu'on pourrait se l'imaginer; bien au contraire, il faut regarder comme une de ses propriétés et l'effet de certaines circonstances que nous avons indiquées de pouvoir sous^ent échapper à l'attention.
A mesure qu'on s'est initié à la nature de la cécité des couleurs et aux particularités des personnes atteintes de cette affection, on a été conduit à établir différentes méthodes pour la découvrir. Il en existe déjà plusieurs, qui diffèrent entre elles par le principe même sur lequel elles s'appuient ou par l'application de ce principe. Naturellement ces deux points sont fort importants, et il est évident qu'une faute d'un côté ou de l'autre conduit à un résultat erroné. Mais même dans les cas où une méthode peut être exacte à l'un comme à l'autre égard, il peut lui manquer encore quelque chose pour qu'elle satisfasse à ce qu'on est en droit d'exiger d'une méthode pratique et propre à atteindre le but qui nous occupe actuellement, c'est-à-dire qu'elle doit en outre être sûre, rajnde et commode. Il ne sera donc peut-être jjas sans intérêt, avant d'exposer la méthode qui nous est propre, de jeter un coup d'œil sur les plus importantes d'entre celles dont on s'est servi jusqu'à présent; car, en pesant leurs mérites et leurs défauts ainsi que leur valeur relative, il sera plus facile de comprendre ce qui est essentiel dans une méthode de ce genre, et nous pourrons profiter de cette expérience pour notre but.
Au point de vue ordinaire du grand public, on trouve tout naturellement que la méthode la plus pratique, la plus commode et en tout cas celle qui va le plus droit au fait, lorsqu'il s'agit de juger du sens chromatique du personnel des chemins de fer, c'est d'examiner ce personnel avec les signaux qu'on emploie sur les voies
ferrées, c'est-à-dire les drapeaux et les lanternes. Cette idée est si naturelle à tout homme pratique qui n'a pas fait une étude spéciale de la nature propre de la cécité des couleurs qu'elle doit avoir pour lui la valeur d'un axiome. Tout le contrôle dont il est question ici a poiir but, n'est-il pas vrai, de préserver des méprises que le personnel peut commettre au sujet des signaux. Quoi de plus simple, se demande-t-on alors, que d'examiner directement si les employés peuvent distinguer ces signaux-là? Quelle méthode peut conduire plus vite au but et par quel moyen doit-on l'atteindre plus commodément, puisqiie ces signaux se trouvent à portée dans tous les chemins de fer?
Il semble qu'on ne puisse faire aucune objection fondée contre ce raisonnement et nous reconnaissons aussi la parfaite suffisance de ce contrôle, si l'on s'assure que chaque employé peut réellement distinguer les signaux. Mais nous devons exiger une condition: l'examen doit nous prouver que cet employé a la faculté non pas seulement de distinguer une, deux ou tant et tant de fois un certain nombre de drapeaux et de lanternes, mais qu'il peut distinguer tous les drapeaux et toutes les lanternes dans toutes les occasions qui peuvent se présenter — en un mot que son sens chromatique est normal au degré réclamé ici. Nous ne nions pas qu'une personne bien au fait de la cécité des couleurs, expérimentée et habituée à l'examen des viciés puisse employer cette méthode avec fruit; mais alors cette méthode fait perdre beaucoup de temps, est incommode et n'est même pas, à elle seule, parfaitement satisfaisante au point de vue de la certitude. Mais si l'on doit avoir le moindre égard à la rapidité et à la commodité, elle devient extrêmement peu sûre. Cela peut sembler paradoxal, mais nous prétendons que cette méthode doit être rejetée à plusieurs points de vue essentiels. Nous sommes obligé d'essayer de justifier cette assertion, et cela précisément parce que la méthode semble convenir d'une façon évidente, quoique son emploi puisse facilement nuire à notre cause.
Le règlement des signaux de nos chemins de fer dit que les couleurs de ces signaux sont le roucje et le vert, sans indiquer de nuance. Il est incontestable qu'on a sagement agi en ne se liant pas à certaines nuances, car autrement la direction se fût engagée à fournir des signaux d'une nuance déterminée: cela serait peut-être promettre plus qu'on ne peut tenir, car dans la pratique une foule de circonstances font varier les nuances des couleurs des signaux. Il résulte aussi clairement de la clause en vigueur que le personnel est obligé non-seulement de pouvoir apprécier les couleurs des signaux dans
les nuances les plus ordinairement emiDlojées, mais en général de pouvoir distinguer le rouge et le vert. Ceux qui sont doués d'un sens chromatique normal u'ont pas de peine à remplir cette obligation, mais c'est tout simj)lement impossible pour les viciés.
On peut le prouver en examinant les viciés à l'aide des lanternes de ckemins de fer, surtout si l'on fait un choix convenable de ces lanternes; mais cela peut être souvent, même dans ces conditions, fort peu commode. Dans les pages x^récédentes, nous avons déjà rendu compte longuement de la faculté que j)ossèdent les viciés de pouvoir jusqu'à un certain point et grâce à l'exercice dénommer exactement la couleur des signaux. Nous avons indiqué ce qui leur sert de signes de repère et comment ils les apprennent; mais nous avons aussi fait ressortir que, chaque fois, leur aj)préciation de la couleur des signaux n'est que le produit d'une conjecture. Un examen de cette nature sera donc toujours en une certaine mesure un jeu de hasard entre l'examinateur et l'examiné dans lequel ce dernier peut gagner fortuitement plus d'une fois, mais dans lequel le premier emporte tout l'enjeu, si l'examiné commet une seule faute. Et l'examinateur est toujours sûr de gagner, si la partie se poursuit assez longtemps. Car si on sait d'avance que l'examiné est aveugle pour les couleurs, il se trompera certainement une fois ou l'autre sur les lanternes colorées.
Mais si l'on ne sait pas d'avance que le sujet est vicié et qu'on l'examine précisément pour le savoir, on voit par ce qui précède combien la méthode est j)eu sûre et peu pratique. Cependant, cela dépend beaucoup de la manière dont on l'emploie. Supposons que, pour un but pratique, en cas qu'on s'en servît à cette fin, elle fût employée de manière que les feux ordinaires fussent montrés l'un après l'autre à l'examiné, en l'invitant à dénommer les couleurs ou à dire leur valeur comme signaux — et qu'on jugeât de son sens chromatique d'après sa réponse. Or, nous avons vu d'un côté que le vicié 2')^ut deviner juste en pareil cas, et d'autre part il est à peine nécessaire de noter qu'un voyant normal peut dénommer à tort, soit par négligence, par inattention ou simplement par lapsua linguœ. Il peut ainsi arriver qu'un vicié soit déclaré normal tout aussi facilement que le contraire. Sous cette forme, la méthode n'est pas sûre. Pour arriver à la certitude, il faut donc inévitablement s'imposer pour loi de répéter l'épreuve jusqu'à ce qu'on n'ait plus à hésiter au sujet du sens chromatique de l'individu, c'est-àdire que l'on mette hors de doute s'il est vicié ou non. Mais alors, combien de fois faut-il répéter l'épreuve pour amener un résultat
certain? Combien de fois une personne doit-elle commettre des méprises pour être considérée comme viciée? Et combien de fois pent-elle en commettre pour ne pas être déclarée aveugle pour les couleurs? Il est impossible de répondre catégoriquement à ces questions. La certitude doit sans doute augmenter en raison du nombre des épreuves, mais la méthode ne sera pas parfaitement sûre, et c'est s'appuyer outre mesure sur les connaissances et l'expérience de l'examinateur relativement à la cécité des couleurs que réclamer de lui, après un tel examen, un jugement sur lequel on puisse compter.
Mais il est clair aussi que cette métliode, si elle veut inspirer le moindre degré de confiance, doit faire perdre beaucoup de temps et être par suite très-peu pratique et fort incommode, quand il s'agit d'examiner des centaines de personnes à la fois. Elle sera incommode par le fait que, si l'on suit rigoureusement le principe qui a conduit à employer cette méthode, — c'est-à-dire s'il faut examiner le sens chromatique du j^ersonnel dans les mêmes circonstances que celles où ce sens est nécessaire dans le service — l'examen doit avoir lieu au chemin de fer. Or, une méthode pratique doit être telle qu'on puisse l'appliquer n'importe où sans inconvénient.
Nous sommes donc autorisé à conclure que l'examen à l'aide des lanternes de chemins de fer pour chercher à découvrir la cécité des couleurs doit être considéré à plusieurs points de vue essentiels comme une méthode inapplicable et par conséquent à rejeter. L'em-
1) loi des drapeaux à cette même fin est encore pire, et si on ne devait employer que ce moyen, la plupart des viciés du personnel des chemins de fer échapperaient à l'explorateur. Après tout ce C]ue nous avons déjà dit à ce sujet, il est inutile de motiver davantage cette assertion. Il suffit d'indiquer aussi que ces épreuves se
2) résentent sous un jour plus avantageux, lorsqu'il est question d'examiner des candidats aux chemins de fer qui, par conséquent, n'ont encore rien eu à faire avec les signaux en usage sur les voies ferrées. Mais même si une pareille épreuve devait échouer, ce ne serait pas une raison suffisante pour renvoyer l'aspirant, si tant est qu'on croie à la curabilité de la cécité des couleurs et qu'on n'ait pas vu la différence essentielle qui existe entre bien voir et bien dénommer les couleurs. Pour celui que tout ce que nous avons dit à cet égard n'a pas convaincu, il n'y a pas d'autre moyen à conseiller que l'expérience même; car celle-ci lui prouvera infailliblement que l'examen à l'aide des drapeaux et des lanternes du
chemin de fer est nu i^roeédé sans valeur, lorsqu'il s'agit d'examiner en première main.
Eu revanche, nous accorderons que l'examen à l'aide de lueurscolorées convient parfaitement à une méthode de contrôle, lorsqu'on doit examiner des personnes dont la cécité des couleurs est déjà connue d'une autre façon, notamment lorsqu'il faut décider si et en quelle mesure des personnes légèrement affectées d'un vice dans le sens chromatique et employées déjà aux chemins de fer peuvent conserver leur service ou en être éloignées. Dans ce cas, le principe peut cependant être appliqué d'une manière beaucou^î plus iitile, si, au lieu d'employer les feux ordinaires, on se sert soit d'un grand choix de verres colorés placés convenablement devant une flamme et devant une ouverture d'une dimension satisfaisante dans un écran, soit avec des lanternes propres au but qu'on poursuit,, pourvues de verres de différentes nuances. Dans ce cas, si l'on procède méthodiquement, on se convaincra soi-même et autrui que l'idée de la cécité des couleurs et ses conséquences j^ratiques, telles que nous les avons exposées et soutenues, sont justes et, lorsqu'il s'agit d'un sens chromatique légèrement vicié, on eu appréciera directement la valeur pour le service des signaux. Eu effet, les personnes douées d'un sens chromatique faible ont besoin de voir de petites surfaces colorées à une distance beaucoup plus rapprochée qu'un voj'^ant normal j)0ur les reconnaître, et celles qui sont vraiment aveugles pour les couleurs ne peuvent même pas de trèsprès distinguer avec certitude les lueurs les plus communes, que dis-je? bien des viciés sont incapables même à une faible distance de voir la moindre lueur dans une lanterne dont le verre est rouge foncé. Une expérience qui produit beaucoup d'effet consiste à laisser deux aveugles se faire des signaux avec mes lanternes d'une construction toute spéciale: ils commettent les méprises les plus frappantes qui ne permettent aucune objection. Aussi cette méthode est-elle très-propre à convaincre les sceptiques du chemin de fer et les viciés eux-mêmes. Au point où nous sommes parvenus, nous pouvons énoncer un principe général s'appliquant à tout examen du sens chromatique. Cet examen doit tout d'abord ne pas chercher à montrer le rapport du sens chromatique avec certains objets de signaux de quelque espèce qu'ils soient, mais avoir uniquement pour but de découvrir si le sujet est vicié ou non^ ou si le sens chromatique est défectueux ou normal.
D'après le principe que nous venons d'exposer pour décider si une personne doit être employée aux chemins de fer ou non, il
suffit de savoir si son sens des couleurs est normal ou non. Mais même pour juger des mesures à prendre à l'égard des viciés déjà au service, il suffit dans la pluj)art des cas de savoir s'ils sont viciés, surtout si l'on se sert pour cet examen d'une méthode et d'une classification qui indiquent à la fois et d'une façon assez nette le degré de ce vice dans le sens des couleurs. L'examen peut alors la plupart du temps être décisif sur le champ, et ce n'est que par exception qu'il doit être contrôlé par une épreuve ultérieure, je veux dire dans les cas où de petites fautes sont découvertes chez des emploj'és, qui — selon notre principe relatif à la manière d'agir envers cette classe — ne peuvent pas être congédiés immédiatement pour cela à la suite de l'examen général.
On l'a vu en effet, la cécité des couleurs est, d'ajDrès la théorie et l'expérience, une espèce particulière de sens chromatique qui suit dans ses manifestations des lois aussi rigoureuses que le sens chromatique normal. Cette cécité a j)l^^sieurs espèces nettement tranchées, bien qu'il se présente des formes transitoires et graduelles, comme dans tous les autres domaines de la nature où il s'agit de différentes espèces. Par conséquent, la cécité des couleurs doit avoir ses caractères génériques qui la différencient du sens chromatique normal, et les espèces particulières doivent avoir également leurs signes spécifiques pour se distinguer les unes des autres. On sait une fois pour toutes — • au moins doit-on admettre d'après l'expérience acquise jusqu'à présent — qu'une partie de ces espèces et de ces formes amènent l'incapacité de distinguer même à l'aide de l'exercice entre les couleurs des signaux usitées sur les voies ferrées, et l'on sait aussi que toutes causent tout au moins de la difficulté et de l'incertitude à cet égard. Si, en pareilles circonstances, au lieu de rechercher si chaque personne est ou non capable de distinguer les couleurs sur les signaux mêmes employés dans le service, on se contente d'examiner l'espèce de leur sens chromatique, on agit d'après un principe qu'on applique dans maint autre cas analogue. On sait par exemple, ou plutôt l'on croit savoir qu'une partie des bêtes de proie sont nuisibles ou dangereuses, parce qu'elles tuent nos animaux domestiques ou même des hommes. C'est pourquoi l'État, en Suède j)ar exemple, accorde des récompenses en argent à celui qui abat ces animaux. Mais, pour payer cet argent, l'État ne réclame pas de certificats ou de preuves que justement l'exemplaire tué était dangereux ou avait menacé un animal domestique : il se contente de savoir que c'était un animal appartenant à l'espèce déterminée, et il ne réclame pas même que tout l'animal
ou sou caractère lui soit démoutré. Il suffit qu'où fasse voir certaius signes caractéristiques isolés, par exemple des oreilles, des pattes, uu bec et des griffes. C'eu est assez pour révéler à l'homme compéteut toute l'histoire uaturelle de cet auimal et par couséqueut aussi sa qualité d'auimal uuisible.
De même, pour juger de l'aptitude d'uue personue au service du chemiu de fer relativement à sa capacité d'apprécier les couleurs des signaux, on n'a pas besoin de l'examiner spécialement sur ces mêmes sio-naux. L'examen doit tendre à éclairer avec certitude sur l'espèce de sou sens chromatique, et cela non pas en cherchant dans tous leurs détails les signes qui caractérisent cette espèce particulière, mais seulement un ou tout au plus quelquesuns de ces signes, juste assez pour le but en question. C'est en général tout ce qui est nécessaire et ce n'est que dans certains cas exceptionnels qu'il faut employer un contrôle particulier.
Il se trouve une foule de méthodes de l'espèce que uous avons en vue qui, à un degré plus ou moins grand, réunissent les qualités fondamentales que nous avons indiquées comme devant être exigées d'une méthode pratique. Il n'entre point dans notre plan d'en rendre compte ici. Nous nous contenterons d'indiquer quelques points de vue pour diriger l'appréciation de leur valeur pratique relative, afin qu'en choisissant une méthode d'exploration, nous puissions à cet égard nous déterminer pour certains principes. Il n'y a certes pas de méthode qu'il faille absolument rejeter, qui, employée avec intelligence, ne puisse nous éclairer, au moins comme méthode de contrôle ou de seconde main. Mais, en revanche, il s'en trouve d'autres qui, employées seules, ne donnent jamais de résultats certains ou seulement dans un nombre restreint de cas, ou bien elles font perdre tant de temps et sont si incommodes qu'elles doivent être rejetées pour ce seul motif. Nous rangeons dans cette classe de méthodes toutes celles qui, comme l'exameu de la lanterne, tendent en principe à montrer à l'examiné différentes couleurs ou des objets colorés en l'invitant à les dénommer.
Ce jugement s'appuie sur notre conception déjà exprimée et notre expérience de la manière dont les aveugles pour les couleurs apprennent les noms des couleurs et des résultats auxquels ils parviennent ordinairement grâce à cet exercice. Mais il est ici question de découvrir non le degré d'habileté auquel chacun peut arriver relativement à la juste dénomination des couleurs, mais à la manière dont il les voit ou en d'autres termes l'espèce de son sens chromatique. On ne peut assez marquer la grande différence entr"^
ces deux choses, et c'est là la raison pour laquelle nous sommes revenu sur ce sujet. On ne i3eut absolument parlant pas décider comment un vicié voit une couleur, puisqu'il s'agit ici d'une sensation subjective. Mais au point de vue relatif, il est possible de jug-er l'espèce de sa perception d'après les confusions dont il se rend coupable en trouvant semblables des couleurs fort différentes pour un voyant normal. C'est pourquoi toute méthode prétendant satisfaire toutes les exigences doit en principe se baser sur la comparaison entre différentes couleurs et la recherche des confusions que commet un vicié entre j)lusieurs d'entre elles.
Un exemple rendra plus clairement notre pensée et en montrera l'importance. Prenons un aveugle pour le vert, je suppose, eh bien! nous savons par l'expérience qu'il confond entre elles ou qu'il trouve une parfaite ressemblance entre des nuances de trois couleurs très-difiérentes pour l'œil normal, je veux dire le pourpre, le vert et le gris. La raison en est très-simple d'après la théorie : l'aveugle pour le vert est dépourvu d'organe percevant le vert. Le pourpre, le vert et le gris sont en réalité une même couleur aux yeux de l'aveugle pour le vert, mais il a entendu donner trois noms à cette couleur dans des circonstances dilFérentes. Il devra en résulter que lui-même à son tour désignera cette couleur tantôt par l'un, tantôt par l'autre de ces noms, ou bien que dans tous les cas il n'en emploiera qu'un seul, notamment celui qu'il a remarqué en premier ou qu'il a entendu le plus souvent appliquer à cette couleur. Or, si l'on examine ce vicié d'après la méthode des dénominations, on pourra bien en se guidant sur la théorie arriver peu à i^eu et non sans mainte épreuve à découvrir les signes diagnostiques de la cécité pour le vert, mais si l'on agit ici sans théorie quelconque, on se formera difficilement une idée claire et juste du sens chromatique du vicié. Si le sujet emploie tous les trois noms, il lui arrivera de les employer bien dans certains cas et mal en d'autres. Dans la première alternative, il i)Ourra facilement passer pour voyant normal, dans l'autre il arrive justement ce que dit Gœthe, ))on se trouve dans la plus grande confusion et l'on craint de devenir fou.» Mais s'il emploie d\nie manière conséquente un seul nom, cela peut être pour les difiérents cas .^po^irpre^ (improprement dit srouge»), »vert> ou y>(jris\ Admettons qu'il se serve du mot ))vert»: au point de vue de la méthode par dénomination, son sens chromatique sera jugé voir mal le pourpre et le gris, mais bien le vert. On dira sans doute que le sujet a un sens chromatique anomal, mais personne n'aura la pensée de l'appeler
aveug-le pour le vert, puisqu'il voit bien le vert. En revanche, on appellera ainsi un individu possédant exactement la même espèce de sens chromatique, s'il se sert des mots ))rouge» (pourpre) ou «gris» au lieu de «vert». Il est inutile d'insister et l'on voit clairement lequel des deux points de vue est le seul vrai; aussi maintiendronsnous, sans la motiver davantage, notre thèse qu'une méthode pratique d'exploration doit se baser sur le ijrincipe de la comjyaraison.
C'est i)ar suite de notre manière de voir qu'à notre i^oint de vue la méthode du D' Favre ne nous paraît pas satisfaisante. Outre qu'elle ne nous paraît pas sûre et ne nous fournit aucune base pour une classification utile, elle i^rend cependant jjZws de tem])s qu'il n'est besoin. Toutefois ce principe paraît appliqué ordinairement en France et en Angleterre.^
La méthode du D'Stilling^ se fonde aussi sur la désignation des couleurs, et rien que par ce motif elle doit à notre point de vue être condamnée. Comme elle a justement en vue le même but pratique que cet ouvrage, nous devons en donner ici un compte rendu sommaire et critique. La méthode s'appuie sur le j^i'iiiciiDe des ombres dites colorées, mais elle l'apj^lique d'une manière particulière et à notre avis très-imj)arfaite. Devant une flamme brillante, dans une chambre sombre, on tient un verre coloré de sorte que la lumière, traversant le verre et colorée par conséquent par absorption, frappe à angle droit une surface blanche, par exemple une feuille de papier. Dans le voisinage de cette feuille et entre elle et le verre, on tient un objet mince et opaque, par exemple un crayon, de façon que son ombre se tranche bien sur le papier. Cette ombre i3araît alors colorée de la couleur de contraste du verre, c'est-à-dire qu'elle est pourpre ou rouge dans différentes nuances si le verre est vert, verte ou vert-bleu si le verre est rouge, jaune s'il est bleue, bleue s'il est jaune, etc. conformément à la théorie Youiig-Helmholtz. D'après le D' Stilling, le vicié sera reconnu à ce fait qu'il voit l'ombre en question incolore, noire ou grise, tandis ciue le voyant normal la voit colorée des couleurs de contraste, et la diagnose est établie d'après les ajjj^ellations que le vicié donne aux couleurs de l'ombre.
On se demande pourquoi l'ombre est colorée. Nous essaierons de l'expliquer pour pouvoir d'une part apprécier la méthode Stilling et d'autre part, parce que les ombres colorées sont un phéno-
' Cf. Féris, Op. cit. et Lancet, 6 Janvier 1877, p. 24. ^ Op. cit., I, p. 3—16.
mène aussi intéressant qne facile à produire. Si l'on tient un corps opaque, je suppose un crayon, devant une surface claire, par exemple une feuille de papier, et que la lumière tombe sur les deux provenant d'un foyer lumineux quelconque ou d'une surface réfléchissante, le crayon projette son ombre sur l'endroit du papier qui n'est pas éclairé. Cela dépend naturellement de ce que le craj'on opaque est un obstacle et empêche la lumière d'atteindre cette partie du papier qui reste non éclairée. Si la lumière arrive de divers côtés sur le crayon et sur le papier, — par exemple de deux ou de plusieurs fenêtres, de flammes, de miroirs, etc. — dans la même chambre^ il apparaîtra sur le pajiier autant d'ombres de crayon qu'il y a de directions différentes d'où émane la lumière. Une fenêtre divisée par un montant de croisée jjeut également donner deux ombres^ toute surface fortement réfléchissante de la chambre, etc. fournit de même chacune son ombre.
S'il s'agit maintenant de la lumière provenant du même foyer, comme celle du soleil ou du jour, qui tombe directement ou réfléchie sur le i)ai3ier, les ombres ne diffèrent que par l'intensité de lumière, de sorte que l'ombre devient plus foncée à l'endroit du papier où le crayon dérobe la plus forte lumière. Mais nous ne voyons pas de qualité de la lumière, c'est-à-dire de couleur chez l'ombre, tant que la lumière ne tombe que d'un côté et i^ar conséquent qu'elle est parfaitement exclue de l'endroit ombré où le crayon projette son ombre, ou tant que la lumière tombant sur le papier est d'une seule et même sorte, c'est-à-dire qu'elle provient d'un seul et même foyer sans se diviser. Mais si deux sortes de lumière fraj^pent le papier, nous voyons les ombres colorées. C'est par exemple le cas lorsqu'un fort rayon de lune ou un faible jour entre dans une chambre où se trouvent en même tem^îs une bougie ou une lampe allumée : on voit alors que les objets, comme un crayon sur le papier, projettent deux ombres dont l'une est bleue et l'autre jaunâtre. En changeant la distance de la flamme au papier ou vice versâ, on peut régler l'intensité réciproque de la lumière des ombres et partant leur couleur. On peut voir des ombres de la même espèce sur un mur blanc ou sur la neige dans le voisinage d'un bec de gaz, etc. au clair de lune.
Si nous demandons maintenant quelle ombre est jaune et laquelle est bleue, et que nous cherchions la cause de tout le phénomène, voici ce que nous trouverons. La surface claire sur laquelle se portent les deux ombres reçoit la lumière émanant des deux fovers : elle réfléchit donc une lumière qui est une combinaison
de celles que projetteut ces deux foyers. Deux endroits seulement fout exception et ce sont justement eux que recouvrent les ombres. A chacun de ces endroits la lumière d'un des foyers est éclipsée^ mais non celle de l'autre. L'une des ombres réfléchit donc uniquement la lumière du jour ou celle de la lune et l'autre uniquement celle du feu, tandis que tout le reste réfléchit une combinaison des deux. L'ombre causée par la lumière de la lune ou du jour — c'est-à-dire l'endroit du papier éclairé uniquement par la flamme du feu — paraît jaune, taudis que l'ombre causée par la lumière fen — c'est-à-dire l'endroit exclusivement éclairé par la lumière du jour ou de la hme — paraît bleue.
Cette circonstance pourrait nous porter à conclure que la lumière de la lune ou du jour est bleue et que celle du feu est jaune : c'est bien le cas en effet, si on les compare entre elles ou avec une combinaison des deux. La lumière blanche et la couleur Manche sont des idées très-relatives dans le langage ordinaire. Un papier blanc est blanc, qu'il soit éclairé par la lune, le jour on le feu ou bien par un jour traversant des rideaux verts, roses ou autres et recevant par là une teinture de ces couleurs. A proprement parler, nous entendons par blanc l'éclairage général, sans nous rendre compte s'il excite à un degré absolument égal ou non les trois organes de notre œil qui perçoivent les couleurs. La lumière du jour est l'éclairage ordinaire, général, c'est pourquoi nous l'appelons blanche; mais bien que la lumière du feu contienne comparativement peu de rayons bleus et excite ainsi les organes percepteurs du rouge et du vert plus fortement que ceux qui perçoivent le violet et que par conséquent cette lumière doive paraître jaune rouge, nous en ftiisons abstraction parce qu'elle forme maintenant l'éclairage général. Les surfaces qui, à la lumière du jour, ont la propriété d'être blanches nous paraissent également blanches à la lumière du feu, quoique à vrai dire elles réfléchissent de la lumière jaune. Mais la différence se présente dans les ombres colorées. Elles nous montrent que, comparée à l'éclairage général qui alors est une combinaison de la lumière du jour et celle du feu, cette dernière est jaune et l'autre est bleue. Tout le phénomène, on le voit, dépend d'une comparaison, et c'est pourquoi il s'appelle phénomène de contraste. Si l'on éteint la lumière, l'ombre restante de la lumière du jour n'est plus jaune, et celle de la lumière du feu n'est plus bleue, dès qu'on intercepte complètement la lumière du jour. Dans les deux cas cependant, l'éclairage de l'endroit ombré est exactement le même qu'autrefois. La différence est simplement
que la comparaison n'a pins lien et qne partant l'ombre dans les denx cas est tout à fait noire on grise.
Dans l'expérience dn D' Stilling-, la lumière colorée qui tombe sur le crayon et le papier ne vient que d'un seul foyer, notamment de la flamme de la lampe, après avoir passé jDar le verre coloré. L'ombre du crayon devrait donc paraître noire, quelle que soit la couleur du verre. Cela devrait être effectivement le cas et c'est ce qui a lieu, si la lumière provenant directement de la flamme par le verre est la seule qui tombe sur la surface du papier; car, pour qu'un objet puisse paraître coloré, il est indispensable qu'il envoie ou réfléchisse de la lumière à l'œil; autrement il est noir.' Sans lumière il n'est pas de couleurs, puisque celles-ci sont des qualités de la lumière. S'il ne tombe pas de hmiière sur l'endroit ombré du papier, celui-ci paraîtra noir et c'est ce qui arrive eu effet. Mais ce n'est pas ordinairement le cas. La lumière part de la flamme dans toutes les directions de la chambre, et elle est réfléchie j)ar les i3arois et d'autres objets, de sorte qu'une partie de la lumière de la flamme qui n'a pas passé par le verre, tombe sur le papier et éclaire l'ombre. L'éclairage général du papier est donc une combinaison de la lumière naturelle de la flamme avec la lumière colorée traversant le verre. En revanche, l'ombre n'est éclairée que de la lumière de la lampe, réfléchie diffusément sans modification. C'est ce qui donne naissance à la couleur de contraste simultanée.
Il est bien facile de se convaincre que les choses se passent ainsi. Toute surface réfléchissante s'approchant de la flamme dans une direction telle que sa lumière est projetée sur le i^apier, rehausse la couleur de contraste de l'ombre. C'est cet effet que produit j)ar exemple le visage d'une personne, un devant de chemise blanche, etc. Si la lumière réfléchie de la flamme tombe de tous les côtés assez également sur le papier, on ne voit qu'une ombre, et celle-ci est d'autant plus colorée que la quantité de lumière diffuse de la lampe est grande. D'autre part, si cette dernière tombe inégalement sur l'écran, diverses ombres se jDroduisent pour chaque surface fortement réfléchissante qui y projette de la lumière. Les ombres paraissent alors sous la couleur du verre coloré. Un abat-jour par exemple produit facilement de ces ombres. Mais si l'on veut en produire exprès, le mieux est de se servir de miroirs qui agissent
' Nous ne parlons pas ici du phénomène qu'on nomme la lumière propre de la rétine.
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à cet égard exactement comme si l'on plaçait à distance d'autres flammes de lampe. Si la lumière d'une lampe est réfléchie par un miroir sur le papier, elle donne naissance à une nouvelle ombre avec la couleur du verre, et celle-ci sera d'autant plus foncée qu'on tiendra le miroir plus près de la flamme. Si le verre coloré est vert, l'ombre originaire tire au pourpre, et cette couleur est d'autant plus visible que la proportion de lumière non modifiée de la lampe qui tombe sur l'écran, est forte. Le pourpre apparaît avec le plus de clarté, si la lumière de la flamme est réfléchie sur le papier au moyen d'un miroir. Mais alors on voit se produire de côté une ombre, également visible, de couleur verte. La raison en est très-simple et découle naturellement de la théorie. L'éclairage général est ici une combinaison de la lumière de la flamme avec la lumière verte qui a traversé la vitre. Comparativement à celle-ci, l'endroit du papier éclairé uniquement par la lumière verte sera naturellement vert. Mais l'endroit qui ne réfléchit que la lumière de la flamme excite comparativement moins les organes percepteurs du vert que le reste de la surface du jDapier, c'est-à-dire qu'il affecte relativement davantage les deux autres organes et j)araît par conséquent coloré de couleur pourpre.
Ce qui est essentiel ici, c'est le fait que la couleur de contraste d'une ombre parait d'autant plus clairement que la feuille de papier est fortement éclairée par la lumière provenant sans modification de la flamme elle-même ou d'une autre flamme analogue et que la lumièi-e devient moins sensible ou s'approche plus du noir, à mesure que cet éclairage diminue en intensité. Le D' Stilling n'a eu nullement égard à cette circonstance importante, comme cela ressort clairement de sa description.^ Il a complètement abandonné ce côté de la question au gré des circonstances. Mais il s'ensuit naturellement que sa méthode mérite fort peu de confiance et qu'il dépend simj)lement d'un hasard qu'après une telle épreuve un voyant normal ne soit pas déclaré aveugle pour les couleurs. En outre, comme le jugement se base sur le nom que l'examiné donne à la couleur de l'ombre, il peut arriver facilement aussi qu'un vicié soit déclaré voyant normal si, comme c'est souvent le cas, il devine le vrai nom de la couleur. Bref, la méthode n'est pas sûre sous cette forme. Le jugement que nous émettons ici ne se fonde pas uniquement sur des raisons théoriques, mais aussi sur un grand nombre d'expériences directes : il est déjà confirmé par les exemples que cite le Stilling lui-même.
' Op. cit.. p. 10.
Il ne résulte pas de ce que nous venons de dire que les ombres colorées ne puissent pas servir de contrôle du sens chromatique, si on les emj)loie de façon que l'examinateur puisse parfaitement régler l'éclairage à son gré. D'après ma méthode ^ avec miroir et deux ombres, on peut établir une comjparaison entre deux couleurs. L'aveugle j)our le vert trouve ici comme ailleurs de la ressemblance entre une certaine nuance de vert et une de pourj^re, etc. Comme d'après cette méthode on peut régler exactement l'intensité de la lumière, on peut aussi déterminer relativement la perception faible. L'expérience que nous avons faite à cet égard parle en faveur de la théorie Young-Helmholtz, mais elle nous a convaincu d'ailleurs que les ombres colorées ne sont pas propres à découvrir en première main la cécité des couleurs. Il en est de même de la méthode de Ragona Scina pour représenter des couleurs de contraste, ainsi que de celle de Rose, qui, au point de vue pratique, se rapproche fort de la précédente.
Aj)rès avoir nommé les procédés qui, d'ajjrès notre conviction, ne sont pas pro2)res au but que nous poursuivons, nous devons citer deux autres méthodes qui nous fournissent parfaitement les lumières demandées. L'une est due à Seebeck, l'autre à Maxwell. Elles se fondent toutes deux sur la comparaison des couleurs et ne supi^osent aucune connaissance ni aucun usage du nom des couleurs. C'est là, à notre sens, un avantage essentiel.
La méthode de Maxwell consiste à représenter sur un disque rotatif deux couleurs que le sujet devra comparer et qui peuvent à volonté changer de ton, de degré de saturation et d'intensité de lumière. On 2)eut les modifier jusqu'à ce que, pour le vicié, elles arrivent à une ressemblance absolue. On juge alors du sens chromatique du sujet i^ar leur dissemblance pour l'œil normal. C'est en cela que consiste la force et la sûreté de la méthode. Elles nous indiquent avec certitude comment le sujet voit les couleurs comparées entre elles. La théorie Young-Helmholtz est confirmée par la méthode Maxwell, car celle-ci nous montre qu'à l'aide seulement de deux couleurs primitives, on peut épuiser tout le système chromatique de l'aveugle pour les couleurs.
La méthode de Seebeck consiste à faire classer à l'examiné une quantité d'objets colorés d'après leur ressemblance ou leur dissemblance réciproques. Par là, on a sur-le-champ un tableau complet du sens chromatique de l'examiné. On apprend quelles couleurs il
' Cette méthode sera exposée dans un autre ouvrage.
distingue et quelles sout celles qu'il confond. Par cette méthode aussi, on peut donc savoir comment il voit les couleurs dans leurs rapports les unes avec les autres.
Mais quoique ces deux méthodes soient parfaitement sûres, elles ne conviennent pas au but pratique, parce qu'elles réclament heaucovf de teraps et qu'elles sont très-incommodes, celle de Maxwell pour l'examinateur et celle de Seebeck pour l'examiné.
Celui qui a examiné un grand nombre de viciés d'après la méthode de Maxwell ne sait que troj) combien cette exploration ijrend de temps, si elle doit être faite d'une manière quelque peu complète. Cela vient des prétentions extrêmement grandes du vicié à l'identité absolue. Il n'est pas difficile de montrer au voyant normal deux couleurs semblables sur le disque rotatif, parce que l'important alors, c'est la ressemblance dans le ton même de la couleur. Mais le vicié, qui n'a pas de sens pour ce ton, exige une ressemblance complète dans l'intensité de lumière ou le degré de saturation, et c'est là que gît la difficulté. Son appréciation dé^Dend souvent de l'addition d'un minimum de blanc ou de noir, qui est pour lui d'une haute importance, bien que le voj^ant normal n'en puisse ressentir le moindre effet. Ajoutons que la méthode est très-fatigante et incommode pour l'examinateur, à cause des changements continuels qu'on doit apj)orter aux couleurs et du travail incessant que nécessite la rotation de l'appareil. Enfin, si l'on note que l'appareil occasionne des frais assez considérables et qu'il est relativement peu aisé à transporter, cela suffira, nous semble-t-il, pour condamner son emploi comme méthode de i^remière main, lorsqu'il s'agit d'exploration en masse. La méthode de Seebeck fait perdre du temps en ce que l'examiné doit classer tout une quantité d'objets colorés. Cette besogne ne lui est pas facile. Non-seulement elle va très-lentement — elle prend peut-être une heure — mais cela coûte une peine et des efforts manifestes. On ^Deut s'en faire une idée assez claire, si on essaie de faire le même travail, en se servant de limettes vert-bleu. On voit alors les couleurs et on les classe à X3eu près comme un aveugle pour le rouge et l'on éprouve presque la même difficulté que lui ou que tous ceux qui sont chargés de faire une chose à laquelle ils ne se trouvent pas appelés. Par le fait cependant que la méthode de Seebeck force le sujet à agir d'après son sens chromatique, elle est supérieure à celle de Maxwell, puisque cette dernière lui permet de rester passif et de n'énoncer que son jugement. Cependant, les deux méthodes réclament trop de temps pour être employées avec avantage dans le
but que nous poursuivons. Mais ce sont les meilleures méthodes que nous connaissions jusqu'à j)î'*^sent.
JJ ex})loration 'i)érimétri(jue avec l'appareil de Fôrster peut être excellente en plus d'un cas pour contrôler des personnes examinées auparavant, mais elle ne convient pas seiile et comme méthode de première main. Elle est même inapplicable pour certaines personnes, elle fait perdre du temps, réclame des efforts de la part du sujet et exige un instrument dispendieux, qui d'ailleurs est très-incommode à transporter.
Il peut être très-intéressant au point de vue scientifique d'emplojer le spectre pour explorer les viciés. Mais cette méthode n'est pas encore très-propre à un but pratique : elle exige des instruments très-chers et différentes dispositions qui la rendent tout au moins longue et incommode.
Il n'entre pas dans notre jDlan de rendre compte ici de toutes méthodes connues dont on j)^^isse se servir dans la première exploration o\\ lorsqu'il s'agit d'établir une épreuve de contrôle; aussi nous bornerons-nous aux exemples cités pour exposer dans un chapitre spécial la méthode que nous avons employée nous-même et qui, de toutes celles en usage jusqu'aujourd'hui, nous semble répondre le mieux à ce qu'on est en droit d'exiger d'une méthode d'exploration pour notre but actuel. Selon nous, elle est parfaitement sûre et digne d'inspirer toute confiance, elle permet d'examiner chaque personne dans le moindre temps possible, elle peut s'employer commodément partout, elle n'exige aucun instrument coûteux ou difficile à manier et elle est extrêmement simple, tout en allant droit au fait.
NOUVELLE MÉTHODE PRATIQUE POUR DÉCOUVRIR ET APPRÉCIER LES DÉFAUTS DU SENS CHROMATIQUE.
La méthode dont nous allons rendre compte ici a été employée dans tontes les explorations en masse qui ont été faites en Suède relativement au sens chromatique de différentes classes de la }Dopulation. Elle a par conséquent fait ses preuves dans l'examen de milliers de personnes et elle a été trouvée propre à son but.